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Critiques de Camilo José Cela (32)
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La famille de Pascal Duarte
  31 janvier 2016
La famille de Pascal Duarte de Camilo José Cela
Dans la prison où il attend son exécution, Pascal Duarte raconte son histoire. La longue histoire qui l’a mené à commettre l’irréparable. D’abord, son enfance malheureuse à Estramadure. Un père violent, une mère analphabète et distante, une jeune sœur dépravée. Bref, une famille de parias. Pourtant, lui, était un petit garçon plutôt docile, pas rebelle ni foncièrement méchant. Mais la fatalité s’est acharnée sur lui. La mort étrange de son père, qui n’a pas survécu à la morsure d’un chien enragé. Puis celle de son frère cadet handicapé, à peine âgé de dix ans. Entretemps, sa sœur va et vient, tout en continuant sa vie dissolue.



Mais Pascal Duarte ne pense qu’à une chose : échapper à cette fatalité impitoyable qui semble accabler sa famille, fuir Estramadure et son malheur. Mais une nuit de plaisir l’enchaine à sa terre. Les années passent et il est de plus en plus malheureux. Et pauvre. Il doit absolument tenter sa chance ailleurs. Quand il revient, quelques années plus tard, il apprend que sa femme l’a trompé et il commet l’irréparable. C’est pour lui le commencement d’un cercle vicieux qui a vu le jour plusieurs générations plus tôt… On ne peut que plaindre l’infortuné Pascal. Un destin digne des tragédies des héros grecs antiques.



La famille de Pascal Duarte n’est pas un grand roman, j’en conviens. Mais ce petit bouquin m’a plu, et c’est en grande partie grâce à l’évocation de l’Espagne rurale du sud. Ces terres pauvres et sèches, constamment attaquées par les rayons ardents du soleil, qui produisent peu, qui semblent maudites et qui n’amènent rien de bon. Ces terres maudites. Mais en même temps, elles sont envoutantes et il est difficile de les quitter. Après tout, la terre et le sang ne forment qu’un tout, non ? L’auteur Camilo José Cela les a bien rendus, j’avais l’impression d’y être. Un peu comme Marcel Pagnol et Jean Giono ont sû évoquer la Provence. Bref, malgré la dureté de l’histoire, j’ai bien aimé.
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La famille de Pascal Duarte
  02 novembre 2013
La famille de Pascal Duarte de Camilo José Cela
Je ne suis pas emballée par cette Famille De Pascal Duarte. Pas déballée non plus, me direz-vous. Certes, je prononcerais d'ailleurs un tiède autant qu'obscur : " pas mal, mais sans plus ". Entendez, sans aucun plus, sans aucun mal, valeur médiane souvent intéressante dans plein de situations de la vie, mais pas nécessairement à rechercher lorsqu'il s'agit des choses de la littérature.

À vrai dire, ce petit roman (ou nouvelle longue comme disent les Espagnols à son propos) du pourtant détenteur d'un prix Nobel de littérature Camilo José Cela ne m'a strictement rien fait passer (comme quoi les prix Nobel...).

Cette œuvre est pourtant considérée outre-Pyrénées comme majeure et initiatrice du mouvement tremendiste, sorte d'évolution du fameux style picaresque espagnol et aussi du naturalisme du XIXème siècle.

Ici, nous suivons l'autobiographie d'un p'tit gars du peuple, un rural de l'Estrémadure dans l'entre-deux guerres, juste avant que la guerre civile espagnole ne pointe le bout de son nez. C'est un fils de rien, doué de certains penchants pour la moralité mais qui, de temps à autres, ne sait rien faire de mieux que de jouer du couteau pour estropier les gens ou pour les tuer, en raison d'une quelconque dette d'honneur, réelle ou supposée, souvent liée à des affaires de cœur.

Il passe alors quelques temps derrière les barreaux et l'air salubre du pavillon carcéral le remet sur les rails de l'amendement... jusqu'à une nouvelle chute.

Il a pourtant tout du brave gars, il ne fait rien pour que des malheurs arrivent, mais ça lui tombe dessus et il a une fâcheuse tendance à prendre toujours les mauvaises décisions.

Son père et sa mère sont à vomir, sa sœur est une traînée quoique sachant parfois se montrer secourable et son petit frère handicapé se traine comme une limace dans la basse-cour avant de se faire rogner les oreilles par les cochons puis de terminer prématurément sa vie vous verrez comment.

Sa femme est au-dessus de tout soupçon mais rien n'y fait, quand ça veut pas, ça veut pas. Rien ne se goupille vraiment comme il faudrait.

Une vie rurale âpre, pas si différente de celle que nous décrit Garcia Lorca dans Noces Sanglantes, qui n'a rien de spécialement attachante. J'ai retrouvé aussi dans ce petit roman un peu de l'ambiance de plomb et des relations humaines troubles qu'on peut lire dans La Route Au Tabac d'Erskine Caldwell.

En revanche, si le style n'est pas déplaisant dans les phases purement narratives, les très (trop) nombreux passages de justification de son autobiographie par le protagoniste principal et la mise en scène du manuscrit envoyé pour X et Y raison à Machin qui l'a repassé à Bidule avant de le refourguer à Truc sont d'un mortel ennui et, littérairement parlant, n'apportent strictement rien de chez rien.

Sur un écrit aussi court, on n'a pas le droit d'ennuyer son lecteur, ou bien alors c'est qu'on a raté quelque chose, ce qui semble être le cas ici.

Une première expérience, donc, avec Camilo José Cela, qui ne m'a pas spécialement donné l'envie d'en revivre d'autres, bien que cette lecture ne soit pas non plus des plus désagréables qu'on puisse imaginer.

Mais ceci n'est que mon avis — mitigé — sur cet auteur — controversé — (Controversé notamment en raison de son attitude ambiguë durant la période franquiste.) Je vous invite par conséquent à en collecter beaucoup d'autres afin de vous faire votre propre opinion sur ce livre et sur cet auteur, même si le mieux reste et sera toujours de le lire par vous-même.
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Mazurka pour deux morts
  28 avril 2016
Mazurka pour deux morts de Camilo José Cela
Voyage assez déroutant, déboussolant, et je ne peux pas dire que je l’ai aimé. Dès le début de son roman Mazurka pour deux morts, Camilo José Cela nous plonge dans une province espagnole excentrée, la Galice, mais, surtout, dans un univers de campagnards au franc parler inépuisable. Je ne saurais dire s’il y a vraiment un narrateur présent. Parfois, dans leurs longues tirades, les paysans s’adressent à un certain don Camilo. L’auteur lui-même, en visite dans cette contrée ? Peut-être. Dans tous les cas, il se laisse raconter mille et unes tribulations, aussi excentriques et farfelues (que morbides) les unes que les autres. Allant du fils illégitime du curé, de la longueur de la verge d’un tel et de la folie d’une autre, qui collectionne les animaux. Bref, une galerie de personnages assez abracadabrante au destin tragi-comique.



L’histoire s’ouvre avec le rappel de la mort de Lazaro, tué par derrière par un Arabe (ou un Kabyle) quelque part au Maroc. Depuis ce temps, des nuages cachent la cime des montagnes, déverse ses pluies bruinantes mais continues sur la région. Les habitants sont-ils maudits ? Dans tous les cas, eux, ils déversent leur flot de paroles. Et moi, je me dépêche d’oublier la lecture de cet ouvrage. Et ce ne sera pas bien compliqué car, même rendu à la fin, je n’ai toujours pas saisi l’intrigue principale. Y en a-t-il une ? Sans doute pas. Il s’agit probablement d’un de ces romans qui constituent une sorte de panorama (pour ne pas dire constat, qui sonne trop technique) de l’endroit ou de la situation sociale. Je suppose qu’un lecteur de ce coin de pays s’y reconnaitra ou plongera avec délice dans son univers certes coloré mais ô combien labyrinthique.
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La famille de Pascal Duarte
  15 octobre 2014
La famille de Pascal Duarte de Camilo José Cela
Que dire de Cela ? Du malheur brut, un texte dur qui ne donne pas dans la dentelle.



Un condamné à mort écrit ses mémoires : enfants maltraités, disputes qui se règlent à coup de couteau, mère alcoolique, sœur qui fait la pute, agonie du père atteint de la rage. Et lorsque l’homme trouve un peu de bonheur dans son mariage, ses enfants meurent. Il raconte aussi ses crimes, l’insulte qu’on venge impulsivement ou la haine qui croit pendant des années.



Le tout est raconté de manière froide, avec une érosion de sentiments face à une vie qu’on ne choisit pas, face au destin qui s’acharne (ou des choix qu’il fait ou pas).



Cela a reçu le prix Nobel de littérature 1989 et a signé cet ouvrage en 1942. On y trouve une atmosphère lourde, insupportable, que l’on souhaite très éloignée de notre quotidien.



Une lecture troublante aussi, car si cette misère est celle d’un village espagnol des années 30, des enfances sordides, il en existe encore aujourd’hui…

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La famille de Pascal Duarte
  23 octobre 2013
La famille de Pascal Duarte de Camilo José Cela
Pascal est un homme damné (d'ailleurs il est condamné à mort et attend son exécution, mais avant il va raconter sa vie et la succession d’événements qui l'ont conduit à cette situation) mais aussi un homme foncièrement bon; qui n'a pas choisi d'être un criminel mais voulait seulement vivre en paix. Cependant, le mauvais sort s'acharnait contre lui depuis son enfance (des parents ivrognes et violents, une sœur qui devient tôt une prostituée et un petit frère handicapé au sort atroce qui nous rappelle un peu le fameux Ben de "Le bruit et la fureur") et même son mariage n'est pas une joie avec une fausse couche et un enfant qui meurt très tôt...



"La famille de Pascal Duarte" est un roman sur la violence, l'adultère, le crime, la vengeance, le malheur et la vie exigeante dans les villages. Une oeuvre maîtresse qui a été à l'origine du mouvement du "tremendisme", avec son réalisme cru, ses personnages démoniaques et son contexte social assez lourd. On sait que cette oeuvre a fait scandale lors de son apparition.
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La ruche
  28 décembre 2016
La ruche de Camilo José Cela
Assez bizarrement, ce livre m'a fait penser à Verre cassé de Alain Mabanckou. Enfin, pas si étonnant que cela, me direz-vous, puisque dans les deux cas, les auteurs nous narrent, à travers des discussions de bar, le profil social et politique de leur époque. Sauf que si un des deux a inspiré l'autre, c'est forcément Camilo José Cela, la muse, car son livre a été édité bien avant, en 1953.



Les anecdotes qu'il nous offre se situent une bonne dizaine d'années plus tôt. Franco a pris le pouvoir -il ne faut pas oublier que Cela a été franquiste avant de tourner casaque et le livre se situe dans un subtil entre-deux- et l'armée allemande commence à connaître des revers au grand dam des Madrilènes protagonistes de ce livre. Ceci dit, la plupart, qu'ils soient aristocrates ou filles immigrées de la campagne, mangent le diable par la queue.



Camilo José Cela rend compte en tout cas de manière édifiante de la ségrégation de classes dans cette Espagne de l'après-guerre civile.



Un livre à lire à coup sûr comme étant un classique de la littérature espagnole du 20e siècle, plus que pour le coup de coeur qu'il procurerait.
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La ruche
  18 octobre 2015
La ruche de Camilo José Cela
Un livre étrange qui n'est pas à proprement parler un véritable roman. Mais qui est un ramassis de scènes qui se déroulent à Madrid en 1942. On y croise près de deux cents personnages qui ont tous plus ou moins un lien entre eux, d'où le titre "La ruche". L'atmosphère de ce livre est assez sordide car l'auteur nous plonge dans l'univers des maisons de passe, des mères maquerelles, de la prostitution. On y croise la misère, des marginaux, des oisifs, des parasites... et beaucoup gravitent autour du café de la richissime et antipathique dona Rosa.

Un texte coloré, amusant parfois, souvent grinçant et caustique. Un livre un peu confus du fait du nombre important de personnages qu'il renferme. Mais sa lecture n'est pas monotone. Une découverte intéressante.
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La famille de Pascal Duarte
  04 janvier 2018
La famille de Pascal Duarte de Camilo José Cela
La Famille de Pascual Duarte se présente comme une confession, rédigée dans sa cellule, par un condamné à mort. Le terme de confession est à lire ici de deux manières différentes : prendre la plume permet à Pascual Duarte de raconter sa vie, jalonnée par toute une série de malheurs et de meurtres ; mais c'est aussi pour lui l'occasion de se confesser, donc de prétendre au pardon chrétien. Si Camilo José Cela insiste tant sur ce dernier aspect, c'est peut-être pour ménager la censure franquiste, que la violence du livre (publié en 1942) n'aurait pas manqué, sans cela, d'effaroucher.

« Moi, monsieur, je ne suis pas mauvais, et pourtant, j'aurais toutes les raisons de l'être. », écrit en préambule, Pascual Duarte, ce qui est, convenons-en, une bien curieuse manière de faire amende honorable. Et pour mieux enfoncer le clou, il ajoute : « Nous, les mortels, nous avons tous la même peau en naissant ; cependant, à mesure que nous grandissons, le destin se plaît à nous différencier, comme si nous étions de cire, et à nous conduire par des sentiers différents vers une seule et même destination : la mort. »

C'est entendu, le personnage ne se considère pas comme entièrement responsable de ses actes : pèse sur lui une forme de déterminisme, un destin, qui le pousse à agir. Celui-ci prend souvent la forme de la « hombría », ce code social et moral qui oblige le mâle espagnol à laver son honneur par tous les moyens, y compris dans le sang : « Si ma condition d'homme m'avait permis de pardonner, j'aurais pardonné, mais le monde est ce qu'il est, et il est vain de vouloir nager contre le courant. »

À la manière naturaliste, le roman insiste également sur les conditions de vie sordides et la lourde hérédité du personnage (parents alcooliques et violents, sœur dépravée, etc.)

Mais cela n'explique pas tout : certains de ses actes échappent à toute explication rationnelle, comme par exemple lorsqu'il abat sa chienne, l'un des moments les plus saisissants du livre. Cette dimension pulsionnelle (et comme libératrice) du crime est encore plus évidente à l'occasion du dernier assassinat « confessé » par Pascual et qui clôt le roman : « Je suis allé dans la campagne et j'ai couru, couru sans m'arrêter des heures durant. La campagne était fraîche et une sensation voisine du soulagement courait dans mes veines… Je respirais... »

En lisant La famille de Pascual Duarte, j'ai été frappé par une certaine ressemblance avec l'Étranger d'Albert Camus, publié la même année. Dans les deux cas, on a affaire à des personnages qui agissent moins qu'ils ne sont « agis » par des forces souterraines et mystérieuses. Autre point commun, une nature brûlée par le soleil (le roman de Cela se passe en Estrémadure, l'une des régions les plus arides d'Espagne) et la présence constante de la chaleur qui pèse sur les êtres et leurs actes comme une malédiction...

Je ne puis pas dire que j'aie adoré ce roman, âpre et suffocant comme un verre d' « orujo », et dont le personnage central est tout sauf sympathique. Mais j'ai été très sensible à sa langue et à son style, mélange réussi de parler populaire et d'écriture savante.

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La ruche
  26 janvier 2016
La ruche de Camilo José Cela
Le roman La ruche, du prix Nobel Camilo José Cela, me laisse une drôle d’impression et je ne peux pas dire qu’elle soit positive. Je n’ai pas accroché mais alors là, pas du tout. Trop de personnages, beaucoup trop. Et autant de situations différentes… Et pourtant, même si le roman choral n’est pas le type que j’affectionne particulièrement, je n’en suis pas à mon premier. Dans ce cas-ci, il me manquait une intrigue principale qui porte le roman sur ses épaules, qui rassemble tous ces personnages, qui donne un sens à l’ensemble. On peut toujours considérer La Ruche comme une critique sociale du Madrid des années 40, où on peut voir la misère des petites gens et l’oisiveté des plus fortunés, s’entrecroiser sans jamais vraiment se toucher. Bien sur, tous se retrouvent au café de doña Rosa, et puis le meurtre de doña Margot les affecte tous à leur façon. Plus j’écris, plus je crois que mon jugement est sévère mais il est difficile de se défaire d’une impression… et du sentiment de confusion qui a suivi. Peut-être que, si l’auteur s’était attardé plus longuement sur les premiers personnages présentés avant de sauter au suivant, j’aurais pu m’attacher à quelques uns et, conséquemment, m’intéresser à leurs aventures. Pourtant, ils étaient colorés, certains ont fini par sembler fascinants. Et que dire du style de l’auteur ! Un bon mélange d’humour (parfois décapant), de violence, alterné avec des descriptions réalistes (presque documentaires). Mais, lorsque je l’ai découvert, il était trop tard. À partir de là, j’avais commencé à compter les pages et les minutes que je mettais à terminer ce bouquin. Bref, un roman avec beaucoup de qualités mais qui reste, pour moi, une petite déception.
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La famille de Pascal Duarte
  05 novembre 2013
La famille de Pascal Duarte de Camilo José Cela
Une lecture qui n’a rien d’agréable, mais il est probable que c’est ainsi que l’a voulu son auteur. Premier roman de Camilo José Cela, paru en 1942, qui marque le début d’un courant littéraire espagnol, le tremendisme, de l’espagnol tremendo, littéralement terrible, mais à rapprocher de bestial, brutal. Et effectivement, ce livre, notamment dans sa première moitié, est d’une crudité que j’ai trouvée à la limite du soutenable, d’autant qu’elle m’a parue gratuite, sans propos, se suffisant à elle-même. Si j’avais su tout cela avant, je n’aurais probablement pas ouvert ce livre, et je ne m’en serais probablement pas moins bien portée. Mais la chose est faite, et j’essaie d’en tirer une leçon, un message, quelque chose, mais je ne sais trop que penser.

Pascal Duarte, condamné à mort, revient sur sa vie et essaie d’obtenir quoi ? un pardon, une justification, une absolution ? Il décrit une vie qui commence et finit dans le sordide, la pauvreté physique et morale la plus abjecte. On est loin du romantisme de la pauvreté, ou les simples et nobles bons sentiments rendent les conditions de vie acceptables voire souhaitables. Non, rien de tout cela ici, et j’ai même plutôt eu envie de me détourner de ce personnage, de ne pas voir cette sorte de condamnation sociale irrémédiable. Mais je n’ai pas pu non plus trouver dans ces conditions des excuses au comportement de cet homme. Il tue, sous le coup de la colère ou de sang froid, il s’exprime mieux avec le couteau qu’avec des mots, mais je ne peux arriver à y voir comme certaines critiques ou analyses picorées à droite ou à gauche le visage d’un innocent, victime des circonstances ou de son milieu. Je n’y vois pas pour autant non plus la figure sanguinaire ou le monstre complet décrit ailleurs, même si il a pour moi une part d’irréductible incompréhension.

Cette diversité d’opinions ou d’interprétations sur le personnage est d’ailleurs intéressante en soit, et me semble illustrer la difficulté à interpréter le propos de l’auteur. Ou bien tout simplement, son intention n’est pas à rechercher dans la figure de Pascal Duarte. Elle serait alors peut-être dans les descriptions du sordide, de ce réalisme poussé à l’extrême, jusqu’à la nausée, refusant au lecteur le confort d’un monde idéalisé, mettant impitoyablement du vinaigre sur la plaie, et refusant tout type d’espérance ou de réconfort.

Ce livre a fait grand bruit à sa sortie en Espagne au milieu de la première décennie franquiste (un mouvement pour lequel Cela a combattu pendant la Guerre Civile, avant de s’en détacher et de maintenir une attitude souvent ambigüe face au régime), et son auteur, avant de se voir attribuer le Prix Nobel, est devenu une figure incontournable de la littérature espagnole. Sa réception et son importance dans l’histoire littéraire récente du pays en dit peut-être plus sur le climat intellectuel dans ces années-là que le livre en lui-même.
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La famille de Pascal Duarte
  15 novembre 2015
La famille de Pascal Duarte de Camilo José Cela
L’auteur nous conte la confession en prison de Pascal Duarte.



Comme il est indiqué au quatrième de couverture, le style est âpre et farouche et l'histoire nous transporte dans un monde fort proche de celui du théâtre de Lorca, que j’appelle personnellement Garcia Lorca.



Ce n’est pas drôle du tout ce monde-là, à moins que l’on se réjouisse du malheur d’autrui. Car de malheur et de malheurs, la vie de Pascal Duarte en est pleine jusqu'à ras bord et le lecteur que j’étais aurait bien aimé qu’il n’y en ait pas davantage mais, comme un rouleau compresseur, Camilo José Cela ne nous épargne aucune des vicissitudes de ce monde pauvre, d’argent et d’esprit, qu'était l'Espagne de l'Estrémadure des années 20.



Mais quel chef-d’œuvre.

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La famille de Pascal Duarte
  24 février 2014
La famille de Pascal Duarte de Camilo José Cela
J'ai le souvenir exact de l'endroit où je me trouvais lorsque j'ai lu ce livre, comme tous ceux qui m'ont marqués. J'étais étudiante en LLCE Espagnol, je voulais lire ce roman pour mieux appréhender la notion de "tremendismo" abordée en 5mn à peine en cours magistral. Le trémendisme est un "courant" littéraire né au milieu du XXeme siècle en espagne, qui se caractérise par une "crudité notable dans la présentation de la trame narratrice, associée à une récurrence de situations violentes et dramatiques. La description des personnages, habituellement des êtres marginaux, affectés de défauts physiques ou psychologiques, ou bien issus de milieux frustes et défavorisés (ouvriers ou paysans pauvres, prostituées, criminels etc...) est faite sur un mode hyper-réaliste et pessimiste. La langue utilisée est dure, grossière, emploie des termes de jerga (d' argot)."



J'attendais le bus qui devait me ramener du centre de Bordeaux à chez moi, je l'ai raté évidemment, seule la nuit qui tombait m'a fait prendre conscience que j'étais assise là, à lire, depuis presque deux heures. C'est l'histoire d'un homme qui revient sur sa vie depuis la cellule de prison où il attend la mort. Il raconte la vie de sa famille, jonchée de malheurs, de coups, de prostitution, d'alcool et de violence. Le narrateur ne semble pratiquement pas avoir de remors ni de regrets concernant son acte, il justifie ses crimes par la fatalité de sa naissance. Je ne vous en dis pas davantage, et vous laisse le plaisir de le découvrir.
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La ruche
  29 avril 2020
La ruche de Camilo José Cela
Le roman est plaisant au début car il nous propose une valse tourbillonnante au milieu de dizaines de personnages pas très remarquables mais dépeints avec humour. Mais, ça finit par être lassant et finalement trop long.

Et puis, surtout, c'est daté. En effet, écrit en 1958, il parle de l'âme espagnole faite de respect de la famille et de la Religion mais aussi de ce qu'on pourrait appeler du "je m'en foutisme", ancêtre de la movida.

Or, la mondialisation qui arase tout et surtout les êtres et les façons de vivre et la covid19 - qui finalement n'aura même pas tué ou à peine plus que ce qui s'agrège en une journée dans le monde (246 000 individus, décompte fait des décès) - qui fait ressortir au delà d'éventuelles différences de rythme de vie ou de "culture" les tares de l'être humain dans toute sa splendeur: haineux, délateur, peureux, suspicieux, individualiste, avare et jaloux, font que ce roman n'a plus aucun avenir. Il n'a pas, non plus, les qualités suffisantes pour valoir mémoire. (Simple opinion, bien évidemment)
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San Camilo 1936
  12 novembre 2018
San Camilo 1936 de Camilo José Cela
« Como estas usted ? Moyen, pas fort, doucement ? » Je vous déconseille d’ouvrir ce livre.

« Au fond du trou ? » Alors foncez, vous verrez que votre situation pourrait être pire et ça vous aidera…peut-être. Engageant, n’est-ce-pas ?

Bien sûr, j’aurais pu vous « faire l’article » en vous rappelant que José Camilo Cela fut nobelisé en 1989, ou en vous disant qu’il raconte Madrid à cette période de sa vie où il eut vingt ans, ou bien que le 18 juillet 1936, première journée de la guerre, c’était aussi la fête de son saint patron Camilo qui est aussi celui des hôpitaux. Je devrais vous dire également que vous avez là une occasion de faire connaissance avec le tremendisme et le monologue intérieur.

Mais je me méfie. Des esprits chagrin pourraient relever qu’un Prix Nobel de littérature avec 28 livres à son actif et qui ne comptabilise que 28 critiques sur Babelio, c’est suspect, très suspect. Ca pourrait, comme en 1936, valoir condamnation sans autre forme de procès.

Alors soyons optimistes. Disons que vous avez répondu, comme moi (menteur !), « très bien, merci » à ma question inaugurale et nous voici partis : « on se regarde dans la glace et l’on tutoie son image avec un brin de familiarité.»

Un début difficile, déroutant, marqué par la vie ordinaire de gens ordinaires à travers le prisme du sexe, la plupart du temps tarifé, la pauvreté, la misère du quotidien et des sentiments.

Vous avez plusieurs fois envie de reposer ce livre, trop dur, trop lourd, trop indigeste, avec ses phrases interminables, longues comme un jour sans pain, et ses personnages abîmés, estropiés, résignés à une vie misérable. Des mouches, des cafards, des vers, puis des cadavres, ceux du lieutenant José Castillo et du député Calvo Sotelo d’abord puis les autres… Les enterrements, les discours, les cris, les représailles. Vous tournez encore quelques pages, vous persévérez sans trop savoir pourquoi, et puis enfin vous comprenez, à mi-parcours environ, que c’est le meilleur récit que vous ayez pu découvrir sur la guerre d’Espagne et au-delà sur une guerre civile. Vous voyez réellement comment cela se passe « sur le terrain » comme on dit ou au raz des pâquerettes comme on disait. Comment ça se passe quand on est dedans, qu’on est englué dans ses habitudes, son inertie et ses contraintes et qu’on ne peut y échapper. Un des personnages le dit : « Ma qualité de député me donne l’immunité parlementaire, et ensuite pourquoi fuir si je n’ai rien à me reprocher ? Non, je ne me cacherai pas car je ne suis pas un délinquant, je peux avoir mes idées mais je ne suis pas un délinquant.»

La guerre civile sans envolées lyriques, sans slogans, sans fanfares, l’absurdité, le hasard, la peur, les nouvelles contradictoires, les rumeurs, la vie qui continue (ou essaie), l’espoir d’être épargné car on n’a jamais pris parti. On a beau vouloir se tenir à l’écart des « événements », rien n’y fait, dans une guerre civile, personne n’est neutre. Vous êtes d’un camp ou de l’autre même si vous ne le savez pas, ne le croyez pas ou ne le voulez pas. Et si, par malheur, votre femme a la mauvaise idée de vouloir accoucher au-milieu de cette nuit tragique de la San Camilo 1936, ne foncez pas tête baissée dans la rue pour quérir la sage femme qui vit à trois rues de là. Vous n’y arriverez jamais, car un homme qui court dans la rue pendant une guerre civile a forcément quelque chose à se reprocher. Il ne verra jamais sa fille. A Madrid en 1936, cet homme en pyjama est forcément un fasciste qui mérite les deux balles qu’il a reçues dans le dos. A Burgos, ça devait être un bolchevique.

Dieu nous préserve d’une guerre civile !

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La ruche
  17 novembre 2013
La ruche de Camilo José Cela
La Ruche, parce que le roman tourne autour de la figure de Dona Rosa, mais ça aurait pu s'appeler La fourmilière tant la ribambelle de personnages est foisonnante!

Je suis sortie de cette lecture étourdie et étonnée par la société que l'on voit défiler dans l'immeuble, le café et la rue. 1942 à Madrid, c'est un monde de faux-semblants, des destins contrariés, des engagements dangereux..

Un roman rythmé et profond, sur fond de peuple divisé et de violences. Une sorte de grouillement de vie sous une chape de silence, du burlesque et de la folie.
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La famille de Pascal Duarte
  30 décembre 2015
La famille de Pascal Duarte de Camilo José Cela
La Familia de Pascual Duarte

Traduction : Jean Viet

Présentation : Albert Bensoussan



ISBN : 9782020306485



Petit livre qui, en édition de poche, ne fait que cent quarante-cinq pages, "La Famille de Pascual Duarte", premier roman de son auteur qui n'avait alors que vingt-six ans, provoqua un grand scandale à sa parution en 1942, dans l'Espagne franquiste. On ne peut pourtant pas dire qu'il y soit question de politique et les personnages cléricaux qu'on y croise sont en général représentés de manière positive. Pourquoi dans ce cas un tel tollé officiel - et une telle admiration occulte ?



Eh ! bien, parce que l'on s'aperçoit très vite - en tous cas de nos jours mais les lecteurs des années quarante, encore tout secoués par la Guerre civile et perdus eux-mêmes dans un monde extérieur où la Mort régnait du Pacifique à l'Atlantique, en eurent certainement la prescience même s'il leur était peut-être impossible de l'exprimer clairement - que ce roman est la confession d'un psychopathe, d'un homme qui se dit poursuivi par une mauvaise étoile ensanglantée mais qui, si l'on fait fi de la tendance quasi générale de l'être ibérique (et méditerranéen) à monter pour un rien sur ses grands chevaux (tendance d'ailleurs admise par le héros lui-même), prend goût à cette destinée de malheur et de crime. Duarte n'est pas né par hasard sous une mauvaise étoile : il a recherché une étoile maudite pour naître juste sous ses rayons.



Duarte, qui a des origines portugaises par son père, est pourtant un assez joli garçon, pas bête du tout et qui ne rechigne pas à la besogne si on lui en propose. Evidemment - ce mot-là, vous l'attendiez, n'est-ce pas ? mais hélas ! il est presque toujours là quand on se penche sur la destinée d'un tueur (ou d'une tueuse) - le petit Pascual n'a pas vraiment eu une enfance heureuse. Le père buvait, la mère se disputait avec lui, les coups pleuvaient, les querelles éclataient, aussi nombreuses que variées : la violence au quotidien. Pascual a une soeur, Rosario, sans doute la personne qu'il aimera le plus (et sans ambiguïté sexuelle, un peu comme il aurait aimé un jumeau), qui choisira le métier de prostituée dès ses quatorze ans afin de s'évader de leur sinistre quotidien. Et un petit frère, Mario, assez "lent" pour le dire avec la délicatesse voulue, enfant aimable et souriant par ailleurs, dont les cochons de la petite ferme mangeront les oreilles alors qu'il n'avait que quatre ans et qui ne vivra guère vieux - tant mieux, la vie n'est pas pour les faibles, surtout quand ils n'ont pas grand monde pour les défendre.



Pascual, lui, grandit plutôt bien mais c'est un impulsif et - la chose est amenée de manière extrêmement subtile - on perçoit tôt l'attirance qu'il éprouve envers le sang, la tristesse, la Mort - le crime. Le roman constitue ses "Mémoires", mémoires qu'il compose dans sa cellule, pendant les mois qui le séparent de l'exécution finale (par garrot, cette horrible coutume espagnole) pour cause de matricide. Ils sont précédés par une "Note du Transcripteur" et la lettre d'accompagnement de Duarte lui-même à un ecclésiastique qui se montra particulièrement bon envers lui, et s'achèvent par cette phrase du Transcripteur qui reprend la main : "Que pourrais-je ajouter pour mon compte aux paroles de ces messieurs ?"



Le procédé, loin d'embrouiller le texte (ce qu'il eût peut-être fait si celui-ci eût été plus long), simplifie au contraire l'analyse du caractère du héros. C'est très tôt, je le répète, qu'on comprend que Pascual Duarte a une fascination pour l'acte de frapper, d'enfoncer, de tuer. L'étrange - et courte - scène durant laquelle il abat sa chienne, Etincelle, qu'il aimait pourtant très sincèrement mais parce qu'elle semblait le regarder à ce moment-là comme "un confesseur", résume à merveille l'âme du livre. Duarte ne saurait l'expliquer ainsi mais le Mal le domine - et ceci même quand il n'est pas vraiment sous l'effet d'une crise de colère. Il aime tuer, il le sent, il ne comprend pas ce besoin mais il se sait (ou se croit) damné pour l'Eternité.



Ce qui fait que, même s'il n'est pas question là-dedans de la Guerre civile (ou alors très, très vaguement et sans aucune préférence idéologique) et si le clergé est considéré de manière très bienveillante, comme on le concevait avant Franco et comme on le concevra après, "La Famille de Pascual Duarte", bien que, dès le titre, il pointe du doigt l'influence de l'enfance tourmentée du héros sur sa vie d'adulte, rejoint en quelque sorte le fameux "¡ Viva la Muerte !" que le général Millán-Astray lança à Miguel de Unamuno.



Ce roman concis et qui préfère sous-entendre qu'affirmer marque la fascination ibérique pour le sang et la Mort de la même manière que la corrida, tenue pour un art (et qui, sous certains aspects, si l'on respecte certains codes, l'est bel et bien) ET une boucherie. Planant sur chaque page du roman, l'ombre du Destin qui accompagne aussi bien l'animal que l'homme dans l'Arène : c'est ainsi, on ne peut y échapper. L'eût-il voulu que Pascual (qui s'en fait, pourtant, des promesses de ne pas recommencer ) n'aurait pu échapper à sa destinée. Il devait tuer.



Maintenant, tuer sa mère, c'est quand même énorme, dira-t-on. Mais la mère de Pascual ne l'aime pas, lui a très rarement manifesté de la tendresse et le considère elle-même comme un être à part, différent, "maudit." A la limite, elle eût préféré que la Mort emportât Pascual et non le petit Mario. Et cette haine larvée de la Mère, qui rappelle le théâtre antique dans une région sur laquelle il a de toutes façons eu une réelle influence, est comme l'épée de Flammes avec laquelle l'Ange vengeur biblique poursuit des personnages que Jéhovah lui-même a, il fil faut bien l'avouer, poussés au crime. En bref, Pascual Duarte est acculé à tuer sa mère comme, si l'on doit en croire la Bible, Caïn le fut mais pour Abel. Dans les deux cas, pour arriver à ses fins horribles, le "Dieu des Armées" utilise la faiblesse centrale de l'assassin : Pascual aurait souhaité que sa mère l'aimât et le protégeât, déjà de lui-même, et Caïn ne désirait rien tant que de voir son offrande acceptée avec autant de bienveillance par Yahveh que l'avait été celle de son frère.



Du coup, le lecteur est amené à se poser la question bien normale : dans ces deux histoires, qui, finalement, est le vrai responsable ? ...



Une réponse que le régime franquiste, la société qu'il protégeait et qui l'avait aidé à obtenir et à conserver le pouvoir, sans oublier tant et tant de siècles d'une rigidité religieuse qui fit prospérer l'Inquisition ne pouvait tolérer.



Et pourtant, même si Cela renia un certain moment le régime du Caudillo, il s'était bel et bien battu pour lui. Censuré par les autorités littéraires franquistes, il trouva le moyen de travailler lui-même en tant que ... censeur et il reste, indiscutablement, l'écrivain qui ressuscita la littérature espagnole en créant, à partir de "La Famille de Pascual Duarte", un genre nommé "tremendismo", qui accumule les personnages bizarres, amputés, etc ... et les détails les plus sordides d'existences qui ne sont guère aisées et se rapprochent le plus souvent d'une simple vie végétative. Répétons-le, en effet, Duarte n'a pas réellement conscience de son goût pervers - inné ou non, c'est à ses parents de nous le dire - pour le meurtre, le sang, la Mort. C'est quelque chose d'instinctif, d'animal que seuls ses efforts de conscience et d'intelligence lui permettent en définitive de reconnaître comme tel.



Camilo José Cela est donc un auteur espagnol à découvrir, si vous vous en sentez le courage. Il a écrit bien d'autres romans dont "La Ruche" en 1954, qui nous brosse un portrait saisissant de la vie dans le Madrid de Franco (contrairement à l'intrigue de "La Famille ...", vous trouvez là-dedans plus de trois-cents personnages) sans oublier, pour les amateurs de stylistes comme l'Irlandais James Joyce et / ou de William Faulkner, le roman "San Camilo - 1936", qui sortit en 1969.



Bref, un auteur important, une figure de la vie littéraire ibérique et que nous relirons certainement en 2016 puisque je vous annonce dès aujourd'hui que nous continuerons l'an prochain notre "Tour d'Espagne" littéraire si compromis par cette (censurée ) année 2015.



Et bien entendu, si vous voulez déjà faire sa connaissance et si ce que j'ai pu écrire de son premier roman vous intéresse, lisez dès maintenant "La Famille de Pascual Duarte" : sec, raffiné cependant, une merveille de non-dits et, déjà, un sacré tempérament d'écrivain. ;o)

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La famille de Pascal Duarte
  21 janvier 2018
La famille de Pascal Duarte de Camilo José Cela
Il s'agit de mémoires d'un condamné à mort, qui a du temps en prison en attendant son exécution. Donc il se rappelle sa vie, et bien sûr les raisons qui l'ont amené là où il se trouve. Enfance très dure, les malheurs qui s'accumulent, aucun espoir finalement d'arriver à une vie satisfaisante. Et une étrange attirance pour la violence et pour le fait de tuer, comme l'épisode de la chienne le montre.



Je n'ai vraiment pas été séduite par ce livre, que j'ai trouvé artificiel au possible. Le sentiment de fatalité qui devrait être présent ne m'a pas paru frappant, on ne comprend pas vraiment ce qui pousse Pascal à tous ces meurtres, sauf peut être le premier, mais le plus chargé symboliquement, celui de la mère, arrive là tout d'un coup sans que l'on sache vraiment pourquoi, alors qu'il devrait être le noeud du roman. Et toute cette enfance misérable ne m'a jamais parue convaincante, ils sont très pauvres et à certains moments ils ont de l'argent, par exemple pour le voyage de noces de Pascal, c'est incohérent.



Je crois que je ne suis pas entrée dans l'univers de Camilo José Cela, j'ai trouvé un côté très racoleur à ce livre, la misère avec des détails très sordides, comme les oreilles du petit frère mangées par un cochon, le personnage ne m'a pas vraiment intéressé, on ne sait finalement pas ce qu'il pense, Pascal de tout ce qui lui arrive, et les incohérences du récit, surtout vers la fin où on ne comprend pas vraiment ce qui s'est passé m'ont lassé. Je me suis sentie manipulée par l'auteur, qui nous laisse penser qu'il va nous raconter un certain type d'histoire et qui finalement ne tient pas ses promesses.
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La ruche
  04 février 2016
La ruche de Camilo José Cela
La Colmena

Traduction : Henri L. P. Astor

Préface : José María Castellet



ISBN : 9782070707720



Le nombre de personnages que l'on voit ou dont on entend parler dans "La Ruche" a toujours fait sinon polémique, certains ergotant avec plus ou moins de mauvaise foi sur leur nombre précis, en tous cas plongé le lecteur digne de ce nom dans une phase de béatitude admirative ... ou agacée. Mais attention ! "La Ruche" est bien un roman, axé sur cinq chapitres et un épilogue, lesquels se présentent un peu comme des alvéoles. Dans chacune d'elles, un groupe de personnages (principaux, secondaires ou simples utilités) dont beaucoup se croisent et s'entrecroisent avec les occupants des cinq autres alvéoles, la première marquant le début du livre dans le café que tient doña Rosa, veuve, obèse, barbichue, grande gueule, plutôt stricte en affaires mais dans le fond assez sympathique. Chien qui aboie ne mord pas, dit-on et, dans le cas de doña Rosa, c'est vrai que, si elle s'étrangle d'aboiements du début jusqu'à la fin de la journée, au point que toute sa clientèle se trouve toute perdue lorsque, d'aventure, la terrible femme ne se risque qu'à quelques mots amers et à quelques ricanements de l'ouverture jusqu'à la fermeture de son établissement, elle mord rarement. Parfois, elle fait suivre un client qui n'a pas payé ou s'est montré malpoli (enfin, selon elle) par l'un de ses serveurs afin qu'il règle l'affaire mais en général, ledit serveur, tout en racontant la façon épouvantable dont il a roué de coups le malotru et l'a pratiquement laissé fin prêt pour les Urgences, s'est contenté de suivre un peu le réprouvé en question en échangeant au besoin avec lui une cigarette ...



"La Ruche", c'est comme la Vie et, forcément, comme dans l'existence, on y trouve de tout . Des thèmes comme l'homosexualité par exemple (avec la mère de l'un des membres du couple gay que l'on retrouve étranglée dans son lit, une serviette éponge autour du cou), les relations sexuelles souvent adultères ou illicites au regard de la Loi mais clairement explicites à ceux du lecteur, et plus encore les mutations qui bouleversent la société madrilène de l'époque (l'action se situe en 1942) au lendemain de la Guerre civile, alors que les Allemands tiennent toujours dans les steppes russo-asiatiques, allaient donc interdire de parution ce roman-clef de son auteur dans son pays natal jusqu'en 1963. Et c'est "en exil", en 1951, que "La Ruche" fut éditée pour la première fois, à Buenos Aires, en Argentine, avec un succès immédiat.



Ignoré par la plupart des lecteurs français qui ne lisent que les best-sellers ou les nouveautés, même si celles-ci ne valent pas grand chose, José Camilo Cela, qui s'était déjà fait remarquer avec "La Famille de Pascual Duarte" quelques années plus tôt, est l'un de ces auteurs qui, bien qu'ayant accepté de vivre sous Franco, entendait écrire comme il le désirait et faire renaître une littérature espagnole qui, depuis la Génération de 1898 (grosso modo), avec des auteurs comme, par exemple, Pío Baroja, faisait désormais, et malgré l'éclat sans conteste de sa jeunesse passée, plus du "sur-place" qu'autre chose. Le plus étonnant, et ce qui prouve sans doute le mieux la valeur de cet écrivain, c'est qu'il y est parvenu et que des auteurs contemporains, de langue ibérique ou pas, le saluent comme un maître.



Dans "La Ruche" (moins toutefois que dans "La Famille de Pascual Duarte"), le récit demeure assez linéaire et l'auteur ne cherche visiblement pas à imposer un style particulièrement déconstruit ou novateur. Il prend ses personnages, leur donne vie et les fait nous raconter l'histoire d'une Espagne déboussolée, qui se cherche encore (et se cherchera encore longtemps). Dans le viseur de l'écrivain, les gens de la petite bourgeoisie et des classes moyennes inférieures, pauvres, voire très pauvres. Cela, qui en a vu d'autres à cette époque, n'hésite pas à nous évoquer le trafic d'enfants qui se fait par exemple dans la capitale. Si le petit gitano de six ans qui danse jusqu'à 2 heures du matin par les rues pour pouvoir consommer son seul "repas" de la journée dans une gargote d'habitués avant de s'étendre sur le trottoir, sous un pont, avec d'autres membres de sa "famille" gitane et de repartir, dès sept heures le lendemain, pour retourner chanter, danser - et gagner sa pauvre petite existence - sait se méfier des messieurs trop gentils, il n'en est pas de même pour tous. Et puis, la Guerre est passée par là. Beaucoup d'orphelins sont restés sur le pavé ou à la charge d'un parent souvent pauvre qui finit par les vendre à un réseau, voire à un notable, telle la petite fille, Cristina, que sa tante vend tout simplement à un riche médecin pédophile dont on peut penser qu'il dirige lui-même une filière dont il entend faire profiter à bon prix ses "amis."



Dans cette Espagne où Franco, certes, l'a emporté mais dans cet univers qui vit toujours de tickets de rationnement et où la stabilité demeure encore menacée par la Seconde guerre mondiale, demain est loin d'être sûr. On ne sait plus trop qui est qui, le travail est rare, l'argent encore plus et, si l'on vend les enfants, les femmes (et les hommes) n'hésitent pas à se prostituer. Il y a bien quelques privilégiés mais ils sont rares. Ainsi, nous croiserons peu de représentants de la classe ouvrière et encore moins de notables vraiment riches. Ceux que nous a dénichés l'auteur sont, eux aussi, sur la corde raide. Ils le savent et se doivent tout de même de travailler même si leur situation financière est moins inquiétante que celle, par exemple, de Melle Elvira, une cliente de doña Rosa qui, grâce au ciel, a su gagner la sympathie de la patronne de café. Songez que, très, trop souvent, le "dîner" de Melle Elvira, qu'elle prend en lisant quelques pages des "Mystères de Paris" d'Eugène Sue, ne se compose que de quelques châtaignes chaudes ou tièdes, seul aliment consistant qu'elle ait pu s'acheter auprès d'une marchande des rues. Tout ça dans une chambre si peu chauffée que la malheureuse entasse tous ses vêtements sur le lit pour pouvoir dormir un peu ...



Oh ! rassurez-vous, Camilo José Cela est à dix-mille lieues du pathos ou du mélo . Lui, il raconte. Aussi simplement que possible. Avec des touches d'ironie qui aident à faire passer l'affaire, soit en soulignant le désespoir de l'époque, soit en le tournant en ridicule. Avec réalisme aussi, mais un réalisme qui ne frôle jamais les périlleux abîmes de l'excès. De temps à autre, il donne la parole à l'un de ses personnages principaux en nous invitant, pour un temps, dans ses pensées les plus intimes. Mais c'est assez rare sauf, peut-être, en ce qui concerne Manuel Marco, notre "fil rouge" qui se glisse d'alvéole en alvéole, poète et anarchiste, bien entendu mais qui se garde en principe de faire de la politique. Enfin, c'est ce qu'il affirme . Pourtant, un soir, dans la nuit madrilène, il subit un contrôle d'identité et, sans que Cela se montre vraiment précis sur la question, à partir de là, il devient comme un homme traqué qui fait les manchettes des journaux.



Mais pourquoi ? Pour le meurtre de doña Margot, la mère du quinquagénaire homosexuel - avec laquelle il ne semble pourtant n'avoir jamais entretenu de rapports ? Ou parce que le policier de la veille, prêt à faire du zèle ou tout à fait de bonne foi, le soupçonne d'amitiés "rouges" ?



Il y a des ellipses dans "La Ruche", ellipses probablement souhaitées par son auteur. Deux ou trois personnages apparaissent, qui donnent l'impression de devoir par la suite tenir leur partie, mais qu'on ne reverra plus dès la moitié du livre sans savoir dans quels gouffres elles ont disparu. On les croirait surtout destinées à renforcer ce climat ambigu, glauque, dangereux (pour tous, sauf pour les "huiles", et encore y avait-il des rivalités au sein même des gouvernants) que Cela nous dépeint sans avoir vraiment l'air d'y toucher. On croirait qu'il était là par hasard, qu'il a vu par hasard et qu'il a pris des notes parce qu'un écrivain, c'est plus fort que lui, tout lui fait bois.



Aux admirateurs, aux simples connaisseurs de la littérature espagnole et hispanique et de toute la culture qu'elle recouvre, "La Ruche" est un livre que je recommanderai avec enthousiasme de déguster dans les règles. Après tout, ce "Petit Tour Du Monde Par Les Livres" est fait pour ça : découvrir des auteurs pour nous inconnus mais qui ont laissé leur empreinte, qu'on l'apprécie ou pas, dans l'univers littéraire de leur pays. Or José Camilo Cela est sans conteste l'un des chefs de file de cette littérature hispanophone qui va se régénérer après la Guerre civile, grâce et malgré le Franquisme, régime ô combien ambigu, nous le découvrons de plus en plus aujourd'hui, avec le recul dont le Temps et l'Histoire patinent toute chose.



Ergo, si vous aimez l'Espagne, sa langue et le monde qu'elle a engendré hors du Vieux Continent, jetez un coup d'oeil à José Camilo Cela : il en vaut, croyez-moi, largement la peine. :o)
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La famille de Pascal Duarte
  19 juillet 2016
La famille de Pascal Duarte de Camilo José Cela
De longs extraits traduits, il y a longtemps pendant les cours d'espagnol, (un long chemin comme un jour sans pain... ) puis une lecture récente en espagnol puis en français.

Un roman âpre, violent, vénéneux, lecture intégrale douloureuse où le"tremendismo" prend tout son sens.
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La famille de Pascal Duarte
  12 décembre 2013
La famille de Pascal Duarte de Camilo José Cela
Pascal Duarte, radicalement asocial.



Un condamné à mort, Pascal Duarte, nous raconte par écrit sa vie en attendant d’être exécuté. Ce qui peut de prime abord surprendre, c’est que cet homme de l’action peu habitué à écrire nous décrit tout au long de son récit les pires atrocités sans paraître en être affecté, ému ou même troublé, alors qu’il est le principal protagoniste de cette histoire. Autour de ce récit à l’intrigue relativement simple, Camilo José Cela construit un livre où ressortent des qualités littéraires évidentes. L’auteur peut ainsi parler de la société rurale des confins de l’Espagne de la première moitié du 20ème siècle et manifester son pessimisme sur la nature humaine.



La Famille de Pascal Duarte répond à une composition parfaitement élaborée comme le montre la table des matières. On a affaire à un livre enchâssé : le récit central est précédé et suivi d’une note du transcripteur ainsi que de documents annexes permettant de mettre le témoignage en situation. Cette construction présente l’avantage de rendre cette fiction plus « crédible » et plus complète, mais aussi permettait-elle à l’auteur en 1942 de se désolidariser du texte et de n’apparaître que comme le simple véhicule d’une réalité qui lui est extérieure et qu’il ne contrôlerait pas. Cette grosse ficelle n’a pas empêché La Famille de Pascal Duarte de faire scandale lors de sa parution et d’être censuré … alors que le transcripteur du texte avait annoncé avoir déjà supprimé les parties insoutenables du texte, titillant ainsi l’imagination compensatrice du lecteur !



Ce scandale de 1942 provient à mon avis de deux facteurs : l’amoralité de Pascal Duarte et l’inefficacité des institutions de la société à le remettre dans le droit chemin. D’une part, le personnage principal se caractérise par sa froideur, son détachement et finalement son inhumanité face aux actes horribles qu’il voit puis qu’il commet, et c’est en cela qu’explose son amoralité, son ignorance complète de la mise en pratique de toute morale. D’autre part, toutes les composantes de la société que sont le village, la famille, la religion ou la prison ne semblent pas avoir d’influence significative sur la conduite du « héros » qui continue son chemin sans autres bornes que sa volonté immédiate, ses intérêts et ses instincts. A sa façon, il remet en cause les fondements de la société de son époque.



Enfin, par son roman, Cela laisse entrevoir son pessimisme sur la nature humaine. De nombreuses occurrences font référence à la fatalité, à la malédiction, à un certain déterminisme qui semblent indiquer que même s’il le voulait, Pascal Duarte ne pourrait pas s’amender, s’améliorer, il affirme être la marionnette de forces qui le dépassent, d’un destin qui décide en dehors de lui, de sa volonté et qui pourrait expliquer sa très relative « innocence ». En ce sens, l’auteur cherche peut-être à nous montrer une certaine forme de la tragédie de la condition humaine.



En ce qui me concerne, je ne trouve pas ce roman de Cela parfaitement convaincant même s’il est bien mené, les faits décrits étant souvent trop exagérés et leur accumulation trop peu crédible pour ressentir une certaine proximité avec le narrateur. La Famille de Pascal Duarte me fait irrésistiblement penser à L’Etranger de Camus avec des problématiques proches mais des moyens littéraires très différents. Il est à remarquer que ces deux livres sont pratiquement contemporains et traduisent certainement un sentiment diffus dans l’air du temps des années 1940. Un dernier point cependant, je reprocherai à Cela son titre : pourquoi inscrire la famille en tête de ce roman alors que toute l’histoire est centrée sur Pascal Duarte ? Est-ce une façon de le déresponsabiliser ? Si un babélionaute peut répondre à cette question, je lui en serai très reconnaissant.

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