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Note moyenne 3.88 /5 (sur 53 notes)

Nationalité : États-Unis
Né(e) à : Allentown, Pennsylvanie , le 03/07/1986
Biographie :

Carmen Maria Machado est une auteure, essayiste et critique littéraire.

Elle est titulaire d'un MFA de l'Iowa Writers' Workshop.

Son premier recueil de nouvelles, "Son corps et autres célébrations" ("Her Body and Other Parties", 2017) a été finaliste du National Book Award de fiction 2017 et a reçu de nombreux prix dont le prix John Leonard 2017 décerné par le National Book Critics Circle.

En 2018, elle a été écrivaine en résidence à l'Université de Pennsylvanie

son site : https://carmenmariamachado.com/
Twitter : https://twitter.com/carmenmmachado?lang=fr

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Carmen Maria Machado: "Her Body and Other Parties" | Talks at Google


Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
JustAWord   16 février 2020
Son corps et autres célébrations de Carmen Maria Machado
Notre fils n’en finit pas de grandir. Il a huit ans, dix ans. Au début, je lui lis des contes de fées — les très anciens, pleins de douleurs, de mort et de mariages forcés qui s’étiolent comme des feuillages jaunis. Il pousse des pieds aux sirènes et ça fait rire. Les méchants cochons repentis quittent de grands banquets sans avoir été mangés. Les vilaines sorcières partent du château et s’installent dans des chaumières où elles passent leurs journées à peindre des portraits de créatures des bois.

En grandissant, cependant, il commence à poser trop de questions. Pourquoi ils ne mangent pas le cochon, alors qu’ils ont si faim et qu’il a été si méchant ? Pourquoi la sorcière a-t-elle le droit de s’en aller du château après avoir été aussi affreuse ? Et l’idée de nageoires transformées en pieds étant trop atroce, il la rejette catégoriquement après s’être coupé la main avec une paire de ciseaux.
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Charybde2   30 août 2021
Dans la maison rêvée de Carmen Maria Machado
La Maison rêvée à la manière picaresque

Avant de rencontrer la femme de la Maison rêvée, je vivais dans un minuscule trois-pièces à Iowa City. La maison était foutraque : appartenant à un propriétaire peu scrupuleux, elle se dégradait lentement, était pleine de détails hétéroclites et cauchemardesques. Il y avait une pièce au sous-sol – que mes colocataires et moi avions baptisée la salle des meurtres – peinte en rouge sang du sol au plafond, équipée d’une trappe secrète et d’un téléphone fixe hors d’usage. Ailleurs au sous-sol, un système de chauffage lovecraftien projetait ses longs tentacules dans le reste de l’habitation. Par temps humide, la porte de l’entrée gonflait dans son cadre et refusait de s’ouvrir, pareille à un oeil au beurre noir. Le jardin était immense, piqueté d’un brasero et bordé de sumac vénéneux, d’arbres et d’une barrière pourrie.

Je vivais avec John, Laura et leur chat, Tokyo. Ils formaient un couple ; anciens Floridiens aux jambes longues et au teint pâle qui étaient passés par une fac hippie et avaient débarqué dans l’Iowa pour leur second cycle universitaire. L’incarnation de la démesure et de l’excentricité de la Floride et, au bout du compte, la seule chose qui dans l’après-Maison rêvée sauverait la Floride à mes yeux.

Laura ressemblait à une ancienne starlette de cinéma avec ses yeux écarquillés et son style éthéré. Elle était sèche, dédaigneuse et férocement drôle ; elle écrivait de la poésie et poursuivait ses études en science des bibliothèques. Elle se sentait une âme de bibliothécaire, de sage passeuse d’un savoir public capable de vous conduire là où vous deviez être. Quant à John, il ressemblait à un prof excentrique aux faux airs de rocker grunge qui aurait découvert Dieu. Il préparait du kimchi et de la choucroute dans d’énormes bocaux qu’il surveillait sur le plan de travail de la cuisine avec la maniaquerie d’un savant fou ; un jour il m’a raconté l’intrigue d’À rebours avec force détails, notamment sa scène préférée, celle où le vil et excentrique antihéros incruste de bijoux exotiques la carapace d’une tortue et la pauvre bête, « qui n’avait pu supporter le luxe éblouissant qu’on lui imposait », meurt sous le poids de sa chape. La première fois que j’ai rencontré John, il m’a dit : « J’ai un tatouage, tu veux voir ? » J’ai acquiescé. « OK, tu vas peut-être penser que je vais te montrer ma bite mais, promis, c’est pas ça. » Il a soulevé son short haut sur sa cuisse, révélant le tatouage artisanal d’une église, dessinée à l’envers. « C’est une église à l’envers ? » ai-je demandé. Il a souri en haussant plusieurs fois les sourcils – non pas lascivement, mais par pure espièglerie – et a répondu : « À l’envers de quel point de vue ? » Un jour, alors que Laura sortait de leur chambre vêtue d’un short en jean et d’un haut de bikini, John a posé sur elle un regard où se lisait un amour simple et véritable, puis a déclaré : « Toi, je veux creuser un puits en toi. »



Tel un picaro au féminin, j’ai passé l’âge adulte à aller de ville en ville, me liant à des âmes attentionnées à chaque étape ; un groupe de protecteurs qui ont pris soin de moi (les plus doux des protecteurs, les plus précieux des protecteurs). Ma copine Amanda de l’université, qui fut ma colocataire jusqu’à mes vingt-deux ans et dont l’esprit aiguisé et logique, le caractère imperturbable et l’humour pince-sans-rire accompagnèrent mon passage d’adolescente compliquée à jeune adulte perturbée. Anne, une joueuse de rugby à la chevelure rose, la première fille végétarienne et lesbienne que je rencontrai, qui chaperonna mon coming out en bonne fée gay. Leslie, qui m’aida à traverser ma première rupture douloureuse grâce à du brie, du vin pas cher et de bons moments avec ses animaux, notamment un pitbull trapu au pelage marron nommé Molly qui me léchait le visage jusqu’à ce que je sois prise d’un fou rire incontrôlé. Celles et ceux qui ont lu et commenté mon blog sur LiveJournal, tenu consciencieusement de mes quinze à mes vingt-cinq ans, déballant mes états d’âme à une improbable bande de poètes, de queers paumés, de programmeurs, de rôlistes et d’auteurs de fanfiction.

John et Laura étaient ainsi. Toujours présents, intimes l’un avec l’autre d’une certaine façon et intimes avec moi d’une autre, comme si je faisais partie de leur famille. Ils ne veillaient pas sur moi, pas vraiment ; ils étaient déjà les héros de leurs propres histoires.

Mais cette histoire-ci ? Celle-ci n’appartient qu’à moi.
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Charybde2   30 août 2021
Dans la maison rêvée de Carmen Maria Machado
La Maison rêvée à la manière d’une non-métaphore

Je présume que tu as entendu parler de la Maison rêvée ? C’est, comme tu le sais, un lieu qui existe réellement. Elle se tient debout non loin d’une forêt, à la lisière d’une étendue d’herbe. Elle a des fondations, mais si le bruit court que des morts y ont été enterrés, il faut sans doute n’y voir qu’une fiction. Il fut un temps où une balançoire pendait à une branche d’arbre mais il n’en reste rien à présent, hormis une corde pourvue d’un nœud solitaire qui oscille au gré du vent. Tu auras sans doute entendu des histoires au sujet du propriétaire, crois-moi, c’est un tissu de mensonges. Après tout, le propriétaire n’est pas un homme, mais une université tout entière. Une minuscule ville de propriétaires ! Peut-on imaginer une chose pareille ?

La plupart de tes hypothèses sont correctes : elle possède des planchers, des murs, des fenêtres et un toit. Si tu imaginais qu’il y a deux chambres, tu as raison, et tort. Qui peut dire qu’il n’y en a que deux ? Toutes les pièces peuvent être une chambre : pour cela il suffit d’un lit, et encore. Y dormir suffit. Seul l’habitant décide de la fonction d’une pièce. Nos actes ont plus de poids que les intentions des architectes.

Si je parle de tout cela, c’est parce qu’il est important de se souvenir que la Maison rêvée existe bel et bien. Elle est aussi réelle que le livre que tu tiens entre tes mains, en revanche elle est nettement moins terrifiante. Si je le voulais, je t’indiquerais l’adresse et tu pourrais t’y rendre en voiture, t’asseoir devant cette Maison rêvée et imaginer les événements qui se sont déroulés entre ses murs. Je te le déconseille. Mais libre à toi. Personne ne t’en empêchera.
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Taraxacum   22 octobre 2021
Son corps et autres célébrations de Carmen Maria Machado
Je l'ai appelée deux jours plus tard, n'ayant jamais cru aussi profondément au coup de foudre et au destin. Lorsqu'elle a ri à l'autre bout du fil, quelque chose en moi s'est ouvert et je l'ai laissé entrer.
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JustAWord   16 février 2020
Son corps et autres célébrations de Carmen Maria Machado
Debout devant la casserole vide, je me suis sentie fatiguée. Fatiguée des femmes ultra-minces à l’église qui gazouillent en se touchant le bras et le disent que j’ai une belle peau, et aussi de devoir traverser les pièces en pivotant sur les hanches comme si je progressais le long d’une rangée de spectateurs au cinéma. Fatiguée de l’éclairage fade, implacable des cabines d’essayage ; fatiguée de me regarder dans le miroir, d’attraper des vêtements que je déteste, de les lever et de les tenir serrés avant de les lâcher ; fatiguée que tout soit douloureux.
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ChezLo   09 août 2021
Dans la maison rêvée de Carmen Maria Machado
"T'étais passée où, putain ?"



Tu lui racontes que tu as rencontré aux toilettes cette femme qui s'est ouverte à toi, que tu ne pouvais pas lui écrire parce que tu ne voulais pas l'interrompre. Tu te dis que tes explications désamorceront sa colère - tu penses même qu'elle va s'excuser - mais, contre toute attente, elles la rendent folle de rage. Elle continue de marteler le tableau de bord. "T'es qu'une foutue petite conne égoïste, comment oses-tu sortir du bâtiment sans prévenir ?" Chaque fois que tu mentionnes la femme, elle crie de plus belle. Tu te gares à quelques rues de chez vous.



"Ne me parle pas sur ce ton", dis-tu. Puis, sous le choc, tu fonds en larmes. "Je devais prendre une décision, et je pense vraiment avoir fait le bon choix."



Elle détache sa ceinture de sécurité et se penche à ton oreille. "T'avise pas d'écrire là-dessus. Je te l'interdis. Tu m'as bien comprise ?"



Tu ignores si elle parle de la femme ou d'elle, mais tu hoches la tête.



La peur nous pousse tous au mensonge.
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rkhettaoui   15 octobre 2019
Son corps et autres célébrations de Carmen Maria Machado
Elle me fascine, c’est tout ce que je peux dire. Elle est accommodante, mais pas à la manière dont je l’étais – dont je le suis. Elle est comme de la pâte, avec une façon de se laisser pétrir qui masque sa robustesse, ses propriétés. S’il m’arrive de détourner les yeux puis de la regarder à nouveau, elle a l’air d’avoir doublé de volume.
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rkhettaoui   15 octobre 2019
Son corps et autres célébrations de Carmen Maria Machado
Ce n’est pas à la fille d’apprendre les choses à son petit ami, normalement, d’ailleurs je ne fais que lui montrer ce que je veux, ce qui se joue au-dedans de mes paupières quand je m’endors. Il finit par saisir sur mon visage l’ombre du désir qui me traverse et je ne lui interdis rien. Quand il me dit qu’il veut ma bouche, la profondeur de ma gorge, j’apprends à réprimer les haut-le-cœur et je l’absorbe entièrement alors que se répand une saveur salée qui me fait geindre. Quand il me demande quel est mon pire secret, je lui parle du professeur qui m’a cachée dans l’armoire en attendant le départ des autres élèves pour ensuite m’obliger à le toucher, de mon retour à la maison, où je me suis récuré les mains jusqu’au sang avec un tampon métallique, un souvenir qui fait vibrer une corde lourde de colère et de honte, et provoque des cauchemars pendant un mois, après cette confidence.
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JustAWord   16 février 2020
Son corps et autres célébrations de Carmen Maria Machado
Nous nous sommes déshabillés. Il a déroulé le préservatif et s’est laissé tomber sur moi. J’ai eu mal comme jamais. Il a joui, moi pas. Quand il s’est retiré, le préservatif était couvert de sang. Il l’a enlevé et l’a jeté. Tout mon corps pulsait. Nous avons dormi dans un lit trop étroit. Le lendemain, il a insisté pour me ramener en voiture à la résidence universitaire. Je me suis déshabillée dans ma chambre puis me suis enveloppée dans une serviette. Je sentais encore son odeur, nos odeurs réunies, et je voulais davantage. Je me sentais bien, comme une adulte qui fait l’amour de temps en temps, qui a une vie. La fille qui partageait ma chambre ma demandé comment ça s’était passé et m’a serré dans ses bras.
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rkhettaoui   15 octobre 2019
Son corps et autres célébrations de Carmen Maria Machado
Ce qui est arrivé. Disons, qui a fini par arriver. Avant cela, il m’emmène en voiture, la nuit, au bord d’un lac difficile d’accès à cause du sol marécageux. Il m’embrasse, pétrit ma poitrine, mes tétons se raidissent sous ses doigts.

Je ne suis pas vraiment certaine de ce qu’il va faire avant qu’il le fasse. Il est raide, sec et brûlant, il sent le pain et, lorsqu’il me pénètre, je crie et m’accroche à lui comme une naufragée. Son corps se colle au mien, il fonce, s’enfonce, puis se retire avant la fin et termine dans l’humidité de mon sang. Je suis fascinée, exaltée par le rythme, la perception concrète de son besoin, la précision de sa délivrance.
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