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Note moyenne 3.95 /5 (sur 10 notes)

Biographie :

née en 1968
a écrit des textes parus en revue et
« Contact » dans la collection Déplacements du Seuil – repris chez Publie.net, collection Reprint
« Saphir Analogos, travaux de terrassement du rêve » chez Publie.net
déléguée adjointe à la diffusion culturelle de la BNF

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Bibliographie de Cécile Portier   (6)Voir plus


Entretien avec Cécile Portier, à propos de son ouvrage De toutes pièces


05/10/2018

Dix ans se sont écoulés depuis votre premier livre Contact, paru au Seuil en 2008. Entre-temps vous avez continué à écrire des textes que l’on peut notamment retrouver sur votre site Petite Racine. Comment vous est venue l’envie de « faire livre » avec De toutes pièces ? Est-ce vraiment un processus d’écriture différent pour vous ?

Entre Contact et De toutes pièces, il y a deux autres livres, qui ne sont pas des romans mais des formes hybrides entre l’enquête et le récit poétique. Saphir Antalgos, travaux de terrassement du rêve, est une inspection des cartes de visites que le personnage du rêve laisse à chaque fois qu’il nous visite et travaille sur nous, avec ses multiples corps de métier. Les Longs Silences décrit la vie d’une communauté de patients dans une clinique psychiatrique. Ces deux livres sont hybrides dans leur genre, mais aussi dans leur mode d’édition, à la fois sous forme numérique et papier, chez l’éditeur Publie.net. Il y a eu aussi pendant ces dix ans bien d’autres expérimentations d’écriture : séries de textes courts sur mon site www.petiteracine.net, mais également fiction web sur notre identité numérique, mêlant textes, propositions graphiques et vidéos, avec Etant donnée, ou performances diverses.

Entre ces différentes formes, le processus d’écriture est finalement le même pour moi. Cela ne fabrique bien sûr pas le même objet, mais moi, je travaille identiquement.

Je suis même assez allergique, je dois l’avouer, aux catégorisations qu’on voit fleurir, sur « l’écriture numérique », ou pire, « l’écrivain numérique ». C’est créer de petits tuyaux, de petits milieux, qui ne disent rien de la vitalité, de l’invention, des ratages aussi, qui viennent féconder la littérature, travailler la langue là où l’homme la parle, et parler du monde dans lequel nous vivons, tout simplement. Ce n’est pas parce que les circuits économiques sont différents et que les acteurs de ces différents circuits économiques sont globalement indifférents à ce qui se passe juste à côté d’eux que l’acte d’écriture, lui, serait d’une nature différente, de s’exercer sur le web, sur une scène, ou pour créer une forme apparemment plus classique qu’on appelle le livre.

Pour moi l’écriture c’est toujours mâcher des fragments de réel - parce qu’ils sont difficilement digérables, puis les régurgiter, constater que ces déchets sont beaux, et tenter de les agencer. Il y a donc deux étapes. Une écriture par fragments, par intensité. Puis, de la couture, de la manigance, de la narration, appelez ça comme vous voulez.



Dans De toutes pièces, vous donnez la parole sous forme de journal à un curateur chargé de constituer pour un client mystérieux, un cabinet de curiosités. Il a carte blanche, et peut donc se permettre toutes les extravagances. Bien vite, ce monologue intérieur prend des allures de traité des choses en même temps que de récit de la création à travers ce « petit Dieu » qui dit avoir « rétréci le monde ». En quoi les objets constituent pour vous une matière particulièrement intéressante pour l’imaginaire, et pour une lecture du monde ?

Le monde est une avalanche. Ca nous déboule sur le coin du nez sans prévenir, il y en a beaucoup trop. On veut tout embrasser, on veut s’en débarrasser, on ne sait plus. Chacun sa méthode pour s’en sortir. Moi, prendre du recul, ça ne me réussit pas. Quand c’est en plan large, en panoramique, en surplomb, on se prend pour Napoléon, on raisonne en grosses masses, on finit par n’être captivé que par le coucher de soleil là-bas au fond, bref on s’ennuie et on fait des erreurs. De stratégie. Et de goût, aussi. Alors je préfère zoomer.

J’aime regarder de près. M’abîmer dans la contemplation active de petits détails : la dentelure d’une feuille, l’implantation des poils sur le mufle d’un hippopotame, le vitrail glauque d’une tranche de courgette coupée très fin. Quand c’est vivant et mobile, quand c’est humain surtout, peut-être ça va un peu trop vite pour moi, ça crée du flou dans mes émotions, du remous. Mais je pense quand même que c’est une position juste, politiquement et artistiquement, d’y regarder de plus près. C’est-à-dire au cœur même de l’avalanche. Et pas devant. Quand on est au cœur du mouvement, tout est beaucoup plus calme, en fait.

Ceci posé, si je puis dire, on peut en venir aux objets. Les objets sont des détails bourrés de détails, ce qui est un bon point pour eux. Dans De toutes pièces, j’ai voulu traiter les objets dans leur matérialité, leur sensualité, bien qu’elle soit toute imaginaire puisqu’aucun de ceux décrits de près ici n’a jamais été devant moi. J’ai voulu aussi les traiter comme des symptômes. Chaque objet décrit, dans sa singularité, dit pour moi quelque chose de l’état de notre monde. C’est comme une humeur que le médecin scrute, pour dire hum hum, vous êtes bilieux mon bon ami. Mais l’objet d’à côté dit autre chose encore, et la description d’où nous en sommes s’enrichit et se contredit. C’est une véritable cacophonie, il faut bien l’avouer, et c’est peut-être ça qui peut nous rendre joyeux : tant de symptômes ne peuvent pas faire seulement une maladie.


Bien vite ce personnage est dépassé par sa mission, comme absorbé par sa propre œuvre dont il devient lui-même une pièce, dans le hangar où les objets sont stockés. Vous semblez d’ailleurs faire une description assez politique de la marchandise, de la valeur qu’on lui prête et de l’emprise qu’elle peut avoir sur les êtres vivants ?

Ce personnage se prend effectivement pour le narrateur d’un projet, d’une entreprise qui est la sienne. Il prend conscience progressivement que la toute-puissance qu’il pensait avoir est illusoire. Il pensait avoir la liberté de recréer un petit monde de toute pièces. Mais cette liberté là n’est pas la sienne. Car il l’exerce dans le cadre d’un contrat truqué, une sorte de pacte faustien : il troque son intelligence, son goût pour la beauté, pour accroître la possession d’un commanditaire dont on ignore tout, sauf une chose qui apparaît de façon de plus en plus évidente : son indifférence totale à ce qui vient d’être créé, en tant que ce serait une oeuvre. Seule compte effectivement la valeur monétaire de l’ensemble, et ce qui pourrait s’en dégager de pouvoir supplémentaire.

Bien sûr que c’est politique : existe-t-il encore la possibilité de faire oeuvre de nos vies , c’est-à-dire de partager la valeur de ce qu’on a réalisé sous l’aune de la puissance, et non du pouvoir ?


Pourquoi avoir choisi de mettre en mots un rapport aussi déshumanisé entre le commanditaire et le curateur, en contact uniquement via une interface ? Et quel était l’intérêt pour vous de laisser le riche client autant dans l’ombre ?

Toute spéculation est un escamotage : celui qui voit loin et réalise les gains est celui qui se dérobe aux yeux des autres. Cela est encore plus vrai dans un monde numérique et financiarisé, bien sûr. Mais ce retrait du commanditaire a aussi pour moi une autre signification. Plus spirituelle disons.


On pense évidemment souvent à un film comme Shining, en bien moins tragique cependant. Avez-vous identifié des influences culturelles, littéraires ou non, lors du travail d’écriture ? Ou peut-être un lien direct à votre travail au ministère de la Culture ?

Ah, Shining je n’y avais pas pensé mais maintenant que vous le dites ! J’ai toujours adoré cette scène où la femme découvre que son mari, qui s’isole en permanence pour écrire et qui s’irrite si on le dérange, n’a fait que recopier indéfiniment, sur des centaines de pages, le proverbe « All work and no play makes Jack a dull boy ». C’est une image géniale de cette manie d’écrire, et du résultat qu’il faut en attendre. Une figure à prendre très au sérieux.

J’ai pensé à Joris-Karl Huysmans bien sûr. Au personnage de Des Esseintes dans A rebours. A cette idée de faire du faux plus vrai que nature et du vrai plus faux que le faux. J’ai pensé au processus de fabrication de la valeur dans certains secteurs de l’art contemporain, à cette impression désagréable que ça laisse, vaguement, de lessivage, de blanchiment. Je parle symboliquement bien entendu…


Ce serait quoi, un cabinet de curiosités parfait, pour vous ?

Un cabinet de curiosités parfait est celui à qui il manque encore des pièces pour l’être.



Cécile Portier à propos de ses lectures



Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?

Un livre tout seul, posé comme ça devant soi, si on l’aime vraiment, ça inhibe plutôt pour écrire. Chaque livre lu et aimé est indépassable. Donc je ne crois pas que ce soit un livre en particulier qui m’ait donné envie d’écrire. Les livres, il faut que ça sédimente à l’intérieur de soi, il faut du temps. C’est la boue qu’ils fabriquent en se désagrégeant, en se mêlant à la vie vécue, qui devient matière d’écriture.



Quel est le livre que vous auriez rêvé écrire ?

Tous les livres d’Henri Michaux.



Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez.



Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Par morceaux, sans doute Le Parti pris des choses de Francis Ponge.



Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

J’ai décidé de ne pas avoir honte de tous les livres que je n’ai pas encore lus « alors qu’il faudrait » car j’aurais en permanence la tête couverte de cendres. J’ai travaillé avec un grand cinéphile, qui me parlait souvent de films que je n’avais pas vu et me disait : « Quoi, vous ne l’avez pas encore vu ? Oh comme vous avez de la chance. » Je préfère cette chance devant moi que ce remords derrière. Une chance non actualisée reste toujours une chance. C’est le ticket de loterie à gratter qui n’a pas été consommé, évoqué dans le cabinet de curiosités de De toutes pièces.



Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

C’est moins une perle qu’un petit caillou, un « scrupulum », celui qu’on peut avoir parfois dans la chaussure, et vous rend inconfortable, et ne se fait jamais oublier. Ce livre en forme de scrupule, puisque c’est peut-être cela qui nous manque, à nous qui pouvons aller où bon nous semble, c’est La Société des abeilles de Dorothée Elminger, traduit en français par Lila Van Huyen (Editions d’en bas), où il est question de traversée de frontières, et de leur porosité sélective.



Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Joker sur cette question. Il y a de grands livres qui me sont tombés des mains, et certaines fois je sais très bien que c’est parce que mes mains étaient molles, pas parce que le livre était mauvais. Ce n’est pas que je considère qu’une fois qu’un livre est un « classique » il est sanctifié, mais je ne me sens pas très outillée, légitime, et motivée, pour jouer au jeu des réputations, des hommes ou des livres, de les faire et de les défaire. De mon point de vue, qui n’est que celui d’une lectrice, il y a des rencontres qui se font ou qui ne se font pas.



Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Alors je ne savais pas bien quoi répondre, je suis donc allée devant ma bibliothèque, j’ai regardé, je suis tombée sur Que ferai-je quand tout brûle ? d’Antonio Lobo Antunes, j’ai voulu le feuilleter mais il s’est ouvert tout seul à une page, où étaient coincés deux trèfles à quatre feuilles (mon fils a un don pour trouver les trèfles à quatre feuilles, on en a un peu partout), avec, bizarrement, un sparadrap qui était là aussi, et donc c’est sans doute le bon endroit pour trouver une citation fétiche, ce sera donc celle-là :

« - Rien d’important

Froisser le couvre-lit

- Presque rien

Lisser le couvre-lit

- Rien »



Et en ce moment que lisez-vous ?

Je viens de terminer Fief, de David Lopez. Et j’ai beaucoup aimé. Et là je relis Jean-Pierre Vernant, parce que ça ne peut pas faire de mal. Ensuite je voudrais lire La Rouille d’Eric Richer et Un œil en moins de Nathalie Quintane, et aussi La Ballade silencieuse de Jackson C. Frank de Thomas Giraud.



Découvrez De toutes pièces de Cécile Portier aux éditions Quidam :




Entretien réalisé par Nicolas Hecht.






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Le mercredi 7 novembre 2018, la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris - www.charybde.fr ) avait la joie d'accueillir Cécile Portier à l'occasion de la publication de son roman "De toutes pièces" chez Quidam éditeur.


Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
Aunryz   29 octobre 2015
Les longs silences de Cécile Portier
Avant d’entrer ici on passe par le service des admissions. C’est sûr que d’entrer ici, c’est difficile à admettre.



http://wp.me/p5DYAB-1ym

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Aunryz   29 octobre 2015
Les longs silences de Cécile Portier
Tous les fauteuils du salon sont organisés autour de tables basses, il n’y a pas vraiment de fauteuil isolé. S’il y a beaucoup de monde quand on arrive, il faut bien accepter de se mettre dans un cercle. Je dis cercle, car ici ce ne sont pas des groupes, et c’est pour ça qu’entre nous il y a de longs silences.



http://wp.me/p5DYAB-1ye
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brigetoun   19 juin 2012
Contact de Cécile Portier
on essaiera de faire comme si cette infidélité au fil de notre histoire n’avait pas existé. On fera comme s’il n’y avait pas eu d’aparté. Ou plutôt, si: l’aparté aura bien existé, et ce sentiment d’être étranger chez soi perdurera. Il sera même précieux. Il permettra de ne pas coller tout à fait à cette réalité-là et, de ce fait même, de mieux s’en percevoir l’acteur.
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LeCombatOculaire   01 octobre 2018
De toutes pièces de Cécile Portier
Savoir ce qu'on fait : un fatras agencé au millimètre près, avec dedans un paravent peint d'oiseaux, des bêtes à poil et à griffes, dont une loutre, pour la beauté enfin stoppée, réalisée, de sa nage, et des bocaux sur des étagères scellées dans de la menuiserie sombre aux mécanismes d'ouverture plus subtils que compliqués, s'offrant seulement aux doigts fins. Des surprises, des terreurs, des onguents, des mèches de cheveux de concubines d'un harem, type Angélique Marquise des Anges. Des planches d'anatomie exclusivement consacrées aux organes sensoriels et à leur raccordement au système nerveux central, et ainsi, une meilleure compréhension des envies de saccage. C'est une délectation un peu malsaine, très fin de siècle : le fruit de beaucoup de détournements, de toutes les concentrations décadentes du pouvoir et de l'argent.
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brigetoun   19 juin 2012
Contact de Cécile Portier
Et au cœur de la rencontre, si on y parvient, il y a ce lieu qui n’en est pas un, qui fait tout son prix. Sans mouvement et sans repos, au cœur de la rencontre il y a l’impossibilité de l’atteinte. Et le manque comme une empreinte, un souvenir douloureux.
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LeCombatOculaire   01 octobre 2018
De toutes pièces de Cécile Portier
Les neuf écrans étaient comme autant de leçons de perspective et de clair-obscur : la lumière fantomatique jouait entre des rayonnages s'amenuisant vers un point de fuite situé bien au-delà du visible. Je n'avais jamais prêté attention à cet aspect-là du métier de veilleur : se tenir devant ce dispositif, scruter, vérifier que rien ne change. Comme l'inverse d'un spectacle. Dans d'autres circonstances, peut-être, cela ressemble à une station hypnotique devant un feu, immuablement changeant. Une voiture qui passe, un piéton. Mais là, de nuit, dans ce hangar, tout est absolument toujours pareil, la lumière en reste aux mêmes angles.
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LeCombatOculaire   01 octobre 2018
De toutes pièces de Cécile Portier
Dans les couloirs de l'hôtel, pour qu'on ne se sente pas seul, et donc poursuivi, dégouline un sirop de saxophone en mélodies si connues qu'on n'en sait plus les noms. Pourtant les petits refrains vous harponnent si facilement qu'ils exigent cela de vous : donne-m'en un, reconnais-moi, date-moi, souviens-toi de la version originale de tes sentiments à l'époque où cette chanson déjà t'était imposée, rappelle-toi les envies que tu avais alors, d'étreindre ou peut-être de pleurer. Mais le nom se dérobe. C'est si défiguré. Et ce genre de mélodie se superpose si bien à d'autres innombrables, qui nous ont fait le même effet.
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brigetoun   19 juin 2012
Contact de Cécile Portier
Quelle fatigue étrange, de se retrouver face à sa propre violence, sans avoir le visage de l’autre comme support ou comme rempart. À cette querelle il manque encore comme une ponctuation, une porte claquée qu’on attend encore.
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SPQR   28 septembre 2018
De toutes pièces de Cécile Portier
Tout me semble beaucoup plus proche, et c'est normal : j'ai rétréci le monde.
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LeCombatOculaire   01 octobre 2018
De toutes pièces de Cécile Portier
De l'enfance je ne me souviens de rien d'autre : je ne notais pas. J'ai l'impression de ne pas l'avoir vécue. Il a bien fallu pourtant que j'en passe par là. Que je rechigne à manger tel plat. Que je pleurniche, que je morve, que je rêve. Que je joue, aussi. Quel petit enfant ai-je été ? Jaloux sans doute. Et des bleus sur les jambes. Et le goût du sucre sur les lèvres. Ensuite, ce ne sont qu'actions, omissions. C'est ainsi que je suis devenu sans âge. Ceci est ma démesure dont aucun mètre ne saura répondre.
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