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Note moyenne 4.43 /5 (sur 14 notes)

Nationalité : France
Né(e) le : 29/10/1966
Biographie :

Chafik Otmani est un auteur et scénariste, inspiré du réalisme de la littérature américaine du XXe siècle. On retrouve de nombreuses références cinématographiques, musicales et littéraires dans ses romans.

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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
mcd30   02 mars 2019
Randy de Chafik Otmani
Son esprit était un dépotoir d'informations étranges et une vieille citation lui revenait fréquemment à l'esprit : On ne sent la mort qu'une fois ; celui qui la craint, meurt à chaque fois qu'il y pense. A travers ses écrits, on sentait qu'il vivait dans la hantise de la mort.
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buddy66   18 mai 2019
Troubles, tome 1 : Le Visage du Sommeil - Le Piège de l'Innocence - Paranoïa de Chafik Otmani
Lorsque le corps de Fallon Whitman a été retrouvé sur la plage, Mike Sterling dormait dans sa chambre d’hôtel. Il était au Sandyport Beach Resort, un complexe 5 étoiles en bord de plage avec piscine extérieure, près de la plage de Cable Beach.

Allongé sur un lit King Size, Mike dormait d’un sommeil léger. Brusquement, il ressentit une tension dans la nuque. Il se réveilla. Il écouta promptement, cherchant à isoler le ronron de la climatisation. Quelque chose n’allait pas, quelque chose qu’il discernait, qu’il entendait presque. Il se leva, repoussant le drap qui le recouvrait. Il entendait, maintenant. Des bruits de pas, suivis d’un faible grincement. C’était à peine audible mais suffisant pour l’alerter. Quelqu’un tournait la poignée de la porte de la chambre.

- La femme de chambre, pensa-t-il.

Certainement pas. Elle ne faisait pas le ménage avant 10 heures. Qui alors ?

Il se rapprocha de la porte. Il entendait des chuchotements.

- Qui est là ? cria-t-il.

Pas de réponse.

Il ouvrit précipitamment la porte.

Le lieutenant Smith et le shérif Cody se tenaient debout devant le seuil. Le choc qu’il éprouva en les voyant le paralysa, puis il fit un pas en arrière.

- Vous êtes Mike Sterling ? demanda Smith.

- Oui.

- Lieutenant Smith. Vous êtes en état d’arrestation. Vous avez le droit de garder le silence. Dans le cas contraire, tout ce que vous direz pourra et sera utilisé contre vous devant un tribunal. Vous avez le droit de consulter un avocat et d’avoir un avocat présent lors de l’interrogatoire. Si vous n’en avez pas les moyens, un avocat vous sera désigné d’office, et il ne vous en coûtera rien. Durant chaque interrogatoire, vous pourrez décider à n’importe quel moment d’exercer ces droits, de ne répondre à aucune question ou de ne faire aucune déposition.

- Vous m’arrêtez ? Pourquoi ?

- Pour le meurtre de Fallon Whitman.

Evitant le regard du lieutenant, Mike baissa les yeux.

- Fallon, morte ? Attendez, lieutenant ! Vous faîtes erreur, je suis innocent !

- C’est ce que vous expliquerez au juge quand vous serez convoqué au tribunal.

- Je vous répète que je suis innocent !

- Des témoins de l’hôtel vous ont vu en compagnie de la victime, la nuit dernière. Vous allez nous suivre. On vous emmène au poste du shérif. Tâchez de vous habiller.

- Je veux d’abord prévenir mon avocat.

- Vous avez droit à un appel. Vous téléphonerez à votre avocat, une fois au poste.

Un carrelage d’un beige pisseux recouvrait le sol du poste de shérif. Un grand comptoir était dressé à l’entrée. Au fond, il y avait un couloir menant à deux cellules. Le bureau du shérif était sur la droite. La pièce faisait une dizaine de mètres carrés. La décoration était quelconque, quoiqu’un peu vieillotte. Des photos et des affiches mentionnant la disparition d’une dizaine de personnes étaient exposées sur le mur.

- Vous avez quinze minutes, lieutenant ! Ross sera présent dans la salle, prévint le shérif.

Durant l’interrogatoire, Mike était menotté. Ross était appuyé contre le mur sur le seuil de la cellule. Il avait sorti sa matraque en noyer de son holster et il tapait contre sa paume, comme pour vouloir s’en servir. Il était petit, trapu et court sur pattes. Et avec ça, pas peu fier de son badge. Toujours à l’astiquer du plat de la main.

- Qu’a dit votre avocat, monsieur Sterling ? demanda Smith d’une voix calme et débonnaire.

- Je le paie une fortune et il n’est jamais là quand on a besoin de lui, pesta Mike dans sa barbe.

- Désolé, mais je vais devoir vous poser quelques questions, monsieur Sterling.

- Appelez-moi, Mike.

- D’accord. Ravi de vous connaître, Mike.

Smith griffonna quelques mots sur son calepin.

- Vous écrivez quoi ?

- Désolé, c’est une habitude.

- Qu’avez-vous écrit ?

- Regard.

- C’est le truc qui vous frappe chez moi ?

- C’est juste une première impression, confirma Smith.

Il y avait une espèce de lueur dans les yeux de Mike, mais pas une à encourager vraiment la confiance du lieutenant.

- Que voulez-vous ? demanda Mike.

- Découvrir le meurtrier de Fallon Whitman.

- J’imagine que la presse a commencé à se déchaîner sur moi. La plupart des journalistes n’écrivent ni plus ni moins que ce que les lecteurs veulent entendre. Sans se donner la peine de découvrir la vérité sur ce qu’il s’est vraiment passé. Mais ça n’a plus d’importance, maintenant qu’elle est morte.

- Evidemment que c’est important ! La vérité, c’est toujours important.

- C’est peut-être important pour vous. Mais plus pour moi.

- Il vous reste dix minutes, lieutenant, dit Ross.

Le lieutenant alluma une cigarette et jeta un paquet vide.

- Vous fumez ? demanda-t-il à Mike.

- Non, merci.

- Vous m’avez l’air d’un homme instruit. D’où venez-vous, Mike ?

- J’habite à New-York.

- A quelle heure avez-vous vu mademoiselle Whitman pour la dernière fois ?

- Oh ! Il devait être une heure du matin.

- Qu’avez-vous fait avant ?

- On a dîné vers 21 heures, ensuite on a marché un peu. On a pris un dernier verre au bar de la piscine. Il devait être minuit. Après, on est rentré à la chambre.

Mike avait omis de lui faire part de leurs ébats. Mais, vu la tournure qu’ils ont pris, il préféra ne rien dire.

- Vous êtes ici en vacances ?

- Pas vraiment. J’ai participé à un séminaire qui a duré trois jours. Mon associé est reparti à New-York un jour plus tôt. Comme Fallon travaillait sur un reportage en Floride, je lui ai proposé de me rejoindre.

- Je vois.

- Cinq minutes, dit Ross.

Smith ne supporta plus de le voir là.

- Nous avons bientôt fini, dit-il.

L’adjoint au shérif a avancé sa lèvre inférieure ; on aurait dit une limace rose. Il glissa sa matraque dans son holster et s’est éloigné raide comme un piquet.

- Comment s’appelle votre associé ? demanda Smith.

- Rupert Lansbury.

Le lieutenant fouilla dans la poche de sa veste. Mike se demanda un instant s’il allait le libérer de ses menottes. Mais il sortit simplement un paquet de cigarette.

- Mike… On m’a chargé de retrouver le coupable du meurtre de cette jeune femme et je vous serais reconnaissant de m’aider.

Les mains de Mike se contractèrent. Elles étaient si engourdies qu’il ne les sentait plus. Tout son corps était engourdi.

- Lieutenant. Je vais vous donner ma version de l’histoire, mais à une condition, dit-il.

- Laquelle ?

- Que je sois libéré sous caution pendant le procès.

- Cette décision ne dépend pas de moi.

- A vous de voir.

Smith déchira le paquet de cigarette et sortit une cigarette qu’il s’empressa d’allumer.

- Je vais réfléchir.

Mike éprouva un léger soulagement.

- Je veux votre parole que vous ne raconterez rien à personne de ce que j’ vais vous dire et ce, jusqu’à la fin du procès.

Smith le regarda d’un œil calme.

- Et en échange, je vous garantis l’exclusivité, continua Mike.

Le lieutenant aspira longuement la fumée.

- Je ne suis qu’un policier, pas un journaliste.

- Vous m’avez l’air d’être un honnête homme.

Smith écrasa sa cigarette dans le cendrier.

- D’accord, finit-il par concéder.

- Votre parole ? demanda Mike.

- Je vous le promets, répondit le lieutenant en se penchant vers lui.
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mcd30   02 mars 2019
Randy de Chafik Otmani
_ Tu te souviens, maintenant ?

_ Qui est là ? demanda-t-il.

Pas de réponse.

Ces mots réveillèrent en lui de vertigineuses sensations, effrayantes au-delà de toute expression, plus effrayantes encore que les crimes horribles qu'il avait commis toutes ces années.
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buddy66   15 juin 2019
Plattsburgh incident de Chafik Otmani
Le 16 août 1989.

Hôpital Fletcher Allen Health Care de Burlington, Etat du Vermont.

La chambre était baignée d’une faible lumière. Il planait dans l’air une odeur de plâtre et de chloroforme. Une chambre d’hôpital. Un lit. Un plateau repas non-entamé posé sur une desserte, emballé dans un sac plastique transparent.

Le patient, attaché, tourna légèrement la tête vers la fenêtre. Dehors, il faisait nuit. Il commençait à ne voir plus rien. Juste son reflet – un homme au teint pâle, les traits creusés. Des voix résonnèrent dans le couloir, suivies de bruits de pas.

Un homme en blouse de médecin pénétra dans la pièce. Il avait une barbe bien coupée, des sourcils fins, et un regard doux et apaisant.

- Vous êtes prêt ? demanda-t-il.

Le patient acquiesça lentement.

Petit et mince, le docteur avait une démarche assurée. Même avec sa blouse blanche, il avait une élégance naturelle. Son visage, pourtant non maquillé, avait un teint de framboise, rehaussé d’un grain de beauté sur la joue gauche. Ses yeux verts dissimulaient une profondeur singulière, comme s’il avait supporté plus d’épreuves que son âge ne le laissait présumer.

Il s’assit à une chaise au bord du lit, disposé à prendre des notes.

- Très bien. Nous allons reprendre là où nous nous étions arrêtés la dernière fois… Vous disiez, je cite, « pendant que je marchais sur cette route déserte, j’ai vu un homme qui n’a jamais existé. »

- Il n’existe toujours pas aujourd’hui. J’aimerais tant qu’il disparaisse, répondit le patient en palpant son pouls à son poignet.

Le docteur se leva de sa chaise et braqua un stylo lumineux sur ses rétines.

- Où l’avez-vu pour la dernière fois ?

Le patient prit un instant pour répondre :

- Je l’ai inventé quand j’étais enfant.

Le docteur baissa la lampe et se rassit.

- De quoi d’autre vous souvenez-vous de cette époque ?

Le patient le regarda d’un air perplexe.

- Il faisait noir, tellement noir que pendant un moment j’ai cru que j’étais inconscient. Je sentais que je ne bougeais plus. J’ai crié, mais ce n’était que dans ma tête. Mes lèvres n’ont pas bougé.

- Essayez de vous rappeler.

Le patient s’est arrêté de palper son pouls.

- Je sais où vous voulez en venir, ricana-t-il.

Le docteur prit le poignet du patient pour vérifier son pouls.

- Il bat vite ! Vous avez encore fait un cauchemar ?

Le patient acquiesça sans répondre.

- Parlez-moi de votre mère ?

Le patient secoua la tête. Il semblait en colère.

- Je me souviens… Je me souviens qu’elle était folle. J’en étais venu à la détester. Ce petit mouvement de tête malin, tout à fait comme un chien mal dressé, et le petit aboiement qui allait avec.

- Pendant combien de temps elle vous enfermait ?

Le patient se remit à palper son pouls.

- Je crois qu’en tout homme, il y a un autre homme. Un être dissimulé, un usurpateur.

- Vous n’avez pas répondu à la question.

- Aussi longtemps qu’elle était ailleurs ! répondit le patient d’une voix dure et métallique.

- Savez-vous pourquoi nous sommes ici en ce moment ?

Le patient tourna la tête en direction de la fenêtre.

- Je ne vivrai jamais plus à Plattsburgh. Cette ville est faite pour les imbéciles !

- Contentez-vous de répondre.

- Oui, je sais ! Vous êtes un expert chargé de me délivrer du mal qui s’est emparé de moi. Mais tous les médicaments que vous m’avez prescrits n’ont pas fait l’affaire visiblement.

- Les avocats de la défense ont découvert un cahier au dossier de l’accusation. Une espèce de journal.

- Un journal intime ?

- C’est ça.

- J’ignore de quoi vous voulez parler.

- Vous vous souvenez des meurtres ?

Le patient marqua un temps d’arrêt avant de répondre.

- Je me souviens que Plattsburgh est une ville du comté de Clinton.

- Répondez à la question, je vous prie.

Le patient se gratta le front, puis le menton.

- Je me souviens que j’étais un enfant ingrat. Et la Bible dit qu’un enfant ingrat est semblable à la dent d’un serpent, mais une femme ingrate est bien plus venimeuse encore.

- Parlez-moi des meurtres.

Le patient poussa un soupir.

- Pourquoi faut-il qu’elles soient aussi…

- Allez-y ! Dites-le ! le coupa le docteur.

Le patient prit une profonde inspiration.

- Aussi chiennes ! On dirait que ça leur colle à la peau.

Il y eut un moment de silence.

- Etes-vous la personne qui a assassiné ces trois femmes, il y a dix ans ?

Le patient inclina la tête et observa le docteur avec un sourire démoniaque.

- Molly, oh, Molly ! Elle avait le physique de sa mère mais pas sa sagesse impériale.

- Je vous en prie, répondez !

- Docteur ! Aujourd’hui, c’est mon anniversaire.

Le docteur daigna émettre un petit ricanement condescendant en achevant de remplir son formulaire. Puis avant de parler, il jeta un coup d’œil par-dessus l’oreille du patient.

- A qui suis-je en train de parler en ce moment ?

- Je ne sais pas, répondit le patient.
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buddy66   18 mai 2019
Troubles, tome 2 : Rêve en Peinture - Dernier Round - La Nuit du Cavalier - Rendez-vous avec la Mort de Chafik Otmani
Depuis le départ de Rebecca, le Lucky Star avait vu son chiffre d’affaires baisser considérablement. Les clients venaient exclusivement pour elle. Tel un rêve, Rebecca se dessinait dans le cœur des hommes et les captivait d’un simple geste ou un regard, demeurant inaccessible en toute circonstance. Mais, consciente de son pouvoir de séduction, elle savait que son destin était ailleurs.

Rebecca n’avait pas donnée de nouvelles depuis un mois. Lassé de Lisa, dont le passé douloureux remontait chaque jour à la surface, Harry décida de partir la rejoindre à Las Vegas. Sans le sou, il n’avait pas d’autre choix que de voyager clandestinement.

Sur la route, il avait croisé des vagabonds, couramment nommés « hobos ». Des repris de justice et des marginaux ; ceux que la société considérait comme des laissés pour compte. Quand ils ne se parlaient pas de vive voix, les hobos laissaient des symboles dessinés à la craie ou au charbon, pour informer ou avertir leurs semblables : une piaule où dormir, un endroit où manger, prendre un train de marchandise, déjouer la police,…etc.

Dans un train de marchandise entre Kansas City et Denver, Harry fit la connaissance d’un homme d’une cinquantaine d’année qui lui inspira un intérêt subit, avant même qu’ils aient pu échanger un mot. Ce fut l’impression que produisit Clint Reno, un solitaire, qui ressemblait à un soldat à la retraite. Plus tard, chaque fois qu’Harry se rappelait cette première impression, il l’attribuait à une sorte de pressentiment.

Il ne le quittait pas des yeux, l’autre non plus ne cessait de l’observer et paraissait fort avide d’engager la conversation. Quant aux quatre autres gars qui se trouvaient dans le wagon, il les considérait ennuyeux, comme des êtres d’une classe et d’une éducation trop inférieure pour leur adresser la parole.

Reno était un homme robuste et de grande taille. Ses cheveux grisonnaient. Son visage était bouffi par l’alcool, d’un rouge presque écarlate. Entre ses paupières gonflées brillaient de grands yeux clairs injectés de sang, mais pleins de lucidité. Ce qui marquait le plus dans son visage, c’était sa ressemblance avec un acteur hollywoodien.

- C’est quoi son nom déjà ? songea Harry.

Il l’avait sur le bout de la langue.

- Rory Calhoun !

Que dire de cet acteur qui, étant plus jeune, fit de fréquents séjours en prison. Il eut en effet une adolescence très difficile. Découvert par Alan Ladd alors qui chevauchait les collines d'Hollywood avant de parcourir celles des plateaux, ce grand gabarit d’un mètre quatre-vingt-onze tourna dans une vingtaine de westerns de séries B.

- Votre uniforme me dit que vous avez servi l’armée, dit Harry pour engager la conversation.

- Ouais ! On peut dire ça, répondit Reno.

Harry leva les yeux vers lui. Son regard était en alerte, méfiant mais intéressé.

- Je suis un déserteur, confia Reno.

Harry hocha la tête.

- Déserteur ? Vous deviez sûrement avoir de bonnes raisons, jugea-t-il.

Reno inclina la tête d’un air désespéré.

- C’est une longue histoire, dit-il.

- Le voyage va être long, confirma Harry.

Reno le regarda d’un air perplexe.

- D’accord… J’avais rejoint la Corée du Nord par une nuit de septembre 1965, alors que je patrouillais le long de la frontière avec la Corée du Sud. Je voulais ainsi éviter d'être envoyé faire la guerre au Vietnam.

- Pourquoi ? demanda Harry.

- Ce n’est pas notre guerre !

Harry s’est tu. Cette réponse lui donna matière à réflexion. Il était sûr que Reno avait raison. C’était un type droit et intelligent.

- Une fois passé en Corée du Nord, où je projetais d’être renvoyé en URSS pour un retour au pays, j’ai été emprisonné.

Reno s’arrêta, tout ému. A ce moment-là, les quatre autres voyageurs se figèrent.

- Pour passer le temps, j’enseignais l'anglais aux officiers coréens. J’ai aussi tourné dans des films de propagande dans lesquels le régime de Pyongyang me faisait jouer le rôle du méchant « yankee ».

Harry et les autres voyageurs eurent des petits rires de soulagement. Les souvenirs semblaient avoir ranimé Reno, et mettaient sur son visage une sorte de rayonnement. Tout le monde l’écoutait attentivement.

- En janvier 1967, j’ai été naturalisé nord-coréen. En même temps, le régime m’avait présenté une femme. Emiri Masako. Une journaliste japonaise enlevée et retenue par Pyongyang.

Reno s’interrompit. Son visage parut transformé. Il regarda Harry avec une certaine malice.

- On s’est mariés en mars. J’ai vécu deux mois de bonheur avec cette femme.

- Deux mois ? s’exclama Harry.

Le cœur de Reno se serra, de tristesse et d’espoir anxieux. Il savait que son épouse n’était pas remariée, et il imaginait qu’elle vivait seule.

- Emiri avait été autorisée à rentrer au Japon, continua-t-il, comme deux autres de ses compatriotes kidnappés dans les années soixante. Le régime ne m’avait pas autorisé à la rejoindre. Par peur de la justice militaire américaine, j’ai dû y renoncer moi-aussi. J’ai appris, un mois plus tard, qu’elle attendait un enfant de moi.

Reno s’arrêta un instant, affecté.

- Avec l’aide d’un prisonnier coréen, je me suis enfui. On a traversé la frontière par un fleuve qui sépare la Corée du Nord de la Chine. Condamné à l'exil, j’ai vécu clandestinement en Chine quelques mois, avant de m’embarquer dans un bateau en partance pour le Panama.

Reno se tut à nouveau.

- Depuis, je voyage de ville en ville, sans papier et sans domicile fixe, conclut-il en fronçant les sourcils d’un air sombre.

Tout le monde demeura silencieux. Soudain, le train s’arrêta. Reno serra nerveusement son sac à dos contre lui. Des bruits de pas, suivis de voix résonnant au dehors, les alertèrent.

- J’ai entendu du bruit par ici, dit une voix.

- On va fouiller ces deux wagons, répondit une autre.

Reno était dans tous ses états. Un terrible pressentiment l’assaillit. Tout son corps se raidit. Pris de panique, il voulut s’enfuir.

- Attends ! dit Harry.

Reno plongea les doigts dans ses cheveux d’un air irrité.

- Je n’ai pas envie de me faire coincer, dit-il. Sinon, je suis bon pour la prison à perpète.

- On va sortir, les gars et moi. Tu restes ici. Et une fois qu’ils nous auront emmenés au poste. Tu t’en iras.

Harry regarda les autres, comme pour vouloir obtenir leur approbation. Ils hochèrent la tête en guise d’acquiescement. A n’en pas douter, l’histoire de Reno les avait touchés.

Le plan d’Harry avait marché. Une fois sortis, Harry et les quatre autres hommes furent arrêtés, laissant le champ libre à Reno. La police les a emmenés au poste. Ils ont été condamnés à 30 dollars d’amende par le juge pour vagabondage. Fauché, Harry a dû purger quatre-vingt-dix jours à l’établissement pénitentiaire territorial du Colorado, à Cañon City, Colorado.
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buddy66   18 mai 2019
Troubles, tome 3 de Chafik Otmani
La traversée de New York en bus rappela à Henry à quel point cette ville cachait d’innombrables secrets enfouis dans chaque maison encore levée. Il avait attendu que son père décède pour revenir dans sa ville natale.

Quand on dit « les noirs » dans ce pays, il faut comprendre « les pauvres ». Henry Ferguson connaissait exactement le même problème, alors qu’il était blanc. En choisissant de louer une chambre dans le Bronx, il se mêla aux communautés les plus pauvres, considérées comme un groupe à part.

A dix minutes en métro de Manhattan, la partie sud du Bronx offrait un tout autre visage. Peuplée par les vagues successives d’immigrants, elle regroupait essentiellement des populations hispanophones du Mexique, de République dominicaine et de Porto Rico, ainsi que des Afro-américains. Dans ces quartiers, les emplois bien payés se faisaient rares. Les gangs, la drogue et la criminalité y étaient prospères. Ce court trajet pouvait nous faire passer d’un univers de luxe à un monde dominé par la peur et la pauvreté.

Henry se trouvait au dernier étage d’un immeuble en briques rouges et il loua la chambre sous un faux nom. Quand il sortait, il la fermait soigneusement à clé, bien qu’il n’y ait pas chez lui d’objets de grande valeur.

Le soir de son arrivée, Henry attendait Kate en bas de chez elle, tel un voleur dissimulé.

Kate Turner était de nature très discrète. C’était une femme discrète et silencieuse à une époque où les femmes discrètes demeuraient une espèce rare. Ce statut, elle ne l’a pas vraiment voulue. Sa mère est morte quand elle avait dix ans, et elle était la fille unique de Blake Turner, un riche banquier.

Au moment de leur rencontre, Kate avait 19 ans et étudiait les beaux-arts à New-York. Sur les recommandations d’un ami membre de l’Association des étudiants des Beaux-Arts, Henry avait décroché un boulot de pion à temps partiel. En sortant du bureau de son ami, il avait croisé Kate. Il ne l’avait pas croisée au sens usuel du terme. La jeune femme était accompagnée de deux étudiants, avec lesquels elle papotait, mais leurs regards se sont croisés, l’espace d’un instant. Henry s’en rappelait comme si cela avait été fixé par une photo qu’il aurait conservée sur lui.

Châtain, les yeux noisette, Kate n’était pas très grande. Elle portait un jean bleu marine et une chemise blanche. Henry avait fait demi-tour, l’avait suivie. Elle avait un visage doux, ovale, un front haut et arrondi. Le plus important, dans son visage, c’était ses yeux, intelligents et circonspects. Tandis qu’il marchait dans le couloir derrière eux, Kate s’était retournée une fois, consciente qu’il la suivait. Elle s’était arrêtée et l’avait regardé.

- Bonjour, avait dit Henry, médusé.

Il était parvenu à marmonner quelque chose, qu’il l’avait vu en salle de permanence, ce qui était vrai, outre le fait d’être soudain tombé amoureux d’elle. Ensuite, après quelques palabres, Henry avait extrait un crayon de son sac, noté le nom et l’adresse de Kate, puis lui avait donné les siens. Quoi qu’il en soit, il lui avait plu, suffisamment pour qu’elle lui donne tout cela…

- Kate, murmura-t-il au moment où elle poussa la porte de son immeuble.

Elle le regarda les yeux écarquillés.

- Henry ! Que fais-tu là ?

- J’étais dehors à guetter ton retour.

- Mon retour ?

- Je dois te parler.

- Il n’y a rien à dire.

- On doit discuter du passé et de l’avenir.

Elle lui adressa un drôle de regard impuissant.

- Quel avenir ?

- Notre avenir.

Elle jeta un coup d’œil à sa montre.

- Il est tard, j’ai envie de dormir.

Il ouvrit la bouche pour parler, puis la referma.

- Tout le monde te croit mort, dit-elle.

- Je sais.

- Tu sais aussi que j’ai épousé ton frère.

- Oui…Ce que j’ignore c’est pourquoi tu t’acharnes à vouloir gagner son cœur alors qu’il t’ignore.

- Quoi ?

- Combien de fois as-tu veillé pour aller l’espionner sans pouvoir fermer l’œil de la nuit ?

Cette conversation ne rimait déjà plus à rien car, tandis qu’il parlait, Kate était arrivée à l’ascenseur.

- Laisse-moi ! Tu veux ?

- J’ai attendu trop longtemps ce moment, dit Henry en lui tenant l’épaule.

- On en reparla demain, si tu veux. Je te le promets.

Henry lâcha l’épaule de Kate et se recroquevilla contre la porte de l’ascenseur.

- Non ! Maintenant !

- Je sais ce que tu veux. M’emmener loin d’ici et vivre de petits riens.

- Oui.

- Tu veux avoir des enfants.

- Oui.

- Je ne vois vraiment pas l’intérêt, dit-elle d’un ton fatigué.

- Tu pourrais être heureuse avec moi. Je suis sérieux, Kate.

- Rentre chez toi.

- Je n’ai pas de chez moi. Du moins, pas sans toi. J’en ai marre de voir à quel point il te fait tourner en bourrique. Le bonheur est à notre portée, peu importe l’endroit. Tous les deux, on vivrait paisiblement.

- Je t’en supplie, vas-t-en !

- On pourrait aller vivre à St Louis. On irait se balader sur les quais le dimanche, on contemplerait le fleuve Mississippi. J’adorerais te voir à chaque fois dans une nouvelle robe. Ça ne tient qu’à toi.

- Tu oublies que je suis mariée !

- Ton mariage est un désastre. Tu le sais.

- Laisse-moi, je t’en supplie !

- Le bien-être est dans l’amour que l’on porte aux choses simples. Pas dans une vie superficielle avec lui. C’est en toi, Kate. Tu es faite pour moi. C’est comme ça que je vois les choses, finit Henry en baissant la tête.

Kate appuya sur le bouton de l’ascenseur et Henry s’écarta pour qu’elle puisse ouvrir la porte.

- Pourquoi veux-tu tout détruire entre lui et moi ? dit-elle avant que la porte ne se referme.

Kate a toujours eu des sentiments pour Henry, mais leur amitié amoureuse s’est dégradée avec le temps. Trop impatient par l’excès même de son amour, Henry revenait à la charge et ne cessait de lui écrire. Il cherchait tout le temps à la voir, mais elle le lui refusait. Il était désespéré.
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buddy66   21 février 2019
Le mystère Erin Faye Grant de Chafik Otmani
Erin et Gary vivaient à Groton, dans une maison dont les jardins donnaient directement sur les rives du haut fleuve Connecticut. Lorsque Gary était mobilisé à la base, Erin et Faye vivaient chez ses parents à Middleton. Les parents de Gary, Peter et Gladis Lakewood, étaient pratiquants et ne buvaient jamais d’alcool. Ils tenaient une petite quincaillerie en ville. Malgré l’environnement rassurant et amical qu’offrait leur demeure, ce fut une période d’austérité pour Erin. Quand Gary était présent, ils menaient une vie typique d’une famille américaine.

Mariée à ce soldat, de dix ans son aîné, Erin fut blessée un jour dans tout ce qu’elle avait de plus sacré en découvrant qu’il menait une double vie avec une femme avec qui il était encore marié. Depuis, sa vie s’est arrêtée, son cœur a cessé de battre, son univers s’est effondré. Ce fut un véritable choc. L’homme de sa vie ne la respectait donc plus ! Il ne l’aimait donc plus ! Elle se sentait tellement trahie, désemparée. Elle n’arrivait plus à rien : manger, dormir, pleurer. Ses yeux n’avaient plus de larmes. Son cœur n’en pouvait plus de souffrir. Elle l’aimait encore. Elle ne pensait plus qu’à cela. Elle savait qu’elle ne pourrait jamais lui pardonner, qu’elle ne s’en remettrait pas. Elle n’arrivait pas à admettre que cela se termine si brutalement. Ils étaient si beaux, si bien, ensemble. Comment expliquer qu’il ait agi ainsi… alors qu’il l’aimait ?
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mcd30   01 mars 2019
Randy de Chafik Otmani
_ Depuis que j'exerce en tant que psychiatre, je m'intéresse au comportement criminel, confia Graves pour changer de sujet.

_ Comment ça ?

_ J'essaie d'en être un.

_ Qu'est-ce que tu m' baragouines ?

_ La police croit que le seul moyen d'empêcher un crime est d'attraper le tueur et de le mettre en prison.

_ C'est normal ! convint Harry.

_ Se mettre dans la peau d'un criminel, c'est comprendre comment son quotidien produit cette tension nerveuse est capable de changer ses systèmes mentaux et physiques.
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buddy66   18 mai 2019
Plattsburgh incident de Chafik Otmani
JOURNAL D’UN MEURTRIER. (Extrait)

Le 11 juin 1979.

Ceci est ma confession. J’ai tué Courtney Ross et Molly Roberts. Il ne reste plus que Kate Rhodes, la sœur de Courtney. Alors, j’aurai accompli ma mission.

J’ai toujours procédé de la même manière : La strangulation. Le différend qui a conduit à mon crime et à mon châtiment relève de l’humiliation, la moquerie, l’indifférence que ces femmes témoignaient envers la gent masculine.

Ce que je ressentais comme un manque ou une privation me faisait tendre vers ces femmes. Et tant que cette tension durait, je souffrais de la peine que me causait le désir non encore satisfait. Ces femmes concentraient leur attention sur la recherche de biens, car c’est à la possession de biens que leur corps aspirait.

Comme Ulysse, passant au large des sirènes, j’aimerais m’attacher à un mât pour uniquement jouir de leur chant tout en étant certain de ne pas céder à leur irrésistible appel. Mais le désir demeure pour moi un tiraillement, une souffrance. Une foi atteint, il débouche immédiatement sur un autre désir.

Je me ballade avec une arme dans la poche. Mais qu’est-ce que je fais avec ce flingue ? En fait, cela me rassure. Si quelqu’un me cherche des noises, je sais que je peux compter sur lui. Faut dire que dehors, il y a trop de cinglés en liberté.

Quelqu’un a écrit : « Nul ne peut atteindre les étoiles, mais comme le marin, on peut en choisir certaines pour nous guider et les suivre afin de rejoindre notre destin.»

Je ne me sens humain que dans la mesure où je veux m’imposer à quelqu’un d’autre, me faire reconnaître par lui. Et tant que je ne suis pas reconnu par l’autre, c’est cet autre qui est le but de mon action.

Un autre a écrit : « Si Dieu n’existe pas, il y a au moins un être chez qui l’existence précède l’essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et cet être c’est l’homme. »

Aujourd’hui, John Wayne est mort. J’ai passé la journée la plus dure et la plus longue de mon existence, mais j’ai fait en sorte de garder l’esprit clair.

Ce soir en rentrant chez moi, je me suis promené dans le parc. Au bout d’un moment, j’ai éprouvé le besoin de souffler. Par chance, un banc fixé en bordure du lac était libre. Je me suis d’abord assis, puis allongé sur le dos en posant ma main contre ma poitrine pour sentir mon cœur battre. Il n’y avait pas d’étoiles dans le ciel, le brouillard était monté. L’eau du lac Champlain d’un bleu éteint, fantomatique, dormait paisiblement.

Il vaut mieux ne pas dormir. On ne sait jamais ce qui peut arriver, me suis-je dit.

J’ai senti un murmure dans mon dos, un murmure dans lequel je crus détecter non seulement de l’insistance, mais de la peur. Je me suis réveillé avant d’avoir fini de rêver. Il me semblait que je marchais dans une route déserte, si sombre que je n’arrivais pas à déceler mes pas.
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mcd30   01 mars 2019
Randy de Chafik Otmani
Lors d'une bagarre de rue, John Milner alors âgé de 18 ans, avait été blessé au cou par un coup de couteau, provoquant une cicatrice qu'il devrait garder à vie. En consultant les portraits robots établis lors de chaque enquête, il remarqua ce détail. Les visages, aussi différents soient-ils, portaient la même cicatrice au cou.
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