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Bibliographie de Charleyne Biondi   (1)Voir plus


Citations et extraits (9) Ajouter une citation

Ce qu’il nous est permis d’espérer, notre « horizon des possibles », est un fait social. C’est un imaginaire que l’on partage, un héritage commun. Dans nos régimes politiques libéraux, les bornes de cet imaginaire ne sont pas fixes. Elles ne cessent d’évoluer en fonction d’un ensemble de facteurs (l’état des connaissances, les avancées de la science, la législation, etc.). C’est peut-être la plus belle promesse de l’État de droit : celle de nous laisser libres de repousser éternellement les frontières de l’espoir.

Pour la démocratie libérale, la société « juste » est celle qui permet aux hommes d’espérer le plus possible. Au sortir de la seconde guerre mondiale, les régimes occidentaux ont juridiquement entériné l’idée qu’une société juste était nécessairement conditionnée à la garantie d’un certain confort économique, que l’espoir ne pouvait naître dans la misère. La satisfaction d’un certain nombre de besoins matériels est devenue un droit fondamental , l’État-providence s’est érigé en Europe comme une barrière contre la précarité morale et matérielle : c’est ce que l’on a appelé la « démocratie de marché ».

Celle-ci fait des institutions politiques les garants d’un cadre moral, au sein duquel le marché, la science, tous les produits de l’ingéniosité et de l’entreprise individuelle peuvent éclore et fructifier librement au nom du progrès et du bien commun. Ainsi, la démocratie de marché de l’après-guerre a fait le pari que la croissance et le progrès technologique élargiraient tant les frontières de l’espoir qu’ils suffiraient à combler l’existence des hommes, et que ceux-ci trouveraient dans l’amélioration de leurs conditions et la jouissance privée de leurs biens assez de plaisir, et assez de sens, pour être définitivement détournés des tentations offertes par les projets politiques concurrents et autoritaires.

Ce pari a fonctionné à merveille. Sûrs d’avoir trouvé la solution à la misère humaine, certains ont cru un instant à la fin de l’Histoire . Jamais la science, la technologie, l’industrie, n’avaient autant participé à l’accomplissement des idéaux démocratiques et du progrès social. Les technologies numériques ont joué dans cette dynamique un rôle essentiel. Incarnant à la fois la puissance novatrice du marché libre et l’esprit des Lumières, elles ont été célébrées, de la guerre froide aux printemps arabes, comme les véhicules de choix des grands idéaux démocratiques et libéraux de l’Occident . Du micro-ordinateur au premier iPod, de Facebook aux derniers objets connectés, les innovations numériques ont offert aux individus des espaces inespérés, démultiplié l’horizon des possibles. En somme, elles ont été pour la démocratie de marché ce que l’électricité a été à la société industrielle : à la fois un point de culmination et un révélateur spectaculaire. Comme les visiteurs de l’Exposition universelle de 1889 qui s’émerveillaient devant « l’orgie de lumière » du Champ-de-Mars et voyaient dans la « magie » de l’électricité le triomphe étincelant de leur civilisation et la preuve de son indéniable supériorité , la « société des individus » a trouvé dans le numérique une forme de consécration.

Mais le vent a fini par tourner.La mécanique vertueuse par laquelle l’industrie techno-scientifique participait à la croissance économique, au progrès social et à l’accomplissement des idéaux démocratiques s’est rouillée. À mesure que la liste des « risques » inhérents aux technologies numériques s’est allongée, l’équation entre progrès techno-scientifique et progrès social est devenue de moins en moins évidente. Pire : il semblerait désormais que la technologie numérique ne participe plus à la « vie bonne » promise par les démocraties de marché de l’après-guerre, mais qu’au contraire elle la déséquilibre... Ce ne sont d’ailleurs pas les techno-sceptiques qui le disent, mais les Nations Unies qui exigent aujourd’hui un moratoire sur l’intelligence artificielle pour juger des « risques graves » qu’elle pose aux droits humains .

C’est la « crise de la vérité » liée aux fake news qui a marqué une véritable rupture, et donné à cette dissociation entre horizon techno-scientifique et horizon moral de la démocratie libérale un caractère indéniable.

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(…) je ne crois pas que la gouvernance algorithmique conduise à la disparition du libre arbitre et de l'autonomie de l'individu. En revanche, je considère que la transformation numérique, en insérant partout la rationalité de la technologie comme le « mode de fonctionnement par défaut », a normalisé une représentation de l'homme et de son rapport au monde dans laquelle le « point de référence », le postulat théorique de départ, n'est pas celui d'un individu monadique, indépendant, autonome, mais celui d'un organisme profondément dépendant de son environnement et dont l'« identité » dépend davantage de ses « relations » que de sa « vie intérieure ». En somme, je constate simplement que la liberté de l'individu (au sens philosophique et politique libéral du terme) ne constitue plus un point d'ancrage fondamental, qu'elle n'est plus, au regard de la rationalité numérique, un postulat théorique, et encore moins une valeur morale essentielle.

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La rupture dans l'horizon de sens ne vient pas d'une grande découverte scientifique dont on aurait du mal à prendre la mesure et qui serait venue renverser nos certitudes, elle résulte de la réorganisation totale et profonde de toutes nos « pratiques », de l'intégration silencieuse d'une logique propre au numérique qui modifie notre perspective, notre point de vue sur le monde.

Il ne s'agit pas de confondre science et technologie, mais de suggérer que la transformation numérique de la société - le processus par lequel les innovations technologiques pénètrent les différentes strates de la vie sociale et redéfinissent, subrepticement mais totalement, la façon dont on fait les choses - a un impact similaire à celui d'une grande découverte sur la psyché individuelle et collective. Elle ouvre une brèche dans notre horizon de sens, elle le renverse, avec la même violence qu'une révolution copernicienne.

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On ne peut pas virtualiser les musées, dématérialiser les paiements, transformer une thérapie en nudges algorithmiques, remplacer son banquier par un robot investisseur, et en même temps, conserver le sens que l'on donne au musée, l'idée qu'on se fait de l'argent, l'image que l'on a de soi.

On voit alors se dessiner, à travers ces milliers d'innovations anodines qui refondent petit à petit notre quotidien, ce qu'il y a de fondamentalement politique dans la transformation numérique : non pas des «idées», et encore moins des « projets » politiques; mais tout simplement une certaine façon de faire, de penser, d'organiser, d'anticiper, d'espérer, que la technologie importe partout, qu'elle tresse silencieusement dans le tissu social, au cœur des organisations et entre les hommes. En bref, une nouvelle rationalité.

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J'émets donc l'hypothèse - folle ou poétique - que la seule façon de comprendre le sens de la transformation numérique est de ne plus l'assimiler à ses scandales et aux intérêts de ceux qui la produisent ou l'instrumentalisent. Car, pour imaginer les institutions qui garantiront demain le renouveau de la démocratie, il faut être capable de penser l'avenir de la politique non pas contre la technologie, mais avec elle. Et, pour cela, il faut s'éveiller à la dimension profondément transformatrice du numérique, celle qui vient façonner, derrière le bruit et la fureur de la nouvelle économie, le regard, la conscience, l'imaginaire des hommes

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En dépit de ses slogans bien-pensants, Facebook ne rapproche donc pas le monde, mais le divise.

Mais le phénomène des fake news a surtout exposé au grand jour la perversité de la logique économique des réseaux sociaux, où les profits sont proportionnels à la viralité des contenus. Les fake news sont en effet apparues comme un excellent moyen de générer des revenus publicitaires car, plus une information est choquante et scandaleuse, plus elle génère une réaction émotionnelle forte et plus elle est partagée. En d'autres termes, la publication de ces fausses nouvelles sur Facebook s'est avérée une entreprise économique rentable.

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L'émergence de l'immatériel comme source de valeur symbolique émane directement de ce processus culturel par lequel la transformation numérique ré-ordonne la pensée. Mais que signifie la consécration de l'immatériel pour l''avenir de l'organisation sociale ? Nous n'en savons rien.

L'euphorie techno-progressiste de cette période de transition est doublée d'une grande incertitude sur la direction du progrès technologique. Nous adoptons la transformation numérique sans savoir où elle nous mène, et le règne du changement permanent, du provisoire et de l'immédiateté brouille un peu plus notre horizon.

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C'est ce malaise, cette impression angoissante de ne pas savoir où l'on va, pris entre les tourbillons d'un progrès technologique effréné et les vents contraires d'institutions politiques sclérosées par les crises, qui a motivé l'écriture de ce livre. Ou, plus exactement, c'est le besoin de se projeter qui guide cette réflexion, l'envie de pouvoir imaginer un avenir qui ait un sens, et de comprendre un peu mieux où va le monde, emporté par cette grande transformation techno-culturelle que nous vivons.

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La technologie numérique ne nie pas le libre arbitre, elle ne s'oppose pas à l'autonomie de l'individu, elle ne viole pas sa vie privée : elle s'en désintéresse, tout simplement. Les postulats fondamentaux et inviolables sur lesquels repose la démocratie libérale, la rationalité numérique les ignore davantage qu'elle ne les contredit, pour la seule raison qu''elle est fondée sur des idées et des représentations différentes - et, d'une certaine façon, concurrentes.

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