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Note moyenne 3.65 /5 (sur 65 notes)

Nationalité : Canada
Né(e) à : Québec , le 10/12/1943
Biographie :

Charlotte Gingras est une romancière québécoise.

Elle a fait des études en pédagogie et en arts plastiques. Elle a enseigné aux enfants du primaire, elle a animé des ateliers sur la créativité avec les adultes et elle a travaillé comme pigiste dans le milieu des arts visuels.

La liberté ? Connais pas... et Un été de Jade, publiés dans les collections Ado et Ado +, lui ont tous deux permis de recevoir le prestigieux Prix littéraire du Gouverneur général du Canada et sont traduits en plusieurs langues.

Son roman La boîte à bonheur, paru dans la collection Mon Roman, lui a valu le prix du livre M . Christie.

Source : Wikipédia
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Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
Sachenka   12 mai 2012
Ophélie de Charlotte Gingras
Dernier jour. Moi et lui, face à face, pendant que nos coeurs brûlaient, on a gardé les yeux ouverts, tout le temps, jusqu'au bout, au coeur de la tempête qui nous secouait. Et j'ai accepté de me perdre, de me liquéfier, de disparaître dans le bleu océan des yeux d'Ulysse. Alors j'ai su que j'étais guérie de mes peurs.
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Cielvariable   24 mars 2018
La disparition de Charlotte Gingras
J’en sors un carnet rouge et noir à la couverture car-

tonnée, de ceux qu’on trouve dans les magasins à un dol-

lar. Abîmé, taché, avec une odeur de moisi. Je l’ouvre. Sur

la page de garde, écrits en lettres déteintes, effacées par

endroits, quelques mots. Une écriture tremblée.

J’arrête de respirer. Je vacille. Cela ne se peut pas. Je

connais cette écriture. Je la reconnaîtrais entre mille mil-

liards.

— Tu es bien pâle. Qu’est-ce que c’est? marmonne

tante Évelyne.

Mon nom. Avant mon nom, le mot fille, le mot ma,

le mot à.

Remettre à ma fille Viola

. Dessous, l’adresse.

Mes mains prises de panique. Je réussis à glisser l’objet

dans le sac à bulles.

— Rien. Ce n’est rien.

Je ne connais pas cette voix rauque qui sort de ma

gorge. Je ne sais plus de quelle manière on s’y prend pour

remonter les marches. Mais je les remonte. J’entre dans

ma chambre, me laisse tomber sur le lit, jambes fauchées.

Je regarde fixement le colis, je vois le nom de ce vil-

lage perdu estampillé dans le coin droit, à côté des tim-

bres, une série de reines identiques avec une couronne sur la tête. Comment c’est possible, ça? L’univers a viré fou, des points brillants et argentés virevoltent devant mes yeux. Respire, Viola, respire, ça va passer.
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Cielvariable   12 avril 2013
Un été de Jade de Charlotte Gingras
26 juin, en bas des marches, 14 heures



Je suis prête. Assise sur la dernière marche de l’escalier en colimaçon, mes bagages à mes pieds, j’attends Victor.

Ce matin, avant de partir au travail, ma mère m’a souhaité de bonnes vacances. Hier soir, au téléphone, mon père a fait de même. Ces deux-là ne savent rien de leur fille unique. Rien du tout. Depuis longtemps, je me débrouille très bien toute seule.

C’est drôle... Jusqu’à maintenant, je n’ai jamais pensé écrire. Pendant l’hiver, j’ai commencé à photographier ce qui est fragile et peut disparaître n’importe quand. Mais écrire ? Non, jamais je n’y avais pensé.

Pourtant, la semaine dernière, j’ai acheté ce carnet à la couverture cartonnée rouge et noir. Un carnet chinois. Tout à l’heure, quand je faisais mes bagages, il m’est tombé dans les mains. J’ai glissé, entre ses pages, les polaroïds de la forêt de glace et la vieille photo fripée, la plus ancienne de toutes.
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Cielvariable   24 mars 2018
La disparition de Charlotte Gingras
Le bruit sec d’une canette qu’on décapsule. J’ouvre les

yeux. Je ne veux pas dormir. Nous traversons une zone

de forêt brûlée. Sur le sol noirci se dressent des

squelettes d’arbres calcinés. Nashtash, sur la banquette

en face de moi, boit une grande goulée de cola. D’un

geste, elle m’invite à prendre une gorgée. Je fais non de

la tête, mais l’envie de parler revient. Quand je parle, les

serres lâchent prise. Un peu.

— Il y a beaucoup d’habitants, là-haut?

— Non, pas tellement, répond Nashtash, de sa voix

étale, en haussant légèrement les épaules. Avant, il y avait la

mine de fer, et beaucoup de travailleurs venus de loin. Main-

tenant,il y a encore quelques Blancs qui gèrent des commer-

ces et des pourvoiries. Nous autres, les Innus, on est restés.

— Moi, j’y vais à cause du carnet.
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Nadael   13 février 2018
La petite écuyère de Charlotte Gingras
« Au réveil, Justine raconta ses peurs. Elle avait peur de tellement de choses. Peur de la maîtresse d’école, peur des lettres de l’alphabet qui s’emmêlaient dans sa tête, peur de la mère et de son autorité souveraine, peur des garçons qui lui tiraient les nattes et lui criaient des noms d’oiseau, peur des coups. Elle était née comme ça. Pleine de peurs. Juste des peurs. Dans les yeux noirs du poney, elle vit la dureté du maître, les coups de bâton, la caisse de bois qu’il transportait sur son dos, si lourde, et que ça durait depuis des années. Elle vit la cruauté des enfants, parfois. «
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Cielvariable   24 mars 2018
La disparition de Charlotte Gingras
Nous entrons dans un grand magasin, plein de

lumières et d’objets de convoitise. Dans mes chaussures,

soudain, j’ai les pieds qui frétillent, on dirait des poissons

rouges. Je détache ma main, m’élance vers les oursons de

peluche, les canards de plastique jaune vif, les poupées en

combinaison d’astronaute, les cubes de toutes les

couleurs.

Je me retourne et qu’est-ce que je vois?

Rien. Plus de maman.
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Cielvariable   24 mars 2018
La disparition de Charlotte Gingras
Ce voyage que j’ai fait, ce voyage étrange, mystérieux, il

commence un matin comme les autres. Le réveil sonne,

j’ouvre un œil, me lève d’un coup. Pieds nus, face à la

fenêtre, je fais mes exercices de réchauffement. Dehors,

les feuilles des grands érables ont tourné au rouge ces

derniers jours.

Je cours sous la douche, m’habille pour l’école,

dévale l’escalier, mon sac sur l’épaule et la crinière ébourif-

fée. Tante Évelyne, accompagnée de ses deux imbéciles de

chiens, m’intercepte en bas des marches. Elle tient un verre

de jus d’orange d’une main. Dans l’autre, un petit colis.

— Veux-tu bien me dire, Viola, pourquoi tu traînes

encore ce vieux sac à dos en forme de nounours? Tu n’as

plus cinq ans depuis longtemps.

Je ne réponds pas. Je pense à part moi qu’elle com-

mence à boire de plus en plus tôt dans la journée, que son

jus d’orange dégage une odeur de vodka. Et que je m’en

fous.
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Cielvariable   24 mars 2018
La disparition de Charlotte Gingras
Un dimanche. Deux ans plus tôt, en août. Un homme et

une femme en uniforme à la porte d’en avant, et tante

Évelyne qui me regarde, soupçonneuse. «La police,

lance-t-elle. As-tu fait une sottise de trop, Viola?»

J’ai quatorze ans et je déteste tout le monde. La

planète entière. Moi, surtout, mais je ne le sais pas encore.

Alors j’aboie, comme d’habitude:

— Je n’ai rien fait! Qu’est-ce qu’ils veulent?

— Nous parler.

Je m’avance, méfiante. Cette visite n’augure rien de

bon.

Les policiers entrent et s’assoient au salon, mal à

l’aise, sur les fauteuils recouverts de tartan. Les deux

chiens grognent dans leur coin, babines retroussées.

— Ça suffit, les enfants, dit ma tante en prenant

place dans un fauteuil à oreillettes recouvert du même

tartan.
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Cielvariable   14 avril 2018
Un été de Jade de Charlotte Gingras
Traversier m’a semblé un bien grand mot pour ce bateau-passeur à fond plat, juste assez grand pour transporter au maximum soit quatre autos, soit deux camions, ou encore un camion et deux autos. Fin des combinaisons possibles. En réalité, seule une camion-nette s’est pointée à la dernière minute. En ce qui con-cerne les piétons, ils stationnent sur le pont, de la même manière que les véhicules. J’étais le seul piéton. En montant à bord, j’ai bien lancé quelques regards au capitaine et au matelot enfermés dans la cabine de pilotage. Ils sont restés de marbre. Quant au chauffeur de la camionnette, il m’a ignoré. Il faut dire que son véhicule était chargé de matériaux et de caisses et que, à la place du passager, il y avait une fille cachée dans ses cheveux.
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Cielvariable   12 juin 2018
La liberté ? Connais pas... de Charlotte Gingras
Il n’y a pas de cadenas sur la porte, il y a un cadenas dans ma tête. Ma mère l’a inventé, j’y ai cru.
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