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3.99/5 (sur 926 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Tananarive (Madagascar) , le 10/10/1913
Mort(e) à : Paris , le 06/07/2005
Biographie :

Claude Simon est un écrivain français.

Né d'un père capitaine d'infanterie de marine dans les troupes coloniales, Claude Simon est orphelin de père dès le début de la Première Guerre mondiale. À l'âge de onze ans, il perd aussi sa mère et vit alors sous la tutelle de parents éloignés.

Claude Simon est alors interne au lycée Stanislas, à Paris. Bachelier à seize ans, il prépare son entrée à l'Ecole Navale, mais, rapidement, il se désintéresse de ses études supérieures et les abandonne pour satisfaire sa passion pour la peinture et la photographie.

Lors de la guerre d'Espagne, Claude Simon aide à approvisionner les Républicains en armes. Puis, il rentre en France, déçu par les querelles affaiblissant le camp républicain, et commence à écrire. Son premier roman "Le Tricheur" est publié à la Libération. Durant la Seconde Guerre mondiale, il échappe à la mort et est fait prisonnier. Après son évasion, il rentre dans un réseau de renseignements de la Résistance.

Ses rencontres avec Alain Robbe-Grillet (1956) puis Michel Butor (1957) transforment son écriture. En 1957, il publie "Le Vent", puis participe à la rédaction du Manifeste du Nouveau Roman publié dans la revue Esprit en 1958. Dans son œuvre la plus connue, "La Route des Flandres" (1960), Claude Simon juxtapose les souvenirs des membres d'une famille aux prises avec la débâcle de 1940. En 1967, il obtient le prix Médicis pour l'un de ses romans les plus connus, "Histoire". En 1981, il publie "Les Géorgiques" qui constitue l'un de ses romans majeurs.

Patchwork d'émotions, de visions, de fragments du passé et de relations d'un présent chaotique, son œuvre appartient pleinement au courant du Nouveau Roman. D'abord artiste peintre, Claude Simon écrit des compositions plutôt que des récits linéaires. Il détruit la narration, l'illusion représentative et ne recherche pas à reproduire le temps, la durée mais la simultanéité d'événements et d'émotions disparates.

Alors qu'il a participé à la guerre d'Espagne aux côtés des Républicains, fait partie d'un régime de cavalerie décimé par les divisions blindées allemandes au cours de la Seconde Guerre mondiale et signé le Manifeste des 121 (déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie) ses productions littéraires ne sont ni moralisatrices ni engagées. Il considère en effet que l'art n'est pas destiné à véhiculer des messages idéologiques.

Le prix Nobel de littérature en 1985 est venu récompenser celui « qui, dans ses romans,
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Avec Marc Graciano, Maylis de Kerangal, Christine Montalbetti & Martin Rueff Table ronde animée par Alastair Duncan Projection du film d'Alain FleischerClaude Simon, prix Nobel de Littérature 1985, est plus que jamais présent dans la littérature d'aujourd'hui. Ses thèmes – la sensation, la nature, la mémoire, l'Histoire… – et sa manière profondément originale d'écrire « à base de vécu » rencontrent les préoccupations de nombreux écrivains contemporains. L'Association des lecteurs de Claude Simon, en partenariat avec la Maison de la Poésie, fête ses vingt ans d'existence en invitant quatre d'entre eux, Marc Graciano, Maylis de Kerangal, Christine Montalbetti et Martin Rueff, à échanger autour de cette grande oeuvre. La table ronde sera suivie de la projection du film d'Alain Fleischer Claude Simon, l'inépuisable chaos du monde. « Je ne connais pour ma part d'autres sentiers de la création que ceux ouverts pas à pas, c'est à dire mot après mot, par le cheminement même de l'écriture. » Claude Simon, Orion aveugle À lire – L'oeuvre de Claude Simon est publiée aux éditions de Minuit et dans la collection « La Pléiade », Gallimard. Claude Simon, l'inépuisable chaos du monde (colloques du centenaire), sous la direction de Dominique Viart, Presses Universitaires du Septentrion, 2024.

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Citations et extraits (218) Voir plus Ajouter une citation
Claude Simon
Il faut savoir abandonner le tableau que l’on voulait faire au profit de celui qui se fait.
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...elle m’a donné cette bague, elle m’a fait venir dans sa chambre (et c’est la première fois que j’ai senti cette odeur, ce parfum, exactement comme celui d’une rose desséchée ou plutôt – puisqu’une rose desséchée ne sent rien – celui que l’on imagine qu’elle devrait exhaler, c’est-à-dire quelque chose qui serait à la fois fait de poussière et de fraîcheur, et j’ai regardé sa table, sa coiffeuse, mais il n’y avait rien que ces quatre épingles et ce flacon d’eau de Cologne bon marché, et pourtant cela sentait comme une fleur, comme une jeune fille, comme peut sentir la chambre ou plutôt le tombeau, le sarcophage d’une toute jeune fille que l’on y aurait conservée intacte quoique prête à tomber en poussière au moindre souffle)...
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17 mai 1940

Les successives et molles ondulations de la plaine, le champ de blé vert, le village de carton et son clocher effilé sortant d'un bas-fond dans lequel s'enfonçait peu à peu le chemin, les petites silhouettes s'enfonçant en même temps, les bustes seuls visibles maintenant, plantés derrière les encolures arrondies des chevaux, comme les pièces d'un jeu d'échecs, l'escadron tout entier retombé dans sa somnolence ou plutôt sa léthargie, exténué, somnambulique, si bien que lorsque le cri s'éleva, venant de l'arrière, passant de bouche en bouche, relancé par les voix éraillées des sous-officiers, il (le cri) parut courir, privé de sens, comme une simple vibration de l'air ou ces incompréhensibles piaillements d'oiseaux marins, de mouettes, à la fois alarmés, rauques et plaintifs, déchirant sans le déranger le silence indifférent, relancé par chacun avec une sorte d'indifférente docilité, de morne lassitude, tandis qu'ils continuaient d'avancer, de presser machinalement le pas de leurs montures fourbues, relevant à peine la tête pour lancer au dos qui les précédait l'avertissement monotone, inutile, répété, avec cette cassandresque persévérance des annonciateurs d'apocalypses et de désastres : "Faites passer en tête : les Allemands sont dans le villages! Faites passer : les Allemands! Faites passer : les blindés allemands sont dans le village ! Arrêtez ! Blindés dans le village ! Faites passer ! Les Al.....page 48
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« Mais elle n’a rien, personne, et personne ne la pleurera (et qu’est-ce que la mort sans les pleurs ?) sinon peut-être son frère, cet autre vieillard, et sans doute pas plus qu’elle ne se pleurerait elle-même, c’est-à-dire ne se permettrait de se pleurer, ne penserait qu’il est décent, qu’il est convenable de...
– Mais elle ne t’est rien.
– Non, dit Louise.
– Elle ne t’est rien.
– Non », répéta-t-elle docilement. Mais elle continuait à regarder devant elle quelque chose qu’il ne pouvait pas voir.
(Incipit)
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l’été qui allait peu à peu ainsi s’épuiser, par degrés, d’orage en orage, comme si chacun emportait, lui enlevait un peu de sa substance – cette épaisse et opaque matière, comme la pâte d’un pinceau trop chargé, dans laquelle il semble être coulé tout entier : les lents ciels lourds, la lourde et verte senteur de foins coupés, d’herbe tiède, de terre tiède, de fruits tièdes, mûrissants, pourrissants –, les orages (comme celui de l’avant-veille) d’abord aussitôt épongés, bus par la terre velue, la molle et grise poussière, puis, peu à peu, attaquant l’été, le lavant, le détrempant, le trouant d’ombres transparentes, s’allongeant, puis, plus tard encore, l’entraînant, l’emportant, ni plus ni moins qu’une aquarelle se délayant, glissant, s’abîmant parmi l’humide, brun et silencieux froissement des feuilles qui se détachent, tombent, ne laissent plus à la fin que le noir entrelacs des branches nues et raides s’entrechoquant, oscillant avec raideur dans la virginale et métallique pluie d’hiver...
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l'Exode - Les cavaliers croisent une colonne en sens inverse

De l'autre, la lente succession des véhicules hétéroclites (charrettes à foin, carrioles, tombereau) couleur de terre (c'était quelque chose que même dans la demi-obscurité on pouvait voir, comme on peut sentir une odeur dans les ténèbres ; quelque chose qui était inhérent aux voitures, aux ballots entassés, au vêtements : le brun terne des couvertures, de la boue accrochée aux roues, des croûtes écaillées sur les jarrets des vaches et des veaux - seule parfois une tache noire trahissait le rouge d'un édredon ou d'une courtepointe) avec leurs chargements encordés et débordants, les bestiaux attachés par une longe à l'arrière, les femmes assises parmi les paquets, semblables elles-mêmes à des paquets (ils - les cavaliers - pouvaient parfois entrevoir un profil rigide, dur, sculpté dans une matière inerte comme le malheur), , les hommes conduisant les bêtes et, eux aussi, de profil, regardant aussi avec une sorte de farouche obstination droit devant eux dans le noir, sombres, femmes, hommes, enfants - tout au moins ceux qui ne dormaient pas, enfouis sous des lainages au milieu des cartons et des batteries de cuisine ficelés à la hâte - frappés, aurait-on dit, d'une même stupeur, sous le coup de cette malédiction qui les chassait de leurs maisons et les jetait en pleine nuit sur les routes, traînant avec eux leurs entassements de bahuts, d'édredons, de machines à coudre et de moulins à café couronnés de vieilles bicyclettes couchées sur le flanc, semblables à des squelettes, des carcasses d'insectes à la morphologie compliquée, arachnéenne et cornue.

pages 245/246
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Franciscains moines fanatiques déchaux venus d'où construire ici un sanctuaire de blocs roses lilas bistre cyclamen au toit couvert d'écailles peindre le flagellé le juge en robe prune qui se lave les mains sculpter ces grappes de sang coagulé

treille aux flancs aux paumes aux pieds percés de clous où pendent des raisins
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Toujours debout, l’herbe, les minces langues d’herbe le long de ses jambes nues mollement balancées, non pas la brise mais l’air tiède en paresseux remous, les hautes graminées, leurs têtes arachnéennes oscillant, flexibles, léchant ses chevilles, les multiples et vertes langues de la terre, et autour d’elle cette molle vibration de chaleur s’apaisant par degrés, les contours des choses ondulant à la façon d’algues, toutes les feuilles des trembles frémissant sans trêve, oscillant, palpitant, le train de sept heures débouchant de derrière la colline, ponctuel lui aussi comme le chat, faisant gronder le pont de fer, puis disparaissant derrière le bouquet d’arbres de l’autre côté de la rivière, le bruit disparaissant, aussi englouti, tandis que le frémissement des milliers de feuilles semblait multiplier le silence, papillotant, pointillant la masse des arbres, la lumière se fractionnant en une infinité de particules miroitantes présentant alternativement leurs deux faces vert et argent, clignotant, puis train et bruit ressurgirent tout proches tandis qu’il glissait maintenant, jouet miniature, sur la portion de terrain découvert, avec la suite de ses vieux wagons verdâtres si près qu’on pouvait entendre le choc régulier des roues aux cassures des rails, voir dans l’encadrement des glaces des bustes de personnages comme découpés dans du papier et collés sur les vitres,...
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17 mai 1940 – (IV, extrait)
     
Ce n'est qu'au bout d'un moment qu'il entend le coucou. C'est-à-dire que l'effroyable tapage de sa respiration s'apaisant (à présent il marche : d'un pas soutenu mais sans hâte, de sorte que progressivement son coeur et ses poumons retrouvent leur fonctionnement normal), à l'abri maintenant, la conscience du monde extérieur lui revient peu à peu autrement qu'à travers l'élémentaire alternative du couvert et du découvert; il peut alors percevoir les menus bruits qui composent le silence de la haute futaie immobile : le léger chuintement de l'air dans les cimes des arbres, le frémissement d'un feuillage, son pas feutré sur le sol spongieux, l'élastique tapis d'humus accumulé et, lui parvenant à intervalles réguliers, le cri redoublé de l'oiseau répercuté entre les troncs verticaux, comme si après avoir retenti il continuait à existait par son absence même, comme pour souligner le silence, le rendre plus sensible encore, lancé avec une régularité d'horloge non pour le troubler mais le ponctuer, délivrer une accumulation de temps et permettre à une autre quantité de venir s'entasser, s'épaissir, jusqu'au moment où elle sera libérée à son tour par le cri, au point qu'il cesse de marcher, se tient là immobile sous sa puante carapace de drap et de cuirs alourdie par l'eau (mais il ne la sent pas, ne fait avec elle qu'un bloc compact de saleté et de fatigue, d'une matière pour ainsi dire indifférenciée, terreuse, comme si son cerveau lui-même, embrumé par le manque de sommeil, était empli d'une sorte de boue, son visage séparé du monde extérieur, de l'air, par une pellicule brûlante, comme un masque collé à la peau), prêtant l'oreille, attendant que le cri du coucou lui parvienne de nouveau, puis écoutant refluer ce silence maintenant peuplé d'une vaste rumeur : non pas celle de la guerre (à un moment, très loin, comme arrivant d'un autre monde, anachronique pour ainsi dire, à la fois dérisoire, scandaleuse et sauvage, retentit une série d'explosions : pas un bruit à proprement parler (ou alors quelque chose qui serait au bruit ce que le gris est à la couleur), pas quelque chose d'humain, c'est à dire susceptible d'être contrôlé par l'homme, cosmique plutôt, l'air plusieurs fois ébranlé, brutalement compressé et décompressé dans quelque gigantesque et furieuse convulsion, puis plus rien), non pas le bruissement des rameaux mollement balancés ou le faible chuintement de la brise dans la voûte des feuillages, mais plus secrète, plus vaste, l'entourant de tous côtés, continue, indifférente, l'invisible et triomphale poussée de la sève, l'imperceptible et lent dépliement dans la lumière des bourgeons, des corolles, des feuilles aux pliures compliquées s'ouvrant, se défroissant, s'épanouissant, palpitant, fragiles, invincibles et vert tendre. Il se remet alors en marche ...
     
(Les Éditions de Minuit coll. Double, 1989/2003 – pp. 94-96)
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"Je vais le faire. Elle va me frapper, appeler quelqu'un et me faire mettre à la porte, mais je vais le faire...", et elle - c'est-à-dire sa chair - bougeant imperceptiblement, c'est-à-dire respirant, c'est-à-dire se dilatant et se contractant tour à tour comme si l'air pénétrait en elle non par sa bouche, ses poumons, mais par toute sa peau, comme si elle était faite d'une matière semblable à celle des éponges, mais d'un grain invisible, se dilatant et se contractant, semblable à ces fleurs, ces choses marines à mi-chemin entre le végétal et l'animal, ces madrépores, palpitant délicatement dans l'eau transparente, respirant, et lui n'écoutant toujours pas, ne se donnant même pas la peine de faire semblant d'écouter, la regardant, tandis qu'elle essayait de nouveau de rire, l'observait derrière son rire avec cette sorte de circonspection, ce mélange de curiosité, de méfiance, peut-être de crainte, comme s'il eût été un peu quelque chose comme un fantôme, un revenant, lui-même pouvant se voir dans l'épaisseur glauque de la glace derrière elle, avec son visage brûlé, son air de chien maigre, affamé, pensant : "Ouais ! C'est à peu près de çà que je dois avoir l'air ! D'avoir envie de mordre..."
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