Je pense aux « Si ». À tous les petits choix que l'on fait en cours de route. Chaque choix menant à un autre. Tous aboutissant à une fin. (…)
Il y a une multitude de « Si » auxquels je m'autorise à penser. Il y a des moments dont on a la nostalgie, qu'on veut revivre encore et encore, ne jamais quitter. D'autres qu'on regrette. On voudrait avoir une seconde chance. Je m'efforce de me les rappeler. C'est très séduisant, cette lente danse avec le destin. Une douce torture. Je n'oublie pas. Je n'oublierai jamais.
Mais il y a d'autres choix aussi.
Certains « Si » veulent qu'on en paie le prix. On ne danse pas facilement avec. On les traîne comme des boulets. On les porte sur son dos.
(…) Certains « Si » vous fauchent les jambes.
Parfois, quand on lit quelque chose, le monde entier devient très simple. On sort de son propre corps, et on voit la vérité clairement. Et on se dit : quel ramassis de conneries.
Ce que vous mettez dans votre cœur vous fera mal. Mais ce sera la douleur la plus spectaculaire qui soit. Elle vous illuminera, elle vous brûlera. Elle vous terrassera. Elle vous détruira.
Et elle vous transformera.
Parfois, on se rend compte que ce qu'on pensait savoir sur le monde est peut-être un mensonge. On s'arrête pour regarder autour de nous, et tout est embrouillé ; alors on comprend que tout n'est que chaos. Absolument tout.
C’est une sensation qui ne disparaît jamais vraiment, dit-il. Cette impression… que rien ne va. Comme quand on rêve, et qu’on croit qu’on est réveillé, mais qu’on sait que quelque chose cloche. Quelque part, la vie a déraillé. Elle n’est pas normale. Tout est faux. Et on a beau essayer, on n’arrive pas à se débarrasser de l’idée qu’il y a un problème. On le sait, c’est tout. Cette vie n’est pas comme elle devrait être.

Il serra la main du gérant.
- Comment tu t’appelles ? demanda l’homme.
- Jack, m’sieur. Jack Dahl.
Les doigts du vieil homme se relâchèrent. Son visage se tordit, tout en angles et aspérités. On aurait dit qu’il avait mal.
- Dahl.
Jack ne bougea pas. Tout commença à basculer en lui, à basculer et se désagréger. Un brusque sentiment de perte s’abattit comme une masse sur l’intérieur de ses côtes.
- Tu es le fils de Leland Dahl ?
Il resta immobile, gagné par une lente paralysie.
Le gérant retira vivement sa main, comme si on l’avait mordu. Ses yeux perforèrent Jack, atteignirent des endroits à vif, ouverts.
- C’est ça, hein ?
Jack essaya de parler, mais sa voix refusait de sortir. Sur le mur, une tête de cerf empaillé l’observait.
« Je te connais », cracha le gérant. Il s’était mis à trembler de tout son corps et Jack crut qu’il allait s’effondrer. « Je connais ta famille. »
Des mots, à présent. Arrachés à sa gorge :
- S’il vous plaît. Je travaillerai dur.
Le gérant secoua la tête.
- Je te connais.
- S’il vous plaît. J’ai besoin de ce travail.
- Sors de mon magasin.
- Je ne suis pas comme lui.
- Gamin… Ton père est un trafiquant de drogue et un criminel. Ta mère est une garce droguée jusqu’aux yeux. Qui te ferait confiance ?
Jack resta figé encore une seconde. Cinq. Dix. Puis il tourna les talons et sortit du magasin
Les gens vous diront que le diable est un menteur ? Qu'il l'était dès le début. Le père du mensonge, et tout ça. Mais je n'y crois pas. Non : il dit la vérité. On ne penserait pas être pouvoir trompé par la vérité. Et pourtant c'est la cas.
Vivre avec le diable...
Ce n'est pas une chose facile.
Il te fera souffrir, lui avais-je dit. Il prendra ce à quoi tu tiens le plus. Il le fera avec un sourire, et puis il fumera une cigarette.
"Dans les ténèbres qui m'enserrent,
Noires comme un puits où l'on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu'ils soient,
Pour mon âme invincible et fière.
Dans de cruelles circonstances,
Je n'ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence ,
Je suis debout bien que blessé .
En ce lieu de colère et de pleurs ,
Se profile l'ombre de la mort,
Je ne sais ce que me réserve le sort ,
Mais je suis et je resterai sans peur .
Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin ,
Je suis le capitaine de mon âme."
Invictus William Ernest Henley pg 225
"Qui t'as fait? Comment as-tu été formé ? D'où sont venues tes strates, tes courbes et tes aspérités ? Tes endroits doux et sauvages? La lumière et l'obscurité profonde et sacrée. Les vallées et les falaises de ton âme. Le fracas et le silence."