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Citations de David Gauthier (II) (23)


Levant   21 février 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
Peut-on prononcer une phrase plus violente que "je ne t'aimerai jamais" ?
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Christlbouquine   01 avril 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
Je passe ma vie en terrasse des cafés à observer celle des autres. C'est une mine d'or pour un journaliste. Bien meilleure que les réseaux sociaux. Il suffit de tendre l'oreille - pas au sens propre si vous voulez rester discret - pour palper le pouls d'une ville, les préoccupations des habitants.
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collectifpolar   17 septembre 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
Lui tenir tête m’amuse.
– J’espère que c’est du Baudelaire.
Les lettres, assemblages de traits fins et droits, se ressemblent toutes et semblent provenir du même moule. Je me racle la gorge (...)
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Pilly   18 mars 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
Jamais, jamais, jamais. Quel mot violent. Il clôt les débats, noie les espoirs, signifie l'inexistence. Peut-on prononcer une phrase plus violente que "je ne t'aimerai jamais" ? Il faudrait enseigner aux écoliers les dangers des adverbes mal dosés. La grammaire tue.
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collectifpolar   17 septembre 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
La patience de Gérard frise le néant. Derrière une bonhomie apparente et sa carrure de rugbyman, la carapace se fend à la moindre frustration et laisse s’échapper une boule de nerfs incandescente. Et je ne suis pas le dernier pour attiser la bête.
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collectifpolar   17 septembre 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
– Ton collègue de notre édition la plus isolée ne sait pas quoi faire de ça.
Il attrape une feuille de papier sur son bureau et me la tend. Lui seul arrive à s’y retrouver dans cet océan de paperasse.
– Un corbeau sévit dans le village de Salérac depuis plusieurs semaines. Il envoie des lettres comme ça à tout le monde. Ça tombe chaque jour, comme un couperet. Les habitants n’osent même plus aller chercher leur courrier. C’est Mathieu, le petit jeune qui couvre la zone, qui l’a scannée et nous l’a envoyée ce matin. Je l’ai appelé pour avoir des précisions.
– Et elles disent quoi, les lettres ?
– Lis celle-là, t’as des yeux, non ?
– Tu ne veux pas que je la lise à haute voix en plus ?
– Lis, Nicolas.
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collectifpolar   17 septembre 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
– On a tous des soucis personnels, finit-il par lâcher. Parfois on a besoin de couper, de s’éloigner.
– Tu me proposes des congés ? J’ai déjà dit non. Je tourne en rond chez moi, alors que je suis sur quinze dossiers au bureau. Certains sujets sont déjà passés de chaud à tiède, voire glacial. Je n’ai pas le temps.
– On va faire un mix des deux. Tu pars sur un reportage, loin du siège du journal, dans la campagne. Si tu ne ramènes pas de sujet, on s’en fout. Le but c’est que tu repasses les portes de la rédaction avec une autre gueule, pas du genre à donner envie à un clown de se suicider, s’emporte-t-il. Bon, tu m’écoutes ?
– Oui, oui.
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collectifpolar   17 septembre 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
« Produire », comme si un journaliste était une machine, et un article un produit. Ce jargon me dégoûte. Il doit avoir remarqué ma petite grimace, car il garde sa bouche ouverte, comme s’il venait d’avaler sa prochaine phrase.
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collectifpolar   17 septembre 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
Ce n’est pas un défaut, hein, d’être sérieux. Mais ça se sent dans tes articles. C’est plus plat, plus lisse. Ça reste solide dans les infos mais c’est loin de ce que tu produisais il y a quelques années.
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collectifpolar   17 septembre 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
La même vision à chaque fois que je suis assis là, à ne rien écouter.
– Nicolas, ça va ?
– Ouais, ouais.
– Ouais, non ça ne va pas. On l’a tous vu, assène-t-il. T’es passé du gros déconneur de service au mec taiseux, presque trop sérieux.
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collectifpolar   17 septembre 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
Il est rédacteur en chef de La Gironde depuis trop longtemps. Le bureau en bois doit dater d’une époque où le géant des meubles suédois n’existait même pas. Tout cela génère dans mon esprit une image de Gérard, la vingtaine et une coupe afro, se déhanchant comme un damné sur un rythme disco.
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collectifpolar   17 septembre 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
Le bureau de Gérard est resté bloqué dans les années 1980. Tapisserie vieillotte, agencement ringard, vestige de la folie « open space » débarquée des États-Unis, qui a rendu les ambiances au sein des journaux si faussement détendues.
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collectifpolar   17 septembre 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
Bien sûr, je reste réceptif et agréable au possible. Mais les collègues n’insistent pas. Même Théo a abdiqué, d’habitude si friand de nos jeux de mots hasardeux. Il ne passe plus sa tête blonde au-dessus de son ordinateur pour me lancer une grimace. Mon humour devient trop grinçant.
– Ça va en ce moment, Nicolas ?
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collectifpolar   17 septembre 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
Mon moral lugubre n’a échappé à personne au journal. D’habitude si disert, je m’enferme dans le mutisme dès la première heure, casque soudé aux oreilles. Je ne parviens plus à me dépouiller de ma cape noirâtre de mélancolie pour l’accrocher, comme chaque matin, au porte-manteau de la rédaction. Elle m’enveloppe tout entière
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collectifpolar   17 septembre 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
Je passe ma vie en terrasse des cafés à observer celle des autres. C’est une mine d’or pour un journaliste. Bien meilleure que les réseaux sociaux. Il suffit de tendre l’oreille – pas au sens propre si vous voulez rester discret – pour palper le pouls d’une ville, les préoccupations des habitants. Je me souviens d’un sujet sensible et tristement banal, dans une commune rurale. Un changement de circulation obligeait les voitures à contourner le centre-ville. Les commerçants, déjà à l’agonie, se sentaient condamnés. Et si je n’étais pas en train de siroter un peu trop bruyamment mon café ce matin-là, dans le troquet du village, je n’aurais jamais pris connaissance de la petite virée improvisée de quelques commerçants dans le bureau du maire. Tendre l’oreille, toujours, près du comptoir si possible.
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Pilly   16 mars 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
Je passe ma vie en terrasse des cafés à observer celle des autres. C'est une mine d'or pour un journaliste. Bien meilleure que les réseaux sociaux. Il suffit de tendre l'oreille - pas au sens propre si vous voulez rester discret - pour palper le pouls d'une ville, les préoccupations des habitants.
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Pilly   13 mars 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
Elle m'a cerné en une demi-heure. Certains amis n'ont rien compris après des centaines d'heures à partager des pintes de bière. La feuille de thé est peut-être plus propice à l'introspection que le houblon.
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Pilly   13 mars 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
Le vieux près de moi a l'air de celui qui veut causer, le menton en avant. Il est le premier habitant que je rencontre pendant mon enquête, je vais soigner mon entrée. Je me tourne vers lui :
- C'est plutôt sympa ici, hein ! Boire une mousse puis attraper une revue. Ce n'est pas dans tous les villages qu'on trouve ça.
- Ouaip. Qu'est-ce qui vous amène ? répond-il sèchement.
- Heu, je suis journaliste.
- Vous v'nez parler du corbeau et ces conneries.
- Oui, voilà.
- Okay. Journaliste, métier d'con, balance-t-il, l’œil torve et vitreux.
Première approche chaleureuse réussie.
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Pilly   13 mars 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
Silence, encore. Je les remarque car j'ai longtemps abhorré les blancs dans une conversation. J'ai peu à peu appris à les apprivoiser, à m'en servir. Un journaliste qui intervenait à notre école m'a fait comprendre l'importance du silence. Une bulle dans le phrasé. Pour montrer que l'on ne se presse pas, pour inspirer confiance. Et l'interlocuteur s'y engouffre, lâche parfois un détail primordial qu'un journaliste pressant n'aurait pas su capter.
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Pilly   13 mars 2021
Corvidés de David Gauthier (II)
C'est un bar en réalité, mais troquet ça sonne mieux. Ça donne du cachet à l'endroit. C'est plus rassurant que tripot, mais moins propre que café. La langue française est magnifique.
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