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Citations de Denis Drummond (54)


La création est devenue de plus en plus silencieuse. Nous serons peut-être un jour les derniers bruits de nos forêts. Et c'est déjà devant des sentiers en 3D que nous courons sur les tapis roulants des salles de gymnastique.

p.286
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Nous avons tous été abasourdis, choqués, en apprenant l'immolation de cet homme près de l'entrée du site. J 'ai eu du mal à contenir ma colère. Nous ne sommes pas là pour ça. Pourquoi la recherche de la lumière suscite t-elle toujours une obscure folie ? Quelle est cette force qui vient assombrir toute clarté nouvelle ?
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Cela vient comme une clameur. Une clameur qui monte au loin. Une vague s'effondre là-bas avec le bruit sourd d'un train qui approche à vive allure. Ici, la nappe bouillonnante de l'écume laisse place au silence. Le ruissellement cesse. La mer déglutit son reflux, d'où s'échappent quelques clapots qui s'espacent avant de disparaître. Un instant, quelque chose s'est évanoui. Dans ce vide, la vague semble gonfler vers moi. J'entends sa masse s'arracher à ce qu'elle va frapper de nouveau d'un coup. Précédée de bruits de verre pilé, de gravier et de perles, elle se rend à elle-même. Elle s'abat, s'effondre et claque. On dirait du linge battu au lavoir avant de s'émousser sur les contreforts du rivage.
J'entends sa venue toute proche, son effervescence qui éclate en milliers de bulles. Elle crépite tel un feu de broussaille, lance ses bruits d'osselets ramassés paume ouverte, saisis puis rejetés. Alors seulement reviendront en même temps le reflux et la clameur au loin. Le silence aussi, cet évanouissement secret où l'eau parle sans attendre de réponse.

p.28
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Il peignait les étoiles comme on troue une histoire, en laissant le néant, pas plus grand qu'une tête d'épingle, se remplir du tout pour briller à jamais. Je me souviens qu'assis à sa table de travail, dans son atelier, tout en passant ses brosses de couleur sur le bois gravé, il s'interrogeait parfois à voix haute, posant toujours la même question. Je ne l'ai comprise que bien plus tard en remplaçant le mot "esprits" par Dieu. Il disait : "Dieu et le néant ne sont-ils pas le plein et le vide l'un de l'autre?"

p.253
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Notre savoir est le reflet de nos découvertes. il en est la carte très partielle, mouvante, à l'image d'un relevé effectué dans la brume, ou trop loin de la côte pour en distinguer tous les traits.

p.81
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Tout en déchiffrant les pas de l'eau sur la grève, Sandra laisse venir ses souvenirs, l'installation provisoire dans la ville de Rosemère, en périphérie de Montréal, au bord de la rivière des Mille-Îles, non loin du centre d'autistes de Terrebonne où, pour la première fois, elle entendit quelque chose de sensé à propos de la maladie de Tom. On ne lui parlait plus de trouble de l'attachement ou de faute des parents, de déficience intellectuelle ou de carence émotionnelle, mais de connexions cérébrales affectant gravement le traitement de l'information.
La langue indéchiffrable des comportements autistiques trouvait sa pierre de Rosette dans les neurosciences. Tom n'était pas coupé du monde, mais coupé du sens de l'information que recevait son cerveau. Celui-ci, mal connecté, ne fonctionnait pas comme les autres.

p.22
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Dans son journal, Enguerrand parle du massacre, mais il ne le décrit pas. Il ne le montre pas. Il ne l'a pas photographié.
La seule photo que nous connaissions de lui, à ce moment précis qu'il qualifie d'innommable est celle des corps souffrants mais vivants des hommes qui ont, pour un temps, échappé au massacre. Personne ne sait ce qu'il adviendra d'eux. La photo demande grâce de leur survie. Elle est à l'image du silence qui suit l'infigurable. Elle nous cache l'impuissance de Dieu, son absence.
Enguerrand prépare un ex-voto contre la guerre !
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Il n'eut le temps que d'un seul cliché, celui de tous ces regards tendus dans la même direction, exprimant le même saisissement, la même terreur, au point d'effacer toute singularité, exprimant une attraction et un effroi comme s'ils percevaient ensemble, au même moment, avec la même intensité, que la guerre invente des horreurs.
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Son autisme...il est né avec lui,comme entre les mains d'un potier qui aurait utilisé par mégarde du bon argile mêlé de terre. Cette pièce, sortie du four, marbrée ici et là d'humus et de débris divers, contenait en elle la fragilité et l'apparence singulière que nous savons...les progrès prodigieux de Tom ont transformé ces veines de terre impropre en or.
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Sur des étagères, il y avait son travail. Les céramiques réparées avec des épissures d'or se hissaient bien plus haut qu'une œuvre de potier ou son usage domestique. Cet art de trouver la beauté dans la cassure, de l'exaucer par la réparation, me touche au plus profond, je ressens avec une grande émotion la puissance de souligner la fêlure plutôt que de la cacher. p.236
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Ce matin, j'ai vu passer des grues cendrées dans le ciel . Elles formaient de grands V. Profitant du vent de nord, elles se dirigeaient plein sud. On dit qu'elles volent aussi la nuit et discutent entre elles pour ne pas s'endormir. C'était beau.
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Agés de quatorze ans, vrais jumeaux, la silhouette fine et le regard malicieux, ils étaient trop heureux de l'accompagner vers le nord. Alors que la tension semblait monter dans le village, Enguerrand savait qu'il prenait une grande responsabilité, mais les parents acceptèrent avec fierté, se disant que les uns et les autres se protégeraient mutuellement. La réalité était plus tragique. Enguerrand le comprit plus tard. Les parents savaient que les Hutus, leurs voisins de village, ceux qui tenaient les champs, écoutaient les appels de la radio à se débarrasser de la vermine tutsi et que, tôt ou tard, ils les exécuteraient tous. Ils se quittèrent avec la dignité de ne rien laisser paraître.
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Je crois que cela fait des lustres qu'on aime la nature de même que certains hommes aiment les femmes, pour eux-mêmes et jusqu'à la destruction.
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De Vincent à Théo Van Gogh, son frère
Arles, 23 septembre
(extrait)

Mon cher Théo,
[...]
Si on étudie l'art japonais, alors on voit un homme incontestablement sage et philosophe et intelligent qui passe son temps à quoi ? À étudier la distance de la terre à la lune ? Non, à étudier la politique de Bismarck ? Non, il étudie un seul brin d'herbe.
Mais ce brin d'herbe lui porte à dessiner toutes les plantes, ensuite les saisons, les grands aspects des paysages, enfin les animaux, puis la figure humaine. Il passe ainsi sa vie, et la vie est trop courte à faire le tout.
Voyons cela, n'est-ce pas presque une religion ce que nous enseignent ces Japonais si simples et qui vivent dans la nature comme si eux-mêmes étaient des fleurs.
[...]
t. à t.
vincent

p.252
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« Gilles repensait à ce qu’écrivait Enguerrand dans sa lettre sur le silence visuel de la photographie, ce coup d’arrêt donné par la fixité de l’image, comme une musique énigmatique qui s’adresse à l’œil et lui permet d’entendre le mutisme des choses. » (p. 192)
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Lui apparut alors qu'Enguerrand avait construit un magnifique cheval de Troie, mais que cette oeuvre était un piège, un piège offrant à l'horreur le masque de la beauté. Et cette beauté lui était devenue insupportable.
Ce paravent pour les morts n'était pas sa guerre à elle, la guerre vécue dans les camps de réfugiés. Leur laideur était sans fard. Rien ne pourrait les grimer. Leur tristesse inaugurale ne pouvait être consolée. Ces arrière-cours oubliées de la guerre n'étaient rien d'autre que des lieux de souffrance clos par la perte. Il n'y avait pas de place pour la beauté autre que celle des visages condamnés à vivre l'errance immobile d'un destin de mort-vivant.
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Sa passion pour les images date de l'école communale, celle de la rue Saint-Jacques puis de la rue Victor Cousin, celle des blouses grises et des plumiers, du lait chocolaté de Mendès France et de la mort de Piaf. Les premières images avaient été celles de la récompense, déposées comme une hostie dans la paume de la main à la fin de chaque semaine, le samedi, peu avant midi, car le travail avait été bien fait, les leçons apprises et les cahiers tenus. Les autres, quotidiennes, se succédaient accrochées au tableau noir, formant les grands espaces d'un voyage haletant entre la cour du Roi-Soleil et les ressources minières de l'Afrique-Equatoriale française.
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Les grands récits cherchent des bouches pour les dire, tout comme l’information contenue dans l’ADN est en quête d’un hôte pour pouvoir être transmise.

p 232
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Akira était comme un arbre dont la forme, chétive et courbée, racontait des histoires de vent.

p.95
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Se rapprochant de la falaise comme on ouvre un grand livre, Sandra explique le caractère immuable de la chronologie. Elle prend pour exemple les strates de couleurs différentes qui se superposent dans un ordre permanent, inchangeable, qui est le cours du temps : ce qui est au-dessus est plus récent, ce qui est en dessous est plus ancien ; on ne peut revenir en arrière, ni projeter ce qui a été dans un futur qui n’est pas encore.
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