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Note moyenne 3.5 /5 (sur 6 notes)

Nationalité : France
Biographie :

Né en 1979, Emmanuel Fansten est journaliste. Il a réalisé plusieurs sujets sur la scientologie, dont il est l’un des meilleurs spécialistes, notamment l’interview d’Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, qui a suscité une vive polémique en 2008 (« Les sectes sont un non-problème »).

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L`entretien d`Emmanuel Fansten avec Babelio : Les nouveaux barbouzes.


Pour commencer, pouvez-vous nous dire un mot du titre : « Les nouveaux barbouzes » ?

A l`origine, le terme « barbouze » date de l`Algérie française. Il désignait à l`époque ces espions supplétifs des services secrets français qui œuvraient dans l`ombre et portaient de fausses-barbes pour ne pas se faire repérer dans la foule.

Depuis les années 90, on constate un phénomène nouveau dans le monde du renseignement : la reconversion dans le secteur privé d`anciens espions et militaires, formés pendant la guerre froide, à l`âge d`or du renseignement d`Etat. La rencontre de ces deux mondes aux cultures opposées, de l`ombre du renseignement et de la supposée transparence de l`entreprise, a fait émerger un système, celui des « nouveaux barbouzes », qui mettent les méthodes du renseignement d`Etat au service d`intérêts privés. Ce système a été à l`origine de nombreux dérapages au cours des dernières années (Areva, Renault, Ikea, etc.), et ses ramifications remontent parfois jusqu`au sommet de l`Etat.

L`objet de ce livre est d`enquêter sur le fonctionnement de ce système, et de comprendre ce qui peut conduire à de tels dérapages.


La privatisation du renseignement est récente. Pensez-vous que ce système est appelé à se normer ?

Les affaires récentes ont amené un début de prise de conscience : les recrues venues de l`espionnage « traditionnel » n`ont pas forcément les compétences pour gérer la sécurité de grandes entreprises. Le problème, c`est que bien souvent, ces professionnels ont été recrutés moins pour leurs compétences que pour leur réseau et leur capacité à obtenir des informations auprès de leurs anciens collègues.

Il est significatif que Renault, pour remplacer son ancien responsable de la sécurité, mouillé dans l`affaire des vrais-faux espions, ait choisi un ingénieur au profil a priori très éloigné du monde des barbouzes. Les choses évoluent petit à petit, mais la France a encore du mal à faire cohabiter sainement public et privé, contrairement aux Etats-Unis, où cette cohabitation est plus ancienne et mieux intégrée.


A quelles informations ces anciens du renseignement public passé dans le privé ont-ils accès ?

Je tiens d`abord à préciser que ce livre n`est pas le procès de l`intelligence économique ou du renseignement privé dans son ensemble. Il est tout à fait possible de faire de la veille et du renseignement à partir de sources ouvertes et légales, et beaucoup le font.

Mais pour des anciens policiers ou militaires, il y a une forte tentation de la « tricoche », cette pratique consistant à accéder via leur réseau, à titre amical ou en les rémunérant, à des informations tirées des fichiers de l`Etat comme le STIC, le fichier des cartes grises ou même certains fichiers bancaires. Et il y a pour l`instant un certain manque de volonté politique pour mettre fin à ces pratiques.

En creux, cela soulève aussi le problème de la retraite des agents du renseignement public, qui se retrouvent souvent désœuvrés. Pour limiter les relations incestueuses, l`Etat impose déjà un délai de cinq ans à un policier qui souhaite devenir enquêteur privé, mais il n`est pas dit que ce tampon permette de rendre caducs tous les réseaux tissés par le passé.


Vous vous penchez dans le livre sur un certains nombre d`affaires récentes. Y a-t-il des choses que vous n`avez pas pu mettre ? Des regrets ?

En écrivant ce type de livre, on sait bien qu`on ne pourra pas tout y mettre. Sur les affaires les plus sensibles, notamment les affaires politiques, il y a également une part d`autocensure dans l`écriture. On sait en outre que certains attaquent systématiquement ceux qui publient la moindre ligne à leur sujet. Et la publication s`est faite aussi dans le dialogue avec les services juridiques de mon éditeur, aguerri par l`expérience de L`espion du Président, de Didier Hassoux, Olivia Recasens et Christophe Labbé, qui se penchait sur la DCRI et la personnalité de son ancien patron, Bernard Squarcini.

Depuis la publication, j`ai d`ailleurs eu des réactions de certaines personnes furieuses de voir leur nom apparaître dans le livre. Mais ça fait partie du jeu. J`ai également reçu des retours très positifs de « repentis » ou même de personnes encore en activité dans ce secteur et qui condamnent ses dérives.


Vous êtes journaliste. Quelles différences y a-t-il entre l`écriture journalistique et la publication d`un livre ?

Pour le journaliste, écrire un livre est un luxe. Le temps du livre, c`est le temps long. Si l`on prend l`exemple d`un journaliste qui suit un procès pour un journal, il produira au mieux un avant-papier, et un second le jour du verdict, à part pour les très grosses affaires. Pour un livre, on peut venir tous les jours au tribunal, échanger avec l`ensemble des protagonistes, et donc aller plus au fond des dossiers.

Cela permet aussi de nouer des liens de confiance avec ses sources sans être dans la course à l`info, ce qui est capital sur un sujet comme celui-ci, sur lequel beaucoup refusent de s`exprimer.

Plus généralement, le temps long et l`espace du livre permettent de mieux cerner toute la complexité d`un système, ce qui était précisément l`objet de cette enquête. Lorsqu`une affaire d`espionnage sort dans la presse, la réaction du lecteur, c`est souvent : « Un scandale de plus… » Or le livre permet de montrer qu`il ne s`agit pas simplement d`affaires isolées et indépendantes, mais qu`elles sont bien le produit d`un système. Qu`à l`origine on retrouve les mêmes mécaniques, et dans beaucoup de cas les mêmes acteurs.


Votre livre, qui traite d`affaires récentes, a-t-il été rattrapé par l`actualité depuis qu`il est parti sous presse ?

Beaucoup d`affaires évoquées sont loin d`être closes. L`affaire Renault est en cours d`instruction. Le dossier libyen est appelé à rebondir. Des personnages comme Bernard Squarcini, Ziad Takieddine ou Alexandre Djouhri devraient encore faire parler d`eux. Et de nouveaux scandales éclatent régulièrement, à l`instar des révélations récentes sur Ikea. Sans parler de certains procès pourtant jugés, qui sont loin d`avoir livré toute leur vérité.

Mais le l`objet de cette enquête, n`était pas de faire un « fast book » reposant sur quelques scoops à durée de vie de limitée. Ce que j`ai essayé d`analyser, ce sont les conditions de fonctionnement d`un système, qui dépassent l`actualité immédiate.

Découvrez "Les nouveaux barbouzes : Enquête sur la privatisation de l`espionnage" d`Emmanuel Fansten aux éditions Robert Laffont
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