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Critiques de François-René de Chateaubriand (171)
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Atala
  08 octobre 2014
Atala de François-René de Chateaubriand
♫ TARI-TARA-TATARIIII ♪

- Qu'est-ce que c'est ?

- Nastasia qui sonne l’hallali.

- Nasta qui ? qui sonne l'Allah quoi ?

- L'hallali pour Atala.

- Ah la lie ! pour Attali ou Hauts les lits ! pour Attila ?

(Soupirs...)



Eh oui. C'est dur à dire, c'est à peine si j'ose... Mais il faut bien admettre qu'Atala est vraiment une sorte de condensé de ce que j'aime le moins dans la Littérature. C'est ronflant, c'est larmoyant, c'est grandiloquent, c'est pro religieux, c'est bancal, c'est artificiel, c'est faux, c'est bien pensant, c'est mal observé. Bref, c'est ennuyeux.



À vouloir trop en faire, à vouloir en mettre plein la vue dans les salons, à vouloir faire un château brillant, Chateaubriand fait dans la cabane terne. Il a des mots énormes plein le gosier, des formules baroques à n'en plus finir là où la simplicité des lieux, des gens, des mœurs attireraient plus volontiers une certaine sobriété. Il fait parler ses indiens non comme des indiens mais comme des bigotes bretonnes armées de corsets bien rigides en guise de carquois et de coiffes bigouden à la place des plumes.



Si vous hésitez encore entre le missel et Atala, choisissez le missel car ça raconte à peu près la même chose et au moins vous pourrez vous essayer au chant. Pouah ! j'en ai les mains qui collent à force de tripoter ce chapelet poisseux de la littérature romantique. (Dans cette œuvre, Chateaubriand se révèle de la lignée qui fleurira les Paul Claudel et consort du XXème siècle, c'est dire si j'en raffole.)



On ne peux pas non plus tout lui reprocher, il y a de temps en temps deux ou trois formules acceptables mais franchement, les auteurs du XVIIIème savaient être si alertes, si subtils, si fins, les Marivaux, les Voltaire, les Diderot, les Laclos, les Beaumarchais que ce malheureux François-René de Chateaubriand fait vraiment très pâle figure face à de tels devanciers.



Alors, si l'histoire peut vous intéresser, vous assisterez à la narration d'un indien Natchez, Chactas, qui dévoile à son fils adoptif René (un Européen qui a décidé de vivre à l'indienne) l'histoire ancienne de ses amours platoniques (faute de mieux) avec la belle métis Atala.



Amours fulgurantes, transfigurantes, inconditionnelles, immaculées, pieuses et délectables, mais, malheureusement impossibles, car sans quoi, on ne pourrait pas prendre plaisir à succomber avec un crucifix entre les mains.



Le bon sauvage, la belle jeune fille, le gentil chrétien... Pfffffff ! Qu'est-ce que ça m'horripile les machins dans ce genre ! Mais bon, je préfère m'arrêter là et ne pas en dégoûter ceux qui pourraient prendre plaisir à cette lecture. D'ailleurs, ce n'est que mon avis, c'est-à-dire, plus que jamais, très peu de chose.
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René (1805)
  20 janvier 2021
René (1805) de François-René de Chateaubriand
Ô romantisme ! Tes hautes tours ceinturées de lierre, tes jeunes Werther agonis de souffrances, tes méditations si poétiques, tes pleurs qui débordent (Valmore), tes pianos alémaniques, la pureté de tes élans, tes chastes incestes… Oui, parce que (François ?) rené aime sa soeur, et sa soeur aime rené, voyez. 



Voici un cas d'école que la censure de l'époque, impitoyable avec Baudelaire et Flaubert, peut entendre et laisser publier, pour peu que la chaste pécheresse (et pas le pécheur bien sûr) passe par la case couvent (qui a disparue de nos Monopoly actuels).



rené décide pourtant de faire d'un chou un potager et de disserter sur le non-évènement auprès d'un amérindien dont il envie la paisible existence, ce qui est désormais bien établi (la paisible existence des amérindiens du XIXe siècle comparée à celle De Chateaubriand…y aurait de quoi lancer une nouvelle controverse de Valladolid, Bartolomé de Las Casas danse dans sa tombe…).



« Ô temps suspend ton vol ». C'est un ouvrage résolument romantique, le même vertige de la jeune et noble âme face au précipice du temps, les mêmes réflexions sur la passion, celle qui déchire et arrache plus de larmes aux jeunes garçons de bonnes familles qu'il est possible de se le figurer de nos jours.



« La douleur n'est pas une affection qu'on épuise comme le plaisir ». A partir de ce constat, Chateaubriand et d'autres auteurs vont pouvoir offrir (surtout monnayer) à la littérature des centaines de pages de tourments, d'implorations et d'apitoiements infantiles et doloristes, cela sans s'épuiser, sous le regard indifférent d'un Dieu le père, pourtant si souvent appelé en renfort. Les amères leçons des premiers transports amoureux induisent un chemin vers la sagesse passant par l'expérience contrariée.




Le romantisme n'en reste pas moins un courant qui bénéficiera de part son époque, d'une langue merveilleuse, et dont certains auteurs, comme Goethe s'affichent comme parangons de la littérature amoureuse. Ce court roman De Chateaubriand ne parvient à mon humble avis pas à en faire autant.



« Je n'étais occupé qu'à rapetisser ma vie, pour la mettre au niveau de la société » pauvre René, une violette sous la mousse, c'est si dur d'être à la fois humble et exceptionnel… Mais Chateaubriand non plus, ne prend pas son personnage pour une mandarine : « Il vaut mieux, mon cher rené, ressembler un peu plus au commun des hommes et avoir un peu moins de malheur » lui réplique son interlocuteur. Imparable : le commun des hommes à l'époque, en pleine exode rurale, happé de tous ses membres au sortir du berceau par les usines naissantes n'a rien à envier aux prolixes vagabondages de notre jeune noble.

Il manque à rené l'impétuosité et l'humanisme du jeune Werther, mais surtout il se dégage une forme de complaisance de l'auteur pour son personnage : le héros pathétique est encore trop pris au sérieux par son auteur.



Qu'en pensez-vous ?
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Memoires d'Outre-Tombe - Flammarion - Livre..
  02 septembre 2015
Memoires d'Outre-Tombe - Flammarion - Livres 01 à 05 de François-René de Chateaubriand
Probablement par peur de m'ennuyer, j'ai toujours repoussé à "plus tard" la lecture des "Mémoires d'Outre-Tombe". Mais cet été, je savais que le moment était venu. J'ai alors choisi cette édition "avec dossier" et, épaulée par les notes de Nicolas Perot, je me suis lancée.

Eblouissement !

Voilà donc un homme qui, arrivé au crépuscule de sa vie, se lance dans la réflexion de ce que furent ces années si tumultueuses qu'il lui fut donné de vivre. Et quelles années, en effet ! 1768-1848. Rien que ça !

Il fallait une belle plume et une tête merveilleusement faite pour nous embarquer dans ce voyage. J'ai sauté dans l'embarcation, et ne l'ai jamais regretté. "Unputdownable" disent les Anglo-Saxons pour parler de ces ouvrages que l'on ne peut se résoudre à reposer sur la table de chevet. "Allez ! Encore un chapitre avant de dormir !"

Je me suis accrochée à ces pages comme on s'accroche à la parole des plus grands conteurs. Et la mauvaise élève en Histoire que j'ai toujours été a parfaitement saisi tous les enjeux d'une période extrêmement compliquée et violente. Chateaubriand est un maître, un garçon sensible et rêveur que nous voyons peu à peu se transformer en grand penseur, témoin privilégié d'un tremblement de terre qui nous secoue encore aujourd'hui.

"Quant à moi, je ne me glorifie ni ne me plains de l'ancienne ou de la nouvelle société. Si, dans la première, j'étais le chevalier ou le vicomte de Chateaubriand, dans la seconde je suis François de Chateaubriand ; je préfère mon nom à mon titre".

Le style est vigoureux, et les propos d'une belle humanité, toute en finesse. L'auteur va au fond des choses, et transcrit clairement et intelligemment sa perception des événements.

Ces pages (345 avec les notes) se lisent comme un texte qui paraîtrait aujourd'hui.

Et, croyez-moi, les soubresauts de l'Histoire qu'elles renferment font battre le coeur et trembler la main qui tient le livre.

Pour conclure, grand merci à "Colimasson". Elle a manifestement analysé l'ouvrage en profondeur, et j'entends à présent prendre le temps de savourer sa prose.
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De Buonaparte et des Bourbons
  10 mars 2018
De Buonaparte et des Bourbons de François-René de Chateaubriand
J'ai décidé de lire quelques livres De Chateaubriand pour découvrir cet auteur dont Jean d'Ormesson disait tant de bien et sur lequel j'ai fait impasse jusqu'à maintenant. Au final, c'est un texte agréable, bien écrit.

J'y ai découvert un homme qui vouait une haine sans concession à l'Empereur qu'il surnommait l'usurpateur ou l'étranger qu'il accuse d'avoir détruit et ruiné la France. Puis il nous explique pour quelle raison Louis XVIII devrait devenir Roi en faisant l'éloge de la royauté. Ensuite, Chateaubriand demande aux alliés de se méfier d'un retour de l'Empereur et de rétablir Louis XVIII car la plupart des membres des familles royales sont apparentés.

C'est un texte en trois parties sur une période de l'histoire très compliquée où la France subit les bouleversements liés à la Révolution.

Ce qui est sûr c'est que je vais continuer à me promener du côté De Chateaubriand.
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Atala
  11 août 2016
Atala de François-René de Chateaubriand
Atala résonne comme une parabole biblique, une histoire déclamée par une voix incroyablement solennelle. Ce récit est entièrement empreint d’une grâce qui par moments va jusqu’à l’affectation. L’histoire est simple et déchirante : la passion entre deux Indiens d’Amérique à qui le destin refuse la félicité ; à la manière d’une tragédie grecque, les héros sont les jouets de la Providence.



Ce livre est une splendeur de style. Il annonce le romantisme sans demi-mesure. Les phrases coulent au point que cette lecture est d’un agrément exquis. On reconnaît dans les lamentations d’Atala sur l’exil de sa patrie indienne un Chateaubriand qui chante à la manière des anciens les cruelles douleurs de son propre exil pendant la période de chaos que connut la France suite à la Révolution. Réfugié en Angleterre, il vécut des périodes très difficiles et connut les affres de la faim.



La grande originalité de cette œuvre réside dans l’extrême raffinement, la puissance des images et la grande beauté de la langue. Cette histoire est pathétique à souhait et peut-être l’est-elle trop. Écrite pendant une période de troubles politiques et de malheurs personnels (perte d’une de ses sœurs et de sa mère), elle montre d’une manière très rude les aspirations grandioses, les doutes et les angoisses d’un esprit chrétien qui sut porter le logos à des hauteurs éblouissantes et fit ainsi une remarquable entrée en littérature.
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Atala : Suivi de René
  09 février 2014
Atala : Suivi de René de François-René de Chateaubriand
Chateaubriand a donné ici un exemple parfait du romantisme français avec ces deux courts récits. Tous les traits du romantisme s’y trouvent ici illustrés en toute beauté.



Dans Atala, Chateaubriand voulait concilier la religion et le « bon sauvage », la société et la nature, mais aussi montrer la beauté du christianisme (on sait que les deux récits ont une relation étroite avec son ouvrage le Génie du christianisme). Or, pour ce faire, il a choisi le recours au récit et aux sentiments pour toucher ses lecteurs, ainsi qu’à une prose poétique où l’on trouve de belles descriptions subjectives de cette nature sauvage près du Mississipi. L’intrigue même, avec ce choix du dramatique voire tragique (certains y voient même la forme d’une tragédie surtout pour Atala) est un mélange de grandeur et de pathétique avec ce religieux qui se sacrifie pour sauver les autres et cette fille dévouée et vertueuse. Pour René, il s’agit surtout de décrire (toujours très subjectivement) ce fameux mal du siècle et d’essayer de présenter une solution religieuse à ces effets des passions. Ainsi le livre s’inscrit dans une lignée de livre à tendance autobiographique ayant pour but d’analyser et diagnostiquer la vague des passions.



J’ai eu le bonheur de faire cette lecture agréable à la même période que d’autres livres issus du romantisme français (Stello, Hernani, Adolphe…).

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Mémoires d'outre-tombe
  02 juillet 2015
Mémoires d'outre-tombe de François-René de Chateaubriand
J'attendais beaucoup de cette lecture. La découverte d'un auteur breton et le témoignage d'un homme de l'aristocratie sur le passage de la vieille France à la nouvelle France.

Certains passages m'ont plu, notamment les descriptions maritimes assez poétiques, la narration de l'enfance d'un pauvre petit gentilhomme Malouin, sa vision de Bonaparte.

Par contre je me suis trop souvent ennuyée. Je n'ai pas trouvé ce personnage très attachant, il se donne un peu trop d'importance.

Ma lecture s'est donc terminée au livre trentième, je ne peux vraiment pas aller plus loin. Il manque un je ne sais quoi à ces mémoires... de l'humilité, de la simplicité ?

Mémoires d'outre-tombe ou comment "tomber de sommeil"...
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Mémoires d'outre-tombe
  03 août 2014
Mémoires d'outre-tombe de François-René de Chateaubriand
Bien sûr c’est long, très long ! Et à notre époque, où la concentration semble aussi fragile qu’un verre en cristal, voire rare comme un edelweiss, lire les Mémoires d’outre-tombe relève du défi impossible ! Et pourtant…

Ni roman, ni essai, encore moins fidèle autobiographie, cette œuvre monumentale – celle de toute une vie – vaut pour son souffle épique, ses pauses romantiques et enfin sa prose poétique, qui atteint là des sommets d’excellence.

Ces Mémoires sont le testament d’un homme, qui a traversé l’Histoire autant qu’il a été traversé par elle. Ils oscillent entre le récit des grandes choses et l’introspection mélancolique, laquelle fait de leur auteur un archétype romantique.

Le souhait initial de Chateaubriand était de ne les faire publier que plusieurs années après sa mort. Des complications financières l’obligèrent à céder les droits ; ils seront publiés juste après son décès, survenu le 4 juillet 1848.

Ainsi, au pied de son lit de mort, dans un coffre, se trouvait le manuscrit original de ce pilier de la littérature. Venu lui rendre un dernier hommage, Victor Hugo, qui se voyait en « Chateaubriand ou rien », se souviendra plus tard : « Aux pieds de M. Chateaubriand, dans l’angle que faisait le lit avec le mur de la chambre, il y avait deux caisses de bois blanc posées l’une sur l’autre. La plus grande contenait, me dit-on, le manuscrit complet de ses Mémoires, divisé en quarante-huit cahiers. »

Voilà donc une œuvre qui ne se lit certes pas sur une plage, mais qui, pour peu qu’on s’y laisse prendre, nous fait accomplir un voyage extraordinaire au cours duquel nous rencontrerons l’une des époques les plus turbulentes de l’Histoire, orchestrée par des personnages tels que Napoléon, auquel Chateaubriand consacre d’ailleurs de nombreuses pages, sans doute quelques-unes des plus remarquables sur ce titan de notre roman national.

Et puisque Chateaubriand a mis si longtemps à écrire ces Mémoires, prenez le temps nécessaire, savourez-les : la lecture est un espace de liberté où l’on a encore le droit d’être lent !

Juste pour le plaisir, écoutons la musique de cet extrait, connu jadis de tous les enfants de France : « Le calme morne du château de Combourg était augmenté par l’humeur taciturne et insociable de mon père. Au lieu de resserrer sa famille et ses gens autour de lui, il les avait dispersés à toutes les aires de vent de l’édifice. Sa chambre à coucher était placée dans la petite tour de l’est, et son cabinet dans la petite tour de l’ouest. Les meubles de ce cabinet consistaient en trois chaises de cuir noir et une table couverte de titres et de parchemins. Un arbre généalogique de la famille des Chateaubriand tapissait le manteau de la cheminée, et dans l’embrasure d’une fenêtre on voyait toutes sortes d’armes depuis le pistolet jusqu’à l’espingole. L’appartement de ma mère régnait au-dessus de la grande salle, entre les deux petites tours : il était parqueté et orné de glaces de Venise à facettes. Ma sœur habitait un cabinet dépendant de l’appartement de ma mère. La femme de chambre couchait loin de là, dans le corps de logis des grandes tours. Moi, j’étais niché dans une espèce de cellule isolée, au haut de la tourelle de l’escalier qui communiquait de la cour intérieure aux diverses parties du château. Au bas de cet escalier, le valet de chambre de mon père et le domestique gisaient dans des caveaux voûtés, et la cuisinière tenait garnison dans la grosse tour de l’ouest. »

Mon père se levait à quatre heures du matin, hiver comme été : il venait dans la cour intérieure appeler et éveiller son valet de chambre, à l’entrée de l’escalier de la tourelle. On lui apportait un peu de café à cinq heures ; il travaillait ensuite dans son cabinet jusqu’à midi. Ma mère et ma sœur déjeunaient chacune dans leur chambre, à huit heures du matin. Je n’avais aucune heure fixe, ni pour me lever, ni pour déjeuner ; j’étais censé étudier jusqu’à midi : la plupart du temps je ne faisais rien. »

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Génie du christianisme
  07 mai 2016
Génie du christianisme de François-René de Chateaubriand
La lecture du Génie du Christianisme est en train de redevenir indispensable aujourd'hui. En 1800, la France se relevait d'une violente décennie de destructions anti-chrétiennes, de massacres du clergé et d'interdictions du culte, après cinquante bonnes années de campagnes d'opinion visant à dévaloriser et à ridiculiser cette religion. Aujourd'hui, certes, la persécution n'est plus physique : il n'y a qu'en Orient qu'on massacre des chrétiens*. En France, on se contente d'ignorer cette religion, de la passer sous silence ou de diffuser le plus grand mépris à son égard et à l'égard de ceux qui la pratiquent. Voilà une première raison de lire le Génie, livre de réhabilitation de la religion méprisée.



Le livre est certes théologiquement bien léger. L'amateur de pensée chrétienne aura l'embarras du choix pour trouver de meilleurs ouvrages que celui-ci sur la question. Mais comme les mauvais sont aussi légion, autant lire le Génie, même avec ses défauts. Il faut dire que l'auteur avait moins l'ambition de faire une apologie de la religion, que de ses beautés : il l'aborde sur le plan culturel et esthétique, dans les oeuvres qu'elle a inspirées en Europe depuis la fin de l'Antiquité. Le Génie est la plus belle illustration des "racines chrétiennes de l'Europe", et donc le meilleur moyen de faire grincer des dents aux islamo-gauchistes qui colonisent le secteur culturel de l'édition et des médias. A quoi bon ? C'est que leurs préjugés culturels produisent beaucoup d'ignorance, d'indifférence, voire de mépris, pour d'immortels chefs-d'oeuvre de la culture. Lire le Génie, c'est apprendre à comparer la Phèdre de Sénèque avec celle de Racine, c'est regarder une cathédrale gothique comme une forêt, c'est acquérir le sens du mystère et éprouver un profond sentiment d'exotisme comme d'identité spirituels.



Dans cette grande apologie si soigneusement construite, la structure risque de ne plus nous parler, ainsi que de nombreux passages, faute du niveau requis, du nôtre j'entends. Mais même ainsi, le Génie du Christianisme ressemble à ces abbayes gothiques anglaises à-demi ruinées, envahies par l'herbe depuis le XVI°s, qui réservent au promeneur des splendeurs incomparables.



Plus que jamais, la lecture du Génie s'impose aujourd'hui.



*écrit en 2016, avant les meurtres de fidèles et les incendies de cathédrales en France.
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Mémoires d'outre-tombe
  05 août 2012
Mémoires d'outre-tombe de François-René de Chateaubriand
Les Mémoires d'Outre-tombe sont bien sûr une autobiographie de Chateaubriand , une oeuvre pthétorique , magistrale , romantique .

Le célèbre écrivain , considéré comme un des meilleurs de son époque voulait que ses mémoires soient publiées après sa mort mais des raisons financières l'ont obligé à les publier de son vivant .

C'est une lecture que j'ai faite quand j'étais adolescente donc je n'en n'ai pas beaucoup de souvenirs mais je rappelle très bien que j'aimais beaucoup le style de l'auteur , j'ai d'ailleurs dévoré les autre livres de Chateaubriand : Le génie du christianisme , René ...

Sans doute que le style s'est démodé mais il reste avec cette oeuvre un témoignage magnifique de cette époque troublée , en effet l'auteur a vécu la Révolution française , il raconte merveilleusement bien ses souvenirs d'enfance .

Si un jour je m'achète une liseuse , je pense que c'est une oeuvre que je relirai avec plaisir , les classiques parfois ça me manque .
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Mémoires d'outre-tombe
  08 juin 2020
Mémoires d'outre-tombe de François-René de Chateaubriand




Il n’existe point d’héroïsme à servir l’honneur, à dresser l’autel de la justice, à murmurer contre les lois, à briser la chaîne de l’esclavage. Subissant l’effet lyrique des passions et le tumulte d’un souffle généreux, le jeune et romantique Victor Hugo s’exclamait : « Je veux être Chateaubriand ou rien ! » Il est devenu beaucoup plus si j’en juge de son oeuvre fort peu modeste et des navires littéraires qu’il a mis à l’eau. Croyait-il que mon nom puni pour sa fidélité serait prononcé deux mille ans après sa mort ? Qui se souviendra de mes écrits, de mes voyages d’Orient, de mes idées politiques, de mes pensées d’outre-tombe, de mes douleurs comme de mes joies, à l’heure de la postérité ? Je pénètre aujourd’hui dans ma mémoire comme dans un labyrinthe obscur et le souvenir qui me sert de torche sera-t-il suffisant pour m’éclairer et offrir un peu de lumière aux générations futures ? Voyageur je fus, voyageur je m’en vais.



La jeunesse est remplie de désirs et de songes, elle aborde tous les rivages, elle sillonne les mers, croise la pupille des dieux, traverse les mondes pour en garder leur beauté, se fiance à la nature et épouse à l’église d’autres échantillons de cette planète aux goûts qui les rejoignent. J’ai essayé de peindre ces tableaux alternant les faveurs et les disgrâces, les festivités et les exils, les intrigues et les ambitions, les fautes et les réussites, tout en gardant la simplicité tel que le ciel m’a fait. Aujourd’hui je suis à table avec mes vieux démons, je déjeune avec moi-même, fort peu soucieux des illustres morts de la grandeur nationale, des cendres du régime impérial. Je n’ai plus le goût pour accorder ma lyre, je fais la révolution avec mon verre et je bois à la santé des monarchies disparues. Éloigné des froides disquisitions sur les faits, des insipides vérifications de dates, des charges et des servitudes de l’écrivain, dans la bonne chère et le bon vin je me console des flèches du temps et de l’avilissement des années.



Je demeure l’ami de la justice et de la liberté, défendant alternativement celle des deux qui me semble en péril. J’ai tant fait la chronique de mon époque, tant cédé à l’appel du voyageur et du soldat que je goûte aujourd’hui avec entrain aux plaisirs de la solitude. Dans ces couloirs sombres je n’attends plus de miracles en dehors de ceux que j’enfante. Etant plus proche de la fin que du début, je laisse de côté les conflits de la vieille Europe, les désirs des destinées royales, les monarchies dissolues, les fausses démocraties, les promesses sans serments, les discours des démagogues qui promettent à l’échafaud les siècles nouveaux, sans cesse battus du diable pour leur ambition. Errer sans connaître le derrière de l’horizon, se moquer des monts enneigés, des forêts profondes, voilà ce que je ne peux plus faire, je traîne des pas fatigués que plus personne ne veut suivre.



Je ne guette ni place ni fortune ni bien. La considération de la patrie et de l’humanité n’est plus mon obsession. Les opinions hardies s’en vont à vau de route et mon chemin emprunte la sagesse et la tranquillité. J’écris toujours des lettres, elles trouvent peut-être plus de justice chez ses ennemis que chez ses prétendus amis. La liberté plait à mon indépendance naturelle. Je ne suis pas roi, je n’ai pas de couronne, je ne dors pas au palais, je n’attends pas après les honneurs, je suis sans frayeur des républiques et des gouvernements, je ne crains pas l’estime publique, je serais volontiers à la fenêtre pour voir passer la monarchie. Les fleurs se fanent comme nos heures, les feuilles tombent comme nos années, le sablier, imperturbable, continue sa route sans prêter attention aux nuages qui s’amoncellent, aux rayons qui se refroidissent, aux rivières qui se glacent ou aux cadavres dans le fossé.



Épargné par la folie, privé de musique plaintive, à l’abri des hommes, installé dans une vieille bâtisse qui n’a rien d’un château, sans craindre l’ouragan, je n’ai plus le choléra des engagements. Je suis assis près d’un bon feu alors qu’un domestique me sert à boire et que les fenêtres donnent sur de grands et vieux arbres moussus dont je savoure l’amicale présence. Je serai bientôt poussière, sourire qui s’efface, enseveli sous des sables froids et des ombres végétales, dans un cercueil de pierre dont les siècles tairont le nom. Je serai alors débarrassé des mille reproches et des mille plaintes entendus au point de vouloir être sourd, vide des quolibets, des griefs et des grossières allusions, absent de l’odieux égoïsme dont j’ai reçu la paternité, étranger aux mesquineries et aux bassesses du genre humain. Moi qui tout ma vie me suis redressé de toute ma taille face au désespoir des causes et au manque de lucidité de l’esprit humain je resterai enfin couché.



Nowowak




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Mémoires d'Outre-Tombe (1) Livre I à XIV.
  03 février 2015
Mémoires d'Outre-Tombe (1) Livre I à XIV. de François-René de Chateaubriand


C’est souvent l’appréhension qui fait basculer la préhension en renoncement. Le Général de Gaulle les a saisies à pleines paluches, lui, ces mémoires, et tout agrippé qu’il était, a déclaré résolument , en 1947 : « Tout m’est égal, je suis plongé dans les « Mémoires d’outre-tombe » (…). C’est une oeuvre prodigieuse. »





Alors oui, se plonger dans ces mémoires là, ne fût-ce que dans le premier tome, c’est accepter d’y passer un laps de temps conséquent. Je suis courageuse, mais pas téméraire, je me suis limitée à la lecture de ce premier tome, croyez-moi c'est déjà un nombre de pages considérable, d'une infinie richesse je l'avoue !





Oui la lecture peut être par moments un peu fastidieuse, du fait des innombrables notes (pratiquement en bas de chaque page, quand ça ne mange pas une bonne moitié de page..) sur lesquelles on ne peut pas toujours faire l’impasse, quoique l’on passe finalement assez souvent dessus quand même sans que ça n’entrave la compréhension du texte (et tant pis si on passe outre l’historique d’un vague cousin).



Oui la structure narrative est parfois ambiguë, avec des va-et-vient entre le temps de la narration et le temps raconté.



Oui la structure même du livre est complexe, puisqu’on découvre dans un premier temps l’ébauche d’une première version (« Histoire de ma vie », vite avortée puisque Chateaubriand, par soucis d’argent, a été contraint d’étoffer sa petite histoire personnelle en la diluant dans la grande), et que dans la version définitive, qui débute juste après, on retrouve certains passages déjà lus.



Doit-on pour autant reposer cette main qui s’était peut-être tendue un jour ?



Non. Non parce que c’est un témoignage immensément riche sur une époque, sur cette transition « entre deux siècles, comme au confluent de deux fleuves » qui est dressé ici, à coups d’anecdotes (la présentation à la Cour et à Louis XVI est cocasse) et de grands faits marquants (la Terreur).

Un monde s’effondre (« je suis comme le dernier témoin des mœurs féodales »), un autre naît, péniblement, Chateaubriand s’exile à Londres, revient, repart, cahin caha dans le tumulte des grands bouleversements, et on tangue avec lui, tant cette instabilité est palpable.



Non parce que le tempérament de Chateaubriand, souvent décrié, est terriblement attachant.

Sombre, complexé, avec la désillusion comme alter ego, il n’en est pas moins volontaire et déterminé.

Il est mélancolique sans être pleurnichard.

Son enfance dans le château de Combourg ne peut qu’engendrer l’empathie de la part du lecteur tant elle est sombre et solitaire.

Rêveur, il s’est inventé une femme idéale, la Sylphide, dans laquelle s’incarneraient toutes les autres.

Le temps qui passe le terrorise : « Je n’avais vécu que quelques heures, et la pesanteur du temps était déjà marqué sur mon front. »



Non, enfin et surtout, pour la richesse de la langue, pour cette prose poétique qui donne au livre une vraie musicalité et une envie irrépressible de relire encore et toujours certains passages.

Les aphorismes foisonnent , les archaïsmes aussi : on « balle », on se fait « gourmander », quand les mots ne sont pas carrément inventés (« déshabité » par exemple).



Ce premier tome couvre les années 1774/1799, soit la jeunesse, la carrière de soldat et de voyageur de Chateaubriand.



Pour celles et ceux qui ne les connaissent pas et qui sont tentés par "Ces mémoires .... " offrez-vous ce vrai moment de plaisir.





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Pensées, réflexions et maximes
  16 juin 2018
Pensées, réflexions et maximes de François-René de Chateaubriand
Seulement vingt minutes de lecture ne vous en privez pas. Même si c'est trop court d'où les quatre étoiles, c'est toujours François René de Chateaubriand ce qui veut tout dire.
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Atala - René - Le Dernier Abencerage
  13 février 2013
Atala - René - Le Dernier Abencerage de François-René de Chateaubriand
La découverte du Romantisme en littérature a été une vraie révélation pour moi. D'abord timidement à la fin du collège, puis au lycée : l'apothéose !

Les premières oeuvres emblématiques que j'ai lu étaient celles, comme beaucoup je pense, de Victor Hugo, Alfred de Musset et Lamartine.

(il y en a eu d'autres bien sûr, mais ceux-là ont été les premiers)



Prise par cette nouvelle passion, j'ai décidé par moi-même d'en connaître plus. J'avais croisé le nom de Chateaubriand dans le livre de français. C'était un extrait des Mémoires d'Outre-tombe. Mais l'autobiographie n'a jamais été un genre qui m'a beaucoup attirée. Alors direction le CDI, et là je tombe sur Atala et René : qu'à cela ne tienne je commence à le feuilleter.

(et puis j'ai été tellement emballée que j'ai été l'acheter rien que pour la satisfaction de dire qu'il était à moi! et oui,...)



Lire Chateaubriand, c'est une expérience particulière. Avec son écriture - à l'inverse d'autres auteurs de ce courant - j'avais l'impression quasi permanente d'être dans un tableau. Un tableau comme ceux de C. D. Friedrich, où l'homme se retrouve bien petit devant l'oeuvre du Temps et de la Nature. Beaucoup de nostalgie, de mélancolie et de sentiments exacerbés.

Avec, une petite touche en plus qui là par contre m'a un peu gênée, c'est le côté "Catho superstar" de l'auteur qui transparaît très clairement dans ces deux courts récits.



Avec Atala, il revisite, à sa façon, le mythe du bon sauvage et du fameux fardeau de l'homme blanc dont parlait Kipling - et Rousseau. Et dans René, ... autre histoire ! Ici, il semble qu'il est voulu ré-écrire un épisode biblique en parlant d'un amour interdit : celui d'un frère et d'une soeur....

En refermant ce livre je suis restée assez perplexe. Convaincue d'avoir lu quelque chose de poétique certes, mais pour le reste ...

Mon avis sera peut-être plus tranché une fois que j'aurai trouvé le courage de me plonger dans les Mémoires d'Outre -tombe qui sait ? !

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Atala : Suivi de René
  22 juin 2015
Atala : Suivi de René de François-René de Chateaubriand
Chateaubriand est un grand écrivain romantique, du XIXeme Siècle .IL aime sa Réligion et la glorifie .Voir le Génie du Cristianisme .IL a ses convictions : On doit les respecter .Pour ce qui est de son roman Atala, suivi de Réné ,on assiste dans Atala à l 'emprisonnement du jeune indien Chactas .L histoife se déroule en Amérique .Le

village de Chactas a été complètement détruit.Le géolier a une fille : Atala .Les deux jeunes gens, Atala et Chactas sont follement amoureux l 'un de l 'autre .Chactas est condamné à mourir .Comment les deux amoureux vont-ils faire pour vivre leur

passion amoureuse ? Chateaubriand signe là un de ses grands romans qui se laisse lire avec beaucoup de plaisir .
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Mémoires d'outre-tombe
  19 septembre 2019
Mémoires d'outre-tombe de François-René de Chateaubriand
La période romantique correspond totalement à l'époque de l'adolescence durant laquelle cette lecture est imposée aux lycéennes et lycéens. J'ai en conséquence adoré ce récit.



Digression : je me souviens de la couverture de ce livre scolaire (qu'on se passait d'une classe à l'autre) qu'une camarade avait annoté : "il est dans le vent !".
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Atala
  21 août 2015
Atala de François-René de Chateaubriand
Nous sommes au bord du fleuve Mississipi. Un vieil indien raconte au jeune Français, Réné, l' histoire de Chactas, un jeune indien fait prisonnier par une tribu ennemie. Chactas est un jeune indien de dix-sept ans. La tribu ennemie s' apprête à le tuer. La fille du chef de la tribu, Atala+ une jeune indienne fraîchement convertie au christianisme, décide de s' enfuir avec lui. Elle le guide jusqu'à une mission catholique, où ils sont religieusement mariés. Mais la mère de la jeune fille ayant promis à Dieu qu' elle resterait vierge,Atala préfère se tuer

plutôt que de céder à son amour pour Chactas.

En fin de compte une belle histoire d' amour de la part d' un grand romancier romantique.
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René (1805)
  04 août 2019
René (1805) de François-René de Chateaubriand
Le XIXème siècle fut un siècle parfois tourmenté ; certes, ce fut le siècle de Zola, confiant en le progrès ; et de beaucoup de gens de ce type. Mais le XIXème siècle fut aussi le siècle de Huysmans, de Dostoïevski et du René, de Châteaubriand, qui illustre la tourmente face à un monde dont il est difficile de connaître le sens, face à une Histoire, entre royalisme et République, qui ne semble pas avoir de sens, tant elle est touffue, pleine d'événements menant au contraire de tant d'autres événements…

C'est ce qui explique le fameux "mal du siècle", celui de René, de Fiodor Dostoïevski et de Des Esseintes.

René est peut-être la première grande figure de cette angoisse mélancolique au contact d'un monde qui ne semble plus avoir de sens, au contact d'une société qui semble éclater, où l'ordre social change profondément.

Et il est certain que le "mal du siècle" est un sujet idéal pour un auteur romantique… Et, avec ce sujet idéal, Chateaubriand réussit et montre son style parfait, lyrique, plein d'exclamations et d'interrogations, grand, beau, mélancolique, bref : sublime, de toute beauté, constamment.

Il porte à la perfection la sensibilité romantique, qui émeut, et il écrit dans un style d'une grande beauté…

Ce court récit, qui fait un peu ( voire un peu beaucoup ) penser à "Atala" est un grand texte, très personnel je pense et d'une beauté indescriptible, unique, qui n'appartient qu'à François-René de Chateaubriand.
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Vie de Rancé
  27 avril 2016
Vie de Rancé de François-René de Chateaubriand
Le dernier livre De Chateaubriand. Pourquoi son confesseur l'a-t-il incité à écrire sur Rancé ? Pour le distraire de sa mélancolique vieillesse ou de son dépit ? Lui donner à réfléchir sur un modèle de retraite exemplaire ? C'est drôle comme certains mots changent de sens au fil du temps. A l'époque De Chateaubriand - et encore plus celle de Rancé - le mot de « retraite » évoquait bien moins le repos que l'effort. La retraite était un acte en soi, une activité, se retirer du monde et se tourner vers Dieu. Peut-être par nature, Chateaubriand a davantage tendance à se retourner sur sa vie.

Au début surtout, il fait beaucoup d'aller-retours entre le XVIIe siècle et sa propre vie : la révolution française, la mort du roi, ses souvenirs d'Henri V. Il compare George Sand aux romancières du XVIIe, règle inopportunément des comptes avec Paul-Louis Courier, se lamente sur sa triste époque... comme si son sujet ne l'intéressait pas. Mais à sa décharge, il semble n'avoir pas eu accès à beaucoup de documents sur la première partie de la vie de Rancé, celle où il était un religieux mondain. Il fait aussi des digressions sur les moeurs, l'art, la politique, ce qui permet de rendre magnifiquement la société de ce temps. Par exemple l'hôtel de Rambouillet, le creuset de la politesse et de l'élégance française, vite altérées en préciosité. le lieu où Rancé fréquenta Mme de Montbazon et dont la mort sera à l'origine de sa conversion. Puis les premières difficultés pour réformer La Trappe, les adversités, sa relation privilégiée avec Bossuet, son mépris de la vie, sa santé défectueuse.

Deux choses parmi d'autres ont retenu mon attention. Ce grand mémorialiste en évoque deux autres, les plus célèbres du siècle de Louis XIV : le duc de Saint-Simon et le cardinal de Retz qui ont personnellement connu Rancé. En fait, il ne consacre vraiment qu'une demi-page à Saint-Simon, pour lister quelques-unes de ses particularités qui peuvent passer pour des défauts. Il le fait avec justesse d'ailleurs. Outre les divergences de point de vue, il existait une trop forte opposition de style entre les deux ; l'effervescence et la spontanéité de Saint-Simon ne pouvait que plaire modérément à la correction, pour ne pas dire la sévérité, De Chateaubriand, à son emphase et son esprit chagrin. Il est plus prolixe sur le cardinal de Retz dont il retrace toute la carrière, mais pas plus indulgent.

D'autre part, la comparaison de la Trappe et de Port-Royal parait inévitable. La préférence De Chateaubriand va évidemment à la première abbaye, trouvant que Port-Royal et les Jansénistes, malgré toute leur austérité, étaient encore trop impliqués dans le monde. Il retrace les relations de Rancé et des Jansénistes. Il reproduit une longue lettre de 1676 adressée à M. de Brancas, dans laquelle l'abbé avoue les avoir combattus dans sa jeunesse et s'en être repenti par la suite. Mais Chateaubriand précise que son avis évolua encore : « influencé par Bossuet, [il] changea d'opinion ; il cessa de tolérer ce qu'il avait respecté. »

Il ne me reste plus qu'à lire ses Mémoires d'Outre-Tombe, pour voir comment ce farouche royaliste et fervent chrétien a vécu la Révolution. Mal a priori, comme un bain de sang.

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Atala : Suivi de René
  30 décembre 2020
Atala : Suivi de René de François-René de Chateaubriand
Deux histoires émouvantes qui, l'une faisant suite à l'autre, nous relatent les ravages de l'amour impossible, surgissant avec virulence, s'accroissant avec violence, dépouillant ses victimes de toute forme de raison et son issue est toujours le sacrifice de l'un ou l'autre....

Belle écriture, une musicalité des mots, des phrases très captivante !
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