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Note moyenne 3.4 /5 (sur 89 notes)

Nationalité : Italie
Né(e) à : Milan , 1972
Biographie :

Anglaise, italienne et suisse, Gabriella Zalapi a vécu à Palerme, Genève, New York, habite aujourd’hui Paris. Ses longs séjours à Cuba et en Inde ont également été déterminants pour donner corps à l’une de ses préoccupations essentielles : comment une identité se construit ? Artiste plasticienne formée à la Haute école d’art et de design à Genève, Gabriella Zalapì puise son matériau dans sa propre histoire familiale. Elle reprend photographies, archives, souvenirs pour les agencer dans un jeu troublant entre histoire et fiction.
http://gabriellazalapi.blogspot.com

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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlem   25 avril 2019
Antonia : Journal 1965-1966 de Gabriella Zalapì
Dans une enveloppe vierge, j’ai trouvé la photo de mariage de Maman et de Henry, qui avait eu lieu à l’ambassade de Nassau. C’est aux Bahamas qu’elle a trouvé son deuxième mari. Combien de temps après la mort de Papa? Quelques mois? Peu après, Maman m'a annoncé qu’elle était enceinte de Bobby, ce demi-frère, ce petit putto. Son arrivée a tout modifié: j’étais devenue un rappel encombrant d’une vie passée, il fallait que ma naissance reste un acte invisible. J’ai littéralement sursauté en revoyant le visage d’Henry. Le jour de leur mariage, Maman, avec une voix mielleuse, m’avait dit: "C’est lui ton nouveau papa. Il faudra l’appeler Daddy." 
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cathfd   01 mai 2021
Antonia de Gabriella Zalapì
Ce matin, lorsque j’ai ouvert les yeux, j’étais incapable de bouger. Mon corps semblait s’être dissous dans les draps et baignait dans une sueur toxique
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pgremaud   07 février 2019
Antonia : Journal 1965-1966 de Gabriella Zalapì
Franco, avec son dos de prêtre, m'exaspère. Je n'en peux plus :

de ses petits gestes maniaques lorsqu'il plie ses habits

de sa manie de se moucher bruyamment avant de se coucher

de ses affreux pyjamas rayés, cadeaux de sa mère

de ses crachats sonores lorsqu'il se lave les dents
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hcdahlem   25 avril 2019
Antonia : Journal 1965-1966 de Gabriella Zalapì
INCIPIT

21 février 1965

Ce matin, lorsque j’ai ouvert les yeux, j’étais incapable de bouger. Mon corps semblait s’être dissous dans les draps et baignait dans une sueur toxique. Ce n’est qu’en entendant la gouvernante – Nurse comme elle désire être nommée – que j’ai sauté du lit. Elle était sur le pas de la porte avec Arturo. Où allez-vous? «Nous allons à l’école, of course», a-t-elle dit de son petit air choqué. Elle m’a pratiquement claqué la porte au nez. Puis je me suis souvenue qu’hier soir au dîner, j’avais promis à mon fils de l’emmener en classe ce matin. J’ai eu honte.



3 mars 1965

Je perds mes cheveux. J’ai des migraines. Je grossis à vue d’œil et ne rentre plus dans mes habits. Ma nouvelle habitude : dès que Franco part travailler, j’étends des draps noirs sur les miroirs.

Hier il m’a reproché de ne pas savoir donner des ordres aux domestiques. D’être trop gentille avec eux. Il y avait du mépris dans sa voix. En disant trop gentille, il a bien décomposé les syllabes et des bulles de salive s’accumulaient sur les côtés de sa langue qui roulait. Il persiste à appeler Maria «la bonne».



4 mars 1965

Nurse m’épie l’air de rien avec sa tenue d’infirmière. J’aurais dû la faire partir dès le début. C’est elle qui m’a interdit d’allaiter Arturo et de le garder près de moi la nuit. Elle a pris trop de place entre lui et moi, avec son chignon parfait, sa peau lisse, sa petite moustache drue, ses règlements, ses yeux bleu glace.



12 avril 1965

Rendez-vous ce matin à 9h au cabinet du notaire Via Cavour avec Oncle Ben. Nous avons finalement résolu les derniers petits conflits liés au testament de Nonna.

Tout s’est passé dans le calme. J’étais anesthésiée. J’ai hérité de ce qui revenait à Papa: une importante somme d’argent, la moitié des meubles de Villa Clara (où vais-je les mettre?) et les six appartements de Florence (une entrée d’argent mensuelle). Cette affaire qui a traîné si longtemps est finalement close. Je suis heureuse de savoir que jamais je ne dépendrai financièrement de Franco.

Chez le notaire, j’ai réalisé que cinq ans se sont écoulés depuis la disparition de Nonna. Pourtant je me surprends encore, quand le téléphone sonne, à croire, à espérer entendre sa voix. Et cette sidération qui suit. Cette déception.

Quand est-ce que je reverrai Oncle Ben? À l’aéroport, j’ai mesuré à sa démarche combien il a vieilli. Lui rendre visite à Londres absolument.



30 avril 1965

Dîner à la maison avec Valentina, Felice, Matilde et époux.

Menu:

Timbalines de macaronis à la sauge

Filets de soles à la Diplomate

Petits pains de foie gras à l’aspic

Salade Jockey-Club

Mousse aux abricots

Ces dîners mondains sont une manière de faire diversion aux interminables tête-à-tête avec Franco. Je ne serai plus seule avec cette bouche qui mastique bruyamment. Avec cette tête qui se penche si bas sur l’assiette qu’elle pourrait se décrocher et se noyer dans le gaspacho. Ce soir, pas de «Quoi, qu’est-ce que tu as dit?»
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Arthore   30 août 2019
Antonia : Journal 1965-1966 de Gabriella Zalapì
Il paraît qu’un jour on se réveille affamé de ne pas avoir été ce que l’on souhaite. Où ai-je lu cette phrase? depuis, au lever, je regarde autrement ce qui m'entoure. Le monde prend de l’ampleur, du volume, une odeur. Ce petit miracle s’ecanouit Très vite pour être remplacé par une implacable journée-ligne.
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hcdahlem   25 avril 2019
Antonia : Journal 1965-1966 de Gabriella Zalapì
10 mai 1965

Franco, avec son dos de prêtre, m’exaspère. Je n’en peux plus:

de ses petits gestes maniaques lorsqu’il plie ses habits

de sa manie de se moucher bruyamment avant de se coucher

de ses affreux pyjamas rayés, cadeaux de sa mère

de ses crachats sonores lorsqu’il se lave les dents

de son corps blanc et flasque

Avant, pour l’éviter, j’invoquais une excuse en m’éclipsant de la chambre, maintenant je ne dis plus rien. La répétition a engendré un silence complice. Je sors et vais m’asseoir au pied du lit d’Arturo qui dort comme un petit ange. Dans la pénombre, son visage et son souffle m’apaisent. Lorsque je quitte Arturo, cette sorcière de Nurse ouvre immanquablement la porte et me demande d’une voix basse et pourtant aiguë « Est-ce qu’il y a quelque chose qui ne va pas ? »

J’ai repensé à ce mot, « Nurse ». Je réalise qu’il contribue à mon sentiment de vivre avec une étrangère. Elle reste impénétrable. Qui est cette Frieda? Oui, elle a de la famille dans le Nord de l’Angleterre ; oui, elle aime la musique classique ; oui, elle suit un régime très strict; oui, elle va à la messe tous les matins. Franco dit «Qu’elle fasse son métier, c’est tout ce qu’on lui demande.» Il l’a recrutée via une agence très réputée de gouvernantes professionnelles et elle exerce ce métier depuis trente ans. Et alors? Je rate des occasions d’aimer mon fils.

A faire:

Aller chez le coiffeur

Acheter les médicaments pour Arturo

Commander du champagne

Lampe
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lettres_et_caracteres   16 février 2021
Antonia : Journal 1965-1966 de Gabriella Zalapì
Lorsque j’ai évoqué mon envie de travailler, Franco a répondu : « Mais que diraient les gens ? Tu as tout ce qu’il te faut. Les femmes de ton rang s’occupent d’organiser des mondanités et tu as beaucoup de progrès à faire dans ce domaine. » Il ne comprend rien, rien, rien. J’ai 29 ans. Mes désirs tombent, s’enfoncent dans l’insonore. Impossible d’envisager une vie de perfect house wife pour le restant de mes jours. J’aimerais abandonner ce corset, cette posture de femme de, de mère de. Je ne veux plus faire semblant.
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Arthore   31 août 2019
Antonia : Journal 1965-1966 de Gabriella Zalapì
Franco est un homme tiède, sans courage. Sa vie s'étend sur quelques mètres carrés. Parler avec lui s'est restreindre mon horizon, restreindre mon vocabulaire, restreindre mon imaginaire. Franco porte une minerve qui m'epêche de regarder à gauche et à droite, et moi une camisole de force de perfect house wife. Où allons-nous ainsi?
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cathulu   10 mars 2019
Antonia : Journal 1965-1966 de Gabriella Zalapì
Face à les infimes changements, Franco ne sourcille pas. Il ne voit rien, noyé dans son absence.
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Lencreuse   04 octobre 2019
Antonia : Journal 1965-1966 de Gabriella Zalapì
J'ai 29 ans. Mes désirs tombent, s'enfoncent dans l'insonore. Impossible d'envisager une vie de perfect house wife pour le restant de mes jours. J'aimerais abandonner ce corset, cette posture de femme de, mère de. Je ne veux plus faire semblant.
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