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3.59/5 (sur 54 notes)

Nationalité : Italie
Né(e) à : Africo (IT) , le 3 mars 1965
Biographie :

Gioacchino Criaco naît à Africo, un village de l’Aspromonte, en Calabre. Fils de bergers, dès sa jeunesse, il commence à méditer sur une nouvelle manière de traiter en littérature littéraire la région de l’Aspromonte et ses alentours qui restent méconnus.
Diplômé en droit de l’université de Bologne, il s’éloigne de l’activité d’avocat pour approcher le milieu littéraire calabrais, à ce moment assez pauvre. Après quelques années d’expérimentation, en 2008, il publie Anime nere, (Les âmes noires, 2011) son premier roman à la forte portée socio-culturelle. Il inaugure, ainsi, le noir calabrais.

Source : www.toulouse-polars-du-sud.com
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"La Soie et le Fusil" de Gioacchino Criaco - Rencontres à Quais du Polar 2018 .
Un Roméo et Juliette à la calabraise?C?est à Quais du Polar 2018, dont lecteurs.com est partenaire, que nous avons rencontré Gioacchino Criaco, l?auteur de la soie et le fusil, un roman qui mêle mythologie, histoire d?amour et thriller contemporain? un dosage juste pour un polar haletant. Pour découvrir l?interview complète : https://www.lecteurs.com/article/joann-sfar-le-nicois-en-colere/2443282Avec La soie et le fusil, l?auteur nous invite dans l?histoire chargée de deux familles - les Dominici et les Therrime - qui s?affrontent violemment depuis la nuit des temps de part et d?autre de la vallée de l?Aspromonte. Une inondation amènera les deux clans à immigrer et à cohabiter sur la côte. Les enfants se côtoient dans les jardins et se défient à cloche-pied? C?est ainsi que Julien Dominici et Agnese Therrime tombent amoureux sous le regard jaloux d?Alberto, le frère jumeau d?Agnese. Après American taste et Les Âmes noires, Gioacchino Criaco construit une épopée où il est de nouveau question de la destinée de ces enfants descendants de ?Ndranghetta, la mafia calabraise. Nous avons rencontré l?auteur à l?occasion des Quais du Polar, pour un retour sans filtre sur ces terres ancestrales qu?il connaît si bien.Visitez le site : http://www.lecteurs.com/ Suivez lecteurs.com sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/orange.lecteurs/ Twitter : https://twitter.com/OrangeLecteurs Instagram : https://www.instagram.com/lecteurs_com/ Youtube : https://www.youtube.com/c/Lecteurs Dailymotion : http://www.dailymotion.com/OrangeLecteurs

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Citations et extraits (47) Voir plus Ajouter une citation
La Calabre est une terre étrange, suspendue entre passé et présent. Sa langue ne connaît pas le futur, demain est confié au destin.
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Faire le mal est parfois nécessaire pour survivre. Éteindre une vie est toujours une erreur. Si tu ne lui donnes pas un alibi ou une tromperie, ta conscience hurlera chaque nuit.
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J’ai toujours su que j’étais entre les bras du fils d’un assassin, mais je ne pouvais pas imaginer que son père soit le bourreau du mien. Je l’ai haï, le père de Julien, parce que je sentais que la mort était venue de sa famille, et je le hais encore plus maintenant. Mais, Julien, je l’aime infiniment…Au fond moi aussi je suis sûre d’être la fille d’un assassin. Et Julien aussi dégouline de sang.
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Nous marchions vite, je glissais derrière lui comme un traîneau tiré par des chiens, c’était comme ça depuis des heures.
Le rendez-vous était nocturne, et nocturne, logiquement, devait être la traversée. C’était de cela qu’il s’agissait, parcourir la région en abandonnant la vue d’une mer pour une autre.
Il bruinait depuis des jours comme souvent à cette période de l’année. L’eau ne parvenait pas à passer à travers la veste imperméable du lourd uniforme de l’ejército español pour mouiller ma chemise et mon pantalon.
Des nuées de vapeur produites par la chaleur de mon corps s’échappaient du blouson et je vérifiais sans cesse, par des poches ouvertes de l’intérieur, que l’AK-47 était encore sec. Le contact du métal froid faisait monter l’adrénaline déjà abondante dans mon sang. Je touchais le levier disgracieux du sélecteur de tir pour m’assurer qu’il n’était pas sur R ou J, mais bien sur U, sécurité.
Nous avions trait les bêtes, puis après les avoir rentrées et après avoir rangé le lait, nous étions partis dans les premières ombres du soir. La livraison du porc devait s’effectuer à de nombreux kilomètres d’ici. Lui, il arrivait toujours très en avance aux rendez-vous.
Nous traversâmes, dans l’ordre, des bois de chênes verts, bas et touffus, pleins de buissons épineux qui parfois transperçaient l’épaisseur de nos vêtements et marquaient nos chairs ; des rangs serrés de pins ordinaires, dont le principal danger était ces branches basses et sèches qui cherchaient inexorablement nos yeux, il fallait incliner la tête et laisser à la visière d’une casquette le soin de repousser les attaques ; des bois de pins très hauts et majestueux, à l’écorce épaisse, dont les aiguilles souples cachaient de profonds trous creusés par les sangliers, dans lesquels se mesuraient l’élasticité et la solidité des chevilles (une entrée intrépide et vous finissiez, s’il y en avait, sur les fortes épaules de quelqu’un qui vous transportait jusqu’à un refuge), pour qui sait regarder, les aiguilles de pin sont une étendue immaculée de neige sur laquelle les traces durent des jours entiers ; d’immenses superficies planes recouvertes de hêtraies, dans lesquelles le bruit des feuilles piétinées, assourdissant dans le bois silencieux, donne l’impression de marcher sur des crackers croustillants.
Une fois les plus haut sommets atteint et la descente entamée, le spectacle de la végétation se répétait en sens inverse.
Une traversée comme celle-là, même de jour, serait pour des yeux inexperts une folie, voire un suicide ; bois labyrinthiques, roches glissantes, torrents furieux, pentes diaboliques, enclos de fil de fer barbelé.
Lui entrait en symbiose avec cette nature qui pouvait paraître hostile, il s’y abandonnait complètement, il en faisait partie et en était un élément essentiel : la montagne qui repousse les hostilités l’acceptait lui, et lui l’aimait plus que tout au monde.
La montagne et lui, il en était convaincu, ne haïssaient que deux choses, les chênes et les porcs, deux espèces détruisant le milieu naturel.
Le chêne rendait le terrain sur lequel il poussait aride et désertique, et son fruit engraissait le porc qui détruisait les bois, les berges, les champignonnières, les cultures et les pâturages.
Lui, il connaissait chaque col, chaque arbre, ruisseau, falaise, refuge ou piège, comme seul le pouvait un natif des lieux. C’est ici qu’il était né et qu’il avait grandi. Un jour il s’en était éloigné, mais, inexorablement, la montagne l’avait rappelé à elle. Qui naissait ici mourait ici. Et la mort était en général causée par deux choses auxquelles il était difficile d’échapper, le labeur et le plomb.
Lui, c’était mon père.
Il représentait le produit typique de cette terre, trapu, fort et résistant, endurci et fragile à la fois. Par-dessus tout, déterminé à résister, à n’importe quel coût ou prix, règle légale ou morale.
Nous dévorions la route qui menait au porc, nourriture empoisonnée, peut-être, pour notre terre.
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Au bout de quelques jours, mon père m’avait emmené dans sa chambre, j’avais le bras dans le plâtre, je lui avais avoué ce qui s’était vraiment passé, que ça n’avait pas été une chute accidentelle. Il ne semblait pas surpris. Il avait ouvert un tiroir, en avait sorti un coffret à bijoux dont il avait soulevé le couvercle. Il en avait extrait un pistolet et l’avait posé sur la commode.
Il m’avait laissé seul.
J’étais resté longtemps dans la pièce. Assis sur le bord du lit de mes parents, j’avais regardé cette chose sombre et luisante. Je m’étais approché avec crainte, j’avais posé un doigt dessus, pour le retirer aussitôt. Il m’était resté quelque chose de visqueux sur le bout du doigt, que j’avais essuyé avec mon T-shirt. J’avais reposé le doigt, le faisant glisser le long du canon. A la fin, j’avais empoigné l’arme et, après l’avoir regardée avec attention, je l’avais glissée dans mon pantalon avec précaution, en frissonnant au contact du métal contre la peau de l’aine. Et j’étais sorti.
Les gamins, en me voyant arriver, m’avaient regardé d’un air de défi.
– Julien, Julien avaient-ils crié de leurs voix stridentes.
Je m’étais placé devant le plus gros, avais sorti le pistolet, et son air moqueur s’était transformé en terreur. Son visage avait blanchi sous le canon froid collé contre son front. Les autres s’étaient enfuis, nous laissant seuls, face à face.
J’avais pressé l’index et la détente avait cédé. Il y avait eu un déclic métallique, mais sans explosion. Le garçon avait fondu en larmes.
Je l’avais laissé pleurnicher, j’étais retourné à la maison et, en remettant le pistolet dans le coffret, j’y avais trouvé les balles. Je les avais défiés avec une arme déchargée.
Je me souviens qu’en classe, à table ou étendu sur mon lit, durant ces mois chez ma tante, j’avais la tête pleine des voix de l’enfance. Surtout des discours de grand-père Silvestro, sur qui étaient les Dominici et qui étaient les Therrime, de ses histoires sur Ascruthia, sur le peuple des monts. Ses paroles sortirent d’un coup, de je ne sais quel coin reculé de mon esprit : ils me parlaient d’hommes, de règles.
– Nous sommes différents, Giuliano, disait grand-père. Dieu nous a fait naître dans un paradis, là-haut à Ascruthia, et un esprit malin nous a envoyés les Aigles, les Therrime, pour qu’ils nous le confisquent. Mais ils n’ont jamais réussi, pas plus que tant d’autres envahisseurs qui ont tenté de profaner nos monts. Parce que nous, Giuliano, nous sommes un peuple guerrier. Puis le même Dieu a confié les lopins les plus fertiles de notre terre aux bras de l’Allaro, et le fleuve les a emportés sur les rives de la mer Ionienne. Et nous sommes venus les reprendre. Mais à ce moment-là aux Therrime se sont ajoutés d’autres ennemis : les patrons et leurs serviteurs. Les mafieux.
Pour grand-père, la vie n’avait pas de sens s’il n’y avait pas d’ennemi à abattre ; et le monde dont il provenait en était plein : les patrons étaient ceux qui prenaient les terres appartenant au peuple des monts, et les mafieux étaient leur meilleure arme.
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L’été me berçait joyeusement. Les Jardins de l’Allaro se remplirent de fruits et des enfants d’ouvriers agricoles. Nous nous répartîmes en bandes : chaque jour était une aventure merveilleuse. Mon groupe consacrait la matinée à la mer ; nous laissions les filles couvrir notre fuite, nous nous déshabillions au bord du fleuve et nous le traversions en slip. Le sable, puis les galets et les blocs de pierre nous brûlaient la plante des pieds dans la course vers la falaise. Et, enfin, nous nous jetions dans l’eau du haut des rochers. Nous écarquillions les yeux pour voir ce merveilleux monde transparent, nous nagions en frottant la poitrine sur le fond aussi longtemps que nous réussissions à retenir notre respiration. Nous revenions à la surface et traversions à la nage la baie qui pénétrait les terres entre le fleuve et le promontoire. Puis nous sortions de la mer, entrions dans l’eau douce et froide du fleuve pour dissoudre les cristaux de sel luisant sur notre peau.
Nous retournions aux Jardins, frais, à temps pour le déjeuner.
L’après-midi, mon groupe et moi nous donnions la chasse aux nids d’oiseaux, aux lézards, aux serpents. Après dîner, nous nous écroulions, épuisés. Et le lendemain tout recommençait.
Le samedi et le dimanche, j’abandonnais les Jardins pour suivre mes parents, au banquet d’un mariage ou dans une balade en montagne ; plus souvent, nous employions ces jours-là à remonter le fleuve : grand-père devant et tous les petits-enfants derrière, à essayer de tenir le rythme de ses pas, pour rester près de lui et entendre ses histoires. Quelquefois, il sellait deux chevaux, nous regardait en silence un moment puis clignait de l’œil à l’un de nous pour l’inviter à monter en selle. Cet été-là, son œil ne tarda pas à cligner uniquement dans ma direction. Je me sentais un privilégié : j’étais un cow-boy sur mon cheval noir qui parcourait la pierraille de l’Allaro comme si c’était un désert. Quand grand-père arrivait à vaincre la résistance de maman et pouvait me garder deux jours dehors, les excursions arrivaient jusqu’à la vieille Ascruthia et dans les bois je devenais un hors-la-loi qui prenait le fusil : lui allait le récupérer, en se glissant entre les branches d’une bruyère qui cachait l’entrée d’une grotte. Il s’asseyait sur une pierre, le démontait pièce par pièce, le nettoyait et le remontait. Le fusil était à lui, et chaque Dominici devait en avoir un qui lui était personnel, qu’il devait connaître à fond pour qu’il ne le trahisse pas quand il en aurait besoin.
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En plus, ceux que nous appelions les « ombres », les recherchés, les fuiùti, les disparus, les fuyards, avaient commencé à séjourner dans la bergerie ; on avait toujours quelqu’un. En général, il s’agissait de braves types naïfs que quelques compères avaient pris soin de fourrer dans les ennuis. Pour se soustraire à l’obscurité d’une maison humide et fermée, les pauvres diables venaient à la montagne s’oxygéner le cerveau.
Peu y résistaient, ils ne supportaient pas les privations et la solitude. Ils étaient nombreux à finir en prison, pris derrière l’armoire d’une maison de campagne ; d’autres se réfugiaient dans les grandes villes du Nord ou à l’étranger, et beaucoup étaient retrouvés dans un fossé.
La plupart de ces fantômes de passage nous oubliaient, nous, les bergers ; il arrivait qu’on se lie d’une profonde amitié avec certains, parmi eux les plus riches nous envoyaient toujours quelque chose.
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Pendant une semaine, nous ne parvînmes pas à nous parler. Elle trouva la première le moyen de m’envoyer un message, par une camarade de classe. Je lui répondis. Nous commençâmes à nous rencontrer en cachette.
Nous nous jurâmes que personne ne briserait notre monde.
Et puis vint la peste.
Le vent noir souffla fort, obscurcissant le pas des portes et brisant les contes de fées.
L’épidémie s’annonça pendant l’été, sur les têtes transpirantes des ouvriers qui plantaient des piquets de bois dans la terre molle des Jardins de l’Allaro et sur le visage radieux du propriétaire de l’entreprise, entouré d’une nuée d’ingénieurs et d’amis : le progrès allait arriver, une route couperait les Jardins, la baie et la côte tout entière. Et, avec une autoroute moderne, arriveraient une aire de service et un centre commercial.
Le beau visage bronzé de mon père se rembrunit, sa gaieté, ses blagues, les balades, tout disparut, englouti par l’anxiété.
Au village, en revanche, la bonne humeur se répandit. Une grande entreprise du Nord allait venir avec du travail sûr et des paies plus élevées.
Le patron, on le retrouva mort, dans sa voiture criblée de balles, avant que les pelles mécaniques infligent une blessure contre nature à la terre, dans les Jardins de l’Allaro.
Le son du glas et les cortèges funèbres se succédaient à une cadence hebdomadaire.
La peste se répandit partout, alla de-ci, de-là, et entra dans beaucoup de foyers des parents d’Agnese. Et ce mal noir, nous deux, nous allions aussi en percevoir la présence.
La maladie emporta le vieil Alfonso Therrime.
Les Therrime étaient pour le progrès et avaient monté une entreprise de terrassement prête à s’accaparer une partie des travaux dans les Jardins. Nous rencontrer devint de plus en plus difficile, nous commençâmes à avoir peur pour notre histoire.
Le mal frappa sans pitié, il emporta le père d’Agnese et elle disparut sans même pouvoir m’avertir ; emmenée au loin par sa mère, en même temps qu’Alberto.
Les messagers que nous avions utilisés pour nos rencontres me ramenèrent mes billets, ne sachant pas à qui les remettre. Je le demandai à beaucoup de gens, je le fis sans précaution et, pour la première fois, mon père me parla d’Agnese et de moi. Il me dit que c’était impossible, qu’il fallait que j’arrête de la chercher. Mais il regarda mes yeux et n’exigea pas de promesse.
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Pour connaître la réalité, il faut écouter les femmes, uniques témoins fiables du déroulement réel des histoires familiales. (…) C’est à elles que reviennent la vérité et le changement. Et ce sont elles qui ont changé le cours des choses et interrompu un fleuve de sang qui se déverse du fond des siècles.
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Ce soir aussi, je rentre et je sais que mon bandit ne sera pas là. Et, pourtant, j'espère encore. Comme une gamine, je brode des histoires sur son retour, je m'arrête longuement sur des détails et, avant de me coucher, je vaporise sur ma peau son parfum préféré.
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