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Note moyenne 4.36 /5 (sur 55 notes)

Nationalité : France
Biographie :

Giulia Foïs est une journaliste française (France Inter, i-télé, "Arrêt sur image" et quotidien Libération).
Elle est la sœur de la comédienne Marina Foïs.

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Interview Giulia Foïs par Jennifer du blog Passage des plumes


Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
Giulia Foïs
Harioutz   29 février 2020
Giulia Foïs
Pour la nouvelle année, Giulia Foïs rappelle que le combat pour la lutte contre les violences sexuelles et sexistes est loin d'être terminé et combien les enjeux dépassent le simple débat de société.



Vous qui, jusqu'en 2017, étiez relativement peinard. Il y avait bien eu quelques bouleversements par-ci par-là : ces femmes qui se mettent à pouvoir travailler et toucher de l'argent sans demander l'autorisation de personne, cet enfant si je veux, quand je veux, ce corps dont je dispose, et tiens c'est rigolo, sur ce corps, il y a un petit truc tout nouveau un clitoris dis donc non non !



Il ne sert à rien pour faire des bébés, mais avec qu'est-ce que je prends mon pied ! Ça, à la rigueur, ça peut encore vous convenir. Disons que les plus valeureux d'entre vous ont appris à s'en servir comme vous vous êtes accommodé du pacs et du mariage pour tous, laissez de l'espace aux femmes, un autre type d'homme, c'était jouable tant qu'on vous laissait la place du chef à table, vous pouviez même la débarrasser de temps en temps. D'ailleurs, vous aimiez bien, vu qu'à chaque fois, on vous applaudissait pour ça. Alors disons que jusque-là, tout restant bien rangé, bien genré, vous y trouviez à peu près votre compte.



Sauf que voilà Metoo, Balance ton porc, des dizaines de milliers de femmes qui, après avoir serré les dents pendant des siècles, se mettent enfin à l'ouvrir !

Et vous n'avez même pas le temps de commencer à les entendre, de percuter que vos mères, vos sœurs, vos filles ont déjà été, pour la moitié d'entre elles, minimum au moins une fois été agressées, harcelées ou violées, que vous entendez d'autres voix tenter de couvrir les leurs : des voix de basse, de baryton, de ténor, c'est grave, car l'heure est grave et ils vocifèrent et toute l'élite de la pensée française défile pendant deux ans au micro pour crier à l'émasculation généralisée, à la virilité démolie, à la séduction torpillée, main dans la main, bouche en chœur, ils vous préviennent "attention, les gars, si vous laissez faire, c'est une horde d'innocents que vous verrez jetés en prison. C'est le retour du maccarthysme, c'est la chasse aux sorcières. Tenez vos femmes, bordel !"



Alors, vous n'êtes pas sûr d'être forcément d'accord avec eux. Vous n'avez pas peur qu'on vous foute en prison, vous savez faire la différence entre une femme qui dit "oui" et une autre qui dit "non". Le distinguo entre une drague, même lourde, et une agression, vous ne vous sentez ni menacés par une femme qui connaît son plaisir ni bafoués par une autre qui rejette le vôtre.



Certes, ça ne fait pas extrêmement plaisir, mais vous êtes ainsi fait que votre désir s'éteint quand il n'est pas partagé. Du coup, quand vous entendez dire qu'il faut comprendre les hommes, leur besoin irrépressible, leurs pulsions mal maîtrisées, ça ne vous parle vraiment pas. Limite vous pourriez vous sentir insulté qu'on ne vous accorde pas plus de maturité qu'un teckel en rut. Ouais, mais chut, vous vous taisez, il y a chez vous d'abord comme un réflexe de solidarité "bital", vous vous dites "ils ont des mots, ils ont le cerveau. Ils représentent l'autorité masculine dans toute sa splendeur". Alors pour en être, pour avoir le droit de jouer dans la cour avec vous, vous vous taisez d'autant plus facilement, d'ailleurs, que vous êtes aussi de ceux qui n'ont pas peur de laisser les femmes parler.



Depuis ce mois d'octobre 2017, vous avez même plutôt tendance à les écouter. Et pour ça, merci. Parce que c'est rare et que c'est donc précieux.



Sauf que messieurs, ça ne suffit plus, c'est une guerre aussi sourde que violente qui se joue sous nos yeux

Il y a des tables à renverser, des murs à abattre et des mortes pour de vrai : une victime de féminicide tous les deux jours en France, un viol toutes les 7 minutes, c'est une guerre, oui, avec des armes à peine voilées, des menaces, des appels au viol pour celles qui oseraient dire "ça suffit, ça suffit de cogner, ça suffit d'humilier, ça suffit de violer". Sauf que ça n'est pas une guerre des sexes.



Non metoo or not metoo ne sépare pas les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Tout se joue entre ceux qui veulent que ça change et ceux à qui ça va très bien comme ça. On vient de vous tendre une belle perche, un collectif d'hommes a signé cet automne une tribune dans "Libé" pour vous appeler à vous battre avec nous, pas devant nous, pas au premier rang, pas à notre place, mais avec nous, à nos côtés parce que ce monde-là ne vous va plus, parce que vous ne tolérerez plus qu'on y viole et qu'on y batte vos mères, vos sœurs, vos filles en toute impunité.



Pour mémoire, 1% des viols seulement débouchent sur une condamnation. Ça vous révolte ? Venez, battez-vous, prenez position et s'il le faut, descendre dans la rue avec nous. C'est ça, être un homme du XXIe siècle. Et c'est ça mon vœu pour la nouvelle année. Arrêtez d'avoir peur. Faites vous donc pousser une jolie paire de couilles vous verrez, ça vous ira bien. En attendant, on peut vous prêter les nôtres !



Chronique sur le site de France Inter ici : https://www.franceinter.fr/emissions/pas-son-genre/pas-son-genre-02-janvier-2020
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Harioutz   02 mars 2020
Je suis une sur deux de Giulia Foïs
J’ai eu de la chance. J’ai eu le bon viol. Alors parfois, j’ai pu dire.

Une fois, même, j’ai pu porter plainte. Et aujourd’hui je suppose qu’il m’est plus facile d’écrire : le bon viol, vous pourrez peut-être le lire.



Le bon viol, c’est celui avec le Loup-Garou sorti de nulle part. Celui avec le parking, à la tombée de la nuit. Celui avec le couteau qui luit – même si c’était un cutter. Celui avec les coups de poing dans la gueule. Suffisamment bien envoyés pour n’en laisser aucune trace, à part un tout petit bleu derrière l’oreille. Il paraît que ceux qui battent vraiment bien leurs femmes savent faire, frapper sans laisser de traces. Lui, il a su.

Dix ans plus tard, mes dents ont fini par bouger. Celles du bas. On a dû me les raboter. En fait, il me l’avait tellement éclatée, la mâchoire, que des petites fissures invisibles avaient commencé à se créer sous la gencive. Mais à l’époque, on ne voyait rien.



Ça les a bien fait chier, les flics. Le commissaire a dit : « Dommage, elle est même pas défigurée. » C’est une habitude à prendre, dès le dépôt de plainte, quand vous êtes victime de viol : on parle de vous en disant « elle », comme si vous n’étiez pas là. En même temps, vous n’êtes plus tout à fait là… « Elle » n’était même pas défigurée, donc. Alors « elle », pour le coup, n’était pas la bonne victime : même si « elle » avait eu le bon viol, ça risquait d’être compliqué à plaider.



La bonne victime, c’est celle que vous pouvez imaginer sans effort. Celle qui porte les stigmates de l’infamie sur le visage – ou le V de viol sur le cul. La bonne victime est forcément exsangue, forcément à terre, brisée absolument-définitivement, en mille petits morceaux de chair éparpillés sur l’asphalte d’un parking, le carrelage d’une cuisine, la poussière d’un terrain vague. La bonne victime est écrasée par le poids de la honte, noyée dans ses propres larmes, dont on ne sait exactement si elles sont faites de souffrance ou de culpabilité, mais dont on espère tout de même que ce soit un peu des deux, tant qu’à faire. Parce que, quitte à donner dans le crapoteux-dégueu, faut que ça déverse, que ça coule. Faut que ça transpire, faut que ça suinte le viol. Faut qu’elle en chie pour qu’on la plaigne. Alors faut que ça se voie.



Donc si « elle » avait été une bonne victime, « elle » aurait dû avoir la décence minimale de porter encore « des traces de sperme et des traces de sang sur le visage, au moment où elle s’est présentée à vous ». Les guillemets, c’est pour la plaidoirie de mon avocat. Ça pique un peu, mais j’aime bien.

J’aime bien aussi que ça ne se voie pas sur ma figure.

Ça m’a perdue et ça m’a sauvée, mais dès l’instant où il est sorti de ma voiture, j’ai voulu nettoyer.

Les sièges, le tableau de bord, et moi. Profondément, frénétiquement, furieusement, obsédée que j’étais par l’envie de récupérer ma vie d’avant, renouer le fil, recoller les bouts de moi…

Pas question de voir ses doigts quand je me regarde dans le miroir. Je voulais que vous vous disiez : « On dirait pas. » Je voulais que vous me trouviez encore jolie dehors, quand cette chose si laide s’était incrustée dedans. Alors ça ne s’est jamais vu sur ma figure. Poker Face.

Ça a été ma victoire sur moi, ma revanche sur lui, mon arme et mon armure dans ce monde qui ne veut pas de nous, acolytes malgré nous, compagnes du hasard malencontreux, camarades du mauvais endroit au mauvais moment, sœurs d’infortune, suspectes à peine le Mot Affreux prononcé (je vous aide : il a quatre lettres), suspectes d’avoir survécu, suspectes de complicité, émanations involontaires de cette Bête Immonde qui vous fait si peur, cette chose tapie dans l’ombre qui menace de frapper vos sœurs, vos mères, vos amies, vos amantes, cette vermine qui sommeille, potentiellement, en chacun de vos frères, vos pères, vos amoureux du bac à sable – j’ai dit « potentiellement ». Pouf, pouf, on se calme…



Et on se souvient juste que, pendant des siècles, on a puni les femmes violées autant que les violeurs. Qu’on les lapide ou qu’on les brûle, aujourd’hui encore, à certains endroits du monde – chez nos voisins, à vol d’oiseau. Évidemment, de cette histoire millénaire, il reste des traces. Alors merci, mais ce sera sans moi – le fer rouge, vous pouvez vous le mettre où je pense.



Alors, de loin, ça ne s’est pas vu. Alors j’ai eu (un peu) la paix. Mais c’est aussi pour ça qu’il a été acquitté. Pour ça, et parce qu’il payait ses impôts correctement. Et comme il entraînait EN PLUS l’équipe des minimes, et que PAR AILLEURS il était père de famille, il ne POUVAIT PAS être un violeur – les majuscules, c’est pour ses deux guignols d’avocats, dont la subtilité était inversement proportionnelle aux décibels.

Un bon contribuable, blanc et footeux, ça rentre pas dans la case. Point. Si je n’étais pas la bonne victime, il n’était pas le bon violeur non plus.

Pour ça, il aurait dû être étranger. Préférablement « de type maghrébin », si j’en crois le nombre de fois où on m’a posé la question.

L’homme qui viole ne peut pas être un « comme nous ». Il doit être un élément exogène au groupe, sinon c’est le groupe lui-même qui pue le viol, coupable, a minima, de complicité passive.

Il faut que ça ait quelque chose d’exceptionnel, voire de surnaturel. Sinon, ça pourrait arriver tout le temps – pour info, ça arrive très exactement toutes les sept minutes en France.



Il est un animal qui rôde à l’extérieur de la cité et qui, parfois, la nuit, toujours la nuit, forcément la nuit, assoiffé du sang des vierges, y effectue une descente – et tant pis pour celles qui traînent sur les parkings passé 22 heures. Quelles connes.

Vous en avez parlé pendant six plombes, avant de l’acquitter, le bon contribuable. Le vote était serré, je l’ai su plus tard. Mais vous l’avez acquitté quand même.

Le lendemain, vous l’avez pris en photo. Et vous lui avez demandé comment il se

sentait. Il vous a dit : « On m’a volé trois ans de ma vie », « Plus rien ne sera jamais comme avant », « Je vais tenter de me reconstruire » – eh, mec, ça te dérange pas de me gauler aussi mes mots ? Bref.

Cette interview, c’était dans les pages intérieures de La Provence. Je sais même pas pourquoi j’ai ouvert ce canard. La une aurait dû me suffire.

En photo, il souriait de toutes ses dents – moins une, il a un chicot – avec son avocat, bras dessus, bras dessous. Une belle équipe de winners… Ce jour-là – et ce jour-là seulement –, j’ai eu envie de me jeter sous un train. On était en gare d’Avignon. C’était le lendemain du verdict.

Trois ans après le viol.

Le jour où « ma vie avec » allait devoir commencer. Sans mon consentement. Mais avec le viol. Avec l’acquittement.

Sans intérêt (au singulier), mais avec des dommages (au pluriel). Avec ma colère. Ma tristesse. Mon sombre. Mon vide. Mon corps dont je ne sais plus bien quoi faire à ce moment là. Ma tête et ses trous, mon ventre et ses trouilles, pour un bon moment. Avec mes béquilles. Celles que j’ai à l’intérieur, et qui m’aident à marcher.

Au début, on a du mal. Chaque pas coûte. Mais il faut s’éloigner de ce parking, vite, le laisser loin derrière, vite, vite; surtout, gagner les lumières de la ville, surtout, voir des bouches qui sourient sans mordre, vite, voir des yeux qui ne brûlent pas, des mains qui ne frappent pas. Vite, vite, un être humain, ici, là, quelque part. Vite. Passer de l’eau sur sa figure, faire couler la lacrymo et le rimmel mélangés… Nettoyer. Avancer. Claudiquer, marcher, et puis courir. Jusqu’au jour où on court si vite avec nos béquilles qu’on les oublie. J’ai eu de la chance, j’ai pu les oublier.
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Harioutz   03 mars 2020
Je suis une sur deux de Giulia Foïs
Décrire.

Dis, maman, tu veux bien laisser la porte entrouverte ? Nan, mais au cas où…

Hey, pap’s, t’as déjà appelé Candyman à voix haute, juste pour voir s’il venait te déchiqueter dans ton sommeil ?

Et au fait, ça fait quoi, un viol ? C’est marrant, cette question… Comme un film d’horreur qu’on regarde entre ses doigts : on a très très envie de voir la fin – et de connaître la réponse. En même temps, wow ! Ça fait beaucoup-beaucoup trop peur… On éteint ? Non. On met ses doigts. Parce qu’on aime se faire peur. Surtout quand ça peut pas nous arriver en vrai parce que c’est que dans la télé.



Ça fait quoi, un viol ? La réponse, je vous souhaite, très sincèrement, de ne pas l’avoir dans le détail. Mais dans les grandes lignes, au fond, vous le savez.

Ça, personne n’a pu vous l’épargner vraiment. C’est comme un secret de famille : tout le monde sait qu’il est là, tout le monde vit avec, et partout, et tout le temps, et depuis toujours, et tout le monde ferme les yeux. Si je te vois pas, tu disparais.

Tout le monde a quatre ans et des terreurs d’enfant. Les monstres, ça n’existe pas, papa et maman sont là.

Le viol aussi, ça se peut pas, tu peux dormir tranquille, mon chat. C’est des histoires de grandes personnes, c’est pour rigoler, t’en fais pas.



En fait, le viol, tu vois, c’est juste « faire l’amour alors que tu n’en as pas très envie ». Ça, c’est une rédactrice en chef qui l’a dit, un jour, devant moi. J’avais vingt ans, ça venait de m’arriver. J’ai voulu me lever, mais j’ai pas bougé. J’étais en CDD. Mon premier CDD.

J’ai fermé ma gueule, pétrifiée.

Quand, des années après, un ami m’a demandé si j’avais pris du plaisir, j’ai voulu l’ouvrir. Mais les mots n’ont pas voulu sortir. Figés sur ma langue.

Comme chaque fois que j’ai entendu dire : « Le viol est un fantasme, chez beaucoup de femmes » – si vous remplacez « femmes » par « salopes », ça marche aussi.

Comme chaque fois que j’entends dire que bon, oh, ça va, c’est pas si pire vu qu’« on peut avoir un orgasme, pendant un viol » – veinardes, va ! Ça rassure. Ça aide à dormir. Ça met de l’Éros dans le Thanatos. Ça chasse le monstre de sous le lit. Et moi, je veux bien le numéro de votre dealer.



Ça fait quoi, un viol ? Je vais essayer. Parce que la Bête Immonde, on lui nique sa race quand on la regarde en face. Je vais essayer. Fouiller au fond de ma mémoire, gratter la plaie, regarder dedans. Demander à mon corps de se souvenir, quand ça fait vingt ans qu’il tente d’oublier. Qu’il y est presque arrivé. Presque.

Si j’oublie le ventre qui se noue, l’oreille qui se dresse comme un clebs, le cœur qui s’emballe quand j’entends des pas derrière moi, dans la rue – autant dire souvent.

Ça arrive malgré moi, je ne décide rien, c’est comme ça. Même le jour, si, si.

L’impensable est arrivé une fois. Ça peut arriver une deuxième fois. L’impossible a été possible. Il l’est. Maintenant, je le sais. Pas en théorie : en pratique, je le sais. Dans mon corps, je le sais. Et ça change tout.

Toute votre perception du monde, tout votre rapport au monde : la rue, le bruit, les hommes dans la rue qui font du bruit… Tout.

Longtemps, j’ai été incapable de me mettre de la musique dans les oreilles. Il fallait que je sache : tac, tac, tac… Bruits de pas… Tac, tac, tac… Un homme ou une femme ? Loin ou près ? Un pas chelou ou un pas non chelou ? Trop vite, c’est chelou. Ça traîne, c’est chelou aussi. Chercher une lumière, un bar, une boutique, des gens, de la vie, l’air de rien – coolitude extérieure totale. Changer de trottoir, ou stopper net. Faire semblant de fouiller dans son sac, le temps que le « tac, tac, tac » vous dépasse. Être furieuse d’en être encore là. Passer un coup de fil à un proche, entendre une voix amie. Être furieuse que ça vous soit arrivé. Ne pas glisser, rester dans ce monde-ci. Être furieuse pour ne pas être triste.

Avec le temps, vous savez faire : transformer la tristesse en rage, puis en colère, puis en action. Avec le temps, vous avancez quand même sur le trottoir. Un pas devant l’autre, calme-toi, calme-toi, calme-toi. Plus que cinq minutes, et tu es chez toi. Plus que trois… Avec les années, le corps se calme, l’esprit prend les manettes. On anticipe.

Choisir un restau près de chez soi, quand on est avec des gens qui « savent » et qui vous raccompagneront.

Sinon, préférer un endroit suffisamment loin pour qu’un taxi accepte de vous transporter au retour – ah non, le métro après 22 heures, non merci, je ne l’ai plus jamais pris. J’ai eu assez à faire contre moi-même : accepter qu’un livreur, qu’un plombier, qu’un dératiseur à moustaches (il avait des moustaches, elles ont râpé ma bouche, j’ai longtemps détesté les hommes à moustaches), que n’importe quel inconnu nécessaire vienne chez moi alors que j’y vivais seule ; apprendre à garer ma voiture dans le parking de l’immeuble, tous mes yeux sur tous les rétros en même temps ; supporter qu’on me drague dans un bar sans partir en vrille, sans peur, sans rage, sans siffler entre mes dents : « Dégagez-moi ça de là » ; refaire l’amour, en avoir envie, des peaux nues qui se frôlent, des mains qui caressent, aimer ça… J’aime ça. Furieusement, joyeusement, doucement – aujourd’hui.



Pendant vingt ans, j’ai mené les combats essentiels, ceux sans lesquels ma vie n’en aurait pas été une. Pour le reste, je me fous la paix. C’est pas suffisant. Il faut que tu ailles plus loin. Pas tes victoires d’aujourd’hui, mais tes batailles d’hier.

Aujourd’hui, quand tu entends une vanne toute naze sur le viol, tu sais dire : « Elle est naze, ta vanne. »

Hier tu encaissais le coup de poing dans le bide, tu serrais les dents, tu te forçais à sourire et tu te détestais. « Avec un cul pareil, elle mériterait de se faire violer » : mouaaahh haha – rires gras. « Elle est tellement moche que ça doit être une punition de la violer » – accolades, clins d’œil, bourrades…

Et ma main dans ta gueule. Si seulement j’en avais eu le courage. Mais hier, je me planquais. Aujourd’hui, je fonce dans le tas : « Toi, avec une connerie pareille, tu mériterais de te faire euthanasier », quand je suis bien inspirée. « Pauvre type », les jours de fatigue – « pauvre meuf », c’est plus rare, mais ça peut servir aussi.



Hier, je dormais la lumière allumée. Avant-hier, je rajoutais un Lexomil. Aujourd’hui, j’ai juste besoin de vérifier trois fois que la porte d’entrée est bien verrouillée – et cette phrase-là, c’est cadeau pour les psys…

Hier, il pouvait m’arriver, même avec de gentils garçons, de ne plus supporter qu’ils me touchent. Ça arrivait d’un coup. Ça aussi, malgré moi. Sans prévenir, jamais. Toujours ton corps qui prend le dessus. Il se souvient et t’empêche d’oublier. Quand il l’a décidé.

La fois d’avant, ça ne s’était pas produit. La fois d’après, ça ne se produirait pas.

Mais ces fois-là, ces soirs-là, ces nuits-là, je quittais ce monde-ci pour rebasculer dans ce monde-là.

Dans ce champ-là. Dans cette voiture-là. L’odeur commençait par attaquer mes narines, ça picotait. Et sur ma peau, rien à faire, ça n’était plus celle du garçon gentil que je sentais, mais la sienne, qui me débectait. Mon corps se raidissait, dans ma tête, je partais. Je voyais ses yeux, ses petits yeux de rat tout noirs de haine et sa foutue moustache. Tout. Je revivais tout à l’identique.
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Giulia Foïs
Ziliz   02 novembre 2020
Giulia Foïs
(...)

Attention QCM : on a dit que l’écriture inclusive était comme une "lacération de la Joconde", "une lapidation de la Vénus de Milo", ou une "émasculation de l’Apollon du Belvédère" ?

Très exactement, c’est Raphaël Enthoven qui a dit : "l’écriture inclusive est une agression de la syntaxe par l'égalitarisme, un peu comme une lacération de la Joconde, mais avec un couteau issu du commerce équitable".

C’est beau, presque trop, pour un combat dont le même Enthoven disait qu’il était inutile. Tellement insignifiant d’ailleurs que, depuis trois ans, on aura quand même dépensé une énergie folle pour le qualifier. On a dit charabia, aberration, péril mortel et négationnisme vertueux – si si, l’écriture inclusive a provoqué un Point Godwin. Remarquez, on a eu plus doux, on a eu plus simple, plus basique, comme dirait Orelsan, sauf que c’est à Eric Orsenna qu’on le doit. L’académicien, oui, on ne se refait pas, nous dit que, non, écrivaine, c’est pas possible, parce que dans écrivaine il y a vaine. Ouais. Sauf que… Essayez avec écrivain, ça marche aussi. C’est pénible, ces académiciens qui savent pas lire…

(...)



>> https://www.franceinter.fr/emissions/pas-son-genre/pas-son-genre-29-octobre-2020
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Giulia Foïs
Ziliz   18 septembre 2020
Giulia Foïs
(...) Face au mouvement de révolte des lycéennes, qui demandaient lundi à pouvoir venir en classe habillées comme elles l’entendaient, témoignant lui aussi d’un sens aigu de l’époque et de ses enjeux, notre ministre de l’Education nationale a déclaré qu’il fallait, je cite encore : « adopter une position d’équilibre et de bon sens. Il suffit de s’habiller normalement et tout ira bien ». Ah ben ça va pas du tout, ça. Du coup je lui ai écrit une lettre.



« Cher Jean-Mimi,



Depuis le temps que je t’écoute, depuis le temps que je te suis, je suis forcée de me demander si tu n’irais pas à contre sens, en cumulant tout les non sens, avec cette phrase qui n’a pas de sens, quand tu en appelles au bon sens, qui va toujours dans le même sens.

Exemple : si je disais aux policiers qui se plaignent d’être attaqués pour leur uniforme quand ils portent un uniforme, de ne plus porter d’uniforme. Tu me dirais que j’ai tort, et t’aurais raison. De la même façon, Jean-Mimi, posons nous la question : si, dans un collège, ou un lycée, une fille se fait siffler parce qu’elle est en débardeur, il est où le problème : dans le débardeur ou dans le siffleur ?



Alors je sais ce que tu vas me dire : le règlement, c’est le règlement. C’est pas hyper développé comme argument, mais c’est touchant. Oui, j’aime bien ce petit côté légaliste, chez toi. C’est naïf, c’est émouvant, mais c’est un peu à côté de la plaque, en fait. Parce que le règlement, en l’occurrence, il est pas très clair. Je sais pas si tu as eu le temps de le lire, mais en gros, il dit qu’on attend des élèves une tenue correcte. Point. A partir de là, on fait ce qu’on veut. Or bizarrement, on veut toujours un peu la même chose : que les garçons montrent leurs genoux, le bas de leurs cuisses, le haut de leurs fesses, ça, c’est correct. Les filles, ça l’est tellement pas que, régulièrement, on les renvoie chez elles, quand on ne les met pas sous le coup d’une procédure disciplinaire. Si si, je te jure, ça arrive assez souvent. D’où la colère des lycéennes, qui se fait régulièrement entendre depuis le début de MeToo. Depuis trois ans, donc. Mais tu pouvais pas savoir, à l’époque t’étais pas… Ah ben si, t’étais déjà là.



• Mais je sais ce que tu vas me dire : si ça se passe comme ça, c’est qu’il y a une bonne raison.



Oui. Une raison, en tous cas. Toujours la même, invoquée par les chefs d’établissements : les filles doivent faire attention à ne pas distraire, voire à ne pas provoquer les garçons, parce que c’est connu, une fille, ça tente, et qu’un garçon, ça saute dessus. C’est pas neuf neuf, comme idée, c’est pas hyper valorisant pour vous, et pas ultra pratique pour nous vu que c’est même un petit peu pour ça qu’on nous visse, qu’on nous voile, qu’on nous vilipende ou qu’on nous viole depuis la nuit des temps.



• A chaque fois, je dis bien à chaque fois qu’une fille, qu’une femme, est harcelée, suivie, insultée dans la rue ou virée de son lycée, on lui demande comment elle était habillée.



Un Français sur trois pense d’ailleurs qu’elle est responsable de ce qui lui arrive si elle porte une mini jupe au moment où elle est violée. Un sur trois… Mais toi, Jean-Mimi, t’es pas ce Français là, hein. Toi, tu peux pas penser comme ça. Pas à ton poste, non, ça se peut pas. Allez je t’embrasse, allez, j’y crois. »



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• lettre à Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale (article du 17/09/2020)

>> tout l'article : https://www.franceinter.fr/emissions/pas-son-genre

A écouter là : https://www.franceinter.fr/emissions/pas-son-genre/pas-son-genre-10-septembre-2020
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Giulia Foïs
kouette_kouette   03 mars 2020
Giulia Foïs
On nous parle de faire le distingo entre l'homme et l'œuvre. Mais vous croyez vraiment que quand on est violée, on se demande quel métier exerce l'homme qui nous viole et puis s'il le fait bien ? Non. Non, non. L'homme qui nous viole est un homme qui nous viole, point.



Sur le plateau de l'émission "C à vous" le 2 mars 2020
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Giulia Foïs
Ziliz   08 octobre 2020
Giulia Foïs
Une lettre à un membre du gouvernement.

« Mon petit Gégé,

Si tu savais comme j’étais heureuse, hier soir, en t’écrivant. Si tu savais comme je le suis, ce matin, en espérant que tu entendes ces mots, ces mots en moi retenus trop longtemps… Je sais, tu les attendais pas vraiment. Moi si, je guettais juste le moment. Comme quoi tu vois, la vie, mon petit Gégé, c’est toujours une question de moment…

Par exemple en Juillet, quand t’a été nommé, je t’ai raté. J’étais en vacances, j’étais en Provence. Je les ai vues te tomber dessus, mais toi, toi, t’as tenu. Et tu t’es bien défendu. Innocent jusqu’à preuve du contraire, accusé de viol oui mais, pas jugé coupable et paf dans leur face, et même pas peur, et même pas mal, enfin, si, mal, à l’intérieur. De toi, je veux dire.

Et toi, t’as dit :

"Je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières. Mais il faut quand même mesurer ce que c’est que d’être accusé à tort, de devoir expliquer à ses parents ce qu’il s’est passé parce que, c’est vrai, j’ai eu une vie de jeune homme."

T’es tellement chou quand tu t’y mets, toi…Tu parlais, et moi, je le voyais, le jeune homme que tu étais...Un peu foufou, un peu coquin, patin, couffin, je fais semblant de te faire la bise et hop, je dérape, et ouh, une bouche, et là je dérape encore et encore plus loin... Pardon.

Je veux pas faire pleurer dans les chaumières, mon petit Gégé, mais parfois y a des mots qui sortent de moi, avec ma voix, et je sais pas vraiment comment ça se fait. Mais ça se fait, et après, je regrette, parce que bon, la boulette, oui mais bon, blagounette… Tu comprends ça, toi, l’humour… T’es même un sacré déconneur, quand tu t’y mets.

Ta dernière, c’est presque la meilleure… Je resitue le contexte, tu m’en veux pas ? C’est pour ceux qui étaient pas là… Alors voilà, on est au Sénat, en pleine commission d’enquête sur la gestion du COVID, et Marie-Pierre de la Gontrie te pose cette question, tu sais, sur les repas que tu as interdit pour les migrants de Calais… Si, si tu sais.

Eh ben là, toi, comme t’es foufou, que t’es coquin, que tu peux pas t’empêcher, on sait jamais, des fois que ça marcherait, t’as répondu :

"Je me ferais un plaisir de passer une soirée, une nuit, une journée avec madame la sénatrice, à Calais."

T’en ris encore, hein, quand tu l’entends ? Là, t’as goûté ton effet. Et puis après… T’as pas compris. Et pourquoi la vidéo elle a tourné, et pourquoi ça a gueulé, et encore, c’est sur toi que c’est tombé…

Alors mon petit Gégé, t’es plus vraiment un jeune homme, mais je vais t’expliquer…

Tu les vois, ces gamins qui, comment tu dis « s’ensauvagent », dans les cités ? Tu les entends leur « Wesh, t’es bonne », leurs sifflets, et leurs « salopes », dans la rue ? Tu les connais, leur main au cul ? Eh ben c’est pareil, en fait : ça n’a jamais marché. Ça fait encore moins rigoler.

Outrage sexiste, ça s’appelle – ou agression, quand c’est poussé. Y a même une loi contre ça, c’est celle de Marlène Schiappa – tu sais, celle qui bosse avec toi. Ce qui fait que c’est un délit, tu vois. Comme je sais pas, monnayer un service contre des faveurs sexuelles. Ça s’appelle « abus de faiblesse », ou « trafic d’influence » et c’est passible de… Ah non, c’est vrai, t’es au courant.

Je t’apprends rien, je te prends pour qui ? T’es ministre de l’Intérieur ou pas ? Alors tu les connais, les lois, et les chiffres sur le bout des doigts : 1% des viols qui débouchent sur une condamnation, tu le sais ça… Comme toutes ces plaintes, les trois quarts, classées sans suite, à la poubelle, impunité, toute puissance...

Ahhh ton petit sourire, au Sénat. Et avec toi, tout ces rires gras, là, derrière toi… Ahhh ce petit sourire... Alors le coup de la chasse à l’homme, tu me le refais pas, hein ? Tut tut tut… Tu la ressors à chaque fois, et chaque fois je me dis « Ouch, il devrait pas ».

Ben oui, parce que c’est ce qu’ils font tous. Comme un réflexe, hein : et la victime, c’est moi, et la coupable, c’est elle, acharnement sur l’innocent, tout ça tout ça…



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>> https://www.franceinter.fr/emissions/pas-son-genre/pas-son-genre-24-septembre-2020
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Giulia Foïs
Ziliz   26 septembre 2020
Giulia Foïs
Pourquoi, alors que des dizaines de milliers d’enfants iraniens s’apprêtent à retrouver le chemin de l’école, pourquoi, donc, les filles ont disparu des manuels de mathématiques ?

A/ Parce qu’elles ne savent pas compter, ces cruches

B/ Parce qu’elles ne savent par lire, ces gourdes

C/ Parce que la raison invoquée par le gouvernement est encore plus absurde que ça.



Je vous resitue un peu le contexte, vous allez comprendre. En fait, il s’agit du livre officiel de maths destiné à la 3ème année de primaire. Jusque là, sur la couverture, autour d’un arbre étaient représentés un garçon et une fille. Et là, à quelques semaines de la rentrée, la graphiste, auteur du dessin de couverture, se rend compte que la fillette a disparu.



Elle poste la photo de cette nouvelle édition sur les réseaux sociaux provoquant la colère de bon nombre de parents d’élèves. On est quand même dans un pays où 60% des étudiants sont des étudiantes. Et où l’on trouve la seule lauréate du Prix Fields, équivalent du Nobel de Mathématiques, Maryam Mirzakhani.



Autant dire qu’on est un peu chatouilleux sur le sujet des maths, de l’école et des filles. A tel point que le gouvernement a fini par devoir se justifier… La semaine dernière, le ministère de l’éducation nationale expliquait que « cette modification était intervenue après une décision rendue par des experts en esthétique – si si - et en psychologie : pour eux, la couverture était tout simplement trop chargée ». Ben donc on dégage la fille et on garde le garçon. Logique.



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manU17   11 avril 2020
Je suis une sur deux de Giulia Foïs
Heureusement pour mon inconscient, je suis tombée sur une psy légèrement plus subtile quelques mois plus tard. Avec elle, avec les miens, avec mes proches, et avec les années, j’ai pu me remettre à la verticale et coucher les flouteurs à l’horizontale. Aujourd’hui, mes « pourquoi ? » sont pour eux. Comme dans : « Mais pourquoi vous est-il si compliqué de recevoir la parole d’une victime ? Pourquoi votre cerveau se met-il à bugger à l’instant même où vous entendez le mot “viol” ? Êtes-vous donc si fragiles que quatre toutes petites lettres peuvent à elles seules vous ôter toute possibilité d’empathie ? Qu’est-ce qui vous passe par la tête pour qu’au plus basique des “comment tu te sens”, on préférera toujours un “comment tu t’es démerdée” ? Honnêtement, cette satanée question, la poseriez-vous à quelqu’un qui vient d’être cambriolé ? » Non. La réponse est non. Jamais on ne demanderait à la victime d’un cambriolage si, franchement, elle n’est pas un tout petit peu responsable de ce qui lui est arrivé. Si au fond, son cambriolage, elle ne l’a pas un tout petit peu cherché – voire désiré. Et si, d’ailleurs, il s’agit réellement d’un cambriolage, parce que peut-être qu’elle exagère un tout petit peu, après tout… Non. Bien sûr que non. On ne lui dirait pas, on n’y penserait même pas. On la plaindrait et on réprouverait le cambrioleur. L’intrusion dans une propriété privée, c’est clair pour tout le monde : ça ne se fait pas. Mais le corps des femmes n’est pas une propriété privée. Dans les faits, dans le fond, il ne leur appartient toujours pas.
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Giulia Foïs
Ziliz   21 octobre 2020
Giulia Foïs
■ En Belgique, la transidentité de la nouvelle vice-première ministre n'est même pas un sujet.

-- Petra de Sutter, "première femme trans à entrer dans un gouvernement européen" en devenant vice première-ministre de Belgique, montre l'avance de ce pays dans un monde où l'ONU s'engage fébrilement dans l'égalité femme-homme tandis que Chadwick Boseman donnait l'exemple sans s'en vanter. --

Elle s’appelle Petra de Sutter. Elle est flamande, elle a 57 ans, elle est gynécologue, spécialiste de la fertilité, internationalement reconnue… Une notoriété qu’elle met au service des causes qu’elle défend - écolo, principalement… Comme telle, elle est également devenue sénatrice, puis eurodéputée, et vient d’entrer au gouvernement. Vice première ministre elle prêtait serment dimanche [01/10/2020].

Un peu émue, Petra de Sutter… Peut-être parce que ces images vont être largement commentées, bien au delà des frontières belges, et qu’elle le sait… Oui car Petra De Sutter est aussi, voire avant tout, si l’on en croit la presse : « la première femme trans à entrer dans un gouvernement européen ». Elle trouve la formule un brin réductrice, elle aimerait qu’on parle d’elle plus pour ce qu’elle fait que ce qu’elle est… Mais elle n’ignore pas que dans 13 pays au monde aujourd’hui, comme le disent les tous derniers rapports sur le sujet, la transidentité est toujours considérée comme un crime.

« Si mon parcours peut aider à combattre les discriminations anti-LGBT, je veux bien jouer le rôle d’exemple. Mais je suis aussi contente de voir que dans mon pays, mon parcours personnel n’est même pas un sujet ». Et de fait, pas un mot, ou presque, dans les journaux nationaux sur sa transidentité. On est en Belgique, pays doté d’un gouvernement où les femmes sont aussi nombreuses que les hommes, parité stricte et strictement normale, et où en 2011 déjà, Elio Di Rupo était le tout premier chef de gouvernement européen ouvertement homosexuel.

Face à quoi, nous… Ah ben si, on a la toute première femme trans élue maire de France… Marie Cau, en juin dernier… A Tilloy-lez-Marchiennes, très exactement… Petit village du nord, de 518 habitants… On dit quoi : bon début ? (...)



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