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4.3/5 (sur 40 notes)

Nationalité : Brésil
Né(e) à : Quebrangulo , le 27/10/1892
Mort(e) à : Rio de Janeiro , le 20/03/1953
Biographie :

Graciliano Ramos de Oliveira était un écrivain brésilien.

Élu maire de Palmeira dos Índios en 1927, il entre en fonction l'année suivante et remplira sa charge durant deux ans avant de démissionner en 1930.

Entre 1930 et 1936, il est directeur de l'Instruction publique de l'État tout en menant de front une carrière de romancier, chroniqueur et journaliste.

En 1934, en pleine dictature de Getúlio Vargas, il publie Sao Bernardo, et se prépare à publier son prochain ouvrage, lorsqu’il est arrêté par la police et emprisonné.

Avec l'aide d'amis, dont José Lins do Rego, il parvient à publier Angoisse en 1936, considéré par de nombreux critiques comme son chef-d’œuvre.

Libéré en 1937, il tire de son expérience des travaux forcés, un ouvrage qui sera publié à titre posthume , Mémoires de prison (1953), qui dénonce les excès et les incohérences de la dictature de Vargas.

En 1945, il devient membre de l'ancien Parti communiste du Brésil. En 1952, invité à Moscou pour les célébrations du 1er mai, il fera quelques voyages à travers l’Europe en compagnie de sa seconde femme, Heloisa Ramos Medeiros, et qu’il relatera dans Viagem qui paraitra en 1954.

En 1945, il publie Enfance, son autobiographie.

Rongé par un cancer du poumon, il meurt le 20 mars 1953, à l’âge de 60 ans.
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Source : Wikipédia
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Mathieu Dosse traducteur de "Mon oncle le jaguar & autres histoires", de "À Lisbonne j'ai pensé à toi" nous parle d'une autre de ses traductions : "Vies arides" de Graciliano Ramos. Il évoque également, "Les récits de la Kolyma" de Varlam Chalamov.


Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation
Casimiro Lopez…a un vocabulaire étriqué….Pour parler il se sert d’une demi douzaine de mots.Dernièrement a force d’entendre les gens de la ville , il avait emmagasiné quelques expressions qu’il employait hors de propos et en les estropiant.Ce jour-là , il avait beau s’escrimer, il parvenait tout juste à dire que les jaguars sont des animaux féroces et rusés.
«  Avec des taches. Des dents grandes comme ça, des pattes très grandes, des griffes partout. Terribles ! ».
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Sans leurs noms les choses demeuraient distantes, mystérieuses. Elles n’avaient pas été faites par des gens. Et ceux qui les manipulaient commettaient une imprudence. Vues de loin, elles étaient belles. Émerveillés et craintifs, ils parlaient bas pour ne pas réveiller les forces étranges qu’elles tenaient peut-être enfermées
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Mais est-ce qu'on ne voyait pas qu'il était fait de chair et de sang? Il était obligé de travailler pour les autres, bien sûr, il savait où était sa place. Bien. C'était son destin, il était né comme ça, personne n'est coupable d'être né avec un mauvais destin. Quoi faire? Est-ce qu'il pouvait changer son destin? [...]
Il était un malheureux, il était comme un chien, on ne lui jetait que les os. Pourquoi est-ce que les riches lui prenaient encore une partie des os?
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(p.48)

Ce qu'il voulait... Han ! Il l'avait oublié. Il se souvenait maintenant de sa longue marche à travers le sertao, terrassé par la faim. Les jambes des enfants étaient aussi minces que des fuseaux, sinha Vitoria trébuchait sous le poids du coffre en fer-blanc. Au bord du fleuve, ils avaient mangé le perroquet, qui ne savait pas parler. Par nécessité.
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- Fabiano, tu es un homme, s'exclama-t-il à voix haute.
Il se retint, remarquant que les enfants n'étaient pas loin, sans doute allaient-ils s'étonner de l'entendre parler seul. Et, à bien réfléchir, il n'était pas un homme : il n'était qu'un pauvre bougre occupé à veiller sur le bien d'un autre. Rouge, tanné, il avait les yeux bleus, la barbe et les cheveux roux ; mais comme il vivait sur une terre qui n'était pas la sienne, soignait des bêtes qui n'étaient pas les siennes, il se découvrait, s'effaçait en présence des blancs et se considérait comme un pauvre bougre.
Il regarda autour de lui, inquiet que la phrase imprudent eût pu être entendue par d'autres que ses enfants. Il se repris en murmurant :
- Tu es une bête, Fabiano.
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Ce n'était pas à proprement parler une conversation : c'étaient des phrases isolées, avec des silences, des répétitions et des incohérences. Parfois, une interjection gutturale mettait de l'énergie dans ce discours incertain. À vrai dire, aucun des deux ne prêtait attention aux propos de l'autre : ils exposaient continuellement les images qui leur venaient à l'esprit, et les images se succédaient, se déformaient, étaient immaîtrisablse. Ils compensaient la pauvreté de leur vocabulaire en parlant fort.
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(p. 28-29)
Il fit claquer ses doigts. La chienne Baleine accourut lécher ses mains grosses et velues. Fabiano reçut la caresse, s'attendrit :
- Tu est une bête, Baleine.
Il vivait loin des hommes, il ne s'entendait qu'avec les animaux. Ses pieds durs brisaient les épines et ne ressentaient pas la brûlure du sol. À cheval, il se collait à sa monture, ne faisant qu'un avec elle. Il parlait une langue chantée, monosyllabique et gutturale, que son compagnon comprenait. À pied, il était maladroit. Il penchait d'un côté et de l'autre, les jambes arquées, laid et tordu. Il s'adressait parfois aux gens dans la même langue qu'il adoptait avec les bêtes - exclamations, onomatopées. En réalité il parlait peu. Il admirait les mots longs et compliquées que les gens de la ville employaient, il essayait d'en reproduire certains, sans succès, mais il savait qu'ils étaient inutiles et peut-être dangereux.
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Le fil de l'idée grandit, s'épaissit - et se rompit. pas facile de penser. Il vivait si près des bêtes. Il n'avait jamais vu d'école. Voilà pourquoi il n'arrivait pas à se défendre, à mettre de l'ordre dans ses idées.
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Il y avait des heures qu'ils cherchaient un peu d'ombre. Le feuillage des juazeiros leur apparut au loin, à travers lesb ranches dénudées de la caatinga clairsemée.
Ils se traînèrent vers eux, lentement, sinha Vitoria avec son fils cadet à califourchon sur sa hanche et le coffre en fer-blanc sur la tête, Fabiano, sombre, tordu, la sacoche en bandoulière, la calebasse au bout d'une courroie passée à la ceinture, le fusil à pierre sur l'épaule. Le fils aîné et la chienne Baleine fermaient la marche.
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Immobile, patiente, Baleine regardait les braises et attendait que la famille aille se coucher. Le bruit que faisait Fabiano l’importunait. Dans la caatinga, lorsqu’il poursuivait un bœuf, il s’époumonait. C’était normal. Mais là, à côté du feu, pourquoi tant crier ? Fabiano se fatiguait inutilement. Baleine en avait assez, elle s’assoupissait sans pouvoir dormir. Il fallait que sinha Vitoria enlève les charbons et la cendre, balaye le sol et aille se coucher avec Fabiano sur le lit de rondins. Les enfants se coucheraient sur la natte, sous l’étagère, dans la salle. Elle avait envie d’être tranquille. Elle passait toute la journée à guetter le moindre de leurs gestes, essayant de deviner des choses incompréhensibles. Maintenant elle avait besoin de dormir, de se débarrasser de ses puces et de cet état d’alerte auquel on l’avait habituée. Quand le sol aurait été balayé, elle se faufilerait entre les pierres, se roulerait en boule et s’endormirait bien au chaud, dans l’odeur des chèvres mouillées et au milieu des bruits inconnus, comme le clapotis des gouttières, le chant des crapauds, la rumeur de la crue. Des petites bêtes libres, indomptées, viendraient lui rendre visite.
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