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Note moyenne 3.97 /5 (sur 42 notes)

Nationalité : États-Unis
Né(e) à : Grantchester, Royaume-Uni , le 9/05/1904
Mort(e) à : San Francisco , le 4/04/1980
Biographie :

Gregory Bateson (né le 9 mai 1904 à Grantchester, Royaume-Uni – mort le 4 juillet 1980 à San Francisco) est un anthropologue, psychologue, épistémologue américain. Influencé par la cybernétique, la théorie des groupes et celle des types logiques, il s'est beaucoup intéressé à la communication (humaine et animale), mais aussi aux fondements de la connaissance des phénomènes humains. Il est à l'origine de ce que l'on appelle l'école de Palo Alto.

Gregory Bateson est le troisième fils du généticien William Bateson, qui l'a prénommé Gregory en souvenir du moine autrichien Gregor Mendel dont il a fait connaître les découvertes au Royaume-Uni. Dans sa jeunesse, Gregory est tout particulièrement influencé par la lecture du poète William Blake et de l'écrivain satiriste Samuel Butler. En 1915, son frère aîné, John, meurt à la guerre, et en 1922 son autre frère, Martin, se suicide d'une balle dans la tête sur Piccadilly Circus.

Initialement voué à la zoologie, en 1924, suite à un voyage aux Galapagos, Bateson décide de devenir anthropologue. Il fait des études à l'université de Genève et à Cambridge où il obtient un Bachelor of Arts en Sciences naturelles en 1925 et un Master of Arts en Anthropologie en 1930.

De 1927 à 1928, il effectue un travail de terrain chez différents peuples d'Indonésie, notamment les Baining. De 1928 à 1930, il se rend chez les Iatmuls de Nouvelle-Guinée. En 1929, il enseigne la linguistique mélanésienne à l'université de Sydney. De 1931 à 1934, il enseigne à St John's College à Cambridge. C'est en 1932, chez les Iatmuls qu'il rencontre le couple d'anthropologues Margaret Mead et Reo Fortune. En 1935, il épouse Margaret Mead et part avec elle faire un travail de terrain à Bali, sur la base duquel ils réalisent un film, Danse and Transe in Bali.

En 1938, il revient chez les Iatmuls. En 1940, il travaille à l'American Museum of Natural History sur le matériel provenant de Bali. De 1942 à 1945, il travaille comme anthropologue au musée d'art moderne de New York, puis de 1947 à 1948 il enseigne à Harvard. De 1942 à 1953 il participe avec Margaret Mead aux fameuses conférences Macy qui seront à l'origine du courant cybernétique et des sciences cognitives.

En 1948, le psychiatre Jurgen Ruesch lui procure un emploi dans son équipe de recherche clinique à San Francisco et en 1951, ils publient ensemble Communication et Société. Cette même année, Bateson, qui avait divorcé avec Margaret Mead en 1950, épouse Elisabeth Summer.
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Source : Wikipédia
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Gregory Bateson et l'épistémologie du vivant.


Citations et extraits (45) Voir plus Ajouter une citation
Gregory Bateson
olivierjarreton   26 juin 2020
Gregory Bateson
Partager est parfois plus exigeant que donner.
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Mistralain   18 juin 2010
La Nouvelle communication de Gregory Bateson
Ce n'est pas que la famille soit déséquilibrée par ce qu'un membre est malade, en fait son équilibre repose sur la maladie de celui-ci, qu'elle tend à préserver comme telle. Il s'agit plutôt de retrouver un autre équilibre pour la famille, par une réorganisation du système de relations dans lequel elle s'est installée.
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Calabiyau   26 novembre 2015
La Peur des anges de Gregory Bateson
Dans les processus que nous nommons perception, connaissance et action, il nous faut suivre un certain protocole : lorsque ces règles, au demeurant obscures, ne sont pas observées, c'est la validité même des processus mentaux qui est compromise. Ces règles concernent avant tout la préservation de ces lignes de démarcation subtiles qui séparent le sacrè du profane, l'esthétique de l'appetitif, le délibéré de l'inconscient, et la pensée du sentiment.

J'ignore dans quelle mesure la philosophie abstraite corrobore la nécessité de ces lignes de démarcation, mais je suis sûr que ces séparations sont un trait commun des epistemologies humaines, et qu'elles sont un élément de l'histoire naturelle de la connaissance humaine et de l'action. Il est certain que l'on doit pouvoir trouver de telles frontières dans toutes les cultures, même si chacune d'entre elles possède sa façon propre de se débrouiller avec les paradoxes qui s'ensuivent. C'est pourquoi je considère l'existence même de ces démarcations comme ce qui dénote que le domaine de l'épistémologie (de l'explication mentale) est ordonné, réel, et doit être examiné.
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Mistralain   18 juin 2010
La Nouvelle communication de Gregory Bateson
La communication est un processus pluriel permanent.
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Partemps   09 novembre 2020
Vers une écologie de l'esprit de Gregory Bateson
Le problème



On pense communément que c'est dans la vie sobre de l'alcoolique qu'il faut

rechercher les causes (ou «raisons») de sa dipsomanie. Lors des manifestations

dans la sobriété, les alcooliques sont généralement qualifiés d'«immatures»,

«fixés sur la mère», «oraux», «homosexuels», «passifs-agressifs », «angoissés par

le succès», «hypersensibles», «fiers», «affables» ou tout simplement de «faibles».

Il est cependant rare que les implications logiques de ces attributs, si

généreusement distribués, soient vraiment examinées.

1. Si en quelque sorte c'est bien la vie sobre de l'alcoolique qui le pousse à boire et

l'amène même au seuil de l'intoxication, il ne faudra pas s'attendre à ce que des

procédés visant à la consolidation de son style personnel de sobriété réduisent ou

«contrôlent» son alcoolisme.

2. Si c'est son style de sobriété qui le pousse à boire, ce sera celui-ci qui doit contenir une

erreur, voire une pathologie; l'intoxication, elle, ne fait qu'apporter une correction

(subjective) de cette erreur. Autrement dit, par rapport à sa sobriété qui est en quelque

sorte «mauvaise», on peut dire que l'intoxication est «bonne». En ce sens, il est fort

probable que le vieux dicton: in vino veritas contient une vérité plus profonde qu'on ne le

croit communément.

3. On pourrait aussi suggérer que l'alcoolique en état de sobriété est en quelque sorte plus

sain d'esprit que ceux qui l'entourent et que cette situation lui est intolérable. J'ai

entendu personnellement des alcooliques parler ainsi, mais je préfère ne pas prendre ici

en ligne de compte une telle hypothèse. Une remarque faite par Bernard Smith,

représentant légal non alcoolique de «AA», peut cependant éclairer mieux ce point: «Les

membres de "AA", disait-il, n'ont jamais été les esclaves de l'alcool. Il leur a servi

simplement comme moyen pour échapper aux faux idéaux d'une société

pragmatique»[1]. Il ne s'agit donc pas, pour l'alcoolique, d'une révolte contre les idéaux

aliénants de son milieu, mais plutôt d'une tentative d'échapper aux prémisses malades

de sa propre vie, prémisses continuellement renforcées par son environnement social. Il

est néanmoins possible que l'alcoolique soit à certains égards plus vulnérable ou plus

sensible que l'homme dit normal du fait que ses propres prémisses malades (mais

conventionnellement admises) conduisent à des résultats insatisfaisants.

4. La théorie que j'avance ici propose un appariement converse entre sobriété et

intoxication, de sorte que celle-ci soit vue comme une correction subjective appropriée

de la première.

5. Il existe bien sûr de nombreux cas où ceux qui font appel à l'alcool - en allant parfois

jusqu'à l'intoxication totale — y recourent comme à un anesthésiant, qui les soulage de

leurs soucis, de leurs ressentiments ou de leurs souffrances physiques. C'est dire que

cette fonction anesthésiante de l'alcool peut nous fournir un appariement converse

suffisant pour nos buts théoriques. Cependant, je ne prendrai pas ce cas en ligne de

compte, le considérant précisément comme non pertinent pour l'alcoolisme

dipsomaniaque; et ce, malgré le fait incontestable que ce sont justement le «chagrin», la

«rancune» et la «frustration» qui sont immanquablement invoqués comme excuses par

les alcooliques intoxiqués.
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Partemps   09 novembre 2020
Vers une écologie de l'esprit de Gregory Bateson
1. Il est évident que ce principe de la vie de l'alcoolique que «AA» appelle «fierté» n'est pas

structuré contextuellement autour de l'expérience passée. «AA» n'utilise pas le mot fierté

pour désigner quelque chose d'accompli. L'accent n'est pas mis sur «j'ai réussi», mais

plutôt sur «je peux»; ce qui correspond à une acceptation obsessionnelle du défi, au

refus complet de l'autre branche de l'alternative: «Je ne peux pas».

2. Une fois que l'alcoolique a commencé à souffrir — ou qu'il a été accusé — de son

alcoolisme, ce principe de la «fierté» est mobilisé dans la proposition: «Je peux rester

sobre». Mais il est, d'autre part, évident que réussir à ne pas boire détruit le «défi».

L'alcoolique devient «outrecuidant», comme dit «AA». Sa détermination se relâche, il

s'accorde un petit verre et se retrouve en pleine ribote. Nous pouvons affirmer que la

structure contextuelle de la sobriété change avec sa réalisation; à ce point, la sobriété ne

constitue plus un cadre contextuel approprié pour la «fierté». C'est le risque de boire qui

est maintenant un défi et qui appelle le «je peux...» fatal.

3. «AA» fait de son mieux pour montrer qu'il ne se produira jamais aucun changement

dans la structure contextuelle. Le contexte est restructuré par l'affirmation: «L'alcoolique

est alcoolique pour toujours». Le but poursuivi est de parvenir à ce que l'alcoolique place

son alcoolisme à l'intérieur du «soi», ce qui ressemble fortement à la façon dont

l'analyste jungien tente d'amener son patient à découvrir son « type psychologique» et à

apprendre à vivre avec la force et la faiblesse qui lui sont caractéristiques. A l'opposé de

cela, la structure contextuelle de la «fierté» alcoolique place l'alcoolisme en dehors du

soi: «Je peux m'empêcher de boire».

4. Dans la «fierté» alcoolique, l'élément de défi est lié au risque encouru. On peut formuler

ce principe ainsi: «Je peux faire quelque chose où le succès est improbable et où l'échec

serait désastreux». Il apparaît clairement que ce principe ne parviendra jamais à

maintenir un état continuel de sobriété. Dès que le succès commence à paraître

probable, l'alcoolique doit à nouveau défier le risque de prendre un verre. La

«malchance» ou la «probabilité» de l'échec place l'échec en dehors des limites du «soi»

: «En cas d'échec, il n'est pas de mon fait». La «fierté» alcoolique rend le concept de soi

de plus en plus étroit, en plaçant à l'extérieur de son champ une grande partie de ce qui

se passe.

5. Le principe de la fierté-dans-le-risque est en fin de compte plutôt suicidaire. Libre à vous

de vouloir vérifier une fois si l'univers est de votre côté; mais remettre ça sans cesse,

tenter une concertation croissante des preuves en ce sens, c'est se laisser aller à un

projet qui, mené à son bout, ne peut prouver qu'une seule chose: à savoir que l'univers

vous hait. Mais, encore une fois, les rapports de «AA» montrent à maintes reprises qu'au

fond même du désespoir c'est toujours la fierté qui empêche le suicide. C'est dire que ce

n'est pas le «soi» qui conduit à l'ultime quiétude[8]

.
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Partemps   17 septembre 2020
Vers une écologie de l'esprit de Gregory Bateson
Considérons, par exemple, le mythe d'origine des peuples judéo-chrétiens.

Quels sont les problèmes philosophiques et scientifiques mentionnés par ce

mythe?

Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Or la terre était un chaos,

et il y avait des ténèbres au-dessus de l'abîme, et l'esprit de Dieu planait

au-dessus des eaux.

Dieu dit: «Que la lumière soit», et la lumière fut. Dieu vit que la lumière

était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres. Dieu appela la lumière

«jour», et les «ténèbres» il les appela «nuit». Il y eut un soir, il y eut. un

matin: premier jour.

Dieu dit: «Qu'il y ait un firmament entre les eaux et qu'il sépare les eaux

d'avec les eaux.» Il en fut ainsi: Dieu fit le firmament et il sépara les eaux

qui sont au-dessous du firmament d'avec les eaux qui sont au-dessus du

firmament. Dieu appela le firmament «ciel». Il y eut un soir, il y eut un

matin: deuxième jour.

Dieu dit: «Que les eaux de dessous le ciel s'amassent en un seul lieu et

qu'apparaisse ce qui est sec.» Il en fut ainsi; ce qui était sec, Dieu l'appela

«terre», et l'amas des eaux, il l'appela»mers». Dieu vit que cela était

bon[***]

.

A partir des dix premiers versets de cette prose fulminante, nous pouvons

retracer certaines des prémisses (ou «fondamentaux») de la pensée des anciens

Chaldéens: il est étrange de voir combien de problèmes et de «fondamentaux»

de la science modeme sont préfigurés dans les documents anciens.

1. Le problème de l'origine et de la nature de la matière est très sommairement écarté.

2. Tout le passage met en avant le problème de l'origine de l'ordre.

3. Une séparation apparaît entre deux types de problèmes. Il est possible que cette

séparation fût une erreur, mais, erreur ou pas, elle a été maintenue dans les fondements

de la science moderne. Les lois de la conservation de la matière et de l'énergie sont

classées séparément des lois de l'ordre, de l'entropie négative et de l'information.

4. L'ordre est vu comme relevant du tri et de la division. Mais l'idée essentielle de tout tri

est qu'une certaine différence engendre ultérieurement une autre différence: si nous

séparons les balles blanches des balles noires, ou bien les grandes des petites balles, la

différence entre les balles aura comme conséquence une différence dans leur placement

respectif - les balles appartenant à une classe, dans un sac, celles de l'autre classe,

dans un autre. Pour accomplir une telle opération nous utiliserons un crible, un seuil ou,

par excellence, un organe de sens. Il devient alors compréhensible qu'une Entité qui

perçoit ait été invoquée pour jouer le rôle du Créateur d'un ordre, autrement improbable.

5. Étroitement lié au tri et à la division, il y a le mystère de la classification, repris par la

suite dans l'extraordinaire performance humaine de la nomination.
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Partemps   09 novembre 2020
Vers une écologie de l'esprit de Gregory Bateson
Épistémologie et ontologie

Les philosophes ont déterminé deux classes de problèmes: en premier lieu,

ceux qui concernent l'être des choses, des personnes et du monde en général,

autrement dit les problèmes d'ontologie; la seconde classe comprend les

problèmes relatifs à la façon dont nous connaissons et, plus particulièrement, à

la façon dont nous acquérons nos connaissances sur le monde, autrement dit, les

problèmes concernant ce qui nous permet de connaître quelque chose (ou, peutêtre, rien). Bref, le domaine de l'épistémologie. A ces questions,

épistémologiques et ontologiques, les philosophes tentent d'apporter des

réponses vraies.

Cependant l'anthropologue, lui, en observant le comportement humain, se

posera des questions quelque peu différentes. S'il est un adepte du relativisme

culturel, il pourrait tomber d'accord avec les philosophes qui affirment qu'une

ontologie «vraie» est concevable, mais il ne se demandera pas si l' ontologie des

individus qu'il étudie est «vraie» ou pas. Il s'attendra à ce que leur épistémologie

soit culturellement déterminée, ou idiosyncrasique, et à ce que la culture dans

son ensemble ait un sens en fonction de l'épistémologie et de l'ontologie qui lui

sont propres.

Si, d'autre part, il est évident que l'épistémologie «locale» est incorrecte,

l'anthropologue devra prendre conscience de la possibilité que la culture en

question dans son ensemble ne fasse jamais véritablement sens ou, sinon, qu'elle

fasse sens uniquement sous certaines conditions restrictives qui en fait la

coupent de toutes les autres cultures et des technologies nouvelles.

Dans l'histoire naturelle de l'être humain, l'ontologie et l'épistémologie sont

inséparables; ses croyances (d'habitude subconscientes), relatives au type de

monde où il vit, déterminent sa façon de percevoir ce monde et d'y agir, ce qui

déterminera en retour ses croyances, à propos de ce monde. L 'homme se trouve

ainsi pris dans un réseau de prémisses épistémologiques et ontologiques qui,

sans rapport à une vérité ou à une fausseté ultimes, se présentent à ses yeux

comme (du moins en partie) se validant d'elles-mêmes[4].
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Partemps   09 novembre 2020
Vers une écologie de l'esprit de Gregory Bateson
L'unité autocorrective qui transmet l'information ou qui, comme on dit,

«pense», «agit» et «décide», est un système dont les limites ne coïncident ni avec

celles du corps, ni avec celles de ce qu'on appelle communément «soi» ou

«conscience»; il est important d'autre part de remarquer qu'il existe des

différences multiples entre le système «pensant» et le «soi» tels qu'ils sont

communément conçus:

1. Le système n'est pas une entité transcendante comme le « soi ».

2. Les idées sont immanentes dans un réseau de voies causales que suivent les

conversions de différence. Dans tous les cas, les «idées» du système ont au moins une

structure binaire. Ce ne sont pas des «impulsions », mais de «l'information ».

3. Ce réseau de voies ne s'arrête pas à la conscience. Il va jusqu'à inclure les voies de

tous les processus inconscients, autonomes et refoulés, nerveux et hormonaux.

4. Le réseau n'est pas limité par la peau mais comprend toutes les voies externes par où

circule l'information. Il comprend également ces différences effectives qui sont

immanentes dans les« objets» d'une telle information; il comprend aussi les voies

lumineuses et sonores le long desquelles se déplacent les conversions de différences, à

l'origine immanentes aux choses et aux individus et particulièrement à nos propres

actions.

Il est important de noter que les dogmes fondamentaux — et à mon sens

faux — de l'épistémologie courante se renforcent mutuellement. Si, par exemple,

la prémisse habituelle de la transcendance est écartée, celle qui prendra aussitôt

sa place sera l'idée de l'immanence dans le corps. Mais cette seconde possibilité

est irrecevable, étant donné que de vastes parties du réseau de la pensée se

trouvent situées à l'extérieur du corps. Le soi-disant problème «Corps-Esprit»,

comme on l'appelle d'ordinaire, est mal posé, dans des termes qui conduisent

inévitablement vers le paradoxe: si l'esprit est supposé être immanent au corps,

il doit alors lui être transcendant; s'il est supposé transcendant, il doit alors être

immanent[5], etc.
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Partemps   29 novembre 2020
Vers une écologie de l'esprit de Gregory Bateson
On a souvent raconté, à propos du philosophe Whitehead, une anecdote qui

aujourd’hui est probablement bien connue: son ancien élève et célèbre

collaborateur, Bertrand Russell, en visite à Harvard, donna dans le grand

amphithéâtre une conférence sur la théorie des quanta, thème difficile en général

et, surtout à l’époque, champ théorique relativement nouveau. Russell fit des

efforts pour rendre cette matière intelligible à son audience distinguée qui, en

grande partie, n’était pas très versée dans la physique mathématique. Quand il

s’assit, Whitehead, qui présidait l’assemblée, se leva pour le remercier; il félicita

Russell pour son brillant exposé et surtout «pour avoir laissé… non obscurcie…

l’immense obscurité du thème».

En effet, toute science est une tentative de couvrir avec des dispositifs

explicatifs — et par là même d’obscurcir — l’immense obscurité de son objet.

C’est un jeu dans lequel l’homme de science utilise ses principes explicatifs,

suivant certaines règles, pour voir si ceux-ci peuvent être étendus jusqu’à ce

qu’ils couvrent entièrement cette obscurité. Il faut dire aussi que les règles de

l’extension sont rigoureuses et que le but de l’opération est réellement de

découvrir les parties d’obscurité qui restent non couvertes après l’effectuation de

l’explication.

Mais ce jeu a aussi une autre fin, plus profonde et plus philosophique, celle

d’apprendre quelque chose sur la nature même de l’explication, de rendre claire

au moins une partie de cette opération tellement obscure: le processus de

connaissance. Pendant les vingt années qui se sont écoulées depuis que j’ai écrit

ce livre, l’épistémologie — la science ou la philosophie ayant comme objet les

phénomènes qu’on appelle connaissance et explication — a évolué

subrepticement vers un changement total. Préparer ce livre pour sa réimpression

en 1957 fut donc pour moi l’occasion d’un voyage riche en découvertes, voyage

en arrière vers une époque où toutes ces nouvelles voies de la pensée n’étaient

que vaguement pressenties.
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