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Citations de Guy Dupré (17)


Avant Claus von Stauffenberg, il y eut le colonel Von Tresckow, dont on n'a jamais parlé en France et qui fut le premier officier résistant. Lui était fidèle à la vieille tradition prussienne et à la grandeur du service d'État d'où découlait le refus d'obéissance a des ordres contraires à l'honneur. L'un de ses vingt et un ancêtres officiers, général de Frédéric II dans les campagnes de Silésie, préfèra donner sa démission plutôt que d'exécuter un ordre de mise à sac et fit inscrire sur son tombeau comme épitaphe : "Choisit la disgrâce quand l'obéissance n'eût pas apporté l'honneur."
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Que cela soit ma gloire que je cherche:
savoir
que sur mon chemin un endroit sera marqué
qui m'engloutira.
Et pourtant ne rien changer en moi et autour de moi
quand je le verrai
et ne pas ralentir mon pas.

Poème de Schleiermacher.
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Du calme. Ne pas m’horripiler. Continuer à coudre quand il y a un nœud. Chaque chapitre doit être capté, pris au piège des mots, enserré peu à peu. Tout est une question de patience et de ruse amoureuse. Ne plus patauger dans ces flaques d’eau de femme où se dilue ma liqueur d’homme.
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"Pourquoi aimes-tu tant te regarder dans la glace ?" me demandait souvent Charlotte en me voyant, à peine arrivé, "essayer" les miroirs, vérifier mon image dans la glace des hôtels où je la rejoignais après ses concerts.
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Mais, tantôt s'agenouillant pour mieux mordre leurs tourmenteurs, tantôt s'embrochant d'elles-mêmes sur les sabres en trouvant la force de se cramponner au poignet de l'homme pour le livrer aux coups de leurs compagnes, ces femmes, rendues folles par le contact du sang sur leur nudité, n'étaient plus qu'un poulpe à cent bras. Etouffés, mordus, ne pouvant retirer leurs armes de ces corps qui mouraient sans desserrer leur étreinte, ces hussards-là ne devaient pas survivre longtemps à leur retour en ville...
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Adolf Hitler, à qui notre génération dut de souffrir, à l'âge de Poil de Carotte, de malnutrition chronique, avec les retards de croissance, pertes de capital osseux, caries dentaires, cavernes pulmonaires qui en résulteraient, et la répulsion pour les repus et les nantis, Adolf Hitler se nourrissait comme Gandhi. Pas de viande; ni œufs ni poisson.
[...]
Son allaitement avait duré deux ans; deux nourrices relayant sa mère qui perdit ses trois premiers enfants et craignait pour lui. Baptisé un lundi de Pâques, il se persuada plus tard que son grand-père paternel était un Juif de Gratz, chez qui sa mère-grand jouait le rôle de Shabbes Göre – « chrétienne de sabbat » chargée le samedi des travaux indispensables comme l'entretien du feu dans les grands poêles de fonte. Souvent battu par son père, qui allait jusqu'à trente coups de fouet à chien sur les reins, Hitler utilisera le fouet avec sa nièce Geli, lui-même prenant la place du chien. L'hommédor Hitler, chez qui Bernanos remarquait le « merveilleux sourire des lèvres et des yeux qu'il tient de sa mère », gardait au fond de son cœur la trace des violences qu'elle avait eu à subir d'un mari de vingt-trois ans son aîné. « Les garçons bien doués gardent jusqu'à l'âge le plus avancé des souvenirs de la petite enfance », écrit-il au début de Mon combat. « L'étroitesse et l'encombrement du logement sont une gêne de tous les instants : des querelles en résultent. Ces gens ne vivent pas ensemble, mais sont tassés les uns sur les autres... Passe encore entre enfants : un instant après ils n'y pensent plus. Mais quand il s'agit de parents, les conflits quotidiens deviennent souvent grossiers et brutaux à un point inimaginable. Et les résultats de ces leçons de choses se font sentir chez les enfants... Un malheureux gamin de six ans n'ignore pas des détails qui feraient frémir un adulte. » Devenue veuve et rongée par un cancer du sein, Klara Hitler avait eu recours au Dr Eduard Bloch qui lui prescrivit des doses d'iodoforme – composé de teinture d'iode coupé d'un mélange de potasse et d'alcool – pour désinfecter sa plaie, avant d'y appliquer des tranches de bœuf en compresses. Elle mourut dans d'inapaisables souffrances. « Au cours de mon expérience médicale de quarante années, dira le Dr Bloch en 1938, je n'ai jamais vu un jeune homme aussi profondément et douloureusement affecté que le jeune Adolf Hitler en cette circonstance. »

A la diète à laquelle son grand garçon humilié nous avait soumis correspondait la cure d'amaigrissement mortel imposée à des millions de déportés retrouvant leur statut de squelette sans passer par le stade de la putréfaction.
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Dans le nu couché de Foujita censé la représenter, nous tenions pour acquis que l'avait « doublée » sa contemporaine Colette Darfeuil, à qui ses metteurs en scène demandaient de bien vouloir comprimer ses seins généreux dans une bande Velpeau.
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C'est ce soir-là, après que nos amis et votre père nous eurent laissés seuls avec nous-mêmes, que, vous voyant vous tapoter doucement le menton, comme nous riions fraternellement de nos pères Pipelet, m'est venue l'envie - j'ai perdu l'occasion de vous dire ce qu'il y avait derrière la porte et pourquoi je ne voulais ni ne pouvais vous refaire l'amour tel que je le faisais à Charlotte.
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C'est sans vraie colère que je vous ai prise sur le lit de Charlotte, où j'éprouvai, à forfaire l'amour, le lâche soulagement dont a parlé Léon Blum en 1938. Je savais que je n'évoquerais plus la morte et qu'au fond, comme la France, j'avais été au-devant de ma défaite.
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La guerre d'Algérie a fait resurgir les vieux fantômes sans que jaillisse la nappe de sang souterraine dans laquelle depuis l'affaire Dreyfus trempent les racines de nos pissenlits. L'imaginaire de la feue Fille aînée de l'Église baigne dans ce fond de violence qui n'a pas éclaté, et tient pour une part à ce que la dette envers ceux de la Commune n'a jamais été payée, et qu'il n'a jamais été versé à la partie civile autre chose qu'un franc symbolique
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Les troublants phénomènes de consanguinité qu'il relevait dans le comportement du maréchal, et du général sans me convertir à sa folie simplificatrice, m'inclinaient à les renvoyer dos à dos – opposés comme deux duellistes avant la marche contraire et comptée qui mesurera l'intervalle de leur affrontement, mais soudés par la même épine dorsale, chacun faisant cinquante pas en avant, cinquante pas en arrière, alternativement poussant et repoussé, poussé et repoussant, sans pouvoir se désunir ni s'affronter autrement qu'à coups de nuque
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Interloqué par mon regard mi-clos qui semblait le rapetisser, l'éloigner dans le temps, le réduire aux dimensions d'un passant vu du haut d'une des tours dont il se faisait le zélateur, il s'était levé pour s'approcher de moi et je voyais sur son visage en gros plan l'irritation le disputer à l'étonnement, quand je me suis senti aspirer par les espaces blancs séparant les aiguilles sur les cadrans des heures
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ou encore la complainte de la prostituée choisie par Fouché pour être jetée dans les bras de l'Empereur le soir de sa rentrée au Tuileries , le 20 mars 1815, et lui refiler la chtouille
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N'ayant plus à redouter la rivalité des matelots étrangers, depuis que ceux-ci étaient devenus l'apanage des hussards, et découvrant une occasion de promouvoir sans risque du rang de sacrifiés au grade de victimaires, ces demi-soldes qui formaient en ville une catégorie d'impuissants et d'aigris assez analogue à la faune des écrivains ratés, n'avaient pas tardé à faire régner sur les pauvres femmes qui avaient perdu jusqu'au choix de l'encan une terreur à base de chantage.
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– Pour l'islam, seul existe l'instant. La durée est un intervalle entre deux instants divins. Ce n'est ni un vide ni un blanc, mais une sorte de caisse de résonance ouverte entre deux instants sonores. Les musiciens musulmans obtiennent ce rythme en se servant d'instruments à percussion en bois. Ils font alterner le dîb, qui est le coup sur le bord de la darabukha - un coup mat sourd -, et le tâ, qui est le coup frappé au centre de l'instrument - coup sonore. L'alternance de ces deux claquements indéfiniment répétés engendre un système à la fois d'hypnose et d'écoute qui conduit à la pure phonologie des sons.

– Bergson partait, lui aussi, d'une mélodie, mais c'était pour en aplatir, pour en abolir les sons, et tenter d'atteindre, sous le son, la partition blanche, le vide temporel, le temps uniforme.
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Henri René Lenormand aurait pu être mon grand-père. Il tenait à ses recettes d'alcôve comme à de vrais secrets pour changer la vie. Longtemps familier du marché aux filles du Moulin-Rouge et des maisons publiques d'Alger, il y recherchait la « chair dépouillée jusqu'à l'abstraction des différences, des prestiges et des nuances de la personne ». Mais il savait différencier les horizontales des bêtes à plaisir, les partenaires des complices, les compagnonnes des partenaires. L'homme, quand il est jeune, me disait-il, est toujours trop pressé. L'acte bref, voilà le seul péché qui ne lui sera pas pardonné. Le drame de Don Juan est le drame de l'éjaculateur précoce. Faire durer, tout est là. Et pour faire durer, à votre âge impatient, penser à autre chose. Reconstituer, par exemple, vous qui aimez les guerres et frayez avec les Mangin, les phases de la bataille de Verdun; ou la nomenclature des généraux morts au feu pendant la Grande Guerre, mais là ce serait revenir à l'acte bref... Il préconisait les jeux dans la baignoire et l'empalement dans l'eau. Il évoquait le « constrictor » de certaines femmes qu'on ne trouvait selon lui qu'au Maroc, où, s'asseyant sur les cuisses de l'homme, la femme peut amener l'orgasme sans mouvoir aucune partie de son corps. Une telle artiste est appelée Kabbazah : c'est-à-dire littéralement «qui serre»; fermant et resserrant les muscles du vagin de telle sorte qu'il se moule au membre viril, se dilatant et se comprimant à volonté, pareil à la main de la laitière qui trait la vache. Ceci ne peut s'apprendre que par une longue pratique, et en faisant passer sa volonté dans l'organe même, comme les hommes qui travaillent à s'aiguiser le sens de l'ouïe ou du toucher. C'est ainsi que Weidmann, l'assassin de la forêt de Fontainebleau, employait les longues heures de sa captivité à cultiver ce sens de l'ouïe; il en était arrivé à distinguer des sons que d'autres hommes n'entendaient pas, même confusément.
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Beaucoup mieux en cour avec le temps, pour Armande les années qui nous séparent constituent la litière sur quoi lui paraît devoir s'opérer, à la faveur de son corps bon conducteur des chaleurs perdues, une sorte de passation entre le grand mandarin dont elle fut l'égérie et celui dont elle faisait un mixte de Julien Sorel et d'Henri d'Ofterdingen. Reconstituer la chaîne érotique dont parle Ernst Jünger : deux hommes peuvent avoir dégusté la chair d'une même femme, l'un serait né avant la Révolution française, au XVIIIe siècle, l'autre mort au XXe siècle. Jaloux était né au XIXe siècle, comme Lenormand; le premier sept ans après Sedan; le second onze ans; moi-même venu au monde douze ans avant le second Sedan, je verrais sans doute le XXIe siècle.
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