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3.4/5 (sur 10 notes)

Nationalité : Allemagne
Né(e) à : Sibiu, Roumanie , le 28 juillet 1977
Biographie :

Née en 1977 à Sibiu, Roumanie, a grandi dans le Banat et la Transylvanie. 1985 émigration vers l'Allemagne. Études d'allemand, d'études religieuses, de graphisme et de peinture à Marburg an der Lahn. Employée de longue date des Archives littéraires allemandes de Marbach et conférencière pour la médiation artistique et culturelle. Jusqu'en mars 2018 coordinatrice du réseau d'éducation culturelle au bureau culturel de Fribourg. Membre du PEN international de l'exil. Vit comme auteur indépendant à Fribourg-en-Brisgau.


Source : http://www.iris-wolff.de/about/biografie/
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
«  J’ai vu
la pierre fondre
et l’amour s’en aller

si l’oiseau appelle
depuis son arbre

Nous disons
il chante

RICHARD WAGNER
( né en 1952 à Lovrin en Roumanie ) .
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S’il y a une chose que tu ne dois pas voler aux autres, c’est le temps. Le temps, ça ne revient pas. Ni le temps que tu passes à attendre quelqu’un, ni le temps des promesses vides, quand on te mène en bateau.
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Les Perses désignaient les points cardinaux par des couleurs. L’ouest était blanc, le sud rouge, l’est vert, le nord noir. D’où le nom de la mer Noire, Marea Neagră.
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«  Le Conducātor s’intéressait à l’art. Il était délicat, sensible, profond, charitable, tolérant . Un homme d’action et de parole ayant le sens de la famille . Et donc , quoi de plus naturel de répartir tous les postes clés entre les membres de la famille .
Comme il aimait visiblement son peuple , il lui permettait de le vénérer au moyen d’innombrables affiches, photos et tableaux .
En remerciement , il n’attendait que des enfants .
Le femmes qui tentaient d’avorter étaient mises sous les verrous et si, un avortement illicite provoquait une infection , elles n’avaient pas le droit d’être soignées » ….
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Oz avait fini par conclure que tout n’était qu’une invention, au bout du compte. Chaque système était une pure fiction. Ces histoires de religion, de foot, de communisme.
Ce pays-là maintenait un ordre auquel on avait bien du mal à croire (parfois même, on n’y croyait pas du tout). Et pourtant, on insistait bien sur le fait que c’était une réalité objective. Or tout ordre pouvait être remplacé par un autre. Les dix commandements auraient pu être douze, les buts des terrains de foot auraient pu être carrés, et l’égalité de tous, qu’on appelait de ses vœux, aurait pu être l’inégalité de certains, qu’on estimait tant. Il était possible de changer un ordre existant, il suffisait d’y substituer un autre ordre.
Il y avait un homme qui, en matière d’invention, était le meilleur de tous.
Le fils du soleil aimait son peuple. Il l’aimait tellement qu’il le protégeait contre les sept péchés mortels. Il mettait les gens à l’abri de l’orgueil en les préservant d’avoir leurs propres opinions. Quant à l’avarice et à la cupidité, elles étaient tout bonnement impossibles à cause de la pénurie de vivres. Les bocaux de confiture et le lait en poudre garnissant les rayonnages (avec un agencement méthodique leur évitant d’avoir l’air vides) ne suffisaient pas à susciter la cupidité. La luxure, la débauche, la colère et la soif de vengeance ne concernaient que quelques fonctionnaires qui s’adonnaient à l’impudicité et au plaisir avec avidité, pendant que le peuple intègre progressait vers le rêve doré de l’humanité. La gourmandise était impensable, le plat principal étant la propagande. L’envie et la jalousie étaient exclues, vu que rien n’appartenait à personne et que chacun possédait la même chose que son voisin. Seule la paresse échappait à son contrôle. La paresse, la lâcheté et l’ignorance, autant de péchés difficiles à brider.
Le génie des Carpates se contentait de peu. Son fameux palais était à vrai dire une bagatelle. Il aurait d’ailleurs pu être plus petit, mais dès lors qu’on avait une salle de réunion, il fallait une salle de bal. Et un homme aussi populaire avait besoin d’innombrables chambres d’amis. Quand on avait une femme et qu’on tenait un peu à son indépendance, on avait besoin de deux escaliers séparés. Et dès lors qu’on aimait son peuple, on aimait aussi son art, et on avait besoin d’archives, d’espaces d’exposition, d’une salle de théâtre. Heureusement, on pouvait se faire un peu d’argent, de temps à autre, en vendant des objets d’art religieux aux capitalistes.
Le Conducător s’intéressait à l’art. Il était délicat, sensible, profond, charitable, tolérant. Un homme d’action et de parole ayant le sens de la famille. Et donc, quoi de plus naturel que de répartir tous les postes clés entre les membres de sa famille ? Comme il aimait visiblement son peuple, il lui permettait de le vénérer au moyen d’innombrables affiches, photos et tableaux. En remerciement, il n’attendait que des enfants. Les femmes qui tentaient d’avorter étaient mises sous les verrous et, si un avortement illicite provoquait une infection, elles n’avaient pas le droit d’être soignées. Aimer et vouloir une descendance impliquait d’être sévère, et cette inflexibilité prouvait à Oz que le guide du pays où il était obligé de vivre n’avait pas le moindre respect pour ses sujets. Faire souffrir les autres, c’est faire très peu de cas de soi-même en secret, mais même cette réflexion ne suffisait pas à expliquer pourquoi sa mère avait dû mourir.
Un titan avait besoin d’une femme titanesque. Il ne se contentait pas d’une simple fille des faubourgs, de la mahala. Il lui fallait une scientifique de renom. Une femme qui collectionnait les bijoux et les titres scientifiques avec le même talent. On discutait dans l’alcôve de la situation de la nation, ajoutant ci (une nouvelle loi) ou retranchant ça (une ancienne loi). Le mieux, c’est que rien n’avait de répercussions dignes de ce nom ! Son Elena s’y connaissait en composés macromoléculaires. Que c’était pratique, puisque tous étaient égaux par nature, sous le régime communiste, comme les polymères de synthèse !
L’élu du peuple se contentait de peu. Toute sa vie, depuis son apprentissage de cordonnerie, il avait renoncé à gagner de l’argent : cela ne prouvait-il pas qu’il avait très peu d’exigences ? Les gens se plaignaient sans cesse qu’il n’y ait rien à acheter. Lui-même n’avait jamais rien eu à acheter, de toute sa vie. Après tout, le parti s’occupait de lui. Lui et ses camarades du parti se faisaient quelques sous en plus en vendant des Allemands – que, pour s’amuser, on qualifiait d’habitants de la forêt (pădureni) dans les correspondances de la Securitate. Cette pratique allait pourtant à l’encontre de ses convictions : la Roumanie n’était pas une terre d’émigration : si on y était né, il fallait y rester. On respectait toutes les nationalités, elles avaient les mêmes droits. Pour remédier aux envies de voyage, il avait fait installer au Musée national de Bucarest une carte du monde où ses voyages étaient inscrits en couleurs.
Le grand timonier était sage. Il voulait que son peuple soit fier de son rôle dans l’histoire et conscient de son identité historique hors du commun. À l’étranger, on se mêlait en permanence de sa façon de gouverner, c’était inconcevable ! S’il voulait assécher une partie du delta du Danube, Gorbatchev s’en mêlait. Si un quartier de Bucarest devait disparaître et céder la place à son palais, l’Unesco ne tardait pas à en parler. Si on s’apercevait qu’il voulait supprimer sept mille villages, nombre infinitésimal, et reloger les habitants dans des immeubles neufs adaptés aux normes de l’époque (au nom de la systématisation), cela déclenchait un tollé dans la presse occidentale.
Et pourtant, au bout du compte, on le laissait faire.
Il fallait beaucoup de monde pour jouer à cette fiction du dictateur. Des soldats, des policiers, des médecins, des juges, des gardiens de prison, des journalistes : jamais, en aucun cas, ils n’auraient avoué que le système où ils vivaient était une pure fiction. Oz le savait : tant qu’il y aurait des miradors, des prisons, des chaussures reluisantes et des lacets noués entre eux, il y aurait des lois absurdes et, par voie de conséquence, des souffrances que rien ne pourrait justifier. Il y aurait la peur et, pire, la peur de la peur.
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«  Le souvenir est une pièce aux portes mouvantes.Ce qui te touche, c’est tantôt l’ombre d’une montagne , tantôt un mot. Tu montes sur une colline , tu portes un panier de pommes, tu te laves les cheveux, et, d’un seul coup , une porte s’ouvre. Puis , un beau matin , tu ne veux plus te lever, tu n’as plus envie de rien.
Car le souvenir , ça suffit » ..
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Il avait horreur d’emprunter des livres. Les livres, il fallait les posséder. Lire des livres empruntés, c’était comme faire l’amour en gardant ses habits : ça marchait sûrement, ça donnait du plaisir de temps à autre, mais ça n’avait rien à voir avec la possibilité de pouvoir embrasser et toucher le moindre recoin de peau. Ses livres à soi, on pouvait les souligner, en corner les pages, noter des idées dans leur marge, y glisser de petits mots, y laisser des traces de café ou de vin. Car en fin de compte, ce n’était pas pour rien que les livres avaient un corps.
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Ils se mirent en quête d’une épicerie. Les Allemands faisaient leurs courses dans des magasins grands comme des entrepôts. Le chariot d’Oz et de Samuel était presque vide, ils étaient dépassés par tout ce choix. Voulant acheter de l’eau, ils prirent le mauvais pack. Le liquide était transparent, et seul un petit citron, sur l’étiquette, indiquait que ce n’était pas de l’eau. Oz repensa aux files d’attente qu’il avait commencées à cinq heures du matin en se demandant ce qu’il y aurait ce jour-là : avec un peu de chance, la denrée en question ne serait pas épuisée quand son tour viendrait. Il avait l’habitude d’aller d’une boutique à l’autre, seul espoir d’avoir une ration supplémentaire. Si on avait besoin de chaussures neuves, la vendeuse ne vous les cédait qu’en échange d’un autre objet.
Alors qu’ici on trouvait de tout. Toujours. La vendeuse du stand de viande, n’ayant plus de cervelas, se confondit en excuses au point qu’Oz faillit la consoler. Ici, on attendait que le feu soit vert pour traverser, même s’il n’y avait pas de voiture en vue. Certains sillonnaient la ville au pas de course et piétinaient aux croisements en attendant que la circulation leur permette de passer. Pour blaguer, Oz disait qu’ils avaient la Securitate aux fesses. Certaines familles avaient deux voitures, d’autres n’en avaient pas, elles prenaient leur vélo en pensant à l’environnement. Oz se l’expliquait ainsi : comme on ne manquait de rien, soit on possédait une chose, soit on y renonçait pour montrer qui on était ou qui on voulait être. Et, face à cette abondance, certaines choses devaient se faire simultanément : jogger avec une poussette, parler avec des invités tout en regardant la télévision. En revanche, personne ne restait assis devant sa maison. On ne passait pas chez les autres sans s’annoncer, on n’allait pas frapper chez eux simplement pour bavarder, sans avoir une bonne raison de le faire. On avait de tout en excès – sauf qu’on manquait de temps.
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Oz avait fini par conclure que tout n’était qu’une invention, au bout du compte. Chaque système était une pure fiction. Ces histoires de religion, de foot, de communisme.

Ce pays-là maintenait un ordre auquel on avait bien du mal à croire (parfois même, on n’y croyait pas du tout). Et pourtant, on insistait bien sur le fait que c’était une réalité objective. Or tout ordre pouvait être remplacé par un autre. Les dix commandements auraient pu être carrés, et l’égalité de tous, qu’on appelait de ses voeux, aurait pu être l’inégalité de tous, qu’on appelait de ses vœux, aurait pu être l’inégalité de certains, qu’on estimait tant. Il était possible de changer un ordre existant, il suffisait d’y substituer un autre ordre.

Il y avait un homme qui, en matière d’invention, était le meilleur de tous.

Le fils du soleil aimait son peuple. Il l’aimait tellement qu’il le protégeait contre les sept péchés mortels. Il mettait les gens à l’abri de l’orgueil en les préservant d’avoir leurs propres opinions. Quant à l’avarice et à la cupidité, elles étaient tout bonnement impossibles à cause de la pénurie de vivres. Les bocaux de confiture et le lait en poudre garnissant les rayonnages (avec un agencement méthodique leur évitant d’avoir l’air vides) ne suffisaient pas à susciter la cupidité. La luxure, la débauche, la colère et la soif de vengeance ne concernaient que quelques fonctionnaires qui s’adonnaient à l’impudicité et au plaisir avec avidité, pendant que le peuple intègre progressait vers le rêve doré de l’humanité. La gourmandise était impensable, le plat principal étant la propagande. L’envie et la jalousie étaient exclues, vu que rien n’appartenait à personne et que chacun possédait la même chose que son voisin. Seule la paresse échappait à son contrôle. La paresse, la lâcheté et l’ignorance, autant de pêchés difficiles à brider.
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Il essaya d’arriver à quelque chose, mais au début il ne fit que prendre du poids. C’était sans doute dû au manque de sport, à sa mauvaise alimentation (chou de mauvaise qualité, œufs au lard), et au fait qu’en lisant on voyageait beaucoup, mais en dépensant très peu de calories. Il avait lu chez Benjamin que certains endroits ne se rattachaient pas parfaitement au reste de notre intérieur, par exemple le lit après une longue phase de maladie, et il était à craindre que sa passion pour les livres se rattache plutôt mal à ce qu’on appelait la vie. Il allait à l’université, participait aux tâches ménagères, faisait du vélo en ville sans parvenir à se défaire du sentiment que l’aventure se passait toujours à l’endroit même où il n’était pas. S’il restait chez lui, il ratait une soirée fabuleuse. S’il allait à une soirée, c’en était une dont on ne reparlait plus le lendemain. Quoi qu’il fasse, où qu’il aille, la vie était déjà rebattue. Quant aux livres, il était en plein dedans : on n’y jouait qu’en sa présence et, s’il n’était pas là, on l’attendait.
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