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Citations de Ismaïl Kadaré (207)


araucaria   15 janvier 2015
Froides fleurs d'avril de Ismaïl Kadaré
Mark passa toute la matinée du dimanche devant son chevalet. Il ne se rappelait aucune autre fois où il se fût donné autant de mal pour composer une couleur. Il resta un moment à contempler d'un air las les taches que la pâte avait laissées sur ses mains, ses manches, maculant aussi le reste de sa blouse. C'était un blanc d'une nuance particulière, qu'il s'efforçait de rendre le plus froid et transparent possible. Sans ce blanc-là, jamais il ne pourrait reproduire sur la toile la partie immergée de l'iceberg. Dans un coin, il avait écrit : "Chronique du néant" et, un peu plus bas, "Huit vues de l'iceberg qui fit sombrer le Titanic".
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fanfanouche24   06 mai 2015
La Poupée de Ismaïl Kadaré
L'explication semblait impossible à fournir, surtout lorsque la conversation tournait, fût-ce de manière indirecte, autour des rapports père-fils. Peut-être la seule chose que j'avais retenue de lui était la conscience de la difficulté à saisir si la tyrannie était bien réelle, ou façonnée par nous. de même que la soumission. Et si, en fin de compte, en un certain sens, on pouvait être l'esclave d'un tyran autant que lui était le nôtre. (p.135)
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araucaria   13 janvier 2015
Froides fleurs d'avril de Ismaïl Kadaré
Il alla se poster de nouveau devant le chevalet, se mit à examiner quels pinceaux il allait employer et effleura la toile au bas ventre nu, là où il avait à peine commencé à peindre l'ombre du pubis. Pourvu qu'elle n'ait pas eu la mauvaise idée de se couper à nouveau les poils, se dit-il tout en consultant sa montre. Son amie devait arriver d'une minute à l'autre. Récemment, ils avaient eu une petite dispute à propos de la pilosité de son bas ventre. Il s'était évertué à lui expliquer que ça ne tenait pas seulement à ses goûts particuliers de mâle, mais que c'était avant tout une question artistique : il ne pouvait absolument pas reproduire dans sa peinture un pubis étréci comme on en voit dans les films érotiques ou les défilés de mode. Il avait eu du mal à l'en persuader.
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fanfanouche24   03 mai 2015
La Poupée de Ismaïl Kadaré
Les maisons telles que la nôtre semblaient comme construites à dessein pour perpétuer l'hostilité et les quiproquos. (...)
Je n'étais pas loin de penser que tout aurait été différent si notre maison avait été plus petite, dotée d'un seul étage, sans chambres secrètes où il était interdit de pénétrer, pour ne pas parler des celliers, de la citerne souterraine et du cachot. (p. 29)
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fanfanouche24   01 mai 2015
La Poupée de Ismaïl Kadaré
Pour autant, la question de la mère n'en paraissait pas moins compliquée et il ne suffisait pas d'en avoir une pour que tout soit en règle. (p;9)
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araucaria   06 janvier 2015
Froides fleurs d'avril de Ismaïl Kadaré
C'étaient vraiment des fleurs,
mais mars était passé,
Ou l'on était en mars,
mais fausses étaient les fleurs...
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babounette   29 juillet 2012
Avril brisé de Ismaïl Kadaré
Entre-temps, le mois d'avril se consumait rapidement. Les jours se succédaient sans trêve, et ce mois, qui, même sans cela, était pour lui le plus court de tous, se contractait, se consumait rapidement.
Il ne savait pas dans quelle direction marcher. Parfois il perdait son temps sur le mauvais chemin, et parfois il revenait involontairement dans un endroit par où il était déjà passé. Le doute qu'il n'avançait pas dans le bon sens le tourmentait toujours plus. Il finit pas avoir l'impression qu'il ne marcherait jamais que dans la fausse direction, jusqu'à la fin de cette poignée de jours qui lui restaient, à lui, malheureux pèlerin dans la lune, en son avril tronqué.
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fanfanouche24   08 mai 2015
La Poupée de Ismaïl Kadaré
Ce propos me chagrina quelque peu. J'aurais souhaité continuer à croire encore un peu aux vertus de la littérature qui n'est pas encore advenue. En fin de compte, je lui devais cette liberté qui n'existait nulle part ailleurs que dans les rêves. (p.124)
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Ismaïl Kadaré
sabine59   12 avril 2018
Ismaïl Kadaré
En t'attendant

Tu devais venir à cinq heures
Voici la route,
Voici les signes blancs où tu passeras,
Comme des nuages blancs qui nagent sur l'asphalte.
Près de la mosquée,
En face de l'horloge, je suis là.
Les aiguilles comme des sourcils
Sur le visage du temps
Tantôt gais, tantôt tristes, là-haut.
Bientôt cinq heures vont sonner.
Voici que les pigeons
Virevoltent autour de l'horloge, blancs, blancs.
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thimiroi   03 juin 2017
Le palais des rêves de Ismaïl Kadaré
Le rôle de notre Palais des Rêves, créé directement par les soins du Sultan régnant, consiste à classer et à examiner non pas les rêves isolés de certains individus comme ceux qui, pour une raison ou pour un autre, s'étaient vu jadis accorder ce privilège et détenaient dans la pratique le monopole de la prédiction par la lecture des signes divins, mais le Tabir total, autrement dit la totalité des songes de l'ensemble des citoyens sans exception. C'est une entreprise grandiose, en regard de laquelle les oracles de Delphes, les castes de prophètes ou les magiciens d'antan paraissent dérisoires.
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isa120268   16 février 2015
Poèmes 1958-1988 de Ismaïl Kadaré
Quelques gouttes de pluie ont frappé à la vitre
et j'ai soudain senti combien tu me manquais ;
Nous habitons pourtant la même ville
Sans pour ainsi dire nous voir jamais.
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litolff   17 février 2012
Avril brisé de Ismaïl Kadaré
Vos livres, votre art, sentent tous le crime. Au lieu de faire quelque chose pour les malheureux montagnards, vous assistez à la mort, vous cherchez des motifs exaltants, vous recherchez ici de la beauté pour alimenter votre art. Vous ne voyez pas que c'est une beauté qui tue.
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HORUSFONCK   05 février 2018
Le Général de l'armée morte de Ismaïl Kadaré
Je m'attarde parfois à écouter le mugissement du vent qui étouffe le grondement du bief et j'ai alors l'impression que le vent hurle sur le monde entier.
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gavarneur   09 avril 2017
Le Crépuscule des dieux de la steppe de Ismaïl Kadaré
De temps en temps, le dimanche me semblait si saisissable, si concret, que j'avais presque l'impression que ce jour était en relief, en couleur, je le sentais même fuir, glisser sous nos skis, sous nos pieds. Il me semblait que sur cette zone vallonnée, blanche jusqu'à la lassitude, il avait toujours été dimanche, dimanche depuis l'époque des tsars et encore plus en arrière dans le temps, dimanche depuis l'an 1007 ou 1407. Que de fois les lundis, les mercredis, et même les féroces mardis ne s'étaient-ils pas approchés, ils avaient rôdé en silence dans l'espoir d'accéder à ce plateau, mais en vain, ils avaient compris qu'ils ne pouvaient pas y pénétrer facilement et s'étaient retirés en silence de ce pays où depuis deux siècles régnait le dimanche.
Page 102
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Nikoz   09 octobre 2015
Avril brisé de Ismaïl Kadaré
Le sang, comme toute chose, est devenu marchandise
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Piling   03 juin 2010
Le Grand Hiver de Ismaïl Kadaré
Elle se hâtait pour rejoindre au plus vite l'extrémité de ce plateau stérile qui n'avait pu faire croître que ces arbustes malingres qui languissaient, inertes, sous la pluie. Brusquement, comme elle cheminait toujours au milieu du plateau, elle pensa jeter un coup d'œil sur Mira. La petite était silencieuse. Rabo tressaillit, se mit à genoux, étendit le bras pour soulever l'imperméable dont elle avait recouvert le berceau et dit à Besnik de regarder comment allait le bébé : Besnik et Ben se penchèrent sur leur petite sœur. Elle dort, dit Besnik. Elle dort, répéta Ben. Elle-même se releva et ils reprirent leur marche à travers le plateau maudit. À l'idée qu'une balle de mitrailleuse avait pu atteindre l'enfant et que, sans le savoir, elle la portait peut-être morte sur son dos, elle ne put retenir un gémissement. Plus de vingt ans auparavant, pendant l'invasion grecque de la Première Guerre mondiale, les femmes de la région avaient fui ainsi, en portant des berceaux sur le dos, pendant que les soldats serbes, en embuscade sur les collines, tiraillaient sur elles. Ils évitaient d'atteindre les femmes et ne visaient que les berceaux. C'était probablement pour eux comme un jeu, et bien des femmes en découvrant, après des heures de fuite au milieu des dangers, qu'elles avaient porté sur leur dos non pas un berceau mais un cercueil, perdaient la raison. Il y avait même une chanson qui commençait par ces mots :
Où vas-tu dans la nuit
Avec ce cercueil sur le dos ?
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gavarneur   11 avril 2017
Le Crépuscule des dieux de la steppe de Ismaïl Kadaré
Lida rit de tout cœur et il me sembla que c'était le moment le plus propice pour lui demander son numéro de téléphone. Éclatant collier de six perles miroitantes, il sortit de la profondeur mystérieuse de son être, de la profondeur de ses hanches, de ses jambes si droites, de sa poitrine, de son cou, de ses lèvres : affiné à travers toutes ces parties de son corps, composé d'une demi-douzaine de chiffres magiques grâce auxquels, en faisant tourner sur eux un petit cadran selon un rite nouveau, j’appellerais dans l'univers sa voix.
Page 63
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Nikoz   23 août 2015
Le Général de l'armée morte de Ismaïl Kadaré
La pioche s'enfonça dans le sol avec un bruit sourd. Le prêtre fit le signe de la croix. Le général salua militairement. Le vieux terrassier des services municipaux souleva à nouveau son outil et l'abattit avec force.
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bouquine   05 mai 2013
Avril brisé de Ismaïl Kadaré
Vous me rappelez ces théâtres montés dans les palais des aristocrates russes, où la scène est assez spacieuse pour le jeu de centaines d'acteurs, alors que la salle est tout juste de dimensions nécessaires pour accueillir la famille du prince...
Vous poussez un peuple entier à jouer une pièce sanglante, alors que vous-mêmes avec vos dames vous assistez d'une loge au spectacle.
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Woland   07 juin 2012
Chronique de la ville de pierre de Ismaïl Kadaré
Il y a, dans la ville de pierre, un prisonnier pour ainsi dire professionnel, Lukan Ami-de-L'Ombre. Les changements de garnison provoqués par la valse des occupants le déstabilisent complètement et il en arrive à de curieux raisonnements :

Citation:
[...] ... - "J'sais pas faire la différence [entre les Italiens et les Grecs]" dit Lukan d'un ton irrité. "Tout ce que je sais, c'est que la prison ne fonctionne pas. Dedans, il n'y a pas une âme. Les portes sont grandes ouvertes. On en pleurerait."

Quelqu'un lui posa une autre question , qu'il laissa sans réponse. Il se répandait en invectives :

- "Sale époque, sale pays ! Même pas foutu de tenir une prison comme il faut. Est-ce que j'ai le temps de grimper tous les jours au haut de la citadelle et de redescendre bredouille. Les jours passent, et j'peux pas faire mon terme. Et puis tous les projets qu'on forme vont à l'eau. On a bien raison de dire de l'Italie que c'est une salope, une bonne à rien. Ah ! quand je pense à ce que m'a raconté un copain sur les prisons de Scandinavie. Ca oui, que c'est des prisons ! On y entre et on en sort en bon ordre. Au terme fixé et avec des fiches bien en règle. Les portes ne s'ouvrent pas à propos de n'importe quoi comme dans un bordel !" ... [...]
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