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Note moyenne 3.6 /5 (sur 181 notes)

Nationalité : Espagne
Né(e) à : Bilbao , 1978
Biographie :

Écrivain et éditeur espagnol.

2012 "Una comedia canalla"
2013 "El niño que robó el caballo de Atila ", traduit en français sous le titre "Le puits"

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Citations et extraits (48) Voir plus Ajouter une citation
DavidG75   15 mars 2020
Le Puits de Iván Repila
- Enferme un homme, n’importe qui, dans une cage, dit le Petit.



Donne-lui une couverture, un coussin en plumes, un miroir et une photographie de ceux qu’il aime. Trouve le moyen de lui donner à manger, puis oublie-le là pendant quelques années. Dans ces conditions et dans la majorité des cas, le résultat sera le suivant : un individu apeuré, réduit à la culpabilité, moulé dans la forme même de la cage.



De manière très exceptionnelle, poursuit-il, le sujet en question mourra par atrophie des organes vitaux, deviendra fou en se regardant dans le miroir ou sera condamné à un état végétatif sans appel.



Par ailleurs, chez les êtres sujets à la rébellion, incapables de dominer leur esprit critique, la détention prolongée est impossible : enferme l’insurgé dans une cage pendant plusieurs années et il réussira à s’échapper, à se suicider méticuleusement avec le moindre objet, ou mourra en taillant son propre corps en pièces pour passer à travers les barreaux. Le véritable problème reste cependant celui de la nature fertile de ces insoumis : lorsque l’un d’entre eux meurt, deux autres le remplacent.



Tiens bien compte à présent de ce qui a été dit, et imagine des cages pendues aux toits des cafés, des librairies, des églises, des hôpitaux et surtout de toutes les écoles ; qu’il y ait au moins dans l’une d’entre elles un de ces perturbateurs, un de ces sujets déviants et anticonformistes.



Imagine les discours qu’engendreraient du haut de leurs autels ces corps tordus et concaves, excités par une foule coupable. Que de perverses manifestations de lucidité s’abattraient sur le monde durant leur règne ! Imagine-toi le détenu d’un hôpital : témoin des maladies et des décès, droit et beau comme un canon à souvenirs bleu. Ou le captif d’une église : presque aveugle, forcé au silence lugubre des prières et des cérémonies. Imagine cet homme, sage comme une fleur fanée, recroquevillé dans la position typique du prisonnier et qui, tous les hivers au premier vent d’ouest, essais de s’envoler.



Imagine...



Imagine que je puisse fabriquer la clé de toutes ces cellules. Pendant des années et des années, nous attendrions que le monde se soit définitivement habitué à cacher les hommes derrière des barreaux, que la tradition et l’empathie aient contraint ces êtres perdus, aliénés, cloisonnés, à devenir le produit d’un modèle social de stockage collectif, une génération d’animaux domestiques, une race de meubles et de momies... Alors à cet instant, et à cet instant seulement, nous les libérerions.

Qu’ils soient comme le feu, l’été invincible de tous les hivers.



- Et le monde serait à nous, mon frère, conclut-il.
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blandine5674   02 septembre 2019
Le Puits de Iván Repila
-Alors c’est quoi cette colère que je ressens à l’intérieur de moi ?

- Tu deviens un homme, répond le Grand.
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DavidG75   15 mars 2020
Le Puits de Iván Repila
Si seulement tu étais capable de voir ce que je vois. L’obscurité du jour. Mais aussi cette chaleur inexplicable, si proche de l’amour... Tu ne la vois pas ? Tu ne sens pas ce liquide qui nous enveloppe comme des fœtus ?



Ces parois sont des membranes entre lesquelles nous flottons et nous nous retournons dans l’attente de notre tardive mise au monde.



Ce puits est un utérus. Nous allons bientôt naître, toi et moi. Nos cris sont la douleur du monde qui accouche
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DavidG75   15 mars 2020
Le Puits de Iván Repila
Certaines nuits, le Grand ne peut pas dormir : soit parce qu’il fait des cauchemars infestés de douloureux souvenirs, soit à cause de ses vives angoisses, exacerbées par les bruits de la forêt et l’air dense de l’obscurité.



Après cinq semaines dans le puits, l’insomnie n’est plus qu’une routine comme les autres dans leur ridicule petit périmètre vital.



Tous les hommes, se dit-il, perdent le sommeil lorsque leur monde est obstrué. Voilà pourquoi les révolutions des peuples meurtris et les pires fléaux ont lieu la nuit.
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Moglug   03 juillet 2016
Le Puits de Iván Repila
[incipit]

– Impossible de sortir on dirait, dit-il. Puis il ajoute : Mais on sortira.

Au nord, entourée de lacs grands comme des océans, la forêt s’étend jusqu’au pied d’une chaîne de montagnes. Au milieu de la forêt, il y a un puits. Le puits fait environ sept mètres de profondeur et ses parois irrégulières forment une muraille de terre humide et de racines, son embouchure est étroite et sa base plus large, comme une pyramide vide et émoussée. De veines lointaines en galeries affluentes de la rivière, une eau sombre s’écoule au fond du lit, le tapissant d’un dépôt terreux et d’une boue piquée de bulles qui, en éclatant, restituent à l’atmosphère son parfum d’eucalyptus. Peut-être à cause du mouvement des plaques tectoniques, ou de la continuelle brise tourbillonnante, les petites racines s’agitent, se retournent et paradent en une danse lente et angoissante qui évoque les entrailles des forêts dirigeant lentement le monde.

Le frère aîné est grand. Il gratte la terre pour former des marches, mais lorsqu’il y pose le pied, tout son corps s’affaisse et le mur s’éboule.

Le frère cadet est petit. Assis par terre, les bras autour des jambes, il souffle sur la blessure fraîche qu’il a au genou. En se disant que le premier sang coule toujours dans le camp des plus faibles, il observe son frère tomber, une, deux, trois fois.
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rkhettaoui   22 octobre 2014
Le Puits de Iván Repila
Pour des personnes comme toi et moi, le plus important, c’est la rage. Sans rage, nous serions incapables de trouver la force pour ôter la vie. Certains sont différents : ils obéissent à d’autres instincts ou ont grandi dans une violence inouïe ; ces gens-là te regardent depuis des cavernes inconnues. Pour eux, la vie c’est le puits. Tu ne peux pas les tuer et ils t’achèveraient si tu t’élevais contre eux. Nous, nous ne sommes pas comme ça, nous avons besoin d’elle, de cette rage effrénée qui ne laisse aucun répit. Tes muscles s’agitent, toute ta peau papillonne, tu noircis de l’intérieur tandis qu’à l’extérieur ton corps rougeoie : elle fera de toi un homme meurtri à la quête désespérée de sa place dans le monde. Tu devras alors te chercher tous les motifs de haine, mépriser ce qui t’entoure et, plus important encore, te convaincre que cette rage est nécessaire
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christinebeausson   19 novembre 2014
Le Puits de Iván Repila
Ce puits est un utérus. Nous allons bientôt naître, toi et moi. Nos cris sont la douleur du monde qui accouche.
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jmquentin   05 novembre 2014
Le Puits de Iván Repila
— Quand on sera là-haut, on fera une fête.

— Une fête ?

— Oui.

— Avec des ballons, des lumières et des gâteaux ?

— Non. Avec des pierres, des torches et des potences.
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rkhettaoui   22 octobre 2014
Le Puits de Iván Repila
Quelques secondes nous suffisent pour tuer car nous ne savons pas faire autrement. Nous sommes directs, impatients. N’aie aucune hésitation : ton esprit saura quel est le geste à accomplir, et une fois la boucle bouclée, tu seras aussi grand que les grands hommes qui furent sur terre avant toi.
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ValerieLacaille   17 août 2018
Le Puits de Iván Repila
Le Petit lui lance un regard dépourvu d'amour et lui demande:

- Alors c'est quoi cette colère que je ressens à l'intérieurs de moi?

- Tu deviens un homme, répond le Grand.

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