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Citations de Jacques Réda (127)


OumG   25 février 2018
Amen ; Récitatif ; La tourne de Jacques Réda
PERSONNAGES DANS LA BANLIEUE

Vous n’en finissez pas d’ajouter encore des choses,
Des boîtes, des maisons, des mots.
Sans bruit l’encombrement s’accroît au centre de la vie,
Et vous êtes poussés vers la périphérie,
Vers les dépotoirs, les autoroutes, les orties ;
Vous n‘existez plus qu’à l’état de débris ou de fumée.
Cependant vous marchez,
Donnant la main à vos enfants hallucinés
Sous le ciel vaste, et vous n’avancez pas ;
Vous piétinez sans fin devant le mur de l’étendue
Où les boîtes, les mots cassés, les maisons vous rejoignent.
Vous repoussent un peu plus loin dans cette lumière
Qui a de plus en plus peine à vous rêver.
Avant de disparaître,
Vous vous retournez pour sourire à votre femme attardée.
Mais elle est prise aussi dans un remous de solitude,
Et ses traits flous sont ceux d’une vieille photographie.
Elle ne répond pas, lourde et navrante avec le poids des jours sur ses paupières,
Avec ce poids vivant qui bouge dans sa chair et qui l’encombre,
Et le dernier billet du mois plié dans son corsage.
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Jacques Réda
OumG   24 février 2018
Jacques Réda
Les vieux poètes en habits raides,
Ils ont aussi franchi la porte, un soir d’été
Et, le temps d’une abeille,
La petite flamme immortelle
A dansé dans leurs yeux.
Tard dans la nuit, en revenant du bal,
Ils ont pissé dans le canal,
Contre le mur du cimétière,
Et du silence autour fort comme une montagne,
Descendait le torrent de soie des peupliers.
Déjà beaucoup de morts étaient en travail sous la terre,
Mais dimanche et l’oubli même les apaisaient,
Et la herse à l’envers au bout d’un champ luisait,
Tenant entre ses dents du foin mêlé d’étoiles.
A mi-côte ils ont appelé :
Pour rien, pour le plaisir d’entendre
Leurs voix se perdre au fond des granges, des greniers
Remplis d’un blé houleux comme le corps des femmes,
Et puis dans la rumeur toujours en marche sous la nuit.

(Retour au calme/Le retour du Bal)
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colimasson   22 février 2018
Lettre sur l'univers et autres discours en vers français de Jacques Réda
Un instant, puis un autre, et chacun disparaît,
Mais ce qui l’a porté ne cesse pas de vivre ;
Ainsi chaque mot, dans un livre,
Passe pour que le sens monte de son retrait.
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coco4649   11 avril 2018
L'Adoption du système métrique: Poèmes 1999-2003 de Jacques Réda
Elégie de la petite gare


Extrait 2/2

Oui, c’est là que je veux attendre. Et si tu ne viens pas,
Dans les traces du soir muet j’irai mettre mes pas.
Je l’accompagnerai le long des plates avenues
Qui cherchent le centre et n’y sont encore parvenues
Que par hasard après des virages et des détours
Par les ronds- points fleuris déroutants pour les carrefours
Où l’abribus toujours désert lui-même se résigne.
Un boulevard d’arbres chétifs retrouvera la ligne
Du chemin de fer, et j’aurai manqué le dernier train.
Alors j’attendrai de nouveau : demain, après-demain.
C’est très facile, dans ces lieux qui n’existent qu’à peine.
Pour quelqu’un qui n’existe plus, ou si peu. La semaine,
Les mois puis les ans passeront et, lorsque tu viendras,
Je sais qu’en transparence enfin tu me reconnaîtras.
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colimasson   13 avril 2016
Lettre sur l'univers et autres discours en vers français de Jacques Réda
[Aux robots]

Nous avons déjà lu de ces contes bizarres
Qui nous dépeignent en nabots
Assujettis aux lois, aux coutumes barbares
D’un monde où règnent des robots :

Sans amour mais sans haine ils prennent leur revanche
Et les hommes, ces apprentis
Sorciers dont le savoir soudain achoppe et flanche,
Les subissent en repentis.
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OumG   20 mars 2018
Amen ; Récitatif ; La tourne de Jacques Réda
J’ai disparu.
Non seulement de la surface où flotte et sombre vite comme un sourire,
mais de la profondeur de paix dans les pierres j’ai disparu.
Ainsi l’eau quand se brisent le fond et les parois,
le coeur, quand son noyau sous l’absence d’amour éclate,
où le vide partout fait pente et perte se précipite -
écoutez-moi
parler encore un peu le coeur répandu dans ce vide
qui gonfle comme un sac, se ferme comme un sac – au sac
les derniers débris de la voix, du coeur qu’on évacue.
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colimasson   18 avril 2016
Lettre sur l'univers et autres discours en vers français de Jacques Réda
[Aux animaux]

Qui n’a pas entendu la manière dont couine
La nuit, saisi par un hibou,
Un loir ; qui n’a pas vu le sang qui gicle et bout
Sous la mâchoire de la fouine ?

Qui n’a pas trouvé beau l’éclair du léopard
Sur la gazelle qu’il jugule ?
Quoi de plus gracieux que cette libellule
Dansant, tuant ? – Chacun sa part.

Mais qu’en est-il de nous, ô bêtes fraternelles,
Et des monstres que nous logeons
Dans les soubassements des aveugles donjons
Que sont nos âmes criminelles ?
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coco4649   13 novembre 2019
La course de Jacques Réda
JEUNES SIOUX EN SEINE-ET-OISE


JUIN 44

Maintenant que le fil se détend et s’embrouille
(Et la mémoire écrit avec un crayon blanc),
Je reviens en arrière à tâtons, rassemblant
Les divers rescapés de ma longue patrouille.

Je retrouve la porte aux craquements de rouille
Qui donnait sur le fleuve où je palpe le flanc
De ma barque ; j’entends ronfler un monoplan
Piper Cub, et je vois éclater la citrouille

De la lune sur les jardins criblés d’obus.
Quelle étrange saison, favorable aux abus
Des vivants quand la mort rôdait sous les cerises.

Je ramais, je cueillais pour Janine en piqué
Blanc — tous ses mouvements étaient pleins de surprises
Dans l’ombre qu’à midi mitraillait en piqué
Le soleil.

p.78
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colimasson   14 mars 2018
Lettre sur l'univers et autres discours en vers français de Jacques Réda
Tonnerre des temps révolus,
Tous ces dieux qui ne parlent plus
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colimasson   23 avril 2016
Lettre sur l'univers et autres discours en vers français de Jacques Réda
La masse d’eau disponible sur terre
N’a pas changé depuis la nuit des temps.
Ombre et liquide ont plus d’un caractère
Commun […].
[…]
Elle a baigné Ninive et Babylone,
Du Parthénon lustré chaque colonne,
Rythmé la vie aux rivages du Nil,
Nourri le grain lumineux des Aztèques,
Ouvert la route à Moïse en exil
Et consommé dans les bibliothèques
L’œuvre du feu.
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coco4649   22 septembre 2014
Amen ; Récitatif ; La tourne de Jacques Réda
LENTE APPROCHE DU CIEL

C’est lui, ce ciel d’hiver illimité, fragile,
Où les mots ont la transparence et la délicatesse du givre,
Et la peau froide enfin son ancien parfum de forêt,
C’est lui qui nous contient, qui est notre exacte demeure.
Et nous posons des doigts plus fins sur l’horizon,
Dans la cendre bleue des villages.
Est-il un seul mur et sa mousse, un seul jardin,
Un seul fil du silence où le temps resplendit
Avec l’éclat méditatif de la première neige,
Est-il un seul caillou qui ne nous soit connus ?
Ô juste courbure du ciel, tu réponds à nos cœurs
Qui parfois sont limpides. Alors,
Celle qui marche à pas légers derrière chaque haie
S’approche ; elle est l’approche incessante de l’étendue,
Et sa douceur va nous saisir. Mais nous pouvons attendre,
Ici, dans la clarté qui déjà nous unit, enveloppés
De notre vie ainsi que d’une éblouissante fourrure.

p.48
Extraits Amen (1968), Poésie-Gallimard, 1988.

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candlemas   03 novembre 2016
Hors les murs de Jacques Réda
Gentilly

L'espace de nouveau pris d'une défaillance
Titube au carrefour dit des Quatre-chemins
Et se brise en éclats de verre et de faïence
Contre un mur où j'avance à l'ombre des moulins
(...)
Et je rôde ce soir à l'orée indécise
Où se rencontrent l'univers et son rébus
Lequel méduse l'autre, et lequel s'exorcise
Tandis que je vais d'abribus en abribus
(...)
Tours qui tiennent au nord en étrange équilibre
Avec les bois massés au delà de Cachan :
Rien ne me distrait plus du sort de cette eau libre
Qu'on a salie et qui sanglote en se cachant.
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coco4649   22 septembre 2014
Amen ; Récitatif ; La tourne de Jacques Réda
Je montais le chemin quand j’ai vu d’un côté
Les sapins consternés qui descendent après l’office
Et de l’autre les oliviers en conversation grande
Fumant posément au soleil de toutes leurs racines.
Et droit sur les ravins à moitié remplis de bouteilles,
Os, ferraille, plastique, obscénité des morts,
La rose équitable du jour déjà crevait l’épine.
À chaque pas : le centre, et le cercle du temps autour
Bien rond mais moi j’étais autour aussi pour cette pie
Et pour d’autres chemins qu’il aurait fallu prendre, qui plongent
Vers des creux à l’affût, sous la viorne, de la folie.
C’est alors qu’il fait bon marcher avec du tabac dans la poche
Pour plus tard et chouter dans ces os et tôles sur les labours
Tandis que le soleil rame bas pour laisser tout le champ libre à sa lumière.

p.184
Extraits La Tourne (1975), Poésie-Gallimard, 1988.

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coco4649   10 avril 2020
L'Adoption du système métrique: Poèmes 1999-2003 de Jacques Réda
Le soir, rue de la Duée


À cinq heures du soir, l’hiver, un dimanche muet
Retenait un peu de lumière aux angles des façades
Et, sous un coup de vent tournant autour des palissades,
Quelque chose ‒ un vieux sac, un journal, un chat – remuait.

Je marchais sans bruit par la rue obscure, sous la chiche
Clarté de carreaux fascinés par l’ombre ou les plafonds,
Vers la lueur encore plus avare d’une friche
Où les arbres avaient massé leurs entrelacs profonds.

Quelques êtres humains passaient, on eût dit en pantoufles,
Parlant mais comme on fait pour soi ‒ des vieilles gens, des Noirs :
On le voyait à la buée hâtive de leurs souffles.
Puis je restai seul un moment entre les deux trottoirs.

Et je perçus alors – mais d’où venu, de quelle branche
Perdue au fond de l’épaisseur – comme un roucoulement
Très faible d’un merle invisible, et déjà s’alarmant
De ma présence dans la nuit de décembre, un dimanche.
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colimasson   21 décembre 2015
Celle qui vient à pas légers de Jacques Réda
On ne saurait demander aux gens, dont la tête qu’ils ont dans leurs voitures en dit assez sur leur capacité de vibration poétique, de se pâmer en outre sur ces vapeurs. Ils s’en foutent et ils ont raison.
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colimasson   28 mars 2018
Lettre sur l'univers et autres discours en vers français de Jacques Réda
Au moins souvenez-vous (si vous vous souvenez)
Que nous fûmes un jour comme des enfants dont le nez
Passe furtivement par-dessus la barrière
Et qui découvrent tout à coup une étrange lumière
Dont on voit le reflet grandir en s’enflammant
Sur leur face où l’espoir se fond avec l’étonnement.
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alzaia   21 décembre 2015
Amen ; Récitatif ; La tourne de Jacques Réda
TERRE DES LIVRES


Longtemps après l'arrachement des dernières fusées,
Dans les coins abrités des ruines de nos maisons
Pour veiller les milliards de morts les livres resteront
Tout seul sur la planète
Mais les yeux des milliards de mots qui lisaient dans les nôtres,
Cherchant à voir encore,
Feront-ils de leurs cils un souffle de forêt
Sur la terre à nouveau muette ?
Autant demander si la mer se souviendra du battement de nos jambes; le vent
D'Ulysse entrant nu dans le cercle des jeunes filles
Ô belle au bois dormant
La lumière aura fui comme s'abaisse une paupière
Et le soleil ôtant son casque
Verra choir une larme entre ses pieds qui ne bougent plus
Nul n'entendra le bâton aveugle du poète
Toucher le rebord de la pierre au seuil déserté,
Lui qui dans l'imparfait déjà heurte et nous a précédés
Quand nous étions encore à jouer sous vos yeux,
Incrédules étoiles
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colimasson   04 avril 2018
Lettre sur l'univers et autres discours en vers français de Jacques Réda
Vous n’en finissez pas d’ajouter encore des choses,
Des boîtes, des maisons, des mots.
Sans bruit l’encombrement s’accroît au centre de la vie,
Et vous êtes poussés vers la périphérie,
Vers les dépotoirs, les autoroutes, les orties ;
Vous n’existez plus qu’à l’état de débris ou de fumée.
Cependant vous marchez,
Donnant la main à vos enfants hallucinés
Sous le ciel vaste, et vous n’avancez pas ;
Vous piétinez sans fin devant le mur de l’étendue
Où les boîtes, les mots cassés, les maisons vous rejoignent,
Vous repoussent un peu plus loin dans cette lumière
Qui a de plus en plus de peine à vous rêver.
Avant de disparaître,
Vous vous retournez pour sourire à votre femme attardée,
Mais elle est prise aussi dans un remous de solitude,
Et ses traits flous sont ceux d’une vieille photographie.
Elle ne répond pas, lourde et navrante avec le poids du jour sur ses paupières,
Avec ce poids vivant qui bouge dans sa chair et qui l’encombre,
Et le dernier billet du mois plié dans son corsage.
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Charybde2   28 mai 2016
L'improviste : Une lecture du jazz de Jacques Réda
De quelque façon qu’on l’analyse (la sociologie, la politique et même l’économie ont dit ici leur mot), il semble que le jazz ait toujours voulu être plus ou autre chose que lui-même. En témoignent sa rapidité à exploiter le possible de ses ressources particulières, son besoin impatient d’en repousser les limites et de les abolir. Peut-être faut-il y voir encore le résultat d’une intensification générale des rapports propre au monde moderne, et telle, qu’ayant pu par une convergence d’appoints hétéroclites vite brassés, vite assimilés, déterminer la naissance de cette musique, elle aura de même, par sursaturation de ses capacités d’absorber, compromis son équilibre, entraîné sa dislocation. Ainsi le jazz s’exposait-il à succomber à la violence, en même temps réaction de défense et symptôme d’un épuisement. On pourrait ironiser sur le regain d’attrait qu’il exerce, n’existant pour ainsi dire plus qu’à l’état d’écho ou réitération de ses fastes anciens, si l’essentiel de ce qu’a dégagé son histoire – le swing – n’assurait sa capacité de rester présent, tant par le corpus achevé mais préservé de ses œuvres, que par celles qui maintenant se situent comme rétroactivement dans leur mouvance, là où le swing déjà transcendait les catégories du temporel ; et si la fin des arts affectait ce qu’elles ont à jamais concentré de signification humaine.

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Charybde2   28 mai 2016
L'improviste : Une lecture du jazz de Jacques Réda
[À propos de Benny Carter] Bien que d’autres l’aient précédée, je mentionnerai, comme symbole des étapes franchies dans cette conquête de l’espace, un New street swing gravé le 24 mars 1937 en Hollande avec l’orchestre local des Ramblers. Les pièces enregistrées à Paris, en avril et en août de la même année (publiées sous son nom ou celui de Coleman Hawkins) permettent d’apprécier les véritables dimensions de la patinoire. Rien n’empêche d’imaginer qu’elles aient pu rendre rêveur Einstein. La théorie de la relativité s’y trouve musicalement confirmée, améliorée peut-être : l’espace-temps n’y dépend plus de ses dimensions ni du rôle de la vitesse, et le rythme y joue à sa manière celui de la gravité. L’art de Carter se trouve donc en corrélation très étroite avec la question du swing, qui n’est de nature métaphysique que dans la mesure où la physique s’interdit par déontologie de la poser.
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