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4.2/5 (sur 172 notes)

Nationalité : États-Unis
Né(e) le : 02/12/1936
Biographie :

James C. Scott est un professeur de sciences politiques et d’anthropologie à l'Université Yale aux États-Unis.

Ses travaux portent principalement sur la résistance des personnes en situation de subalternité: il a longuement documenté la vie des paysans en Malaisie et a développé le concept de résistance infrapolitique.

Spécialiste de l’Asie du Sud-Est, il est notamment l’auteur de La Domination et les arts de la résistance (Amsterdam, 2009).

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À l'occasion de la publication de HOMO DOMESTICUS. HISTOIRE PROFONDE DES PREMIERS ÉTATS, le magazine Diacritik et les étudiants du Master Écopoétique et Création d'Aix-Marseille Université dialoguent avec JAMES C. SCOTT, historien et professeur de sciences politiques à l'Université de Yale (prochainement en ligne sur Diacritik.com, dans la rubrique "Ecocritik"

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Citations et extraits (77) Voir plus Ajouter une citation
On ne surestimera jamais assez l'importance de la sédentarité et de la concentration démographique qu'elle a entraînée. Cela signifie que presque toutes les maladies infectieuses dues à des micro-organismes spécifiquement adaptés à Homo sapiens ne sont apparues qu'au cours des derniers dix millénaires et nombre d'entre elles depuis seulement cinq mille ans. Elles constituent donc un " effet civilisationnel ", au sens fort du terme. Ces maladies historiquement inédites — choléra, variole, oreillons, rougeole, grippe, varicelle et peut-être paludisme — n'ont émergé qu'avec les débuts de l'urbanisation et, comme nous allons le voir, de l'agriculture. Jusqu'à très récemment, dans leur ensemble, elles constituaient la principale cause de mortalité humaine. Cela ne signifie pas que les populations d'avant la sédentarité ne possédaient pas leurs propres parasites et maladies ; simplement, il ne s'agissait pas de pathologies d'origine démographique, mais plutôt de maladies caractérisées par une longue période de latence et/ou par des réservoirs non humains : typhoïde, dysenterie amibienne, herpès, trachome, lèpre, schistosomiase et filariose.

Chapitre 3. Zoonoses : la tempête épidémiologique parfaite.
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À partir du moment où nous disposons d'archives écrites, les preuves de l'occurence d'épidémies mortelles se multiplient et l'on peut en déduire de façon prudente leur existence à des périodes antérieures. L'épopée de Gilgamesh en est peut-être le témoignage le plus parlant, avec le passage où son héros affirme que sa renommée survivra à la mort tout en décrivant le spectacle d'un flot de cadavres descendant l'Euphrate, probablement victimes d'une maladie infectieuse. Il semble bien que les Mésopotamiens aient constamment vécu sous la menace d'épidémies létales. C'est ce dont témoignent les amulettes, les prières, les poupées prophylactiques et l'existence de déesses et de temples aux vertus " curatives " — le plus célèbre étant celui de Nippur — destinés à protéger les humains contre ces maladies collectives. Ces phénomènes étaient, bien entendu, assez mal compris à l'époque, et souvent attribués à la colère meurtrière d'un dieu, ou bien perçus comme la punition d'une transgression qui exigeait un rituel compensatoire, tel le sacrifice de boucs émissaires.
Les premières sources écrites montrent toutefois que les peuples de la Mésopotamie antique comprenaient le principe de la contagion. Chaque fois que c'était possible, ils prenaient des mesures afin de mettre en quarantaine les premiers cas identifiables en les confinant à leurs domiciles sans laisser entrer ni sortir personne. Ils comprenaient que les voyageurs de longue distance, les commerçants et les soldats pouvaient être porteurs de maladies. Leurs pratiques d'isolement et de prévention préfigurent les mesures de quarantaine des lazarets des ports de la Renaissance. Et cette compréhension de la contagion se manifestait non seulement par l'évitement des personnes infectées, mais aussi par celui de leur vaisselle, de leurs vêtements ou de leur literie. Les soldats de retour d'une campagne militaire et soupçonnés d'être porteurs d'infection étaient contraints de brûler leurs vêtements et leurs boucliers avant de pénétrer dans la ville. Lorsque l'isolement et la quarantaine échouaient, ceux qui le pouvaient fuyaient la cité, laissant derrière eux les morts et les agonisants, et ne revenant chez eux, s'ils revenaient, que bien longtemps après la fin de l'épidémie. Ce faisant, il est probable qu'ils aient fréquemment transporté avec eux la maladie dans les régions voisines, engendrant ainsi un nouveau cycle de quarantaines et de fuites. De mon point de vue, il y a peu de doute qu'une bonne partie des abandons précoces et non chroniqués de régions fortement peuplées aient eu des causes épidémiologiques plutôt que politiques.

Chapitre 3. Zoonoses : la tempête épidémiologique parfaite.
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Au fur et à mesure que progresse l'effort d'appropriation, il faut constamment mettre à jour les registres de livraisons de céréales, de corvées effectuées, de réquisitions, de reçus, etc. […] À l'origine, ni en Chine ni en Mésopotamie l'écriture ne fut conçue comme un moyen de représenter le langage.

Chapitre 4 : AGROÉCOLOGIE DE L'ÉTAT ARCHAÏQUE, Quand l'écriture engendre l'état : comptabilité et lisibilité.
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Les paysanneries, ayant une longue expérience du rapport à l'État, ont toujours su que l'appareil d'État était une machine à archiver, à enregistrer et à mesurer. C'est pourquoi, lorsqu'un fonctionnaire chargé des levés topographiques venait les visiter avec son goniographe, ou que des recenseurs venaient avec leurs planchettes à pince et leurs questionnaires pour enquêter sur les ménages, les sujets de l'État savaient que cela n'annonçait rien de bon : conscription, travail forcé, saisies de terres, impôts de capitation ou taxes foncières. Ils comprenaient intuitivement que derrière la machinerie coercitive s'amoncelaient des piles de paperasses : listes, documents, rôles d'imposition, registre de population, règlements, réquisitions, ordres — une paperasse dont le caractère ésotérique les dépassait en général complètement. Étant donné leur ferme conviction que les documents écrits étaient liés à la source de leur oppression, il n'est pas étonnant que la première initiative de nombres de rébellions paysannes ait été d'incendier les archives locales où ces documents étaient conservés. Les paysans saisissaient bien le fait que c'était à travers ses registres et ses livres de compte que l'État «voyait» son territoire et ses sujets, et ils supposaient implicitement qu'«aveugler» l'État pouvait mettre fin à leurs maux.

Chapitre 4 : AGROÉCOLOGIE DE L'ÉTAT ARCHAÏQUE, Quand l'écriture engendre l'état : comptabilité et lisibilité.
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L’émeute est le langage de ceux qu’on n’écoute pas. (Martin Luther King Jr.)
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Les épisodes de changement structurel ont tendance à subvenir seulement quand une perturbation massive et non institutionnelle surgit sous forme d'émeute, d'attaque contre le propriété, de manifestations indisciplinées, de vol ou d'incendie criminel et que les institutions établies sont ouvertement défiées et donc menacées. De telles perturbations ne sont pratiquement jamais encouragées et encore moins initiées par des organisations, fussent-elles de gauche, qui sont structurellement portées à favoriser les revendications, les manifestations et les grèves ordonnées, c'est-à-dire qui peuvent être contenues à l'intérieur du cadre institutionnel existant. Les institutions d'opposition qui ont un nom, des dirigeants, une constitution, une bannière et leur propre routine de gouvernance interne privilégient naturellement le conflit institutionnel, dont elles sont spécialistes.
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James C. Scott
Voilà qui nous rappelle de façon salutaire que la majeure partie du monde et de sa population existait alors en dehors du périmètre des premiers États céréaliers. Ces derniers n’occupaient qu’une niche écologique étroite favorisant l’agriculture intensive. Au-delà de leur horizon, on trouvait toute une gamme d’activités que l’on pourrait désigner comme pratiques de subsistance « non appropriables », dont les plus importantes étaient la chasse et la cueillette, la pêche et la collecte de ressources maritimes, l’horticulture, la culture itinérante et l’élevage spécialisé.
Aux yeux d’un collecteur d’impôt travaillant au service de l’État, il s’agissait de formes de subsistance fiscalement stériles ; le coût de leur contrôle excédait les revenus potentiels. Chasseurs, cueilleurs et exploiteurs des ressources maritimes étaient si mobiles et dispersés et leurs « récoltes » si diverses et si périssables, qu’il était pratiquement impossible de les recenser, sans parler de les taxer.
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Ce que l'Etat a certainement inventé, ce sont des sociétés de grande taille reposant systématiquement sur le travail forcé et une main d'oeuvre asservie.
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Une fois créée, une entité institutionnelle produit sa propre histoire. Et plus cette histoire est longue et plonge ses racines loin dans le passé, plus elle s’apparentera à la mythologie et à l’oubli sélectif qui définisse le nationalisme. Au fil du temps, et aussi artificielles que soient ses origines, une telle identité développera des traits essentialistes et pourrait fort bien devenir l’objet d’allégeances passionnées.
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L’agriculture moderne et scientifique – caractérisée par la monoculture, la mécanisation, les semences hybrides, l’emploi d’engrais et de pesticides et la forte intensité capitalistique – a engendré un niveau de standardisation sans précédent.
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