![]() |
La fenêtre de Jean-Frédéric Jung
Qui suis-je pour lui ? Une enquêtrice, flic ou agent secret, une amoureuse en planque, une mélancolique psychopathe à la recherche d’un souvenir, ou tout simplement une prisonnière de ses habitudes sur le chemin d’un pâle et triste chez-soi, histoire de retarder son intime solitude ? En traversant la salle, je croise un instant son regard ; alors, derrière son bar, il esquisse un sourire et me gratifie d’un discret hochement de tête, tout en frottant un verre avec son torchon. Je m’installe à ma table près de la vitre, une petite table ronde typique du vieux Paris, comme tous les soirs depuis que je l’ai enfin localisé. De là, je vois clairement l’immeuble d’en face, de l’autre côté de la rue, et peux surveiller sa porte d’entrée, une porte cochère d’immeuble ancien et surtout, au premier étage, la fenêtre, derrière laquelle je peux aussi voir son ombre passer, ou s’attarder un peu. Le Chinois arrive à « ma place » avec un plateau et, toujours sans un mot, me débarrasse de la tasse à café vide et du paquet de cigarettes, puis il passe un chiffon sur la table pour un bref nettoyage. Comme tous les soirs, je lui tends le blouson que je sais être le sien. Il le prend et s’en retourne, l’air de rien, indifférent à mon « merci » ; c’est toute fois l’apparence qu’il donne ! Mais sur son visage, j’ai cru voir un soupçon d’ironie, de plaisir ou d’amusement ; je ne sais vraiment pas comment le qualifier, ce soupçon.
+ Lire la suite |