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Critiques de Jérôme Verschueren (21)
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Star Ouest
  15 mai 2015
Star Ouest de Jérôme Verschueren
La cinquième manifestation ImagJn'ère, salon de la SF et du policier, ouvrait ses battants, le mois d'avril dernier, au saloon d'Angers. Résolument tournée vers le genre western cette année, je m'apprêtais à m'y rendre quand je me suis rendue compte que mon canasson avait perdu ses fers dans la boue et qu'il ne me restait plus assez d'huile de coude pour graisser mon long rifle.

Alors Dionysos (de Babelio, oui !) en a parlé à Pierre Marie Soncarrieu : secrétaire et nécromant qui parle de son art au contact d'une légende amérindienne dans "Chasseur de légende" dans ce recueil de nouvelles qu'ils m'ont fait parvenir et pour lequel je les remercie vivement !

Le livre, accompagné d'un gentil mot, a été déposé chez moi par diligence steampunk, véhicule emprunté à Brice Tarvel qui le décrit très bien dans "Pique-nique chez les indiens"... intéressante, cette machine...si elle ne tombe pas en panne en plein désert !



Et des déserts, on en traverse dans ce florilège d'histoires saupoudrées de poussières d'étoiles et de poudre noire ! Ça donne soif évidemment et le Saloon devient donc le refuge d'où partent les trames, les traques et traquenards dans bon nombre des récits.



Inutile de rappeler que l'appréciation de nouvelles est une question de goût et de couleurs...je n'aimerais citer ici que quelqu'unes de la bonne dizaine (sur les 19 au total) qui ont trouvé ma préférence...



* Comment faire son pognon avec La Faucheuse est un thème récurrent...or, la façon de s'y prendre de ces deux croque-morts m'a bien amusée ("Le Shérif de Slone Street City" de Francis Carpentier).

* Tout y est : stetsons, santiags, carabines, revolvers, et... un vaisseau spatial fracassé d'où sortira une sacrée flingueuse ("Du grabuge sur Montana" de Romuald Herbreteau).

* de l'humour burlesque mettant en scène un chien qui porte malheur, des tricheurs et des malfaiteurs profiteurs ("Regarde au coin de la rue, fiston, si le clebs à trois pattes cavale à reculons" ...rien que le titre ! ...de Justin Hurle).

* Encore une flingueuse ! J'ai une prédilection certaine pour les femmes de caractère et celle-ci ne porte pas son petard caché sous ses jupes ! ("Cahen crépuscule" de Yaël-July Nahon).

* J'ai beaucoup goûté le réel talent de conteur de Jérôme Nédélec qui a su transposer une ambiance western dans la Bretagne moyenâgeuse...et je me suis délectée des dernières phrases qui concluent le récit ("Duel à Keralam").

* Une histoire bien dans l'esprit de ce festival ImagJn'ère et à l'humour sous-jacent : "Bounty Hunter" de Patrice Verry qui a planqué les Indiens dans une réserve sur une autre planète.

* ...et comme on dit parfois que la plus courte est aussi la meilleure...et que je me garde donc pour la fin : Jean-Hugues Villacampa, dans "Mars prey" menace de faire disparaître l'humanité sur Mars. Or, tant qu'il reste des "morceaux de choix"...les femmes peuvent s'y donner avec joie !



C'est, par conséquent, ce que j'ai fait avec la lecture de ces quests dans un lointain ou futur Far Ouest.



3,6/5
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Total Chaos
  02 juillet 2013
Total Chaos de Jérôme Verschueren
L’association ImaJn’ère, qui met en valeur les littératures populaires (thriller, polar et roman noir) et de l’imaginaire (science-fiction, fantastique et fantasy), consacrait cette année une de ses anthologies au Total Chaos, au thème de l’ « apocalypse sociétale », à travers neuf nouvelles misant tantôt sur le roman noir, tantôt sur le thriller. Ce thème apocalyptique fut choisi, semble-t-il, en réponse à cette fameuse fin du monde du 21 décembre 2012.



Dans Scato intégriste, Jean-Bernard Pouy égraine sa plume acide pour dépeindre les débordements inhérents à nos sociétés bien trop extrémistes et toujours plus anti-consensuelles. Avec Le goût amer des empanadas, Julien Heylbroeck délivre un court polar sur fond de révolution chilienne en 1973. Vincent Herbillon et ses Oubliés pointent du doigt les affres de la pollution et ses conséquences socio-économiques. Jilali Hamham choisit, dans 93 Panthers, de revisiter des Blacks Panthers version banlieue parisienne. Éric Lainé, quant à lui, crie à l’Émeute et développe brillamment le climat urbain que nous pourrions rencontrer prochainement si l’indifférence progresse encore. Jérôme Verschueren livre dans son Extrasystole un récit échevelé d’une extrême densité violente. Le Samedi noir de Jean-Hugues Villacampa est empreint d’un cynisme médiatique lourd. Robert Darvel nous lance un « On se revoit à la Saint-Truphème » plus qu’intrigant. Enfin, Dominique Delahaye joue au Tir aux pigeons sur fond de revendications désespérées.

On peut saluer le niveau d’ensemble de cette anthologie, même si une ou deux occurrences m'ont laissé de marbre. Chaque nouvelle nous place, d’une certaine façon, devant l’importance des médias très marqués par la possible fin du monde en 2012, alors que ce sont eux qui la créaient à trop en parler, et surtout sans aucun fondement. Ces textes sont marqués également par une extrême diversité dans l’approche du terme « apocalypse sociétale » et ce sont parfois les plus dérangeants qui se retrouvent être les meilleurs, car vraiment cruels de réalisme, notamment ceux qui se fondent sur des débordements d’émeutes très actuelles. Détournement des médias, folie passagère, trahisons, crimes collectifs : il y a de tout ici ! Enfin, nous pouvons également signaler que les dessins d’Arro, Gregor et Gérard Berthelot sont de bonne facture et tentent de coller au mieux à l’atmosphère de chaque nouvelle, même si certains sont un peu minimalistes.



Une anthologie pour dénoncer les affres de nos sociétés perverties et corrompues, qui vont vers toujours plus d’annihilation, vers un Chaos Total à plus ou moins brève échéance. Réjouissant, n'est-il pas ?



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Antiqu'idées
  02 août 2016
Antiqu'idées de Jérôme Verschueren
J'avais une envie de peplum, et l'ami Dionysos89, alias Denis Piel, actif blogueur et éminent babeliote, me propose de me lancer dans le nouveau recueil du Salon ImaJn'ère d'Angers. Vous imaginez bien que j'ai sauté sur l'occasion… blink





Estelle Faye, "La Maison des Vignes"





Eva Simonin, "Rivages"





Fabien Clavel, "Deux fois vainqueur traverser l'Achéron"





Olivier Boile, "Le Rêve du pont Milvius"





Justin Hurle, "Ponce, Pilate, ponce !"





Brice Tarvel, "Le Tombeau de Calypso"





Myrtille Bastard, "Chez Lucius, Dieux, Lares et Génies"





Isa3elle Arnoult, "Âheli ou la mémoire enfouie"





Jean-Hughes Villacampa, "Quid Novi Medice"





Arnaud Cuidet, "Carthage !"





Pierre-Marie Soncarieu, "Boadicée"





Patrice Verry, "Discorde"





Romuald Herbreteau, "Une Histoire Tauride"





Jérôme Vershueren, "L'Immortel et l'Assassin"





Lionel Davoust, "Faisabilité et intérêt zootechniques de la métamorphose de masse"







Dans un recueil de nouvelles, il y a des récits auxquels on accroche et des récits auxquels on n'accroche pas, et c'est d'autant plus vrai quand chaque récit est l'oeuvre d'un auteur différent. Bref les goûts et les couleurs, mais comme le signale Denis Piel dans la préface, le recueil balaie tous les lieux et toutes les époques de l'Antiquité dans un joli mélange des genres même si humour et science-fiction se taillent la part du lion. Et malgré la variété des situations et la diversité des tons, l'ensemble est étonnamment homogène donc je ne peux que féliciter toute l'équipe d'ImaJn'ère pour leur travail de sélection des textes. Pour ne rien gâcher, l'ouvrage est d'un bon rapport qualité prix et l'illustration de couverture de TBOY est cool et fun !
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Riposte Apo
  01 février 2015
Riposte Apo de Jérôme Verschueren
Chaque année, l’association ImaJn’ère organise un salon littéraire dans le centre d’Angers ainsi qu’un concours de nouvelles menant à une anthologie. 2013, année post-prévisions mayas de décembre 2012, fut l’occasion de publier deux volumes, l’un davantage polar (Total Chaos), l’autre plus centré sur l’aspect science-fictionnel des choses (Riposte Apo). C’est ce dernier opus qui voit des nouvelles de Thomas Geha, Arnaud Cuidet ou bien Patrice Verry composer son sommaire.



C’est Thomas Geha qui ouvre le bal dans le décor d’un « Ciel bleu d’un hiver à jamais » ; cet habitué des mondes post-apocalyptiques s’appuie sur une petite fratrie qui déambule sur un terrain hostile pour esquisser une histoire de fin du monde pourtant pas complètement dénuée d’une lueur d’espoir bienvenue.

Christian Vilà joue une carte déjà plus provocante avec « Pose ta peau, Calypso ! » : seule rescapée de trois épidémies dévastatrices, la jeune fille dénommée Calypso en vient à s’imaginer en nouvelle mère nourricière d’une Humanité en manque de chair.

« Un ciel parfait » est un doux euphémisme pour Romuald Herbreteau, puisqu’il prend place dans un monde en guerre particulièrement proche de notre situation. Si vous ne connaissez pas le Kazakhstan, il est toujours intéressant de le découvrir sous les tirs ennemis et en enjambant les cadavres de vos compagnons...

Dans « La fin des Puissants », Romain d’Huissier pose la question du renouvellement de l’espèce dominante dans un monde accaparé par l’espèce humaine depuis trop longtemps. Mystère et astuce font le sel de ce texte relativement court.

Sylvain Boïdo, l’un des lauréats du concours ImaJn’ère 2013, nous décrit « L’éclat des Ténèbres » au bout d’un suspense haletant entre amour et torture. Le monde post-apocalyptique qui sert de toile de fond n’est qu’esquissé, mais pose suffisamment de malaise pour s’y sentir happé.

Avec « Les Affamés », le spécialiste de jeux de rôle, Arnaud Cuidet, a tout compris du renouvellement du genre post-apocalyptique en revenant à l’essence même du terme : une révélation. Samuel, héros involontaire d’une évasion en règle d’une de ces Enclaves post-apocalyptiques, va subir/jouir/profiter d’une révélation personnelle salvatrice. Le fait e la rupture avec le monde précédent soit symptomatique de notre époque et que les affamés soient des zombies plus mystérieux qu’à l’accoutumée ne gâte évidemment rien.

Artikel Unbekannt tourne sa nouvelle « Caïn et la belle » avec roublardise et simplicité : un homme, un réveil, une femme, une rencontre. Si le déroulé est rapide, les éléments sous-jacents sont plus intéressants, autour notamment d’une religion teintée d’humour noir.

C’est avec ses « Songeries dans l’antichambre de la Mort par l’Horloger de l’Apocalypse » que Jean-Valéry Martineau fut également sélectionné en tant que lauréat d’un des concours ImaJn’ère 2013, c’est mérité tout d’abord par le fait qu’il ne regarde pas, comme habituellement, les conséquences de l’apocalypse, mais plutôt son déclenchement. Ensuite, il ne gâte rien avec la mise en action de deux personnages puissants : l’Horloger de l’Apocalypse qui voit notre monde toujours s’entredéchirer et chercher sa destruction, et la Mort, traditionnelle Faucheuse toujours prête à faire couler des rivières rouge sang.

Le duo Batista & Batistuta nous relate, quant à eux, un retour sur une Terre accaparée par un Satan volcanique. « Mike Mana contre Satan », c’est alors un peu de space opera, une histoire d’amour à la hauteur et quelques sirènes à sauver, le tout dans une atmosphère de fin du monde destructrice façon « Tapisserie de l’Apocalypse ». Si le titre sous-entend un affrontement final bateau, il n’en est rien, rassurez-vous.

Misez sur « La peine Capitale » de Christian Bergzoll pour suivre le chemin vers de nouvelles vies après des catastrophes météorologiques dévastatrices. La destinée des futures générations est alors en question : que faire si des nouveau-nés arrivent ? que faire s’ils n’arrivent pas ? Rien ne vaut mieux qu’une jeune fille qui se pose ce genre de questions pour être notre narrateur.

Comme souvent dans ses nouvelles, Jérôme Verschueren mise avec « Métabole » sur un récit percutant et quasi anatomique (descriptions des plus précises à l’appui). Pourtant, ce n’est pas l’attrait principal ici, puisque l’auteur lève le voile très progressivement sur un devenir possible de notre condition en parcourant d’innombrables galeries souterraines sans fin et surtout sans grand espoir, ambiance !

Tesha Garisaki, une des lauréates du concours de nouvelles ImaJn’ère 2013, lance « Seul » son héros à la recherche de survivants. Brest, Rennes, Nantes, Angers, l’Ouest de la France est parcouru à la vitesse de ce qui marche encore, et en l’occurrence les jambes de son héros.

Non sans une certaine ironie et une ironie certaine, Brice Tarvel déclare avec sa famille quasi parfaite, « Enfin l’apocalypse » ! Tout est parti en miettes et le quatuor composé de P’pa, M’man, Florentin et Miquette prépare la survie. Bons mots et coups du sort au programme !

À partir d’un article de Ciel & Espace, Patrice Verry compose, lui, un condensé de sept milliards d’années de l’histoire de l’humanité qui prend son origine dans « Une visite au Mont-Saint-Michel », attendez-vous donc à une visite-éclair et à des voyages dans le temps fulgurants !

Quant à lui, Xavier-Marc Fleury tente de sauver « Les derniers terriens » dans une opération militaire mêlant plusieurs espèces d’humanoïdes un peu déjantés contre des une attaque de la Terre par des êtres suprêmes répondant au nom d’Entité. La fin du monde est pour maintenant !

Comme à son habitude, et par exemple comme dans Rétro-Fictions (l’anthologie d’ImaJn’ère 2014), Robert Darvel tisse un récit bien construit où il préfère se mettre en scène dans Angers, ville où chats et tapisseries font bon ménage. « Sept pour un million » est alors une courte fuite en avant dans une ville en proie au démontage/dépliage en règle.

Guillaume Bergey, autre lauréat d’un des concours ImaJn’ère 2013, nous lance dans une quête pour « Le Sérum ». Dans une Angers post-apocalyptique divisée notamment entre Hospitants, Errants et Îlotiers, les armes lourdes sont de sortie au prix de ce qui vit et de ce qui peut donner de l’espoir, ou ce qu’il en reste.

C’est enfin Julien Heylbroeck qui clôt ce volume à grands coups d’« Absinthe » en une nouvelle courte mais intense, et surtout particulièrement noire sur les conséquences de catastrophes nucléaires comme Tchernobyl ou plus récemment Fukushima. La question de la mémoire est bien prégnante ici.

Rien que dans les choix relatifs à l’événement « apocalyptique », il y a de tout, donc, ici : que ce soit sur le déclenchement, la réalisation ou les conséquences bien après, nous pouvons découvrir dans Riposte Apo tantôt des récits intimistes, tantôt des univers plus approfondis, allant de la catastrophe écologique à l’extermination technologique, en passant par la damnation satanique et l’accident bête.

Notons, enfin, que l’environnement angevin et tout particulièrement la Tapisserie dite de l’Apocalypse de Saint-Jean, conservée au château d’Angers, ont inspiré bon nombre de contributeurs de cette anthologie. Qu’elle soit utilisée comme véritable toile de fond, comme simple accessoire du récit ou bien comme sorte de deus ex machina lui subodorant un pouvoir mystique et/ou destructeur, cette œuvre d’art médiévale mérite encore bien des égards. Elle aurait même pu constituer une section à part entière au sein de cette anthologie.



Riposte Apo est donc une anthologie en accord avec son sujet : particulièrement noire. N’y venez pas un soir d’orage, au cœur de l’hiver, alors que la déprime pointe et que votre vie amoureuse part à vau-l’eau ! Dans toute autre situation, il est toujours agréable de voir ce que des auteurs amateurs ou professionnels ont pu faire, en peu de pages chacun, d’un thème aussi rude que la catastrophe apocalyptique.

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Rétro-fictions
  15 juin 2014
Rétro-fictions de Jérôme Verschueren
Avec l’anthologie 2014 d’ImaJn’ère, nous touchons à tous les genres, il y a de tout au niveau du ton, et enfin nous explorons quasiment tous les continents ! Grande variété donc, permise par l’intitulé de l’appel à textes qui a conduit à cette publication : la plume portée vers le passé, le but était de surprendre en créant une aventure se déroulant entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle (plus exactement entre 1851 et 1949) ; tant en SFFF qu’en polar, les thèmes permettaient d’explorer énormément d’aspect (uchronies, univers steampunk, aspect gothique, utopies, genre noir, enquête, investigation, politique, etc.). Avec seize nouvelles de taille et d’univers très variables, la diversité est le maître mot offert au lecteur.





Avec « Sempervirens », Jeanne-A Debats nous plonge dans l’enfer de la Première Guerre mondiale. À l’aube du centenaire du déclenchement des hostilités en Europe, il s’agit là de s’engouffrer dans les tranchées où la mort est présente de la plus violente des manières. « Tout ce chemin pour rien : une bombe y est tombée directement. L’ancien refuge où l’on trouvait un brasero, du vin, des cigarettes et parfois de la soupe chaude, n’est plus qu’un cratère, un trou de terre obscure et martyrisée d’où s’échappent encore quelques fumerolles acides. »

Automne 1916, dans les Flandres en proie aux obus et autres armes de destruction massive, Nico voit sa tranchée atrocement subir les affres de la guerre et finit par n’être uniquement accompagnée de ces sortes de « compagnons du devoir » que sont Pensée et Mémoire, ses deux pigeons pour seule compagnie dont les noms seront évidemment porteurs de sens au cours du récit. Dans cette atmosphère guerrière où la survie est devenue son seul but, sa fuite l’entraîne dans un lieu inversement proportionnel au monde des tranchées, en l’occurrence une drôle de petite boutique où l’attendent une jeune femme et une quantité de produits. C’est la part de fantastique chère à Jeanne-A Debats qui entre alors en scène.

En effet, l’auteur, notamment du recueil La Vieille anglaise et le continent et de Métaphysique du vampire, joue sur le fort contraste entre deux mondes opposés qu’on aurait peine à imaginer se côtoyer aussi simplement. Contrairement à ce que pourraient croire les adeptes du style de Jeanne-A Debats, elle ne se révèle pas aussi crue dans son propos qu’à l’accoutumée, et c’est davantage la situation qui exige de la violence pour l’arrière-fond et de la gouaille pour le personnage principal, histoire de mettre en avant la césure entre l’horrible de la situation et la spontanéité avec laquelle Nico tente de se rattacher à la vie. Même si nous n’en apprenons finalement bien peu sur lui-même, c’est son destin qui constitue le vrai tragique de cette nouvelle. Et tout repose dans sa quête pour rester « toujours vert », « toujours fringant », suivant comment on comprend ce titre mystérieux en latin.



Lauréate du concours ImaJn’ère 2014, Sylvie Jeanne Bretaud nous propose de suivre « L’ombre de Whitechapel ». Elle revisite de manière inattendue l’affreuse affaire de Jack l’Éventreur datant de 1888. Emeline, souffrante, confesse une histoire survenue lors de sa jeunesse. Alors qu’elle fréquentait son amie « la douce Ginger », une des prostituées de son quartier, il a fallu qu’elle tombe quasiment nez à nez avec le tueur en série.

L’auteur mise sur une nouvelle plutôt courte avec une histoire relativement simple mais incorporant plusieurs références bien connues de l’époque victorienne. Dans une ambiance noire mi-glauque mi-guindée, elle ne nous épargne pas l’atrocité des crimes de l’Éventreur : « Je vais te punir, catin. Pour ta peine, je te mets le sein droit sous la tête... les reins sur la commode... le foie sur la chaise, la rate dans le tiroir. Tu auras beaucoup de mal à te reconstituer après ça ! » Avis donc aux amateurs de « court mais intense » !



Par « La Garde rouge », c’est à la Commune de Paris que s’attaque Arnaud Cuidet. Menacée à la fois par Versailles et les Prussiens, celle-ci doit faire face à un étranglement critique et toute découverte est bonne à prendre pour un éventuel avantage stratégique. Pendant cette année 1871, Gustave, à la tête d’une petite troupe de « réquisitionneurs » fouille las bas-fonds de Paris, accompagné notamment d’Émile et d’Agnès : un trio composé « d’un vieil ingénieur, d’un contremaître bourru et d’une féministe turbulente », pour reprendre les mots de l’auteur. Tous trois semblent s’intéresser à une forge recelant bien des avantages pour la défense de Paris. Avant de dévoiler sa trouvaille qui « suscite » bon nombre de réactions, Arnaud Cuidet maintient le mystère, un peu artificiellement certes, mais ça tient bon. « Oui, c’est une entreprise insensée. Ne pourrait-on pas dire la même chose de la Commune ? Après tout, vous avez accepté de travailler avec des femmes ; c’est déjà fou, non ? »

Dans ce contexte, « La Garde rouge » apparaît alors comme un défi technologique pour l’année 1871. Machineries, ferronneries et tuyauteries ont la part belle pendant un certain nombre de paragraphes. Ça sent le proto-steampunk dans le sens où nous allons chercher des applications à la technologie de l’époque que nous n’avons pas tenté dans notre histoire. Tout cela amène l’auteur à nous délivrer finalement un combat déterminant entre le Rouge et le Blanc. Façon match de boxe : à ma gauche, La Garde, géante de fer communarde ; à ma droite, Le Versaillais, le chevalier blanc au service du pouvoir. Entre prises de catch et manœuvres d’abordage, Arnaud Cuidet se fait clairement plaisir dans ce combat singulier entre deux masses robotiques dignes d’un film sur Godzilla, dans cette analogie du combat naval entre deux navires flambants neufs uniquement créés pour se détruire l’un l’autre. Immanquablement pour les amateurs de combat dantesque et métallique !



C’est grâce à « La tour » que Léon Calgnac a lui aussi été élu lauréat du concours ImaJn’ère 2014. D’une première affaire sur un roman sulfureux, parlant vaguement de meurtre et d’adultère, l’auteur se focalise sur Hippolyte Sénéchal, directeur du journal L’Événement en novembre 1867, pour en tirer un récit volontairement pompeux pour coller à la bourgeoisie de l’époque. Toutefois, le cœur de cette nouvelle ne réside pas en cette amorce, mais bien dans le mystère qui s’installe progressivement. « Le mystère n’est pas immoral. Le mystère n’est pas politique. Les gens aiment le mystère. » Ce fameux mystère, constamment recherché par l’auteur, tente de se condenser autour de deux personnages travaillant côte à côte pour la scène principale : le jeune critique littéraire Pierre Sandoz et le neurologue Jean-Martin Charcot (ayant d’ailleurs eu son rôle historique dans la définition de l’hypnose dans le domaine médical). En passant par une sombre affaire de déliriums communs, cette « tour » apparaît alors comme le point commun de cas pathologiques étrangement connectés.



Francis Carpentier nous propose, avec « OYAPOC 1902 », un récit perdu entre France et Brésil, l’Oyapoc étant le fleuve servant de frontière entre les deux États en Guyane française depuis 1713. Sur un ton léger, voire humoristique de temps à autre, mais sans jamais négliger un langage très littéraire, nous suivons une expédition en pleine jungle entre considérations politiques, ethnologiques et économiques. « La saison des pluies noyait tout, on n’accédait plus aux abattis, le gibier se terrait, le poisson nageait loin des filets. Les vivres que l’ancien conseil municipal n’avait pas détournés s’étaient épuisés en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. La disette sévissait. Pour rire, les gens disaient qu’en s’entraînant à jeûner pendant tout le carnaval, ils seraient fin prêts pour le carême. » En effet, quand il s’agit d’éviter les postes de douane pour aller piquer la mine d’or du voisin et s’arroger des droits sur telle tribu indienne locale, la forêt amazonienne est un lieu privilégié. Ça sonne créole, ça sonne vrai et ça donne envie de filer en douce dans la jungle (ou pas finalement).



C’est dans des horizons bien plus proches de nous que Brice Tarvel place « La porte bleue ». Sur un ton très décalé, il place directement son histoire dans un Angers uchronique de 1924 où la boutique PhénomèneJ est déjà quasiment comme nous la connaissons aujourd’hui. « Il fallait voir Hugues le Bouquiniste, dressé maintenant hors de ses donjons de carton, la claymore au poing, l’œil éclairé d’une redoutable lueur guerrière, face aux vélociraptors circulant comme une armée cuirassée avide de conquêtes. » Il s’agit bien de suivre Hugues Campavila, le bouquiniste aventurier, et son épouse Carmen, la ménagère compulsive, dans une chasse loufoque aux trousses d’une nuée de vélociraptors ayant traversé ladite porte du titre. Ça promet !



Quant à Jean-Hugues Villacampa, lui aussi lauréat du concours ImaJn’ère 2014, il nous présente à son tour un « Drôle de poulet » en la personne d’Antonin Desloirs, commissaire de Givet, bourgade ardennaise à la frontière belge. Petite bourgade, petit commissaire de pas grand-chose, et pourtant c’est dans une ambiance à la Maurice Leblanc (que le personnage principal côtoie d’ailleurs) que nous découvrons une affaire bien peu commune. « Meurtre dans la haute » aurait tout aussi bien pu être le titre, car le casting local est gratiné. C’est alors l’occasion de suivre une orgie gastronomique en forme d’huis-clos macabre et seul le dénouement pourra en dire davantage...



Jean-Luc Boutel préfère, lui, nous narrer l’histoire d’un emmerdeur (sic). Avec « L’invasion des hommes-taupes » (sous-titrée « Une aventure inédite de Sélénex »), il s’intéresse d’abord à Anselme Castagneul qui, comme d’autres savants au même moment, disparaît en plein cœur de Paris par la voie du souterrain, mystère au rendez-vous là aussi. Pas sûr que la narration en chapitres au sein de cette nouvelle favorise vraiment la compréhension, mais en empruntant tous les codes du « héros dévoué à sa mission », l’auteur tend fortement vers la thématique du super-héros, avec le dénomme Sélénex, le protecteur de la capitale. Dans cette optique, nous ne pouvons nous empêcher de penser à une forte inspiration de l’histoire vis-à-vis d’un antagoniste bien connu des Quatre Fantastiques (de Marvel), le tout premier même, l’Homme-Taupe, le Moloïde. C’est alors l’occasion pour le lecteur d’explorer à la va-vite un espace qui fait encore beaucoup fantasmer : les bas-fonds et les souterrains de Paris, ici dans leur réalité au tournant des XIXe et XXe siècles, dans un aspect un peu gothique et, en tout cas, effrayant. Beaucoup de descriptions et peu de dialogues viennent entraîner le récit, pour une nouvelle pourtant bien portée sur l’action. Et en matière de péripéties en milieu souterrain, il y a de quoi s’occuper, avec en plus de cela quelques machineries complexes pour égayer le voyage. En plus de cela, croiser quelques têtes connues comme Rosny-Aîné, Gustave Eiffel, et quelques autres, n’est jamais un mal.



Artikel Unbekannt a choisi de nous narrer le Japon des années 1940 de manière stéréotypée certes, mais parfaitement réglée. Un « Japon, année zéro » où les deux bombes H seront l’horizon des événements. Kiyochi, Kumiko et Kojima forment les trois volets de cette exploration du Pays du Soleil levant, qui se définissent très simplement comme suit « Kojima aimait Kumiko qui aimait Kiyochi qui n’aimait personne ». Et le rythme ternaire imposée par le fond est dès lors présent dans la forme en toute circonstance. Dans leurs choix comme dans leur destin, trois voies possibles et inéluctables apparaissent dans ce Japon. Statisticiens, enseignants et yakusas : ces voies possibles ne sont pas légion et demandent autant d’honneur que de violence sur soi. « Les yakusas : un état dans l’état, une bague de feu autour d’un doigt de glace, le chaos à l’intérieur de l’ordre, un monde parallèle dont le roi invisible a le geste bruyant, mais le verbe discret. »

Forcément, entre un triangle amoureux et les affres de la vie quand la politique des yakusas s’en mêle, cela ne peut que créer des étincelles. Et Artikel Unbekannt nous entraîne dans un tourbillon de situations apparemment inéluctables. Violence des mots comme de certaines scènes dont une magnifique de torture, dégoulinante à souhait, une pointe de fantastique liée à la fameuse tradition des tatouages dans le milieu des yakusas : les ingrédients font plaisir à voir et l’ensemble s’enchaîne magnifiquement bien.



« Écarlate était le ciel » selon Anthony Boulanger, autre lauréat du concours ImaJn’ère 2014. Et en effet, à l’automne 1916, les combats aériens font rage dans le ciel européen. Le ballet incessant des rapaces de métal est à peine interrompu par l’intrusion de nouvelles armes toujours plus meurtrières. Pour autant, la guerre ne règne pas entre les Nations du monde puisque celles semblent, au contraire, toutes alliées face à des forces surnaturelles et monstrueuses appelées les Résurgences, celles-ci ayant pris le contrôle du Royaume-Uni et de l’Irlande, notamment. « Depuis que l’ennemi avait conquis les airs, la guerre avait pris une nouvelle tournure. De l’attaque, les nations continentales étaient passées à la défense puis au repli contrôlé. De l’espoir, les peuples étaient passés à l’accablement. À une certaine forme de désillusion et de fatalisme. » À l’heure d’une bataille décisive, Manfred von Richthofen doit jeter toutes ses forces pour trouver ce qui fera enfin la faiblesse de ces monstres de toutes formes ayant déclaré la guerre à l’humanité.



« Une aventure de Béla Bartók » nous promet Jérôme Verschueren. Avec « Le chevalier noir », il reprend son héros qu’il publie déjà au Carnoplaste lors de l’une de ses enquêtes au cœur de New York en janvier 1941, toujours en quête d’activités nazies à détruire. Cette fois, Béla Bartók, croyant devoir démanteler une cellule nazie, un laboratoire à super-soldats, en plein centre de la Grande Pomme, tombe sur une affaire d’un caractère bien plus fantastique. Les fantômes rôdent parfois dans la ville et ce n’est pour le plus grand bonheur des vivants. Avec son assistante Becky, il s’agit pour lui de remonter la piste de ce qui fait la terreur du quartier et les apparences sont évidemment trompeuses.



Jean Bury réinvente la « légende » de Louis Pasteur et du petit enfant atteint de la rage avec « La Rouille », ce qui peut être considéré comme l’équivalent de la rage pour les robots de son petit monde. Car, en effet, l’univers à tendance steampunk qu’il met en place est l’occasion de voir proliférer les « eiffels », ces automates en plein développement. La combinaison entre mécanique et microbiologie est intéressante et suivre les explications du savant incompris est bien plaisant. Une nouvelle plutôt sympathique donc puisqu’elle ne se prend pas la tête, se suffit à elle-même et résout astucieusement une affaire bien délimitée.



Avec « Marionnettes », direction l'URSS des années 1930 ! Une Union soviétique en pleine mutation, profondément marquée par l'arrivée au pouvoir de Staline et les phases d'épuration qui ont suivi. C'est dans ce contexte tendu, alors que tout le monde se méfie de tout le monde, qu'est découvert en 1937 le corps d'un officier de l'Armée Rouge, atrocement massacré dans des circonstances bien étranges. Difficile en une vingtaine de pages seulement de mettre en place une intrigue très complexe, néanmoins la nouvelle de Julien Heylbroeck n'en est pas moins divertissante, l'auteur n'hésitant même pas à faire intervenir quelques spécialités du folklore russe.



Sélectionné parmi les lauréats du concours ImaJ'nère 2014, Bruno Baudart nous entraîne pour sa part dans le Berlin-Est de la fin des années 1940. Une ville profondément marquée par la Deuxième Guerre mondiale et dont les habitants ploient encore sous le joug d'une surveillance de tous les instants menée par la Stasi : en 1949 aussi bien qu'en 1943, on craint les délateurs. Et c'est justement pour se venger de l'un d'eux, responsable de l'arrestation et de la mort de sa compagne des années auparavant que le narrateur se décide à passer à l'acte. Un récit très touchant baignant dans une ambiance mélancolique qui ne laisse pas indifférente et parsemé de quelques références à des auteurs majeurs tels que Remarque et son « À l'ouest rien de nouveau » ou encore à Nietzsche.



Patrice Verry nous raconte, quant à lui, une fable impériale et festive. « L’empereur, le préfet et l’ingénieur » présente l’histoire de Joseph de Beaucrest, proche de Napoléon III, du préfet Haussmann et de l’ingénieur Bönickhausen. Offerte au lecteur de manière légèrement déchronologique, cette avancée en sous-main et en trois temps va très vite au point de reposer sur plusieurs sous-entendus laissant au lecteur le soin d’imaginer jusqu’où peuvent remonter les méandres de cette histoire. L’intérêt est d’ici d’approfondir ce qui constitue un des fondements de la « fierté nationale française » (fierté à tel point que plusieurs nouvelles de l’anthologie y font également référence) ; difficile d’en dire davantage sans tout dévoiler de cette nouvelle relativement brève, mais très dynamique.



Avec « La machine à explorer Baker Street », Brice Tarvel et Robert Darvel nous narrent une aventure de l'un des héros mis en scène par les fascicules Carnoplaste : Harry Dickson. Une sorte de Sherlock Holmes américain résidant au 92b ou 221b Baker Street (le mystère plane toujours...) et épaulé par le jeune Tom Wills et l'imposante Mrs Crown. C'est donc sur une touche d'humour que l'on referme cette anthologie, Brice Tarvel et Robert Darvel se mettant eux-mêmes en scène dans des situations rocambolesques impliquant notamment la présence d'un taxidermiste spécialiste en mécanique quantique ainsi que l'utilisation d'un canapé « enjambeur d'espace et de temps ». Une histoire bon enfant qui permet de refermer l'ouvrage sur une note positive.





Rétro-fictions est donc une anthologie très diverse, très distrayante, qui nous fait particulièrement voyager dans le temps et dans l’espace et mêle de façon plutôt joyeuse des auteurs reconnus et quelques semi-professionnels.



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Antiqu'idées
  18 août 2016
Antiqu'idées de Jérôme Verschueren
Même sans prendre part à la sélection des nouvelles du concours, il devient très difficile de critiquer les anthologies ImaJn’ère tout en étant aussi impliqué dans l’organisation du salon éponyme. Il n’empêche, lançons-nous et donc, pour sa 6e édition, le salon de la science-fiction et du roman policier d’Angers propose une anthologie sur le thème des « Antiqu’idées ». En effet, l’Antiquité a été décortiquée à travers mythes, influences, péplums et personnages historiques pour établir un sommaire intéressant d’une petite vingtaine de nouvelles de science-fiction, de fantasy, de fantastique et de polar.



Comme dans certaines autres anthologies, Estelle Faye ouvre la danse grâce à « La Maison des Vignes » où elle met en scène la vie simple d’un groupe d’amis dans un cadre contemporain et champêtre ; en leur sein va s’immiscer la fameuse divinité romaine du vin et de l’ivresse, Dionysos. C’est une nouvelle rafraîchissante qui lance parfaitement cette anthologie dans l’idée que l’Antiquité est utile n’importe où, n’importe quand, même et surtout de nos jours.

Lauréate du concours de nouvelles, Eva Simonin nous lance sur les « Rivages » troyens grâce à un système d’immersion bien mis en scène. C’est un texte suffisamment bien construit et son scénario se défend très bien.

Fabien Clavel a choisi, de son côté, de prendre le risque de proposer carrément un poème ! Et pas n’importe lequel, puisque « Deux fois vainqueur traverser l’Achéron » se permet de revisiter le mythe d’Orphée et Eurydice en y mêlant les thématiques zombies et en rendant hommage au poète Gérard de Nerval, rien que ça ! Une fois pris le coup (pas forcément simple) de la rythmique choisi, c’est une nouvelle de belle facture, à multiples sens.

Deuxième lauréat du concours de nouvelles, Olivier Boile a fait un rêve, « Le Rêve du pont Milvius ». En s’aventurant sur le terrain de l’uchronie, l’auteur tente une belle aventure puisque nous sommes dans un monde contemporain dominé par l’islam, sans connaissance chrétienne, où Mohammed Jassim écrit une uchronie sur l’empereur Constantin. La construction façon « Le Maître du Haut Château » était peut-être un peu trop ambitieuse pour une simple nouvelle, ce qui rend la conclusion abrupte.

Comme à son habitude, Justin Hurle opte lui pour un texte aussi barré dans son contenu que son titre est recherché. Ainsi, après son « Regarde au coin de la rue, fiston, si le clebs à trois pattes cavale à reculons » dans l’anthologie Star Ouest, il s’est lancé dans un « Ponce, Pilate, ponce-le, ce colosse, des fois qu'il se lèverait » (finalement réduit en un « Ponce, Pilate, ponce ! »), nouvelle qui mérite son pesant de cacahouètes, puisqu’il y mêle l’exode des Hébreux, les intrigues de palais du temps de Ramsès II et une approche légère et déridante de la science-fiction. Outre que c’est le seul texte égyptien de l’anthologie, cette nouvelle est clairement fun à lire, avec des passages narratifs très fluides (quasiment lisibles à haute voix) et des dialogues très majoritaires qui permettent forcément d'avancer très vite dans la lecture.

Le dénommé Brice Tarvel, notamment repreneur de Harry Dickson et de Bob Morane, nous a concoctés une courte reprise contemporaine de la rencontre entre Ulysse et Oumaya, gardienne du « Tombeau de Calypso » que le roi d’Ithaque avait finalement quittée.

Troisième lauréate du concours de nouvelles, Myrtille Bastard nous fait entrer dans l’échoppe « Chez Lucius », où sont proposés « Dieux, Lares et Génies ». L’attrait de cette nouvelle réside dans sa construction sous forme de chronique économique réussie et détendue.

Isabelle Arnoult conte « Âheli ou la mémoire enfouie », une plongée indusienne très rapide avec des références intéressantes et des allers-retours éclairs entre le temps présent, l’année 1920 et le IIe millénaire av. J.-C.

Comment expliquer la défaite de Vercingétorix devant Jules César ? Jean-Hugues Villacampa propose un « Quid Novi Medice ? » qui apporte une réponse. Dans cette évocation antique, les casques à ailes de piaf et les nomini romains décalés sont bien présents et leur appréciation aiguillera votre lecture.

Comme à son habitude, Arnaud Cuidet distille son approche du roman d’action et du jeu de rôle dans ses nouvelles ; « Carthage » ne fait pas exception, car on y retrouve les Romains en train d’assiéger pour l’ultime fois la grande Carthage, mais au cœur de la bataille se découvrent deux créatures titanesques, deux « champions » face-à-face qui vont s’affronter dans d’âpres phases de combat.

De son côté, Pierre-Marie Soncarrieu tente de nous narrer le récit d’une « Boadicée » très portée sur l’onirisme.

Dans « Discorde », Patrice Verry laisse parler sa fibre « Piments et Muscades » et réinterprète, SF à l’appui, le si tragique mythe du jugement de Pâris : sur le mont Ida, le jeune Pâris doit arbitrer la compétition entre Héra, Athéna et Aphrodite, la « pomme de la discorde » étant censée mener à la guerre de Troie. Ici, le jeu de mots et les allusions piquantes sont de rigueur ; le jugement ne sera pas tragique pour tout le monde...

Ensuite, c’est au tour de Romuald Herbreteau de nous raconter « Une histoire Tauride ». À partir d’un joli jeu de mot, le lecteur part dans un récit centré sur les Cimmériens et l’espionnage archéologique, cocktail sûrement trop rempli pour être tout à fait bien calibré.

Avec « L’Immortel et l’Assassin », Jérôme Verschueren mêle aussi habilement que d’habitude (mais je ne suis pas objectif, j’ai toujours apprécié ses nouvelles) son univers personnel avec un environnement historique : ici, la Chine antique percute les fortes allusions à Star Wars et le résultat est intéressant.

Pour finir, Lionel Davoust clôt cet ouvrage avec une nouvelle non inédite, car déjà publiée dans l’anthologie Fragments d’une fantasy antique (chez les éditions Mnémos). Avec « Faisabilité et intérêt zoomorphiques de la métamorphose de masse », il reprend habilement le mythe de Circé dans un pseudo-article scientifique aussi ingénieux que jouissif tant le fond antique est joliment retourné.

Quasiment toutes les nouvelles sont accompagnées d’une illustration réalisée par Candice Roger, une jeune artiste angevine qui use habilement du lien entre l’animal, l’humanité et l’environnement. Il faut dire que, finalement, chaque nouvelle concernée s’est accordée facilement à cette vision hybride de notre réalité.



Antiqu’idées est donc une anthologie encore inégale (comme très souvent dans les anthologies officielles de salons ou festivals), qui s’appuie sur des textes solides d’auteurs reconnus et quelques belles trouvailles parmi les membres de l’association éditrice.



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Star Ouest
  27 janvier 2016
Star Ouest de Jérôme Verschueren
Comme chaque année depuis 2011, l’organisation du salon ImaJn’ère d’Angers accompagne son événement annuel d’une anthologie officielle sous forme de déclinaisons SFFF et polar du thème choisi et mêle une sélection d’auteurs confirmés, de semi-amateurs issus de l’association ImaJn’ère et d’auteurs choisis à partir d’un concours. Pour l’édition 2015, le thème plongeait le visiteur et donc le lecteur dans l’ambiance western dérivée à toutes les sauces. Pour changer des analyses « nouvelle par nouvelle » pour des nombreuses anthologies déjà critiquées, nous suivrons un cheminement légèrement différent.



Du côté des auteurs reconnus, retenons d’abord Marc Villard qui nous concocte, en ouverture de l’anthologie, une nouvelle classique mais tendue (« Juarez 1911 »), qui donne sacrément le ton de l’ouvrage. Et qui donc le clôt ? Ni plus, ni plus, que le duo d’auteurs, à la ville comme à l’écriture, Sara Doke et Yal Ayerdhal (qui nous a malheureusement quitté peu de temps après) : ils nous livrent « La Nuit de la Calamitaine », courte nouvelle choc dans un style peut-être plus léger qu’à l’habitude. Mais surtout, parlons un peu de Jeanne-A Debats, qui nous propose avec « Mosquito Toast » une nouvelle aventure de son fameux vampire, Navarre ! Perdu, esseulé et surtout soumis à de dangereuses rencontres, lui aussi il nous livre sa vision du Far West, avec forcément un arrière-goût sanglant. Certains auteurs moins connus, comme Robert Darvel, Brice Tarvel ou Arnaud Cuidet, ont pris leurs habitudes dans les anthologies ImaJn’ère, mais je retiens une nouvelle fois Jérôme Verschueren avec son « Inadaptée » qui penche comme toujours sur des scénarios « biologiques » disons, où le corps est touché, doit réagir presque à l’instinct, et en plus, ce coup-ci, avec une héroïne qui envoie. De plus, les membres de l’association organisatrice ImaJn’ère mettent la main à la pâte : Jean-Hugues Villacampa, Justin Hurle et Pierre-Marie Soncarrieu, mais aussi Patrice Verry et Sylvie-Jeanne Bretaud qui ont, cependant, déjà été publiés auparavant. Ils sont accompagnés des lauréats du concours organisé par appel à textes.

D’un point de vue général, l’anthologie est bien cohérente et le lecteur cerne l’intérêt d’un tel thème dans les littératures de l’imaginaire. Toutefois, cela pose fondamentalement la question « qu’est-ce que sont donc les codes du western ? ». En effet, nous restons ici énormément dans le grand classique « village désert – un shérif esseulé – une vengeance à accomplir – duel au pistolet ». Nous pouvons quand même regretter de ne pas avoir davantage rencontré d’aventuriers plus exotiques (rien que les « Indiens » se font rares), d’explorations aériennes ou de duels avec autre chose que de simples Smith&Wesson. On peut dire beaucoup de choses déplaisantes de la couverture de Gilles Francescano, mais elle fait au moins attendre aux lecteurs des rencontres façon « Cowboys et envahisseurs » (le film de Jon Favreau).



Star Ouest est donc une anthologie somme toute classique. Elle est loin d’être exempte de tout défaut, toutefois elle est bien utile pour se replonger dans un thème comme le western qui revient progressivement en vogue et se démarque par sa cohérence. Avec une nouvelle par soir, cette anthologie vous fera le mois ou presque ! Ce sera parfait pour des lectures thématiques.

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Star Ouest
  10 mai 2015
Star Ouest de Jérôme Verschueren
En Résumé : J’ai passé un moment de lecture assez sympathique avec cette anthologie de 19 textes qui nous propose de revisiter le grand Ouest et le Western. Tous les textes ne sont pas au même niveau, certains m’ayant même laissé de marbre, mais dans l’ensemble elle se révèle plutôt équilibrée et surtout offre un panel assez large de thèmes pour contenter tout lecteur qui voudrait se lancer dans la lecture. Je regrette par contre qu’il n’y ait pas de textes véritablement marquant, même si cela n’enlève en rien l’aspect divertissant de cette anthologie.





Retrouvez ma chronique complète sur mon blog.
Lien : http://www.blog-o-livre.com/..
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Antiqu'idées
  14 juillet 2016
Antiqu'idées de Jérôme Verschueren
Un bon niveau général, encore rehaussé par la présence de trois perles



Créée en 2010, l’Association ImaJ’nère s’est donnée pour sacerdoce de promouvoir les littératures de genre, SFFF, horreur et polar. En parallèle avec d’autres activités (comme l’édition de fanzines), elle organise depuis cette date tous les ans en sa bonne ville d’Angers, sur deux jours complets, un salon de la Science-Fiction et du policier. Comme tout salon qui se respecte, celui-ci édite son anthologie. Le cru 2016 a pour thème l’antiquité, ses héros, son panthéon et ses peuples, tout ça revu au travers d’un prisme SFFF ou polar. L’anthologie se nomme donc Antiqu’idées. Elle réunit quinze nouvelles, dont celles d’auteurs connus comme Estelle Faye (SF / Fantasy), Fabien Clavel (SF, Fantasy, Uchronie, etc) ou Lionel Davoust (Fantastique / Fantasy). Il s’agit de courts textes, moins de 25 pages chacun. Sept d’entre eux ont été publiés auparavant chez d’autres éditeurs, les autres sont totalement inédits. Parmi ces derniers, cinq émanent de membres de l’Association ImaJ’nère, et trois des lauréats de l’appel à textes lancé en 2015. Signalons pour terminer la bonne qualité de la présentation (couverture superbe et sympathiques illustrations intérieures, dans un style un peu naïf qui colle parfaitement avec l’humour très présent dans l’anthologie).



- Les nouvelles



Je vais donc vous présenter un court résumé accompagné de mes impressions pour chacun de ces textes. Vous trouverez en introduction le ou les genre(s) au(x)quel(s) le texte appartient (SF, Fantasy, Fantastique, Polar, etc), ainsi que l’époque / civilisation abordée.



* La maison des vignes – Estelle Faye



Genre(s) : Fantastique ; Cadre : France contemporaine (en lien avec l’antiquité grecque).



Nous suivons l’amie de Jo, jeune écrivain qui a été chargé de rédiger l’histoire d’une région viticole des Causses. Il vit au milieu des vignes, dans une maison qui lui a été prêtée. Il reste en contact avec sa bande d’amis parisiens via le téléphone et Skype, mais devient de plus en plus distant et exalté. Ses amis s’inquiètent pour lui, et dépêchent l’une d’entre eux pour comprendre ses étranges déclarations à propos d’une jeune femme locale, d’un homme prodigieux du coin, et d’anciens cultes à mystères.



L’auteure a une belle écriture, elle sait installer une atmosphère, faire monter le rythme crescendo, on la lit avec plaisir, mais d’une part l’intrigue est téléphonée, et d’autre part la fin n’est qu’assez moyennement satisfaisante (du moins dans ma perspective personnelle, qui veut qu’une nouvelle ait une chute percutante). Bref, j’ai passé un bon moment, mais je ne suis pas spécialement convaincu (sans compter que je trouve le côté SFFF et Antiquité très nébuleux sur ce coup là).



* Rivages – Eva Simonin



Genre(s) : SF ; Cadre : futur proche / Guerre de Troie.



Nous suivons Callia, qui travaille pour une société qui conçoit des simulations en réalité virtuelle de grands événements historiques (elle fait visiblement partie du contrôle qualité). Alors qu’elle se trouve dans celle de la Guerre de Troie, tout se met à dérailler : personnages, environnement, et surtout l’interface de commandes, qui refuse de la laisser sortir de la simulation.



Cette nouvelle est une des trois issues de l’appel à textes, et force est de constater qu’on est sur du haut niveau, avec une fin surprenante et très réussie, ainsi qu’une écriture solide, avec des dialogues rondement menés. Bref, c’est une grande réussite.



* Deux fois vainqueur traverser l’Achéron – Fabien Clavel



Genre(s) : Fantasy Historique ; Cadre : Mythes grecs.



Dans ce texte très étrange, à la fois sur le fond et la forme (un poème), l’auteur mêle le mythe d’Orphée et d’Eurydice à une sorte d’apocalypse des zombies de Fantasy. Je ne suis jamais parvenu à entrer dans cette histoire, qui manque à la fois d’impact et de clarté et se révèle pénible à lire du fait du mode de narration particulier choisi.



* Le rêve du pont Milvius – Olivier Boile



Genre(s) : Uchronie ; Cadre : Paris, quatorzième siècle de l’Hégire (vingtième siècle du calendrier grégorien).



Cette nouvelle, la seconde issue de l’appel à textes 2015, est une réussite encore plus spectaculaire que la première. Nous suivons un journaliste parisien, qui interviewe l’auteur d’un livre uchronique qui pose la question suivante : que se serait-il passé si, loin de rester une obscure secte juive, le christianisme avait pris la place de l’Islam, qui domine le monde en ce quatorzième siècle de l’Hégire ? Vous l’aurez compris, il s’agit d’une mise en abyme, celle d’un auteur d’uchronie dont l’histoire parle de l’auteur d’une uchronie de son propre monde de fiction. Ou si vous préférez, d’une uchronie dans l’uchronie. Le procédé ramène à certaines des œuvres les plus prestigieuses du genre, comme Le Maître du haut Château de P.K. Dick ou La porte des mondes de Robert Silverberg.



Si les procédés utilisés ne sont pas à proprement parler originaux, en revanche ils sont employés avec une rare maîtrise du début à la fin du récit, fin qui se révèle absolument vertigineuse. Au final, un vrai joyau, une totale réussite qui justifie quasiment à elle-seule l’achat de l’anthologie. L’auteur a publié (entre autres) un recueil de nouvelles mettant en scène des personnages historiques ou légendaires, auquel je compte bien m’intéresser dès que mon programme de lecture très chargé m’en laissera l’occasion.



* Ponce, Pilate, ponce ! – Justin Hurle



Genre(s) : SF ; Cadre : Égypte de Ramses II / Moïse.



L’auteur tente de nous expliquer les dix plaies d’Égypte dans une veine beaucoup plus humoristique que Ridley Scott dans son film Exodus : en fait, on se retrouve avec un mélange de Kaamelott des sables et de Deadpool (pour le côté Metaréférence et l’humour très sexuel), tout ça mâtiné de références au Trône de Fer, Alien (et Alien Theory) et autres private jokes. Les dialogues sont absolument irrésistibles tant ils sont drôles.



Au final, un texte mêlant histoire antique, religion, culture populaire, SF et humour en un irrésistible mélange. Il faut cependant avoir un solide sens de l’humour, justement, pour l’apprécier, faute de quoi vous ne parviendrez pas à entrer dedans. Pour ma part, cependant, j’ai passé un excellent moment en lisant cette nouvelle.



* Le tombeau de Calypso – Brice Tarvel



Genre(s) : Voyage dans le temps ? ; Cadre : Contemporain, en relation avec l’Odyssée.



Dans cette nouvelle, Ulysse, celui des mythes grecs, se retrouve sur une île au large de Gibraltar, à notre époque, et noue une relation avec la femme qui exploite à des fins touristiques la croyance selon laquelle s’y trouve le tombeau de Calypso. Une femme étrange, qui semble vieille au début de leur relation, puis paraît de plus en plus jeune et séduisante au fur et à mesure du passage du temps (à ce sujet, M. Tarvel confond allègrement les dieux Cronos -l’équivalent du Saturne romain- et Chronos : pour information, ce sont deux divinités distinctes).



Du style de l’auteur, pompeux, à l’absence de toute forme d’explication sur les tenants et les aboutissants de l’histoire (oh, il y a bien une vague théorie ébauchée, mais sa crédibilité est douteuse), par exemple sur le rajeunissement apparent de la gardienne des lieux, jusqu’à la fin, en queue de poisson, absolument rien ne m’a séduit dans cette nouvelle.



* Chez Lucius, Dieux, Lares et Génies – Myrtille Bastard



Genre(s) : Uchronie de Fantasy ; Cadre : Rome uchronique.



Cette nouvelle est la troisième (et dernière) issue de l’appel à textes 2015. Elle nous présente une uchronie dans laquelle l’empire romain d’occident semble être passé sous le contrôle de celui d’orient (l’empereur est Constantin XV), et avoir engendré deux « franchises » en Orient et en Asie. Sans parler de la découverte des Amériques et de l’établissement de relations avec les Aztèques. On suit une sorte de reporter / blogueur qui interviewe un commerçant de Rome, qui tient la maison-mère d’une franchise inter-empire faisant commerce de… dieux. Ou plutôt d’embryons de dieux entièrement personnalisables en fonction des besoins de l’utilisateur. Bien entendu, plus celui-ci a besoin d’une divinité puissante, plus c’est cher. Au passage, le commerçant en question a un très fort parfum de Venec (mais c’est mon côté Fan inconditionnel de Kaamelott qui doit distordre ma vision des choses…).



Il se trouve que l’intervieweur a un souci : il n’arrive pas à mettre Madame enceinte. Pas de problème, à tout problème sa solution, ou plutôt son dieu : en échange de sesterces sonnants et trébuchants, on lui fournit donc son parchemin de création de divinité (le plus cher du magasin, forcément, parce que pour de la stérilité causée par l’ire de Junon en personne, le niveau de puissance d’une divinité des champs ne suffira pas, hein).



Autant vous le dire, l’intervieweur est sceptique. Mais bon, il joue le jeu. La narration, en mode interview jusque là (logique) bascule donc en mode journal de bord. Alors, arnaque ou miracle ? Lisez-le et vous le saurez ! Personnellement, j’ai passé un excellent moment à la lecture de ce texte, qui mêle une solide uchronie, à la manière du texte d’Olivier Boile, et l’humour (même s’il est moins délirant), à la manière de celui de Justin Hurle. Cette nouvelle confirme l’excellente impression laissée par les deux autres issues de l’appel à textes, ainsi que la solidité des choix faits par le jury concerné.



Franchement, cet univers a un énorme potentiel, et si j’étais l’auteure, je m’empresserais de le développer sous forme de roman.



* Aheli ou la mémoire enfouie – Isa3elle Arnoult



Genre(s) : SF ; Cadre : Inde antique / contemporain.



L’histoire commence en 1920, à la frontière indo-pakistanaise, où un archéologue anglais étudie les vestiges d’une culture disparue. La narration nous projette ensuite au sein de cette dernière, au second millénaire avant notre ère. Je ne vais pas spoiler en en dévoilant plus, mais il s’agit d’une fort sympathique histoire, narrée via une belle écriture. Et ceci même si elle sera, dès les premiers paragraphes, prévisible pour les vieux routards de la SF. On appréciera toutefois la belle liaison entre son début et sa fin (je suis à-peu-près persuadé que l’intrigue a été inspirée par un album bien précis de Yoko Tsuno, et si l’auteure passe par ici, je serais ravi d’avoir confirmation ou infirmation de cette supposition).



* Quid Novi Medice ? – Jean-Hugues Villacampa



Genre(s) : SF rétrofuturiste ; Cadre : Guerre des Gaules.



Nous nous retrouvons en pleine Guerre des Gaules, et on nous explique comment César a pu vaincre Vercingétorix, ce général loin d’être idiot et à la tête d’une immense et redoutable armée. L’explication, telle qu’on nous la dévoile, met en fait en jeu un renfort romain d’un genre plutôt inattendu (mais jouissif pour le lecteur !). L’écriture est étonnante, mélange d’histoire militaire rédigée par un érudit de la discipline et d’humour ravageur, frôlant parfois le style Astérix : par exemple, le protagoniste s’appelle Gaïus Trésobtus, et il est secondé par deux centurions complètement abrutis nommés Lucius Falus et Octavius Culingus…



C’est un texte assez jouissif, à la fois sur l’aspect humoristique et sur le mélange des genres. Je l’ai personnellement particulièrement savouré, étant en plus un amateur d’histoire militaire, particulièrement celle de l’armée Romaine.



* Carthage ! – Arnaud Cuidet



Genre(s) : Uchronie / SF rétrofuturiste ; Cadre : Guerres Puniques.



Cette nouvelle nous montre le siège de Carthage par les troupes romaines, au cours de la dernière Guerre Punique. Sauf que… les Carthaginois, serviteurs des Baals, seigneurs de la Lune, combattent leurs ennemis à l’aide d’une biotechnologie extrêmement avancée, tandis que les romains, serviteurs du Soleil et des Jupiters, emploient une « Mecatronique » autorisant chars antigravitationnels, exosquelettes de combat et canons à particules.



Je n’ai personnellement pas du tout accroché à l’ambiance de ce texte, à mi-chemin entre Warhammer 40 000, Iron Man et le manga. Je n’ai rien contre la SF de pur divertissement, bien au contraire, mais il y a quand-même des limites, là le fond est tout de même très pauvre. Sans compter que l’univers est trop flou pour emporter mon adhésion. Le seul aspect qui m’a vaguement accroché a été la technologie biotech employée (en grand fan du biopunk que je suis).



* Boadicée – Pierre-Marie Soncarrieu



Genre(s) : Fantasy / Uchronie ; Cadre : (Grande-)Bretagne, premier siècle de notre ère.



Dans cette nouvelle, nous voyons de quelle manière un mystérieux magicien montre à Boadicée les différentes vies qu’elle est susceptible de mener en fonction des choix qu’elle effectuera à un moment crucial de son existence. Une fois encore, le procédé rappelle La Porte des mondes de Robert Silverberg.



J’ai passé un très bon moment en lisant ce texte. L’écriture est solide, la chute intéressante, la reconstitution historique sonne juste. Et puis bon, Boadicée étant une de mes héroïnes historiques préférées…



* Discorde – Patrice Verry



Genre(s) : SF ; Cadre : Mythes Grecs, Troie.



Il s’agit d’une intéressante relecture, au travers d’un prisme SF, du jugement de Pâris (devant départager les déesses Athéna, Héra et Aphrodite). Des dialogues, savoureux, à la chute, excellente, en passant par l’idée de départ, tout dans cette nouvelle est de qualité.



* Une histoire Tauride – Romuald Herbreteau



Genre(s) : SF / Fantasy ; Cadre : Futur très proche (mention du film Interstellar 2 de Christopher Nolan), en lien avec l’Antiquité.



Je dois d’abord dire que je trouve le jeu de mot dans le titre excellent. Concernant la nouvelle proprement dite, il s’agit d’un texte assez étonnant, mêlant Conan le Barbare et les frères Strougatski, ton sérieux et gros délire en lien avec Tchernobyl, la distorsion de réalité, la théorie du complot, le voyage dans le temps, Vladimir Poutine, les réseaux sociaux, des chats très Lovecraftiens et les films d’action des années 80.



Je suis assez perplexe devant ce texte. Je ne peux pas dire l’avoir trouvé mauvais, mais il ne me laissera pas le même souvenir grandiose que certains des autres.



* L’Immortel et l’Assassin – Jérôme Verschueren



Genre(s) : Fantasy très, très inspirée par une certaine oeuvre de SF ; Cadre : Chine, aux alentours de 221 avant J.-C.



Ce texte est une parodie Fantasy (et Wuxia) d’un des plus célèbres univers de SF, dotée de dialogues assez savoureux. Personnellement, j’ai deviné dès que j’ai vu le nom et la profession d’un des protagonistes. Malgré un humour bien dosé, le procédé m’a semblé trop peu original pour réellement me captiver. A signaler tout de même une fin assez hilarante.



* Faisabilité et intérêt zootechniques de la métamorphose de masse – Lionel Davoust



Genre(s) : Science-Fantasy ; Cadre : moderne, en relation avec l’Odyssée et Circé.



Il s’agit d’une relecture très particulière du mythe de Circé dans le cadre des enjeux alimentaires du monde d’aujourd’hui, mythe revu selon un prisme science-fantasy. Tout le texte est rédigé selon le ton pince-sans-rire d’un rapport d’activité ou d’un article scientifique soumis à un comité de lecture, mais pourtant renferme un nombre incalculable de perles relevant d’un humour à la fois fin et ravageur. L’improbable mélange entre tout cela fonctionne à merveille, et la grande qualité de la plume de l’auteur n’y est certainement pas étrangère.



Son originalité et ses qualités d’écriture font sans conteste possible de ce texte le meilleur de l’anthologie. Je n’ai pas encore lu de roman écrit par l’auteur, mais je vais clairement m’y intéresser beaucoup plus dès à présent.



- En conclusion



Lorsqu’on m’a proposé de lire cette anthologie, j’ai immédiatement accepté, car elle réunit trois aspects qui m’intéressent beaucoup : l’histoire, le format court (nouvelles) et la SFFF. Malgré tout, il y a toujours un risque, avec les anthologies, de tomber sur un niveau très inégal (ou sur des nouvelles avec lesquelles on va avoir peu d’affinité, même si elles sont techniquement solides), particulièrement lorsqu’elles mélangent les textes d’auteurs confirmés avec ceux d’écrivains n’ayant pas encore été publiés par les maisons d’édition phares du marché.



Je dois dire que j’ai été ravi du bon niveau général atteint par Antiqu’idées, niveau encore rehaussé par les 3 perles qui, selon moi, dépassent largement les autres textes : Le rêve du pont Milvius (par Olivier Boile), Chez Lucius, Dieux, Lares et Génies (par Myrtille Bastard) et Faisabilité et intérêt zootechniques de la métamorphose de masse (par Lionel Davoust). Vous remarquerez, au passage, que les nouvelles issues de l’appel à textes 2015 n’ont absolument rien à envier à celles rédigées par les auteurs les plus publiés de l’anthologie.



Bien entendu, j’ai moins accroché à certains textes, ce qui ne veut pas dire qu’ils soient forcément mauvais, peut-être juste qu’ils ne correspondent pas à ma sensibilité. Le fait que vous accrochiez ou pas à certaines nouvelles dépendra également de votre sens de l’humour, car cet aspect est finalement très présent dans cette anthologie.



Au final, cette anthologie est parfaitement recommandable, que ce soit pour l’amateur de textes courts, celui de SFFF (seul l’amateur de polar restera sur sa faim, vu que ce genre semble ne pas avoir inspiré les auteurs cette année) ou celui d’histoire. J’ai lu la grande majorité des textes avec plaisir, et ai découvert certains auteurs de qualité dont je ne connaissais pas l’oeuvre, une lacune que je compte bien combler.
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Antiqu'idées
  14 juillet 2016
Antiqu'idées de Jérôme Verschueren
Pour la deuxième année consécutive, les gentils gens de l’association imaJn’ère m’ont proposé la lecture de l’anthologie qu’ils concoctent à l’occasion du salon de la science-fiction et du policier qu’ils organisent à Angers. Après un recueil réussi sur le western l’année passée, le cru 2016 est titré Antiqu’idées et se penche sur un tout autre domaine : L’antiquité.



Comme à son habitude, le livre traite son thème au sens très très large. Même si on aura droit aux bonnes vieilles références grecques attendues, dans son ensemble, les textes tirent à peu près dans tous les sens et arrivent à couvrir un spectre très large d’influences et de styles. Côté graphique, la couverture de TBOY est beaucoup plus convaincante que celle de l’an passé, la composition pète la classe et représente bien la thématique. L’intérieur est ponctué par des petites illustrations de Candice Roger, dans un style assez old-school à la Moebius. La seule illustration qui change est le serpent d’Élise Haroche qui est malheureusement bien mal sorti à l’impression. Au sommaire, on retrouve les auteurs de l’association qui se font plaisir comme chaque année ainsi que les gagnants de l’appel à textes lancé pour l’occasion. Et au milieu, quelques noms bien connus comme Lionel Davoust, Fabien Clavel ou Estelle Faye.



C’est d’ailleurs cette dernière qui ouvre le bal avec une excellente nouvelle fantastique dans laquelle le jeune Joachim est allé se perdre dans le sud de la France en plein été et devient obsédé par la recherche d’un sanctuaire antique. Ses amis essayent tant bien que mal de le ramener dans le groupe mais le soleil, le vin et d’obscures influences le retiennent. Je n’avais pas été complètement convaincu par Porcelaine mais je dois avouer que sur ce format, Estelle Faye arrive à poser son ambiance avec beaucoup de maitrise. Et puis une histoire se déroulant sous le soleil écrasant du sud quand on est soi-même en train de cuire à petit feu en Provence, ça facilite l’immersion… Quoiqu’il en soit, ce démarrage est plus que convaincant et promet du lourd.



Dans l’ensemble, et certainement comme dans tout recueil, on a du très bon et du « mouais bof » dans cette anthologie. Les deux textes suivants ne m’ont pas tellement convaincu et font retomber l’enthousiasme, le Rivages d’Eva Simonin reprend le principe de l’utilisateur coincé dans sa simulation de réalité virtuelle qui, malgré son twist final et sa qualité de narration, peine à immerger et à convaincre (surtout à convaincre un développeur de jeu vidéo allergique à la RV, ça joue très certainement dans mon avis…). Le suivant est le texte de Fabien Clavel, un poème un peu hermétique qui ne m’a pas parlé du tout, dans la forme comme dans le fond.



Après réflexion, il met en évidence ce qui me décevra à quelques reprises dans le livre : Les nouvelles qui se contentent de remouliner un mythe avec plus de name-dropping et de références culturelles que de nouveautés, qui mettent en scène des personnages ou des mythes classiques, soit en y mettant une couche SF, soit avec un petit twist attendu (ou les deux dans une même marmite). Dans cet ordre d’idée, on a Discorde, de Patrice Verry qui raconte un épisode où trois déesses demandent à Pâris de les départager, une relecture SF du jugement de Pâris. Carthage ! d’Arnaud Cuidet ressemble à la novélisation d’une baston de super-héros, défoulant mais sans plus. Le tombeau de Calypso de Brice Tarvel met en scène un Ulysse qui échoue encore une fois dans un lieu inconnu et brode une histoire avec Calypso, un récit assez plat sans Nono le petit robot. Ces trois textes sont assez ennuyeux et se contentent de reskinner des mythes, pas très intéressant de mon point de vue.



Passé ces quelques déceptions vite mises de côté et les quelques-unes dont je ne parle pas mais qui ne m’ont pas vraiment bouleversé, il reste le bon et le vraiment très bon qui sont heureusement en majorité sur l’ensemble du recueil. Ainsi, Le rêve du pont Milvius nous propose une uchronie dans une uchronie : Dans un monde où la culture musulmane est prédominante, un auteur se demande ce que serait devenu le monde si la religion de ces hurluberlus de chrétiens avait réussi à gagner une majorité de l’occident ? Bien vu et bien traité, Olivier Boile réussit son coup avec cette histoire renversante. Plus loin, Pierre-Marie Soncarrieu raconte la visite de Boadicée chez un druide multi-classé devin/sorcier qui pourrait l’éclairer sur son avenir héroïque. Le texte se lit avec beaucoup de plaisir et effleure l’histoire de la reine Boudicca qui s’opposa aux envahisseurs romains (romancée dans la série de Manda Scott La reine Celte, pour ceux que ça intéresse).



J’ai beaucoup apprécié le fait que plusieurs auteurs aient opté pour un traitement humoristique réussi, plusieurs nouvelles ont en commun un certain humour n’importe-quoi-esque. Elles font toutes partie de mes préférées, moi qui pourtant suis très difficile quand il s’agit d’humour. On retrouve ainsi Justin Hurle qui, comme dans Star Ouest, nous envoie sur une relecture absurde et délicieuse de son thème. Avec Ponce, Pilate, Ponce !, il nous explique les dix plaies d’Égypte d’une manière vraiment drôle et tout à fait plausible (si, si, enfin presque). Dans Quid Novi Medice ? Jean-Hugues Villacampa traite la chute de Vercingétorix avec un léger décalage fort bienvenu et sur un ton très plaisant, entre récit guerrier et vanne référencée. L’immortel et l’assassin de Jérôme Verschueren part comme une quête classique dans l’antiquité asiatique pour se transformer en référence géante à un monument culturel actuel, ça fonctionne vraiment bien, surtout grâce à un ton léger et des dialogues amusants (et une chèvre). Et enfin, dans la belle série décalée on a Romuald Herbreteau qui nous livre avec Une Histoire Tauride un texte un poil confus mais très amusant sur l’archéologie dans une réalité qui part en sucette, avec des morceaux de Conan et des chats tueurs. Je déteste les chats, ça aide aussi à l’immersion.



La petite cerise sur le gâteau, c’est le texte de Lionel Davoust qui termine le recueil en beauté. Présenté sous forme d’article universitaire, il reprend un des épisodes de l’Odyssée en tant qu’expérience scientifique visant à résoudre le problème de la faim dans le monde. Très sérieux et pas du tout en même temps, c’était parfait pour conclure cette belle anthologie dont les meilleurs morceaux sont décidément sous le signe de l’humour.
Lien : http://ours-inculte.fr/antiq..
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Antiqu'idées
  23 juillet 2016
Antiqu'idées de Jérôme Verschueren
En 2015, on m’a proposé de découvrir l’anthologie du festival ImaJn’ère, Star Ouest, qui m’avait offert un assez sympathique moment de lecture, même si j’avoue le recueil manquait de textes marquants (ma chronique ici). Pour cette nouvelle édition 2016 du salon de l’Imaginaire et du Polar d’Angers, il m’a de nouveau été proposé de découvrir l’anthologie dont le thème était l’antiquité et j’avoue m’être assez facilement laissé tenter. Il faudrait par contre qu’un jour j’aille un jour faire un tour à ce festival, mais le manque de temps n’aide pas beaucoup. A noter que ce recueil comporte 15 nouvelles.



La Maison des Vignes d’Estelle Faye : On suit ici une jeune femme qui voit un de ses amis complètement changer et s’éloigner suite à sa mutation. L’auteur décide ici de travailler le mythe de Dionysos, déjà un peu présenté dans sa série La Voie des Oracles, et elle fait de façon très réussie offrant un texte efficace, captivante et plein d’émotions. La plume de l’auteur est toujours aussi prenante et envoûtante, plongeant facilement le lecteur dans ce récit étrange et surprenant. Mon seul regret est une fin que j’ai trouvé un peu convenu, mais rien de bien dérangeant.



Rivages d’Eva Simonin : Cette nouvelle nous fait suivre une jeune femme qui teste pour son entreprise une simulation de réalité virtuelle sur la guerre de Troie. Le texte en soit se lit facilement, il y a une certaine fluidité dans la construction et dans la plume, mais voilà il est loin de se révéler marquant. Il lui manque un petit quelque-chose je trouve qui le ferait gagner en intensité. De plus, il s’agit d’une nouvelle à chute et autant, j’avoue, je ne l’avais pas complètement venu venir, autant elle a eue du mal à vraiment me convaincre. Je ne vais pas spoiler la conclusion, ce serait dommage, mais j’ai lu d’autre nouvelles sur le même thèmes qui m’ont beaucoup plus touché, mon ressenti vient peut-être aussi de là.



Deux fois vainqueur traverser l’Achéron de Fabien Clavel : Cette nouvelle se présente sous la forme d’un poème qui revisite le mythe d’Orphée avec une petite touche de Fantastique vraiment intéressante. Un texte que j’ai trouvé réussi sur la forme, qui se laisse lire avec plaisir sur le fond, mais qui m’a paru un peu froid. Je ne sais pas, c’est peut-être moi, mais j’ai trouvé que ça manquait d’un peu d’émotions. Ce récit reste tout de même très sympathique à lire et à découvrir.



Le rêve du pont Milvius d’Olivier Boile : Cette nouvelle, je ne vais pas trop en dévoiler pour éviter de spoiler, mais il s’agit d’une uchronie dans la tradition de Philip K. Dick et de son Maître du Haut Château. Je dois bien avouer qu’il s’agit ici d’une belle réussite, que ce soit dans son background que dans son récit j’ai trouvé ce texte marquant et intelligent. Il nous offre aussi de nombreux axes de réflexions sur notre société avec cette idée, certes classique, du Et si…? Une excellente nouvelle qui, je pense mérite d’être découvert et m’a donné envie d’en découvrir plus sur l’auteur..



Ponce, Pilate, ponce ! de Justin Hurle : Cette nouvelle nous plonge dans l’humour et le burlesque, nous proposant de revisiter les dix plaies d’Egypte. Bon, j’avoue je suis passé à côté de ce texte. L’humour dépend vraiment de chacun et je pense ne pas être obligatoirement fait pour ce genre d’humour, tout du moins dans ce format de nouvelles. Sur l’ensemble le texte est pourtant fluide, entrainant et les idées sont là bien porté par une plume efficace, mais voilà je ne pense pas être le public adéquat.



Le tombeau de Calypso de Brice Tarvel : L’auteur nous propose ici de revisiter l’épisode de Calypso dans l’odyssée d’Ulysse. J’avoue cette nouvelle est loin de m’avoir marqué. L’histoire donne l’impression de partir dans tous les sens manquant d’explications, on ne sait pas trop ou l’auteur nous emmène malgré pourtant des personnages intéressants. Au final, je suis peut-être passé à côté de certains éléments de compréhension, mais pour ma part au final une nouvelle qui me laisse un sentiment plus que mitigé.



Chez Lucius, Dieux, Lares et Génies de Myrtille Bastard : Cette nouvelle nous fait suivre un reporter qui décide, dans un univers uchronique, de faire découvrir à son public une nouvelle échoppe qui annonce vendre des dieux, déesses et autres divinités. J’ai bien aimé cette nouvelle, l’idée de départ est vraiment intéressante et offre de nombreuses possibilités avec cet aspect de pouvoir acheter son embryon divin et le faire grandir. L’idée d’utiliser un membre de la presse offre aussi une bonne dose d’ironie ainsi que quelques réflexions intéressantes. Par contre, l’ensemble reste finalement assez linéaire, mais rien de non plus trop dérangeant. Une très bonne nouvelle, très intéressante.



Aheli ou la mémoire enfouie d’Isa3elle Arnoult : Une nouvelle assez surprenante, jouant sur plusieurs époques et dont il est difficile de la présenter sans trop en dévoiler. J’ai plutôt bien aimé cette nouvelle, écrite de façon efficace, mystérieuse et entraînante, jouant avec le lecteur pour mieux tenter de le surprendre sur la fin, même si certains points sont facilement devinables. Mon seul léger regret est que la nouvelle est très courte, ce qui fait que certains points sont à peine esquissés, mais rien de non plus trop gênant. Au final une nouvelle plus que sympathique, fluide et agréable.



Quid Novi Medice ? de Jean-Hugues Villacampa : Cette nouvelle tente de répondre à la question de savoir comment César a pu battre Vercingétorix malgré un rapport de force les déclarant perdant. L’idée de départ se révèle intéressante, de plus l’auteur l’amène de façon plutôt efficace et intéressante. Le texte ne révolutionne pas le genre, mais se révèle efficace, divertissante et facile à lire. Là où par contre je suis resté bloqué c’est sur le choix des noms des personnages, l’auteur paraît proposer une certaine ironie qui m’a laissé perplexe.



Carthage ! d’Arnaud Cuidet : Cette nouvelle nous offre une relecture de la bataille de Carthage entre les romains adeptes du dieu de la lumière et les adeptes de Baal, sauf que l’auteur plonge sont récit dans un univers différent mélange de technologies avancées et de bio-technologies. Clairement le texte en lui-même n’a rien de révolutionnaire, nous proposant une simple bataille, sauf que voilà il y a une certaine flamboyance qui se dégage de ce récit ainsi qu’un sentiment épique. Un texte qui en met plein les yeux et que j’ai trouvé divertissant et percutant.



Boadicée de Pierre-Marie Soncarrieu : Cette nouvelle nous fait découvrir un devin qui va lire l’avenir d’une futur reine. Le texte en soit ne manque pas d’attrait que ce soit dans les personnages qu’il développe, comme dans le traitement que propose l’auteur. On suit avec un minimum d’intérêt le destin de cette reine qui va être loin de se révéler idyllique et dont elle va devoir faire des choix pas toujours facile. Sauf que voilà j’ai trouvé l’ensemble trop court, ce qui fait que les développements proposés vont trop vite et rendent ainsi la chute un peu convenu et trop rapide. Cela reste un texte agréable à lire, mais qui avait le potentiel pour être plus.



Discorde de Patrice Verry : L’auteur nous propose de revisiter le mythe de Pâris et de la fameuse pomme de la discorde. L’idée de départ est intéressante, mais voilà j’ai trouvé que le traitement du texte se révélait un peu simpliste et surtout beaucoup trop prévisible pour vraiment m’emballer. Je ne vais pas dire que le texte est mauvais, mais il rentre dans ma catégorie vite lu, un minimum apprécié et vite oublié.



Une histoire Tauride de Romuald Herbreteau : L’auteur propose avec cette nouvelle de se servir du lient de Tchernobyl pour amener le monde de Conan le Barbare dans notre univers. Franchement l’idée de départ est accrocheuse, j’aurais aimé apprécier ce texte, sauf que voilà j’ai trouvé que l’auteur en faisait trop ce qui fait que le récit bascule trop rapidement d’un récit dense vers un récit trop lourd avec beaucoup trop d’idées qui se télescopent. Peut-être sur un format plus long ce texte aurait marché, en tout cas là je suis sorti de ma lecture avec un sentiment mitigé de trouver de bonnes idées, mais qui auraient mérité un autre traitement.



L’Immortel et l’Assassin de Jérôme Verschueren : Cette nouvelle nous propose de revisiter un des plus célèbres mythes du cinéma de science-fiction, tout en y ajoutant une pointe d’ironie et de Fantasy. Je dois bien avouer que ce texte se révèle plutôt amusant et divertissant. Il se lit d’ailleurs assez facilement, sauf que voilà il n’a rien de non plus très marquant à mon goût et manque peut-être aussi d’un peu d’originalité, ce qui est le soucis des reprises. L’idée de base n’est pourtant pas mauvaise, la chute se révèle surprenante, mais voilà je trouve qu’il manque un petit quelque chose pour vraiment élever ce texte.



Faisabilité et intérêt zootechniques de la métamorphose de masse de Lionel Davoust : Cette nouvelle a déjà été publiée dans un autre recueil qui est dans ma PAL : Fragments d’une Fantasy Antique. Elle nous propose ainsi de découvrir une étude très intéressante qui revisite le mythe de Circée et lui offre de nouvelles applications. Une très bonne nouvelle qui nous offre quelque chose de différent, plein d’ironie et de second degré et que j’ai trouvé vraiment réussie et efficace. L’auteur construit son récit comme une étude scientifique rend l’ensemble plus concret et aussi un peu plus décalé. Un récit qui clôture de fort belle manière ce recueil et qui m’a offert un très bon moment de lecture.
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Antiqu'idées
  22 août 2016
Antiqu'idées de Jérôme Verschueren
Quand on m'a proposé de découvrir l’anthologie 2016 du festival ImaJn’ère, Salon de la science-fiction et du policier d'Angers, j'ai été ravie. En effet plusieurs auteurs que j'apprécie sont au sommaire et les anthologies sont toujours de bonnes occasions pour en découvrir d'autres.



Préface

La préface est pleine d'humour (attention aux jeux de mots, parfois capilotractés). Elle explique bien le choix du thème et la richesse qu'il peut proposer. Une bonne entrée en matière.



La Maison des Vignes d'Estelle Faye

J'adore les textes d'Estelle Faye, j'étais donc ravie de commencer l'anthologie par le sien. Des recherches étranges sur Dyonisos amène un auteur à disparaître. Folie, réalité ? Le doute est possible. Une nouvelle très bien construite de bout en bout, mais un peu lisse par rapport à ses précédents textes.



Rivages d'Eva Simonin

Une découverte avec cette auteure qui est l'un des trois gagnants de l'appel à texte. On rencontre Callia, une inspectrice de simulations virtuelles, en pleine inspection de la guerre de Troie. Une très bonne surprise avec un récit mêlant science fiction et antiquité. Je me suis bien laissée prendre au jeu de la découverte et j'ai été agréablement surprise par la fin, à laquelle je ne m'attendais pas du tout. Le texte est bien écrit.



Deux fois vainqueur traverser l'Achéron de Fabien Clavel

Quel texte ! C'est un poème surprenant que nous propose l'auteur. Il y revisite l'histoire d'Orphée et d'Eurydice (et de bien d'autres textes classiques) avec une touche de zombie, ce qui ne pouvait que me plaire. Un bel exercice, réussi.



Le rêve du pont Milvius d'Olivier Boile

L'auteur est un autre lauréat du concours Imaj'nère. Cette fois-ci le plaisir n'était pas au rendez-vous. J'ai eu du mal avec cette nouvelle, où l'auteur tente de faire passer de nombreux retournements de situations, qui s'avèrent lourds. L'idée d'une uchronie ou la religion d'état serait l'Islam est intéressante, mais l'emboitement d'un livre uchronique dans une uchronie avec une réflexion de type "et si" n'est pas très fluide.



Ponce, Pilate, ponce! de Justin Hurle

Une première lecture de cet auteur, qui est un des membres de l'association Imajn'ère. Ramsès se bat avec les plaies d'Egypte et les colosses en fuite... Ah, le dur exercice de l'humour en littérature de l'imaginaire... Je suis assez difficile à ce niveau-là. Ici, l'auteur a déployé un trésor de jeux de mots, de gags, de références historiques, de scènes humoristiques, mais j'y suis restée hermétique.



Le tombeau de Calypso de Brice Tarvel

Autre lecture d'un membre de l'association, qui nous propose une nouvelle vision de l'épopée d'Ulysse, à la sauce moderne. L'idée de départ m'a intéressée, mais je n'ai pas compris ensuite, où voulait en venir l'auteur.



Chez Lucius, Dieux, Lares et Génies de Myrtille Bastard

Un nouveau texte d'une des lauréats de l'appel à texte. Nous faisons connaissances avec un journaliste qui teste les différents magasins de Rome. Il va nous conter en "direct" son expérience avec un magasin de vente de divinité. J'ai trouvé l'idée très originale. Le texte est bien mené et l'on se prend au jeu, s'est-il fait arnaqué à l'achat de sa déesse ou pas ? La fin est par contre un peu gentille et convenue.



Aheli ou la mémoire enfouie d'Isa3elle Arnault

Une auteure que je ne connaissais pas, membre de l'association Imajn'ère. Une très bonne lecture avec une histoire de civilisation imbriquée entre plusieurs époques, voire plusieurs espaces. J'ai été totalement surprise par le récit, qui est bien écrit, bien rythmée. Un nouvelle presque trop courte, car je l'ai vraiment aimé et j'en aurai bien lu encore un peu. Mais la taille convient très bien et l'histoire est parfaitement menée.



Quid Novi Medice ? de Jean-Hugues Villacampa

Également membre de l'association, l'auteur propose une réécriture de la défaite de Vercingétorix, où les romains se retrouvent épaulés par des super-héros germaniques. Je suis complètement passée à côté de cette nouvelle, n'ayant pas réussie à accrocher au ton humoristique et aux prénoms licencieux des personnages.



Carthage ! d'Arnaud Cuidet

Décidément cette anthologie sera celle de la découverte des auteurs, cette fois-ci avec Arnaud Cuidet. Cette nouvelle est une réécriture de la bataille de Carthage, avec un mélange des peuples de l'antiquité et d'armes futuristes. Comme un petit air de chevalier du zodiac, un texte divertissant.



Boadicée de Pierre-Marie Soncarrieu

Autre texte d'un membre de l'association. Dans cette nouvelle, Boadicée découvre grâce à une sorte de druide, ce que pourrait être son avenir, plein de bataille et de douleur. J'avoue n'avoir pas très bien compris la chute. Le texte est bien écrit, on se laisse emporter par le récit, mais quand il s'arrête, on se demande qu'elle était la mission de ce druide, ce qu'il voulait. Beaucoup de questions restent en suspens.



Discorde de Patrice Verry

C'est le dernier texte d'un membre de l'association Imaj'nère, il nous propose une nouvelle version de la pomme de la discorde, où pour une fois les humains ne sont pas les dindons de la farce. J'ai beaucoup apprécié le ton de cette nouvelle et encore plus la chute. Un agréable moment de lecture.



Une histoire Tauride de Romuald Herbreteau

Nouvelle découverte d'un auteur, avec un texte qui m'a intriguée. Imaginez, Tchernobyl a pour conséquence l'apparition d'atefacts liés à Conan le Barbare un peu partout dans le monde ? Une idée qui peut sembler farfelue, mais que j'ai trouvé très séduisante. Par contre, face à la multitude d'idées de l'auteur, il aurait fallu un format un peu plus long. En effet, la fin est un peu précipitée avec des informations qui partent dans tous les sens.



L'Immortel et l'Assassin de Jérôme Verschueren

Encore un auteur que je n'ai jamais lu. Cette fois-ci, le choix du type d'antiquité est asiatique, assaisonné à la sauce starwars. Le récit ressemble aux contes chinois et son dénouement ne m'a donc pas vraiment surpris. De l'humour bien dosé, une lecture sympathique.



Faisabilité et intérêt zootechniques de la métamorphose de masse de Lionel Davoust

Pour terminer l'anthologie, je retrouve un auteur que je connais bien, avec une nouvelle que j'ai adorée. Protocole scientifique à l'appui, il va se poser la question de l'intérêt de la transformation de l'homme en cochon, comme nouvelle source d'alimentation. Son exemple date un peu puisqu'il prend celui de l'équipage d'Ulysse, transformé par Circée. Vous l'aurez compris, beaucoup de second degré et un ton scientifique. Je me suis régalée.



Pour conclure, je trouve cette anthologie intéressante concernant sa composition. Elle mêle auteurs reconnus, membres de l'association qui organise le festival et lauréat d'un concours de nouvelles. Cela permet de découvrir de nouveaux auteurs et de donner leur chance à des inconnus. Concernant la qualité des nouvelles, elle est très variable comme dans beaucoup d'anthologie. Quelques rares mauvaises lectures, certaines nouvelles m'ont beaucoup plus et plusieurs m'ont intéressées. Un ressenti globalement positif.
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Star Ouest
  06 mai 2015
Star Ouest de Jérôme Verschueren
Très antho avec des textes très variés par des auteurs connus et reconnus aevc un coup de coeur pour "Cahen Crépuscule " de Yaël-July Nahon et sa belle nouvelle, ciselée, forte avec des personnages étonnants et attachants. Texte avec énormément d'humour. On passe de rebondissements en rebondissements. Texte résolument FEMINISTE !
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Star Ouest
  08 mai 2015
Star Ouest de Jérôme Verschueren
Le western, pour moi c’est un des genres les plus casse-gueules. C’est vrai que cet univers a une aura vraiment à part et une puissance évocatrice exceptionnelle, mais il est peut-être un des plus codifiés, pleins d’archétypes dans tous les sens, tellement présents dans notre imaginaire collectif qu’il faut un grand mastodonte de la narration pour arriver à sortir une histoire de cet amas de clichés et de références entassés dans un coin de notre culture.



Pourtant chez Imajn’ère, a pas peur. Quand fut venu le temps de concocter leur anthologie annuelle de nouvelles à l’occasion du salon qu’ils organisent en avril à Angers (fier pays de la boquette), ils ont choisit comme thème le western. Mais pas question de se limiter, ici on pense large, le far west spatial, le far west classique, le far ouest breton (?), le far west martien, on tire dans tous les coins et attention à pas laisser trainer sa chope sur le comptoir. J’ai reçu ce recueil par l’intermédiaire de l’ami Dionysos que je remercie. Cela va sans dire, mais j’le dis quand même, comme tout recueil de nouvelles on n’accrochera pas à tout.



Sans contenir d’immondes bouses de bison fumées, l’anthologie contient pas mal de nouvelles agréables à lire mais pas vraiment mémorables, qui sentent le bon cliché des familles. Y’a des saloons qui puent, des pistoleros vengeurs, des shérifs, des brigands, des indiens, bref, toute la panoplie OK Corral est de sortie. Ainsi, les deux premières histoires (Juarez 1911, de Marc Villard et Du grabuge sur Montana de Romuald Herbreteau) ne surprendront pas vraiment mais posent leur ambiance avec un certain soin. C’est à la troisième que j’ai croisé la première proposition enthousiasmante, Mosquito Toast de Jeanne-A Debats nous raconte la chasse d’un Vampire poursuivant un de ses congénères en plein désert, cette nouvelle trouve un ton à elle et mélange habilement vampirisme et cow-boyisme. J’ai seulement failli déchirer le bouquin (mais bon, c’est dur, déchirer un livre, quand même…) en me rendant compte que l’histoire virait dans le travers purement horripilant du vampire sexué prout-prout à dentelles qui boit du sang dans un verre à pied, qu’est-ce que cette image m’énerve, je te hais, Anne Rice !



Voilà, on est lancés, je vais pas vous faire la vingtaine de nouvelles par le menu mais le livre recèle de vraies bonnes surprises, à commencer par Regarde au coin de la rue, fiston, si le clebs à trois pattes cavale à reculons de Justin Hurle. Rien que le titre m’a fait rire, je dois l’avouer… Mais cette histoire de bouseux sur un chantier de chemin de fer (classique, encore une fois) ressort par son côté décalé et un peu absurde qui marche vraiment bien. Les nouvelles suivantes sont plaisantes, on passe un moment agréable et les fan de westerns seront clairement dans leurs petits souliers même si certains récits, encore une fois, n’arrivent pas à se dépêtrer des archétypes qui collent au genre.



Quelques autres histoires ressortent du lot, et justifient la lecture de ce recueil à elles seules. Ainsi, Les marionnettes de la mort d’Irène Maubreuil & Robert Darvel propose une histoire de vengeance vraiment originale et surtout une ambiance géniale qui frappe par son côté visuel fort. Inadaptée, de Jérôme Verschueren, tape dans le western futuriste où l’aspect désert et crépusculaire vient du fait que les humains se sont tous entassés dans le cloud, laissant le vrai monde (le triste, là, avec les trucs physiques dedans…) aux quelques personnes ne pouvant pas les rejoindre. Enfin, ma petite préférence perso, Duel à Keralam de Jérôme Nédélec transpose habilement les codes du western dans la Bretagne du IXe siècle, pose une ambiance propre et nous livre une nouvelle vraiment épatante.



Côté visuel, le bouquin est parsemé de petites illustrations encrées de Gérard Berthelot, Grégor et Philippe Caza (oui, quand même…). Ce côté BD old-school apporte une touche très chouette au bouquin et ponctue les nouvelles de manière vraiment sympa. Le seul gros bémol visuel est la couverture que je trouve assez horrible, un fouillis un peu placé n’importe comment (oh, Roland de Gilead…), pas de perspective ni d’ouverture, des anatomies douteuses, une couleur jaune/ocre sur un fond parchemin bien dégueu. Apparemment c’est une pointure de l’illustration qu’a fait ça, Gilles Francescano, mais j’ose espérer que c’est pas son meilleur boulot…



Mais à part ça, l’anthologie d’ImaJn’ère vaut le détour, elle a une bonne cohérence (un exploit dans le domaine) et une qualité d’ensemble vraiment honorable, dont les quelques faiblesses sont compensées par de vraies bonnes grosses pépites et sans vrai gros ratage (à part la couv’ ?). Je suis pas toujours bon client du format nouvelle et pas forcément fan absolu de western, mais pourtant j’ai passé quelques vrais bons moments de lecture avec ce Star Ouest
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Antiqu'idées
  29 juillet 2016
Antiqu'idées de Jérôme Verschueren
Je tenais tout d’abord à remercier Denis Piel et l’association imaJn’ère pour m’avoir envoyé ce livre que j’ai beaucoup apprécié. Cette anthologie a été réalisée à l’occasion du sixième salon ImaJn’ère, le salon de la Science-Fiction et du Policier d’Angers qui a eu lieu les 21 et 22 mai derniers. Le thème de l’anthologie de cette année est l’antiquité qui est explorée sous divers aspects par le biais de la science-fiction, de la fantasy, du fantastique.



Toutes les nouvelles ont été écrites pour l’anthologie excepté celle de Lionel Davoust parue chez Mnémos en 2012. Trois nouvelles sont issues d’un appel à textes: Rivages de Eva Simonin, Le rêve du pont Milvius de Olivier Boile, et Chez Lucius, Dieux, Lares et Génies de Myrtille Bastard. Ces trois textes sont d’un très bon niveau et amènent à beaucoup de réflexions. Eva Simonin parle de l’antiquité grecque en utilisant des simulations virtuelles avec en toile de fond la maladie et l’évasion procurée par le rêve. Olivier Boile s’intéresse à l’uchronie et à la religion en inventant un monde où la religion musulmane serait dominante. La réflexion sur l’uchronie est faite de manière brillante et fait penser à Philip K.Dick dans le maître du haut château. C’est vraiment une très bonne nouvelle qui aurait pu être plus longue tellement le sujet est intéressant et bien traité. Myrtille Bastard amène à s’interroger sur la question des divinités avec un marchand qui vend des dieux qui peuvent exaucer des vœux quand on les prie.



Dans une anthologie il y a toujours les textes que l’on préfère et d’autres qui touchent moins. Il n’y a pas de nouvelles que je n’ai pas aimé mais il y en a que j’ai trouvé plutôt confuses comme Le tombeau de Calypso où je n’ai pas bien compris où l’auteur voulait aller. On retrouve Ulysse perdu en mer et ayant visiblement voyagé dans le temps mais il n’y a pas vraiment d’explications et le tout demeure assez obscure. Une histoire Tauride est un peu dans le même cas, il y a beaucoup de références très intéressantes comme Lovecraft ou Robert E.Howard mais c’est assez complexe et flou et j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire. Carthage part d’une idée sympathique mais est un peu trop longue surtout le passage du combat entre les 2 protagonistes qui aurait mérité d’être raccourci pour ne pas nuire au rythme du récit.



Le voyage au travers les époques est au centre de plusieurs histoires. On le retrouve chez Isabelle Arnoult où plusieurs époques nous sont présentées au sein d’une nouvelle bien écrite et flirtant avec la science fiction mais un peu trop courte pour vraiment s’y immerger. Dans Boadicée,,un devin montre à l’héroïne son avenir selon les choix qu’elle fera. Cette nouvelle se rapproche assez de la précédente dans la mesure où elle aurait aussi mérité un traitement un peu plus long pour mieux y entrer mais est très bien écrite.



Si certains textes amènent à la réflexion, d’autres sont traités par le biais de l’humour comme Ponce Pilate ponce où l’auteur s’intéresse aux 7 plaies d’Égypte avec pas mal de second degré, cela se lit facilement et on s’y amuse beaucoup. Quid Novi Medice nous replonge dans la bataille d’Alésia avec légèreté et une pointe d’humour dans le choix des noms des légionnaires romains. J’ai beaucoup aimé cette histoire où l’auteur nous explique ce qui a amené la défaite des gaulois. Le récit est à la fois original est bien amené et j’ai passé un bon moment en la lisant. L’immortel et l’assassin fait preuve d’un mélange des genres assez bien fait avec des épées faisant fortement penser à Star Wars et l’antiquité chinoise. C’est assez bien fait même si on devine un peu ce qui va se passer. Dans Discorde, Patrice Verry revisite le mythe de Pâris devant choisir parmi les 3 déesses. Cette nouvelle est très bien faite et à la fois originale et amusante. Elle est d’un très bon niveau.



Enfin je terminerai par les nouvelles des auteurs les plus connus. L’antiquité chez Lionel Davoust apparait avec le mythe de Circé, l’auteur sous la forme d’un article scientifique fait preuve de second degré et nous offre une très sympathique nouvelle qui conclut avec brio l’anthologie. Fabien Clavel s’intéresse à la mythologie grecque et plus particulièrement à Orphée et Eurydice qui est, je trouve, une des plus belles histoires de la mythologie grecque. Il mêle cette histoire d’amour au thème des zombies dans un long poème en prose, magnifiquement écrit. On aurait pu craindre le pire avec un tel mélange et pourtant ce texte se lit très bien et est un de ceux que j’ai préféré. Enfin, Estelle Faye ouvre avec brio cette anthologie avec une nouvelle fantastique qui laisse vraiment planer le doute sur ce qui arrive à la fin et s’intéresse à Dionysos et au vin. On retrouve la très belle plume de l’auteure qui en peu de mots arrive à camper des personnages crédibles et attachants avec toujours beaucoup d’émotions.



C’est donc une anthologie que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire. Je ne connaissais pas beaucoup d’auteurs et j’aimerais découvrir d’autres écrits de certains d’entre eux. L’antiquité est un thème qui me passionne depuis toujours et cette anthologie fait la part belle aux diverses mythologie de cette période. Elle mêle des textes qui amènent à la réflexion et d’autres plus légers avec de l’humour. Il y en a ainsi pour tous les goûts. Je recommande chaudement la lecture de ce livre qui est vraiment d’un bon niveau.
Lien : https://aupaysdescavetrolls...
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Star Ouest
  09 mai 2015
Star Ouest de Jérôme Verschueren
bonne antho avec des grands auteurs, western de tous les genres.

Deux coups de coeur : Inadaptée de Jérôme Verschueren et Cahen Crépuscule de Yaël-July Nahon. Deux nouvelles dont les héros sont des héroïnes !
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Antiqu'idées
  06 juillet 2016
Antiqu'idées de Jérôme Verschueren
Chaque année, l'association ImaJn'ère publie une anthologie de nouvelles dans le cadre du festival qu'elle organise à Angers. Ayant eu la chance de voir l'un de mes textes retenu pour figurer au sommaire, j'ai enfin pu découvrir ceux qui ont été proposés par mes quatorze petits camarades. Antiquité + SFFF : voilà un cocktail qui a tout pour me plaire... Qu'en est-il au final ? Voici mes impressions de lecture sur chacun des textes.



*La maison des vignes*

Une très bonne entrée en matière avec une nouvelle au style impeccable, une écriture parfaitement maîtrisée qui ne surprendra pas ceux qui ont déjà eu affaire à l'auteur. Voilà un excellent exemple de ce que doit être un texte relevant du genre fantastique : on ne sait sur quel pied danser, s'il faut pencher pour une explication rationnelle (hallucination, folie...) ou d'ordre surnaturel.



*Rivages*

Le début m'a agréablement surpris et a tout de suite su capter mon attention. Il faut dire que la guerre de Troie, je suis bon client ! En revanche j'ai peu à peu décroché en voyant venir de loin l'exercice de la nouvelle à chute... Chute qui, en outre, m'a déçu. À l'inverse du texte précédent qui laisse au lecteur la possibilité de choisir entre une explication rationnelle ou irrationnelle, ici l'auteur impose sa solution, à peine plus satisfaisante qu'un "en fait tout ceci n'était qu'un rêve !" Je retiendrais toutefois la première moitié, qui m'a bien plu.



*Deux fois vainqueur traverser l'Achéron*

Quand j'ai vu qu'il s'agissait d'un texte en vers, j'ai cru ne pas pouvoir le lire, étant généralement allergique à cette forme d'écriture. J'ai donc été plutôt étonné de ne pas détester ce texte, qui doit être le plus authentiquement antique de cette anthologie, car proche de ce que pouvaient déclamer les aèdes et autres rhapsodes. Un exercice intéressant, donc.



*Ponce, Pilate, ponce !*

Voici la nouvelle la plus ostensiblement humoristique de cette anthologie. Comme souvent avec ce type de texte, il y a à boire et à manger, et si je n'ai pas forcément goûté toutes les outrances de l'auteur, j'ai plusieurs fois souri à certaines saillies bien trouvées et passé un bon moment de lecture, ce qui est bien l'essentiel.



*Le tombeau de Calypso*

J'ai bien aimé l'écriture de ce texte, qui bénéficie de l'un des styles les plus littéraires de cette anthologie. J'aurais également bien aimé croire à cette histoire de naufragé... Mais là où "Rivages" donne trop d'explications et n'offre qu'une seule solution au lecteur, cette nouvelle-là pèche par excès inverse : je n'ai décelé aucune piste, aucune indice permettant de donner du sens à cette aventure... Si bien que l'ensemble me paraît au bout du compte un peu vain, malgré une jolie plume.



*Chez Lucius, Dieux, Lares et Génies*

Cet empire romain uchronique m'a rappelé le "Roma Aeterna" de Silverberg, ce qui pour moi est un très bon point. Le ton adopté est original et plaisant, et l'idée à la base du texte (une boutique vendant des dieux) est magnifique. J'ai été un peu moins emballé par le déroulement du récit en lui-même. La fin, notamment, m'a paru assez peu satisfaisante. Ce texte a malgré tout suffisamment de qualités pour faire partie des très bons moments offerts par cette anthologie.



*Ahêli ou la mémoire enfouie*

Je suis assez partagé sur cette nouvelle, qui me semble avoir un énorme potentiel (ne serait-ce que par son sujet : la civilisation harappéenne) mais qui me laisse un sentiment d'inachevé / inabouti. Il s'agit du texte le plus court de cette anthologie, alors que l'histoire racontée aurait certainement mérité plus de développements pour donner sa pleine mesure.

(Chipotage historique : le Pakistan est un état créé en 1947, la mention de "frontière du Pakistan" en 1920 est donc anachronique.)



*Quid Novi Medice ?*

Le seul texte que je n'ai pas du tout aimé dans cette anthologie. Pour tout dire, j'ai rapidement été amené à le lire en diagonale. L'élément qui m'a éjecté du récit avant même d'avoir pu y entrer est la multiplication des notes de bas de page, qu'il s'agisse d'ajouts plus ou moins humoristiques ou de précisions strictement historiques. À ma connaissance, seul Terry Pratchett arrive à rendre acceptable l'emploi de notes de bas de page dans un texte littéraire. Je le regrette d'autant plus que l'élément central de cette nouvelle (une équipe de super-héros antiques, si ma lecture en diagonale ne m'a pas trompé) avait tout pour me parler.



*Carthage !*

La transposition d'un fait historique dans un univers de space opéra militariste est le genre de délire qui me botte bien en ce moment. J'ai donc pris plaisir à la lecture de cette nouvelle... Même si le duel entre les deux protagonistes principaux aurait peut-être gagné à être raccourci pour que l'ensemble soit plus percutant, car au final, hormis ce "choc de titans" il ne se passe pas grand-chose tout au long de ces vingt pages.



*Boadicée*

Une nouvelle agréable, à défaut d'être vraiment mémorable. L'auteur nous offre une belle évocation du monde celtique au premier siècle de notre ère. En revanche la conclusion m'a laissé perplexe, au point de ne pas être certain d'avoir saisi les tenants et aboutissants de cette nouvelle : comment et pourquoi le narrateur se retrouve-t-il transporté à la veille de la bataille de Gergovie, soit un siècle avant Boadicée ?



*Discorde*

Cette réécriture toute personnelle du mythe du jugement de Pâris (qui débouchera sur la guerre de Troie et léguera à la langue française la fameuse pomme de discorde) m'a beaucoup plu. L'auteur ne cherche pas à en faire des tonnes, mais l'humour omniprésent a parfaitement fonctionné sur moi.



*Une histoire Tauride*

L'une des nouvelles les plus longues de l'anthologie, pourtant on ne s'y ennuie pas un seul instant. Il ne faut pas se laisser abuser par le calembour du titre qui peut faire croire à une pochade. Malgré des chats qui parlent, le président Poutine en kimono et une intrigue tournant autour du "Conan" de John Milius, les turbines de l'imagination et de la réflexion fonctionnent à plein chez l'auteur comme chez le lecteur. Cette histoire d'énigme archéologique aux implications vertigineuses pourrait, à mon sens, être développée par son auteur pour servir de base à un roman.



*L'Immortel et l’Assassin*

En parcourant l'anthologie avant de la lire pour de bon, j'avais tout spécialement noté cette nouvelle dont le cadre m'attirait plus que tout autre. J'ai au final été un peu déçu. Il m'a manqué certaines choses pour me croire transporté dans la Chine du Premier Empereur. J'ai bien compris que le but de l'auteur était de transposer certains éléments de Star Wars dans un contexte antique... Sauf que je dois être le seul geek de l'univers à n'avoir jamais vu un seul des sept films de la série, si bien que je suis certainement passé à côté de pas mal de références. Et au vu du titre de la nouvelle et de son contexte historique, il y a sans doute également des références à "L'empereur et l'assassin"... film que je n'ai pas encore vu non plus.



*Faisabilité et intérêt zootechniques de la métamorphose de masse*

Je salue le talent de l'auteur, qui a su parfaitement reprendre les codes du rapport technique ou de la "littérature" administrative, le tout saupoudré d'un humour discret et de bon aloi. Mais la force de ce texte est aussi sa faiblesse : par définition, le style ici pastiché est à la limite du lisible... Cette nouvelle d'une originalité indiscutable constitue toutefois une parfaite conclusion à cette anthologie.



Au final, "Antiqu'idées" ne renferme pour moi aucun véritable coup de cœur, mais hormis une seule nouvelle que je n'ai pas réussi à lire pour des raisons très particulières, toutes m'ont plu d'une manière ou d'une autre. C'est une anthologie qui m'a semblé très homogène dans la qualité des textes : la moyenne générale y est supérieure à d'autres publications du même genre où l'excellent côtoie le médiocre. Enfin, pour ne rien gâcher, de jolies illustrations intérieures viennent agrémenter l'ensemble après chaque texte. Une lecture hautement recommandable, donc ! L'amateur d'histoire et de mythologies antiques aurait tort de passer à côté.

À l'année prochaine, peut-être, avec la thématique de l'eau...
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Star Ouest
  09 mai 2015
Star Ouest de Jérôme Verschueren
Anthologie dense, des tas de bons textes.

A découvrir
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Riposte Apo
  08 août 2013
Riposte Apo de Jérôme Verschueren
J'ai globalement passé un excellent moment avec cette anthologie, qui a comme fil conducteur pour de nombreuse nouvelles les fameuses tapisseries représentant l’apocalypse et que l'on peut observer à Angers.



Certaines nouvelles m'ont moins parler que d'autres parce qu'elles n'étaient pas dans l'univers post-apocalyptique que j'aime retrouver, ce qui ne veut donc pas dire qu'elles ne soient pas bonnes, elles ne sont pas pour moi c'est tout. D'autres nouvelles sont construites dans des univers riches et très travaillés qui pourraient présager des ouvertures comme celle de Christian Bergzoll « La peine Capitale »ou encore « Le Sérum » de Guillaume Bergey, où je plongerais facilement dans une autre nouvelle dans cet univers .... La suite sur le blog
Lien : http://laprophetiedesanes.bl..
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Antiqu'idées
  05 septembre 2016
Antiqu'idées de Jérôme Verschueren
Antiqu'idées, l'anthologie officielle du Festival ImaJn'ère 2016, pique d'emblée la curiosité. le thème, certes souvent exploité dans les genres de l'imaginaire, ne manque cependant guère de potentiel. Je craignais un peu une surreprésentation de l'antiquité gréco-latine dans ces nouvelles, mais ai été agréablement surprise par la variété des textes.

Qui plus est, on trouve au sommaire autant d'auteurs connus dans le milieu SFFF que de petits nouveaux. Il est toujours plaisant de découvrir de nouvelles plumes, mais aussi de voir comment des auteurs qu'on apprécie exploitent un thème donné.

Comme pour toute anthologie, il est assez difficile d'évoquer les textes sans trop en dire. En outre, ils couvrent un grand éventail de lieux et de genres, j'ai donc décidé de les présenter dans l'ordre de publication.



L'anthologie s'ouvre sur La Maison des vignes d'Estelle Faye. Une nouvelle Fantastique dans la plus pure tradition du genre. L'auteur a choisi d'effleurer les Mystères dionysiaques, thème cher à mon coeur, et est parvenue à créer une ambiance très plaisante. le soleil, le vin, des éblouissements qui altèrent la raison… J'ai néanmoins trouvé l'intrigue un peu convenue. Cependant, il s'agit d'un très bon texte.



Ensuite vient Rivages d'Eva Simonin, un texte agréable, mais à la chute prévisible. le fond mythique n'y est pas assez exploité à mon goût. Il y avait matière à le rendre moins anecdotique.



Deux fois vainqueur traverser l'Achéron de Fabien Clavel est indubitablement mon texte préféré.

Eurydice nous y chante ses presque retrouvailles avec Orphée. L'auteur a une parfaite connaissance du mythe et a su en exploiter le moindre détail avec intelligence et finesse, tout en peuplant les zones d'ombre de nouveaux fantômes (ou d'autres créatures moins ragoûtantes). Cette lecture entre les lignes est originale et en même temps très respectueuse. J'ai, de même, beaucoup apprécié la référence à Nerval.



Le rêve du pont Milvius est également un très bon texte. Il mériterait largement d'être développé sous forme romanesque. Dans ce monde, l'islam s'est imposée à la place du christianisme et un écrivain moderne se demande ce qui se serait produit si cela n'avait pas été le cas. Cette mise en abyme uchronique, rappelant un peu le Maître du Haut Château de K. Dick, est très intéressante.



Ponce, Pilate, ponce ! de Justin Hurle nous fait changer de registre. Les plaies d'Égypte y ont une origine pour le moins loufoque. Ce texte amusant et déjanté me rappelle quelque chose sans que je sache dire exactement quoi. Il est néanmoins original et apporte un peu de légèreté à cette anthologie, tout en changeant de décor. Néanmoins, ce type d'humour ne séduira pas tout le monde.



Je pense être passée totalement à côté du texte suivant… Je ne saurais pas dire pourquoi, mais je n'ai pas du tout accroché au récit de Brice Tarvel, le Tombeau de Calypso. C'est pourtant du Fantastique, mon genre préféré. Un Ulysse déboussolé y échoue sur une île d'Ogygie bien loin de ses standards…



Chez Lucius, Dieux, Lares et Génies de Myrtille Bastard démarrait plutôt bien. L'idée de base ne manquait pas de piquant : toi aussi chez toi crée une divinité qui exaucera tes voeux puisque les autres ne le font pas ! Info ou intox ? le narrateur, stéréotypé à souhait, était idéal pour ce genre de récit. Cette nouvelle avait du potentiel. Malheureusement, celui-ci n'est que peu exploité, tout comme le filigrane uchronique qu'on entrevoit à peine. La fin m'a semblé décevante, peut-être un peu lisse pour la cynique que je suis.



Âheli ou la mémoire enfuie est un récit plus doux. Cette vision de l'Atlantide et de sa fin n'est pas très originale, il me semble avoir lu mille fois une interprétation de ce type, mais celle-ci se révèle néanmoins efficace et élégante dans sa simplicité. En tout cas, j'en ai apprécié la lecture.



Quid Novi Medice nous emmène au temps de la guerre des Gaules (référence obligatoire à deux célèbres Gaulois) et explore à sa façon le thème très couru des super-héros.



Carthage ! d'Arnaud Cuidet fait partie des textes qui m'ont le plus marquée. Cela est d'autant plus étonnant que je ne suis pas férue de scènes de combat. Toutefois, le mélange entre science-fiction, histoire et références littéraires (un des rares textes de Flaubert qui me parle vraiment) m'a beaucoup plu. J'ai de surcroît trouvé le style de l'auteur très poétique et agréable à lire.



Boadicée, comme son titre l'indique, nous emmène sur les traces de la célèbre reine guerrière, mais quel destin choisirait-elle s'il lui était donné d'entrevoir son futur ? L'auteur y fait montre d'un sens de la mise en scène plutôt intéressant.



Discorde mêle SF et mythologie grecque de façon relativement amusante. On y rencontre trois donzelles qui cherchent un gugusse pour les départager et un berger d'origine princière, si ça vous parle… Cette réécriture était plutôt sympathique, j'ai beaucoup apprécié le début mais ai été une nouvelle fois déçue par la fin.



Une Histoire Tauride est l'une des nouvelles que j'ai le plus appréciées. Un scientifique endetté s'embarque dans un chantier de fouilles archéologiques qui se révèle particulièrement atypique. Quand l'Histoire se réécrit d'elle-même (ou presque, merci les incidents nucléaires) pour intégrer de la fiction (cimmérienne, mes amis !) et que des chats patriotes s'en mêlent, moi je dis que ça vaut le détour ! J'en aurais bien lu quelques pages de plus.



Un contrebandier, une chèvre et un chevalier sont dans une barque… Ça commence comme une blague et on n'est pas loin du compte. L'Immortel et l'Assassin est un texte récréatif, qui joue sans vergogne sur le mélange des genres et des références très marquées à une obscure saga interstellaire et ses sabres lasers… de quoi passer un bon moment.



Je connaissais déjà Faisabilité et intérêt zootechniques de la métamorphose de masse et je l'ai relu avec plaisir. Ce texte, rédigé comme une étude des plus sérieuses, est à la fois drôle et intelligent. On nous y propose de régler le problème de la surpopulation et du manque de ressources nourricières grâce à un épisode de l'Odyssée. Sous couvert d'humour et de métaphore, il aborde des problèmes réels, des points de morale et d'éthique, et offre une réflexion intéressante.



Dans l'ensemble, je garde une assez bonne impression de cette anthologie qui respecte le pari de nous faire voyager dans le passé et propose un panel de textes très éclectique. Certains m'ont peu marquée, il est vrai, mais se détachent du lot de vrais petits bijoux qui satisferont les lecteurs les plus exigeants et resteront dans les mémoires.
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