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Note moyenne 4.06 /5 (sur 88 notes)

Nationalité : Hongrie
Biographie :

Né à Budapest en 1901, János Székely se fait d'abord remarquer comme poète. Il devient scénariste pour le cinéma expressionniste allemand, puis pour Hollywood, où il sera à l'origine du succès cinématographique mondial de Désir de Frank Borzage, produit par Ernst Lubitsh. C'est en publiant en 1948 le chef d'œuvre L'Enfant du Danube qu'il s'affirme véritablement comme écrivain.
Après vingt ans passés aux États-Unis, il s'établit en 1956 à Berlin. Très malade, il fait une demande de retour en Hongrie, mais meurt avant d'obtenir son visa, le 16 décembre 1958.

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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
Palmyre   29 octobre 2019
L'enfant du Danube de János Szekely
J'étais envahi d'une étrange lassitude, pareille à celle qui vous étreint dans un rêve, quand vous avez marché pendant des semaines vers un but déterminé et que vous ne pouvez vous souvenir de la raison qui vous poussait, une fois ce but atteint.
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Palmyre   23 septembre 2019
L'enfant du Danube de János Szekely
Budapest était blanche et irréelle comme un hiver de conte de fées. Pas un souffle de vent dans les rues ; la ville entière semblait retenir son haleine. De gros flocons de neige, étincelants de diamants, flottaient rêveusement ; et mon imagination enfantine voyait des castels enchantés à travers la brume laiteuse.
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Sycorax   23 mai 2020
L'enfant du Danube de János Szekely
L'ivresse était à bon marché, en Hongrie ; les maîtres du peuple, tels les charlatants, utilisaient l'alcool au lieu de remèdes, pour apaiser les angoisses de la misère. Le peuple était abreuvé de vin et de haine, de crainte qu'un beau jour, il ne s'éveille à la réalité. L'ivrogne en haillons battait sa femme, l'ivrogne en uniforme battait l'"ennemi", et tous deux réalisèrent trop tard que leurs véritables ennemis étaient indemnes. "Nous ne mourrons jamais !" avaient-ils hurlé des siècles durant ; pendant ce temps, le pays dépérissait, et bien rarement par la faute de l'"ennemi". Pour nous, la paix a toujours été plus dangereuse que la guerre, car personne n'a inventé de bombe plus meurtrière que la pauvreté.
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Annette55   16 décembre 2013
L'enfant du Danube de János Szekely
Je m'assis bien vite sur le bord du lit,car j'étais tout étourdi de faim.

C'était terrible et merveilleux,Je me retirais le pain de la bouche pour nourrir ma mére affamée.

Désormais,je lui rapportais tous mes repas.

J'avais toujours faim,j'avais toujours sommeil.Et je travaillais douze heures par

Jour,sans compter mes Huit heures de promenade hygiénique.

Je vivais dans une hébétude d'ivrogne.J'avais des étourdissements et j'étais

couvert de sueurs froides. En rentrant ,je m'appuyais aux réverbéres,je restais

Immobile de longs moments : mes pieds ,se refusaient à avancer,,,.....
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VALENTYNE   17 septembre 2019
L'enfant du Danube de János Szekely
C’est la dernière fois que je vis mon maître. Six mois plus tard, sa sœur mourut et il devint de plus en plus impossible. En fin de compte, il y eut une enquête, on le reconnut coupable de menées politiques, il fut révoqué avec suppression immédiate de toute pension. Quand je revins au village, bien peu de gens se souvenaient de lui. On contait encore ses escapades, comme l’aventure de la comtesse ; mais ses propres élèves avaient perdu la mémoire de sa science étonnante et de ses dons exceptionnels d’éducateur. Il devint un héros des histoires de bonnes femmes ; mais sa vraie personnalité était tombée dans l’oubli.

Le nouvel instituteur avait eu du succès. Les notables l’appréciaient avec enthousiasme ; les paysans n’en étaient pas fous, mais ils lui tiraient leur chapeau et admettaient que c’était un brave homme. Il s’acquittait de sa tâche de façon exemplaire ; il ne buvait pas, ne jouait pas ; et si, d’aventure, ses yeux s’égaraient, c’était à la grande joie de toutes les mères de filles à marier. « Il serait de bonne prise. », disaient-elles, non sans raison. C’était un jeune homme travailleur, bien élevé, sans prétention, il venait d’une famille connue de tous. Il était parent d’un conseiller municipal de Budapest, homme de droite, et, comme lui, un de ces hongrois cent pour cent d’origine allemande. C’est ce cousin qui l’ avait fait nommer au village ; et, par un accord tacite, il était convenu que le jeune homme ne resterait pas longtemps dans ce hameau perdu, mais serait transféré à Budapest dès que l’ambitieux conseiller municipal serait devenu ministre de L’Education.

Le nouvel instituteur supprima tout de suite les « causeries de l’après-midi » et ne s’inquiéta guère de savoir si les petits pauvres possédaient des souliers pour venir en classe. Pareille sensiblerie lui était inconnue. Sa mentalité et ses opinions étaient la copie exacte de celle du ministre royal de la Religion et de l’Education publique de Hongrie. Fidèle à sa race, il remplissait ses devoirs à l’allemande, avec précision, discipline et exactitude. En accord avec les lois, édits et règlements en vigueur, il enseignait avec conscience les matières prescrites ; et avec la même conscience, il fermait les yeux sur ce qui était en dehors du programme. Il était le genre d’homme que sa notice nécrologique décrirait comme « un pédagogue exemplaire et d’une moralité de bonne aloi ». C’est grâce à ses « pédagogues exemplaires » que se perpétuait l’ordre social en dépit des millions de petits paysans sans souliers.

Les villageois pensèrent, tout d’abord, que mon maître d’école avait accepté sa révocation d’un cœur léger. Il avait reçu l’ordre de quitter son logement le 1er septembre 1930 ; dans la nuit du 31 août, il fit une fête à tout casser. Le lendemain, le nouvel instituteur arriva pour prendre sa succession ; mais c’est en vain qu’il sonna à la porte. Il dut appeler les gendarmes qui firent ouvrir par un serrurier. On trouva mon maître sur son divan, au milieu de flaques de vin, de verres brisés et de bouteilles vides ; un filet de sang coulait de sa poitrine. Le médecin de la région, qui avait bu en sa compagnie jusqu’à cinq heures du matin, ne pouvait plus rien pour lui. Mon maître était un tireur excellent, il avait visé en plein cœur.
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VALENTYNE   19 février 2020
L'enfant du Danube de János Szekely
Le majordome ne jurait que par l’armée ; aussi jouait-il aux petits soldats avec nous. Chaque matin, il nous faisait aligner pour nous passer en revue. Les boutons de cuivre de nos uniformes rouges devaient briller comme des miroirs, et malheur au mécréant dont le pantalon n’avait pas un pli impeccable. Notre chevelure devait obéir au « règlement» : nous portions la raie de côté et les cheveux collés avec de l’eau ou de la pommade. Au commandement, nous présentions nos mains pour l’inspection des ongles ». Le majordome examinait aussi nos oreilles et notre cou ; il allait même jusqu’à nous renifler comme un chien avec la farouche détermination de dépister l’odeur de sueur.

Un jour, en arrivant à moi, il se mit tout à coup à hurler :

– Qu’est-ce que c’est que ces souliers là ?

Je ne savais que répondre. Pouvais-je lui dire que c’étaient les souliers du maître d’école et que j’avais traversé l’enfer pour les acquérir ? Qu’à cause d’eux, j’avais été jeté en prison, frappé à coups de crosse et chassé de mon village ? Que j’avais dû quitter l’école par la faute de ces maudits godillots ?

Il y eut un silence terrifiant. Le majordome me fusillait du regard, attendant ma réponse. J’avais l’impression que le monde allait s’écrouler.

[…]

– Maman, lui dis-je, j’ai bien peur de perdre ma place.

– Et pourquoi donc ?

– Le majordome n’aime pas mes souliers.

– Qu’est-ce qu’il leur reproche ?

– Je ne sais pas. Ils étaient assez bons pour le maître d’école ; et Dieu sait qu’il vaut mieux, dans son petit doigt, que le majordome dans toute sa personne, monocle et tout.

Cette nouvelle ne parut guère émouvoir ma mère.

– Eh bien, s’il le faut absolument, dit-elle, nous t’achèterons une paire de souliers.

Je n’en croyais pas mes oreilles.

– Et le loyer ?

– Si le portier dit vrai, tu rattraperas le prix des souliers en deux ou trois jours.

–Tu as raison, ma foi. Je n’y pensais pas. J’étais fort soulagé.

Le lendemain, je coupai à l’école d’apprentissage et accompagnai ma mère pour acheter une paire de chaussures. Ce fut une grande date dans ma vie. J’ai sous les yeux mon petit calepin. J’y avais inscrit, dans la colonne du « Doit » : « 18 février 1928 : dû à ma mère, une paire de souliers : 7 pengoe 20. » Et au-dessus : «Pas de chaussures d’occasion. De vrais souliers neufs. »
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Palmyre   01 novembre 2019
L'enfant du Danube de János Szekely
Je sentais, cette fois encore, que l'heure avait sonné, qu'il ne fallait pas m'arrêter tant que j'entendrais la mélodie, qu'il me fallait trouver une rime à ma vie avant que la fièvre et la magie se fussent évanouies.
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le_Bison   07 février 2012
Les Infortunés de Svoboda de János Szekely
… il avait remarqué le gout prononcé de l’adjudant pour la bière de Pilsen. Lui-même étant porté sur la boisson, il reconnaissait immédiatement sa propre inclination chez les autres…



La soirée fut une réussite hors pair. Aux alentours de minuit, l’adjudant sortit pour vomir puis reprirent leurs toasts au nom de l’amitié mutuelle. Le lendemain, l’adjudant se réveilla avec une gueule de bois épouvantable, mais se félicita des qualités exceptionnelles de Crâne d’œuf. Il était convaincu que l’armée régulière avait tort de considérer les troupes d’assaut comme de la racaille.
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SINCLAIRE   10 février 2016
L'enfant du Danube de János Szekely
personne n'a inventé de bombe plus meurtrière que la pauvreté
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le_Bison   07 février 2012
Les Infortunés de Svoboda de János Szekely
Une voix s’éleva parmi la foule, hurlant à gorge déployée :

- Justice !

Immédiatement, l’exclamation libéra les cœurs, et l’assemblée, calme et méfiante, se fit sonore et revendicatrice. Bientôt, ce fut un seul et même cri :

- Justice !

- Justice !

- Justice !

Quel que fut l’auteur de ce premier cri, il voulait certainement soutenir le colonel, mais sa réclamation le dépassa et gagna très vite en volume, telle une avalanche. On n’exigeait plus réparation pour un seul homme mais pour le pays tout entier, le monde tout entier, pour toutes les personnes usées, brisées et opprimées.

- Justice !

- Justice !

- Justice !

Crâne d’œuf jeta un coup d’œil par la fenêtre. Il apprécia fort peu le spectacle : la place était couverte d’une marée humaine en ébullition.
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