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Critiques de John Baldwin (11)
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Philippe-Auguste

Il fallait oser : faire remonter la création - ou l'embryon de formation - d'un véritable État français au règne de Philippe II Auguste (1179 - 1223), semblait audacieux. Et pourtant, quand l'on y réfléchit et que l'on refait la liste des avancées territoriales et administratives réalisées de son temps, depuis qu'il avait remis la main sur la Normandie vers 1204, après la mort du roi d'Angleterre Richard 1er Cœur de Lion et avec le remplacement de ce dernier par son médiocre frère, Jean Sans Terre, tout nous incline à penser que c'est bien, en effet, de cette époque qu'il faut dater le début réel de ce que l'on a pu appeler le "miracle capétien", et que, sans cette action d'un roi, tenace dans ses idées comme dans ses ambitions pour le royaume, rien de tout ce qui a suivi - et l'on pense à ce qui fut fait par et sous Louis IX et Philippe IV le Bel - n'aurait été possible.

C'est donc un historien né Outre-Atlantique qui est venu nous confirmer que nous pouvons être fiers de ce qu'a accompli Philippe Auguste, dont on sait que le règne fut surtout illustré par la brillante et décisive bataille remportée à Bouvines en 1214 sur les troupes germaniques d'Otton de Brunswick alors que son fils, le futur Louis VIII mettait en déroute les Anglais à La Roche-aux-Moines. Tout un symbole : tous les "grands ennemis" du royaume de France avaient été défaits, entre mai et juillet, sur notre sol.

Après cela, et l'agrandissement tant des fiefs relevant de la couronne que du domaine royal proprement dit, l’œuvre de construction de l'État capétien, avec ses rouages administratifs, ne pouvait que se poursuivre et se solidifier.

Un ouvrage incontournable pour qui veut comprendre ce qui s'est passé en France à la charnière des XIIe et XIIIe siècles. Et qui n'est donc pas seulement une biographie, mais, déjà, un classique.



François Sarindar, auteur de : Jeanne d'Arc, une mission inachevée (2015)

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Hommes et Femmes du Moyen Age

ET LUX FACTA EST.



Qui, mieux que le directeur de cet ouvrage captivant pouvait résumer l'intention fondatrice de celui-ci ? Écoutons-donc un instant Jacques Le Goff, immense médiéviste qui su, parmi quelques autres tels Georges Duby (qu'il cite d'ailleurs régulièrement) et dans la lignée d'un Fernand Braudel, rendre sensibles et vivants des temps pourtant si incroyablement lointains de nous par tant d'aspect, sociaux, culturels, politiques, économiques et, plus que tout le reste réuni peut-être, spirituels. Voici donc quelques mots de ce qu'il en explicite dans son introduction :



«L'histoire semble se présenter dans ce livre sous une forme relativement périmée, puisqu'elle s'appuie essentiellement sur les grands personnages. Or, depuis le mouvement des Annales, au milieu du XXème siècle, on va chercher l'essentiel de son sens dans l'ensemble des sociétés et des couches sociales. Les historiens qui ont conçu et composé cet ouvrage ont cependant pensé que les hommes et femmes célèbres pouvaient être les étendards très parlants d'une société et d'une époque. C'est donc en tant que révélateurs de leurs temps et héros de la mémoire historique que sont présentés les individus qui illustrent ce livre collectif.»



Le professeur "inventeur" du «très long moyen-âge», qui conteste ainsi le fractionnement arbitraire et, somme toute, relativement récent de l'histoire en "Moyen-Âge puis "Renaissance" pour en arriver à "l'Ancien Régime", estimant que les caractères essentiels du Moyen-Âge se poursuivent jusqu'au XVIIIè, siècle au cours duquel se créent deux véritables modernités - autres que relativement cosmétiques - à savoir la naissance de l'industrie moderne en Angleterre et la Révolution en France (mais il ne s'agit évidemment pas dans ce volume de dépasser les dates (476 - 1492) parfaitement arbitraires mais traditionnellement admises, dans notre pays, pour délimiter cette hypothétique période médiévale plus concentrée - qui représente tout de même pas moins de 1016 longues années, c'est à dire presque le double d'années qui nous séparent, en 2019, de cette date conclusive !), Jacques Le Goff, donc, poursuit un peu plus loin de cette manière :



«Les personnages de ce volume ne se limitent pas à offrir une image résumée de leur vie et de leur célébrité. Ils sont ici en tant que témoins de leur époque, car à travers eux l'Histoire a connu à la fin du XXèle siècle un tournant ; de même que l'histoire événementielle a cédé en général la place à une histoire plus globale, plus profonde, et plus collective, les grands personnages qui l'ont animée ont été vus comme emblématiques d'une période, d'une société, d'une civilisation. Telle est donc, résumée en quelques points, l'image du Moyen-Âge présentée ici à travers ces personnages ; cette vision est d'abord la mienne ; elle est aussi plus ou moins partagée par les historiens qui ont acceptés d'écrire un ou plusieurs articles de cet ouvrage collectif.»



Et - presque - de conclure par ces mots auquel nous ne saurions qu’acquiescer, tant les lectures consacrées à cette (ces) période(s) n'ont de cesse de le démontrer :



«Mon Moyen-Âge s'éloigne radicalement - il en est presque le contre-pied - de l'image d'un Moyen-Âge obscurantiste, ce que les Anglais ont appelé les "Dark Ages". Cette image s'est développée avec les humanistes de la Renaissance, avec les philosophes et les historiens du siècle dit des Lumières, le XVIIIè, et n'a été que partiellement restaurée par les goûts nouveaux du romantisme et par l'étude positiviste du XIXè siècle, plus proche des documents et mieux armée d'esprit critique. Le long Moyen-Âge que j'évoquais plus haut - mais cela vaut aussi pour le Moyen-Âge traditionnel, qui s'étend du IVè siècle à la fin du XVè siècle - est une période beaucoup plus positive et progressiste qu'on l'a pensé (même si le terme «progrès» n'y existe pas au sens moderne).»



Qu'ajouter de plus, sinon que ce document, réalisé sous la direction de Jacques Le Goff, compte quarante-quatre contributeurs, parmi lesquels Martin Aurell, Michel Banniard, Philippe Contamine, Bruno Dumézil (jeune et brillant spécialiste de la période du Haut-Moyen-Âge), Régine Le Jan, Jacqueline Risset (autrice d'un saisissant article consacré à Dante, et dont elle est l'une des grandes spécialistes), André Vauchez (un de nos meilleurs professeurs français en matière de sainteté et de spiritualité au Moyen-Âge), etc... Autant de chercheurs, universitaires, scientifiques, auteurs (toutes mes excuses à ceux que je n'aie pu citer ici) qui, dans leur domaine d'excellence nous donnent à découvrir, par le biais de ces "étendards" soulignés par Jacques Le Goff, une période complexe et ô! combien vivante. Une ère tour à tour lumineuse et sombre, en replis ou en expansion, bien plus cultivée et créatrice que cela n'est sans cesse seriné. Le temps d'une Europe en devenir ; une civilisation certes toute tournée vers sa foi en Dieu et au Christ mais où la place de la religion et surtout celle de ses représentants sur terre - moines, clercs, papes - est en constante évolution et jamais aussi monolithique ni absolue qu'on peut aujourd'hui se le représenter. Ainsi, s'il est alors inconcevable de ne croire en rien, les hérésies y pullulent, les contestations de l'autorité des évêques, a fortiori du pape, y sont légion et si le grand rêve monachique traverse presque toute cette longue période, elle demeurera à jamais un rêve, un genre d'absolu, pas une réalité tangible.



C'est aussi la refondation - tout autant que les premiers prémices - de cette Europe que nous peinons aujourd'hui tant à bâtir qui se profile alors peu à peu sur les décombres jamais tout à fait oubliés de l'Empire Romain (en cela la "Renaissance" n'en est pas une autant qu'elle a voulu le faire croire). Bien sûr, il ne s'agit ici, pour l'essentiel, que de personnages de "premier plan" : Papes, docteurs de l'église, saints canonisés, rois (sans doute "la" grande marque politique du Moyen-Âge, ce régime devenant la norme dans toute l'Europe), quelques "grands commis" d'états - pardon pour l'anachronisme - dont les contours sont encore très flous, très fluctuants, quoique de moins en moins au fur et à mesure de l'avancée dans les siècles. S'y ajoutent le portrait de quelques écrivains profanes, quelques premiers grands peintres (les créations musicales, picturales ou littéraires mettront très longtemps à s'individuer, l'anonymat des créateurs étant longtemps la norme, les créations étant d'ailleurs bien souvent collectives). Pour s'achever sur les portraits de personnages imaginaires (Le Roi Arthur, la Papesse Jeanne, Jacques Bonhomme, Mélusine, Roland, Satan, La Vierge Marie, etc) dont on peut sans peine affirmer qu'ils donnent autant à comprendre le Moyen-Âge que les notices consacrées à des individus, femmes ou hommes, ayant véritablement vécus, ces premiers ayant pris pour ainsi dire corps dans les esprits de cette période.



C'est donc tout autant le reflet d'une ère que les portraits de 112 de ses acteurs - prestigieux ou plus confidentiels - que l'on découvre au fil de ces pages. On pourra peut-être regretter la part congrue réservée aux femmes mais, Jacques Le Goff s'en explique presque autant qu'il s'en excuse, il faut bien admettre qu'elles n'ont elle même que la part congrue dans les traces que les temps nous ont laissé. D'ailleurs, de l'avis de l'historien «cette inégalité [NB entre portraits d'hommes et ceux de femmes] n'est pas le reflet de celle que notre modernité a perpétué dans la plupart des sociétés humaines, y compris la nôtre ; elle est le reflet documenté de la place réelle des femmes au Moyen-Âge. On verra d'ailleurs que cette infériorité n'est pas toujours aussi évidente que l'on croit». À bon entendeur !



En résumé, cet ouvrage de quelques cinq cents pages passionnantes, pleines de surprises et de belles découvertes est un véritable petit bréviaire - le terme n'est pas anodin, s'agissant de cette période - à destination de lecteurs curieux et avides de lectures intelligentes tout en étant parfaitement accessibles, ouvrant large sur d'autres perspectives (ne nous cachons pas que nombre des biographies proposées ici ont un enthousiasmant "goût de trop peu" et qu'il laisse libre à chacun d'aller y voir un peu plus en profondeur), démontant sans en avoir l'air un nombre infini de lieux communs, de contre-vérités, de fantasmes et autres billevesées que l'on a coutume d'entendre - bien trop souvent - sur cette période d'une richesse inouïe, celle qui fonda tout un pan de notre imaginaire, de notre recherche du beau et de notre intellect : que l'on songe au cycle Arthurien sans cesse revisité, aux sagas islandaises, à l'imaginaire féerique sans lequel nos "littératures de l'imaginaire" serait certainement bien différent, à l'émergence des ancêtres de nos actuelles autobiographies, à la première redécouverte de la philosophie grecque - Platon et Aristote en tête -, aux premières bases de la représentation graphique réaliste du monde après l'avoir représenté de manière essentiellement symbolique dans un premier temps, à la création de la notation musicale telle qu'elle perdure encore aujourd'hui, etc, etc, etc.



Ouvrage à lire d'une traite, à découvrir sans urgence ou à reprendre au fil des envies, cet "Hommes et Femmes du Moyen Age" est une porte d'entrée faramineuse dans un univers tout à la fois proche (par l'engouement qu'il suscite) et terriblement lointain que furent ces mille années passées.
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Paris, 1200

Suite à l'incendie tout récent de Notre-Dame de Paris, je rends ici un petit hommage littéraire personnel sur ce monument magique de la capitale.

"Paris 1200" ne se résume cependant pas à raconter l'histoire de la construction de la cathédrale, encore en cours mais dresse un saisissant instantané de la société de l'époque.

Un livre sur le Paris du Moyen-Age qui retrace un passé méconnu et qui se révèle être absolument grandiose !
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Hommes et Femmes du Moyen Age

Plus d'une centaine de portraits succincts d'hommes et de femmes du Moyen Âge, témoins de leur époque.

D'abord chaque portrait en soi est intéressant à lire. Certains personnages m'étaient inconnus et d'autre mal ou très mal connus, en particulier les plus célèbres.

Ensuite, en les lisant à la suite, le lecteur prend la mesure de l'importance de la foi chrétienne pendant des siècles. D'ailleurs l'Europe était désignée par le nom de Monde Chrétien et non par son nom géographique comme c'est devenu le cas plus tard.

Enfin ce livre permet de prendre la mesure de l'héritage incroyablement riche et varié de cette période, héritage qui nous accompagne encore tous les jours.
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Hommes et Femmes du Moyen Age

Voici un superbe ouvrage collectif supervisé par Jacques Le Goff que je conseille à tous les médiévistes! Il s'agit de portraits autour de grandes personnalités et vedettes du Moyen-Age, mélangeant des personnages imaginaires et réels, féminins et masculins. mélusine, Jeanne d'Arc, Robin des Bois mais aussi Charlemagne, Pétrarque, Clovis n'auront plus de secrets pour vous! Leurs parcours sont argumentés tant sur le plan personnel qu'historique! Cinq étoiles!!
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Hommes et Femmes du Moyen Age





Jacques Le Goff nous fait découvrir un panthéon ayant marqué le Moyen-Âge. Période riche en évènements, ce travail de passionnés montre bien que cette époque est riche en de multiples domaines (littérature, peinture, architecture, politiques …).



Tout d’abord, l’étalement dans le temps donne le tournis. Le premier a se faire tirer le portrait est Saint-Martin-de-Tours en 325 pour finir en 1506 avec Christophe Colomb soit 1181 années. Autant dire qu’il s’en passe des trucs. Comme comparaison, c’est comme si on abordait un livre qui commence en 2019 pour finir en 3200.



L’utilité de ce livre n’est pas que dans son étalement dans le temps. Il nous fait rencontrer des personnes que l’on avait croisé dans d’autre livres sans savoir avec précision leurs histoires (pour mon cas, ça a été Suger et quelques autres). Puis on aborde des personnes que l’on avait jamais croisé auparavant, mais qui à la sortie du chapitre, nous fait dire qu’elle mérite d’être dans un livre d’Histoire, comme Mathilde de Canossa ou Cola Di Rienzo; On croise aussi des « Grands ». Noms évoquant de suite une œuvre ou une image mentale, on ne connaissait pourtant rien de lui. Dante Alighieri fait partie de cette catégorie. Avant, on n’avait retenue que des « Enfers » sans trop savoir pourquoi maintenant, on sait son nom entier et sa date de mort (de tête :1321 (facile : 13...2...1…)).



N’étant pas du métier et commençant à découvrir l’Histoire, évidemment que je n’en ai retenue que des fragments sur la multitudes de détails et de personnages historiques. Loin d’être qu’un simple ouvrage sur la période médiévale, ce livre m’a vraiment fait comprendre la richesse de notre Histoire et les merveilles de certains noms pour que, 1181 années plus tard, je vous écrive ses mots.

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Hommes et Femmes du Moyen Age

Une somptueuse iconographie nous transporte au Moyen Age aux côtés de ces femmes et de ces hommes, mythiques ou réels, qui ont fait avancer l'Humanité. Une série de portraits captivants retracent la vie, les mœurs et la pensée d'une période riche, fascinante, foisonnante, loin de l'idée obscurantiste que l'on s'en fait. Captivant !
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Hommes et Femmes du Moyen Age

Les 4 étoiles que je donne à cet ouvrage ne sont évidemment pas mon opinion sur le fond,je n'ai aucune compétence pour critiquer le travail de l'auteur, médiéviste reconnu et fort réputé ainsi que de la vingtaine d'historiens médiévistes qui ont participé à cette écriture.

Le livre comprend cent courts portraits d'hommes et femmes qui se sont distingués pendant près de 1200 ans dans des domaines différents.( 1/4 seulement de portraits de femmes,pour beaucoup des religieuses, ça donne à penser...).

Personnellement j'ai été dérangée par la taille réduite de ces portraits, certains me laissant avec des interrogations nouvelles qui vont m'inciter à lire d'autres ouvrages pour en apprendre plus,par exemple sur l'ampleur croissante du culte marial et comment cela a transformé la place de la femme dans la société ou sur la place des homosexuels dans la société moyen ageuse , acceptés jusqu'au 13 ème siècle avant d'être vilipendés par une religion de plus en plus normative.

Ce sont quelques exemples qui me viennent,le livre foisonne de détails passionnants, d'érudits scientifiques, philosophes, religieux, hommes de guerre.

J'ai moins aimé la partie personnages imaginaires .

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Philippe-Auguste

John Baldwin, professeur d’histoire médiévale à l’université Johns Hopkins de Balitmore, a participé à l’édition scientifique des Registres de Philippe Auguste. Il a écrit de nombreux articles et commis des ouvrages traitant de l’évolution des idées, des idéologies et des mentalités au XIIème et XIIIème siècle. Son étude sur Les théories médiévales du juste prix l’a familiarisé avec la réflexion des clercs sur les mutations d’une économie de plus en plus sensible au marché et à la monnaie. De même son essai remarquable et brillant, que nous avons grandement apprécié, intitulé La culture scolastique au Moyen Agelui a permis de replacer dans la longue durée le mouvement scolaire et intellectuel qui prit son ampleur avec l’institutionnalisation de l’Université de Paris.



L’objet de cette biographie consacrée au fils de Louis VII, dit le Pieux, est d’étudier à la fois la personnalité du roi, son gouvernement et sa construction, ainsi que les fondations du pouvoir royal français au Moyen Age. Dans la préface, rédigée par Jacques Le Goff, nous lisons l’analyse suivante : « trois règnes ont marqué, dans un long XIIIème siècle, trois phases décisives de la genèse de l’Etat monarchique en France, celui de Philippe II Auguste le premier, décisif (1180-1223), celui de Louis IX - saint Louis (1226-1270), celui de Philippe IV le Bel (1285-1314). Cet Etat est à l’origine de l’Etat moderne ».



Comment appréhender Philippe Auguste ?



L’auteur constate qu’il semble difficile d’approcher « le vrai Philippe Auguste, car il vécut en un temps où les fabricants de mémoire et d’histoire se souciaient peu de léguer à la postérité les traits individuels d’un roi mais se contentaient de lui appliquer les lieux communs élogieux propre à un souverain et les qualités stéréotypées qui lui conféraient une place dans la galerie des grands rois à l’instar de ceux dont les statues ornaient les façades des cathédrales contemporaines ».



Nonobstant cette difficulté, Baldwin réussit à esquisser la personnalité du roi, « un homme qui devient chauve jeune, marqué par une maladie contractée à la Croisade, un gouvernant très capable, quoique handicapé par un manque de culture et même d’instruction, détestant les jurons et les amuseurs publics (son petit-fils saint Louis qui l’a connu et l’admirait malgré leur grande différence de caractère s’en souviendra) ». L’étude des sources doublée d’un réexamen attentif des archives permettent à l’auteur de bien cerner Philippe.



Baldwin écrit que « personne n’a jamais douté du rôle capital du règne de Philippe Auguste dans le décollage du pouvoir royal. Le prestige de ce souverain dans la mémoire collective n’a rien d’usurpé ». Comme il l’énonce dans son introduction « les documents émis et conservés par l’administration de Philippe Auguste sont en quantité suffisante pour permettre de dégager les grandes lignes des transformations clés qui intervinrent avec et par lui ».



Il est donc intéressant de remarquer que « le gouvernement de Philippe Auguste est le premier gouvernement capétien à préserver systématiquement des documents dans des comptes financiers périodiques, des archives, des registres et des recueils judiciaires ». La conséquence logique de ces classements entraîne une modification de l’Etat royal : « ces collections résultent et témoignent en même temps de l’émergence d’une administration perfectionnée ».



Cependant, Baldwin ne se contente pas d’étudier les documents officiels, comme il le reconnaît sans détour : « à côté des chartes royales, des comptes fiscaux, des registres, des inventaires et des rôles judiciaires qui éclairent les institutions administratives, je me suis également penché sur l’idéologie politique dont la formulation revenait aux historiographes de la cour et aux poètes ».



Quels sont les atouts des Capétiens ?



Baldwin note « que les deux principaux atouts des premiers Capétiens n’étaient donc pas leurs ressources financières et militaires, mais plutôt deux principes essentiels : le caractère sacré de leur royauté et la continuité dynastique ». Il précise son propos : « lorsque l’archevêque de Reims oint le jeune roi en 1179, il accomplit une cérémonie qui fait de Philippe un personnage sacré et qui lui permet de gouverner par la grâce de Dieu ». Il ajoute très justement : « au cours de cette cérémonie - et en contrepartie, pour ainsi dire, de cette consécration -, les Capétiens font le serment solennel de défendre l’Eglise contre ses ennemis ». Raison pour laquelle tout au long de l’histoire, le roi de France est considéré comme le « Fils Aîné de l’Eglise ».



Il demeure important de savoir, contrairement aux royaumes voisins, « que le déroulement normal des successions en France avait constitué un autre atout de la monarchie. En effet, les querelles pour le trône viciaient inévitablement le gouvernement et privaient la maison régnante de ses ressources ». L’explication tient, en partie, au fait que les premiers Capétiens durant de longues décennies couronnent l’héritier du trône de leur vivant avec l’objectif - réussi - d’éviter les crises politiques une fois leur mort advenue.



La décennie décisive



Bien souvent, les historiens ont coutume d’écrire que la « décennie décisive » s’ouvre au début du XIIIème siècle. Pour l’auteur, à l’aide des archives (notamment les registres fiscaux), il affirme que cette fameuse décennie décisive commence plutôt aux alentours de 1190 avec la « prise de possession de la Normandie ». Il développe son analyse comme suit : « c’est au cours des années 90 que, avec l’aide d’hommes nouveaux, le roi gère le Domaine autrement que comme un simple ensemble de seigneuries ; qu’à travers la justice (baillis et les sénéchaux) et les finances (Chambre des comptes) il fait vigoureusement valoir ses droits ; qu’apparaît un authentique budget (dépenses et recettes) ; que son entourage se dote d’outils statistiques afin d’établir un véritable bilan ». Philippe réforme avec succès le gouvernement royal comme le démontre brillamment Baldwin en s’appuyant sur des exemples précis .



La gloire du règne



Concrètement, pour échapper au morcellement des territoires et aux difficultés de gestion qui sont associées, Philippe Auguste entreprend très tôt la mise en place d’une nouvelle structure administrative en promouvant baillis, prévôts et sénéchaux. Ces derniers lui permettent d'exercer directement son pouvoir (notamment rendre la justice) sur ses nombreuses terres. Il organise ce système à l'occasion de son départ en croisade, par une ordonnance-testament de 1190 qui règle l'organisation du pouvoir en son absence. Rappelons brièvement que Philippe Auguste est le premier roi ayant mis sur ses actes, sporadiquement à partir de 1190, officiellement à partir de 1204, Rex Franciæ, « roi de France », au lieu de Rex Francorum, « roi des Francs ».



Les résultats de cette politique ambitieuse et fondatrice sont connus : « un formidable accroissement des ressources et de puissance s’ensuit pour un pouvoir désormais fixé à Paris ». Si la cour est encore itinérante, Paris acquiert cependant un statut particulier dont les différents travaux accomplis témoignent (la foire Saint-Lazare, pavement des principales rues parisiennes, cimetière des Saints-Innoncents, construction d’enceintes, améliorations au Petit Châtelet, charte royale créant l'Université de Paris, etc).



Pour les réussites, il convient aussi de noter la mise au pas des grands barons peu habitués à voir le roi parler et se conduire en maître, ainsi que l’abaissement des Plantagenêt. Le vrai mérite de Philippe Auguste est d’avoir « forgé, sur le plan idéologique comme sur celui des organes administratifs, les composantes essentielles du gouvernement royal, composantes que Saint Louis et Philippe le Bel après lui rassembleront en une puissance politique qui dominera la chrétienté occidentale tout le XIIIème et le XIVème siècle ». Le contraste se révèle saisissant entre l'avènement de Philippe, sous une quasi-tutelle de la haute noblesse, avec un domaine qui fait de lui le roi de l'Île-de-France plus que de la France, et la fin de son règne, avec un domaine très agrandi, auquel il faut ajouter de nombreux territoires soumis à l’autorité royale.



Un livre à lire



Pour notre plus grand plaisir intellectuel, Baldwin nous propose une oeuvre magistrale, exhaustive, solidement documentée et surtout d’une grande clarté. A la lecture de ce livre de très grande qualité, nous comprenons les raisons qui attestent que Philippe Auguste, le grand vainqueur de Bouvines, demeure l'un des monarques les plus admirés et étudiés du monde médiéval. Effectivement, son long règne, ses importantes victoires militaires, les progrès essentiels accomplis pour affermir le pouvoir royal et la position de la France marquent encore les esprits…



Franck ABED

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Hommes et Femmes du Moyen Age

Retour sur dix siècles d'histoire à travers les portraits croisés de tous les personnages historiques importants de l'époque.

L'ouvrage est divisé en cinq parties qui suivent un ordre chronologique sauf pour la dernière, peut être ma préférée, sur les personnages imaginaires.



Cet essai est très instructif, permet de déconstruire les idées préconçues sur le Moyen-Âge, de mieux appréhender toute la richesse de cette période.

Différents historiens interviennent dans l'ouvrage, offrant une myriade de portraits intéressants mais souvent redondants, ce pourquoi je conseillerai de lire ce livre sans forcèment suivre l'ordre des pages mais plutôt en se concentrant sur les personnages qui nous intéresse particulièrement ( Attila, Dante, Arthur, Averroes,... par exemple en ce qui me concerne ). Un livre instrutif où piocher plein d'informations historiques sur les hommes et femmes qui ont façonné le Moyen-Âge, plus ou moins connus, mais tous importants à leur façon.
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Paris, 1200

Une très intéressante lecture sur le Moyen-Age.
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