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Note moyenne 3.78 /5 (sur 84 notes)

Nationalité : Pérou
Né(e) à : Andahuaylas , le 18/01/1911
Mort(e) à : Lima , le 28/11/1969
Biographie :

José Maria Arguedas Altamirano fut un écrivain, professeur, anthropologue et un universitaire péruvien.

Fils naturel d’un avocat itinérant et d’une femme distinguée. À la mort de sa mère à l'âge de deux ans et des fréquentes absences de son père, José María chercha refuge parmi les paysans indiens. Parmi eux, il découvrit la culture et acquiert la langue quechua, les croyances et les valeurs.

Etudiant à l'Université San Marcos de Lima à partir de 1931, il a beaucoup de difficultés à s'adapter à la ville. Il poursuit des études de Lettres à l’Université sans renoncer aux traditions indigènes, ressentant tout ce que peut éprouver l'Indien qui doit laisser de côté sa propre culture pour assimiler un autre rythme de vie.
Il obtint une licence de Littérature et poursuit des études d'Ethnologie jusqu'au doctorat qu'il recevra en 1963.
Entre 1937 et 1938, il fut emprisonné pour avoir participé à une manifestation contre un envoyé du dictateur italien Benito Mussolini, le général Camarotta. Il passera 8 mois en prison au centre pénitencier " El Sexto" de Lima, un moment de sa vie qui relatera plus tard dans le roman du même nom.

En 1966, fatigué et angoissé, Arguedas souffre d'une dépression et fait une première tentative de suicide le 11 avril en consommant une énorme dose de barbituriques. Depuis lors il s'isole de ses amis et renonce à ses charges ministérielle dans le but de se consacrer entièrement à ses postes de professeur d'Université.
Le 28 novembre 1969, il démissionne alors de son poste de professeur de l'Université Agraire La Molina et s'enferme dans les toilettes de l'université pour se tirer une balle dans la tête, mourant le 2 décembre 1969 après 5 jours d'agonie.

Ses luttes, Arguedas a surtout su les exprimer ans ses écrits: "Yawar Fiesta : La fête du sang", 1941 ; "Les Fleuves profonds", 1958, "Tous sangs mêlés", 1964 et un roman-journal posthume "El zorro de arriba y el zorro de abajo", 1971. Il est aussi l’auteur de poèmes, de contes et de récits : "L’amante de la couleuvre et L’amante du condor" (1949), "La agonía de Rasu Ñiti" (1962) et "Amor mundo" (1967). Son expérience de la prison fournira le thème d’un roman, "El sexto" (1961).




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Source : http://www.americas-fr.com/litterature/arguedas.html
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Citations et extraits (43) Voir plus Ajouter une citation

La nuit du 23 juin, les musiciens descendaient le long des ruisseaux torrentiels qui se jettent dans le fleuve principal, ce grand fleuve profond dont les eaux rejoignent la côte.

Là, sous les grandes cataractes que les torrents façonnent dans la roche noire, les harpistes « écoutaient ».

C’est la seule nuit de l’année où l’eau, en tombant sur la pierre et en roulant ses éclats brillants, crée des mélodies nouvelles !...

Le lendemain et pendant toutes les fêtes de l’année qui suit, chaque harpiste joue des mélodies inédites.

Le fleuve leur a dicté une harmonie nouvelle, droit au cœur.

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Les maisons que mon père louait était les moins chères du quartier du centre : sol de terre battue, murs de torchis nus ou badigeonnés d’argile. Une lampe à pétrole nous éclairait. Les pièces étaient grandes. Les musiciens se mettaient dans un coin. Les harpistes indiens fermaient les yeux pour jouer. La voix de la harpe semblait naître de l’obscurité qu’elles ont dans le corps ; et le charango formait un tourbillon qui gravait dans la mémoire les paroles et la musique des chants.

Mais quand les détails d’un village commençaient à faire partie de la mémoire, mon père décidait de changer d’endroit

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Tous ces hommes qui s’affrontent à Chimbote portent des siècles sur leurs têtes ; ils sont les continuateurs très sui generis d’une bataille qui a surgi depuis que la civilisation existe.

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[DOCUMENTAIRE]: La coutume de la "Yawar Fiesta" ou fête du sang , soit le rodéo et la corrida andins:

Cette fête de village, rejouant symboliquement des conflits à la fois historiques, culturels et sociaux, dure plusieurs jours et demande une bonne préparation.

Si elle était relativement répandue en région andine elle s'est faite plus rare, mais reprend un peu de vigueur dans une volonté (mitigée) de revalorisation des coutumes et traditions. Elle se perpétue pour la fête nationale péruvienne, soit aux alentours des 28 et 29 juillet dans différents villages comme ceux de Chalhuanca, Cotabamba ou Coyllurki entre autres.

Il semblerait que ce soit d'abord les riches propriétaires terriens d'origine espagnole qui auraient voulu des fêtes taurines recréées "chez eux", sur "leurs terres", des sortes de corridas relativement improvisées dont les protagonistes auraient été "leurs gens", opposés à une troupe de taureaux du domaine.

Une sorte de « panem et circenses » à la romaine organisé par le grand propriétaire terrien local, le notable blanc qui se prend pour une sorte de "Néron" tout puissant.

Les spectateurs sont à la fois dans les tribunes (les propriétaires, leurs hôtes et amis), maîtres des lieux et de la fête, puis le peuple composé essentiellement des travailleurs ou "wakchas" encore appelés "péones" ; en fait ce sont les travailleurs autochtones des haciendas alentour, essentiellement les populations amérindiennes de la région.

"Comme en Espagne" on réalise des corridas, mais ici, avec les moyens du bord. Alors les Indiens ont su par le passé "retourner" l’intention des blancs pour en faire une démonstration de leur force et de leur courage face aux notables, une sorte de catharsis sociale pour exorciser la grande défaite des Incas devant les conquistadores espagnols et la longue oppression qui s’ensuivit.

On dresse quelques barricades de bois, formant une arène, les gradins seront le sol du pourtour, les barricades elles-mêmes et tout ce qui permettra d'observer mieux: une charrette, un tronc, un remblais. Quant aux tribunes, se sont généralement les fenêtres ou balcons de la maison du propriétaire, parfois aussi des contremaîtres représentants de son autorité.

Et on s'y improvise "torero", avec plus d'apparat (et moins de risque) si l’on est plus haut dans la hiérarchie sociale. Et plus on est bas dans l’échelle sociale, plus frustes sont les équipements. Mais tout le monde peut participer (presque) à égalité pour faire preuve de son courage face aux taureaux sauvages.

L'"habit de lumière" des toreros indiens ou métisses est souvent un haillon à trous et la cape magnifique devient un vieux poncho, une veste ou une loque quelconque. Sauf s'il s'agit bien entendu du maître, d'un de ses fils ou du contremaître. Là on fera évidemment plus de frais.

On tentera de mettre le plus possible d'ingrédients rappelant les corridas de la péninsule ibérique: orchestre, public, arène, muletas pourpres et soyeuses (capes tauromachiques), toréadors (ou picadors), aidants servant à distraire le taureau au cas où le torero serait en difficulté ou pour mettre de l'animation, défilé préliminaire du maître des lieux saluant la foule à pied ou sur son plus bel étalon suivi des toreros, ainsi qu'un certain goût pour la "bravoure" et ...le sang!

Mais, rapidement dans le feu de la fête, des libations, des questions, des défis, les Indiens ont voulu renforcer la symbolique de l’affrontement et ont posé la question : "qu'est-ce qui se passerait si l'on opposait un condor au taureau?".

Mais comment pouvoir les faire jouter?

En attachant le condor sacré des Incas sur le dos du taureau symbole de la force et de la puissance espagnole.

Pour cela il faut encore avoir un condor et un taureau sous la main. Pour le second, pas de problème on prend dans le troupeau. Pour le premier la gageure est plus grande, il faut en attraper un sans le tuer ni le blesser.

Pour ce faire, un groupe de wakchas, choisis pour leur réputation d’habileté, d’endurance, de courage, partira dans la montagne avec un vieux cheval ou un âne. Au lieu choisit pour être survolé de temps à autre par des condors, ils égorgeront l'équidé et se cacheront à proximité de la charogne.

Souvent dans un trou creusé tout près couvert par des ponchos, de la terre, voire des branches d'arbuste. Le tout est d'attendre que l'oiseau repère l'appât, puis tourne en cercle très haut pour s'assurer que "tout va bien" avant de descendre et s'attaquer gloutonnement à la carcasse. Une fois tranquillisé, affairé à banqueter, sa panse s'alourdissant des chairs avalées, les "chasseurs" bondissent hors de leurs caches tentant d'attraper le condor par les pattes et l'extrémité des ailes. Essayant aussi de lui couvrir la tête tout en tentant d'esquiver ses coups de becs, puissants et tranchants.

Lorsque l'objectif est atteint l'oiseau est ramené triomphalement, attaché, bec lié et tenu par l'extrémité des ailes, puis gardé "au calme" dans un patio de l'hacienda.

Peu sont ceux qui auront alors droit de voir le prisonnier de marque ou de lui rendre visite avant la fête. Seuls pourront le voir le maître des lieux et les rares privilégiés qu'il aura désignés ainsi que les wackchas qui ont participé à sa capture et ont charge de s'en occuper, de le nourrir, lui donner à boire et le bichonner jusqu'au grand moment de la rencontre avec le taureau.

Place et patios intérieurs seront alors préparés pour la fête. Dans de grandes "chombas" fermenteront des hectolitres de "chicha" sorte de boisson fermentée faite à base de maïs.

On mettra à chauffer les soupes et autres mets relativement pauvres et constitués d'abats et de féculents que le "petit peuple" boira à même les assiettes profondes souvent en métal émaillé.

L'accent étant mis principalement sur la chicha ou "ak'ha", et "l'alcohol" distillé sur place ou plus tard la bière importée plus classique.

On se parera de ses plus beaux atours et si l'on n'en possède pas, on décorera ses vêtements quotidiens de chutes de tissus colorés, de fragments de miroirs et de verroterie..

On danse, on mange, on boit, on chante, on joue de la musique sans cesse, interminablement, sans jamais se lasser, comme un vrai marathon de notes.

Ce n'est que lorsque l'on a déjà bien commencé à manger et surtout à boire que l'on pourra passer au spectacle commençant par les corridas populaires dans une situation de quasi "servage" où les coups de cornes de taureaux en laissent souvent plus d'un encorné, tailladé ou étripé.

D'autant que si certains sont des habitués du bétails, experts dans l’art de maîtriser les bovins, d'autres le sont moins et en outre sont parfois déjà bien éméchés.

Ensuite, l'hacendado, le maître, fait sont tour d'arène avec ses assistants et/ou ses fils, puis il présente avec les wackchas le condor à la foule qui exulte. Oui, il y a bien un condor et on admire la taille de ses ailes, sa prestance.

Enfin il sera amarré à califourchon sur le dos du taureau et maintenu en cette position par des lanières attachées à ses pattes, cousues à même la chair du taureau!

Le taureau une fois lâché, blessé, torturé par les lanières, gêné par l'oiseau qui, ailes grandes ouvertes, tente de conserver l'équilibre, mènera un "rodéo" furieux. Où l'oiseau, bien que solidement arrimé sur l'échine du taureau, lui assène souvent des coups de becs ou s'agrippe du bec à son cuir ensanglanté pour rétablir son équilibre. Le taureau essaie furieusement mais en vain de décrocher le condor pour le tuer avec ses cornes et ses sabots.

Puis lorsqu'ils commenceront à se lasser et se calmer, les toreros amateurs entreront en lisse pour avec leurs capes ou vestes ou ponchos pour relancer le spectacle et agacer le taureau.

Après de nombreuses passes et figures laissées aux appréciations d'un public qui ne se prive guère de les donner, entreront en piste les manieurs de lassos pour attraper le taureau par cou et cornes et le maîtriser de la sorte. C’est donc toujours le condor qui "gagne" (c’est la revanche de l’Inca sur le conquistador), car alors le taureau, immobilisé, est solennellement mis à mort par son propriétaire au moyen de lances et de piques.

Si le condor survit à ce rodéo voire à plusieurs, la "yawar fiesta", la "fête du sang" se conclura par le Karcharpi (ou Kacharpari : le chant de l’adieu), sa remise en liberté en grandes pompes, son lâché vers les hauteurs Andines et le ciel dont il est le maître, non sans avoir attaché à ses plumes, les grandes rémiges caudales, des rubans colorés rappelant sa victoire.

Il a vaincu le puissant taureau, la prodigieuse force tellurique, il est bien "Apu" esprit sacré.

Et si le serpent "Amaru" représente le monde souterrain, si le Puma incarne le monde de surface, lui est bien l'Apu Kuntur, le condor sacré, maître des cieux et intercesseur de l’au-delà. Et il est aussi le représentant du Sapa Inca, l’Inca suprême : la victoire symbolique du Condor sur le taureau incarne vraiment la revanche cachée de l' Inca sur l'Espagnol !

Aujourd'hui, sauf dans les contrées très traditionnalistes, pour des fêtes semi-clandestines où les touristes ne sont pas invités, la mort n'est plus au rendez-vous. Le combat est un spectacle, le taureau n’est plus blessé, le condor n’est plus cousu mais attaché par des lanières passant sous le ventre du taureau, et lorsque le taureau et le condor ont bien fait leur boulot au milieu de l'arène, que les touristes ont fait le plein d'émotion et de photos, ils regagnent l'un sa grande cage (si c’est un condor apprivoisé, ou en zoo) et l'autre son enclos jusqu'à la prochaine représentation. Sacrifier à chaque fois un taureau, à la rigueur on pourrait l'envisager, il suffirait de prolonger les festivités par un barbecue géant, mais le condor devenu rare revient trop cher, là-bas aussi, c'est la crise ! Si c’est un condor sauvage (exceptionnel aujourd’hui car le condor est une espèce protégée), il est relâché au cours de la dite cérémonie du "Kacharpari".

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Extrait de Yawar fiesta (La fête du sang, chapitre 2 : le dépouillement, 4/4) SUITE 3 et FIN :

« Mais ça, ce n’était rien encore. De temps à autre, le patron envoyait des commis chercher du bétail à la ferme. Les préposés choisissaient le taureau rouge, le taureau noir, ou le taureau brun. Alors les hommes de la puna et leurs familles faisaient leurs adieux au taureau qui descendait dans la vallée, grossir le troupeau que le patron allait conduire à "l’étranger". Alors oui, ils souffraient. Ni la grêle, ni la mort même ne faisaient souffrir davantage les Indiens des hauts plateaux.

─ Rouge, noir, brun, pour le troupeau ! ordonnaient au petit jour les commis.

Les gamins et les femmes s’agitaient. Les gamins couraient auprès des taureaux étalons qui dormaient encore dans les enclos. De leurs bras, ils caressaient le museau laineux.

─ Mon petit brun ! Où vont-ils t’emmener petit père !

Le brun sortait sa langue râpeuse, humide, et se chatouillait les naseaux ; il gratifiait aussi d’une grande lèche le minois ambré du petit qui lui témoignait cet intérêt, se laissait cajoler sans se fâcher et posait ses grands yeux sur les jeunes garçons. Puis les gamins pleuraient, ils pleuraient doucement, avec leur voix de chardonneret.

─ “Pillkuchallaya ! Pillkucha !” Mon seul petit brun chéri ! Mon petit brun !

Mais les convoyeurs arrivaient, ils claquaient leurs fouets au-dessus des têtes des gamins:

─ Allez, allez, ouste !

Les convoyeurs les repoussaient sans ménagement ; et à grands coups de fouet, ils séparaient du troupeau ceux qu’ils avaient choisis.

Alors venait la grande peine. La famille se regroupait à l’entrée de la hutte pour chanter ses adieux aux taureaux qui partaient.

Le plus vieux jouait de la flûte, la grande "machu kena"(9) de l’Altiplano, ses fils, des "wakawak’ras"(10) et une des femmes, du tambour(11):

“Vacallay vaca, turullay turu,

Vacachallaya, turuchallaya.”

Vache petite vache,

taureau petit taureau,

Vache ma p’tite vache chérie,

taureau mon p’tit taureau chéri.

Les punarunas(2) braillaient, tandis que les convoyeurs rassemblaient à coups de fouet le brun, le rouge… et s’éloignaient de la ferme.

“Vacallay vaca, turullay turu”…

Vache petite vache, taureau petit taureau…

La flûte résonnait avec force dans la puna(2), la corde du tambour ronflait sur le cuir, dans les creux, dans les rochers, sur les lacs de la puna, la voix des "comuneros"(4), de la flûte, du tambour léchait l’«icchu»(12) , montait au ciel, déversait son amertume sur toute la puna, et imprégnait la terre à cœur, du fin fond du plus profond cañon jusqu’à la plus haute cime… Alors les Indiens des autres haciendas se signaient.

Mais c’étaient les gamins qui souffraient le plus. Ils pleuraient comme s’ils allaient mourir et la haine des notables grandissait dans leurs cœurs, comme se renouvelle le sang, comme croissent les os.

Voilà comment les Indiens de la puna furent dépouillés, Indiens de K’ayau, de Chaupi, de K’ollana, de K’oñani et de Pichk’achuri.»

(9)- La « machu kena » ou « ocona » : Grande kena (flûte droite à encoche) des hauts plateaux, de 80 à 90 cms, à la voix profonde et grave, des départements de Puno et Ayacucho au Pérou, qui se joue seule en expression individuelle à la différence des pusipías, lichiwayus, chokelas, autres grandes kenas qui se jouent en troupe, pour une expression communautaire.

(10)- « Wakawak’ras » (ou encore : Wajrapuko) : sorte de cor au son puissant et guerrier, fait de cornes de taureau creusées et emboîtées les unes dans les autres. Il accompagne le « wak’raykuy » ou chant des coups de corne, et le « turupukllay » la musique qui accompagne les corridas.

(11)- Un petit tambour au son clair et sec, ou grésillant s’il est agrémenté d’une corde ou d’une lanière qui contre vibre avec la peau. Peut-être une «caja» ou une «tinya», petit tambour de culture chancay (conquise par les Incas).

(12)- «icchu» : petite graminée dure et jaunâtre des maigres pâturages de l’Altiplano andin. En Ariège, Pyrénées, on l’appelle le «chispet’».

[NDLR: Helgé, alias lglaviano]

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Hommes et femmes essayaient d'assimiler rapidement les manières liméniennes, ils apprenaient les danses à la mode, adoptaient les vêtements et les coiffures imposés par l'influence américaine. La plupart de ces émigrés mettaient de l'exagération dans leur façon de s'urbaniser ; et de danser les danses à la mode ; voulant montrer qu'ils les connaissaient parfaitement, ils donnaient à l'affluence serrée des salles louées un air grotesque et triste à la fois pour un spectateur sensible. Il était évident que nombre de ces couples ne s'amusaient pas, qu'ils faisaient semblant ; ils se donnaient beaucoup de mal pour se tortiller et suivre le rythme endiablé ou très lent des danses afro-cubaines ou afro-américaines. Dans leurs muscles régnait encore la "lourdeur" du montagnard des Andes, au corps durci par la pratique des grandes montées, des grandes descentes, par l'air respiré sur les hauteurs.

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Mère Kinsley m’a annoncé que dès qu’elle serait rentrée aux États-Unis, elle renoncerait à son ordre religieux et qu’elle se consacrerait jusqu’à sa mort à tenter de faire comprendre aux Nord-américains qu’ils sont en train de s’abrutir et de se putréfier. Leur domination et leur mépris explicite ou condescendant envers la moitié du monde les pourrissent et les abrutissent, car, au lieu d’apprendre des peuples anciens – comme celui-ci –, ils ne cherchent qu’à déclencher des querelles et semer le chaos, non seulement dans ces pays pauvres, mais également entre eux, en poursuivant le but insensé et illusoire de les faire rentrer dans un moule et de les avaler ensuite comme une simple bouteille de Coca-Cola. 

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Extrait de Yawar fiesta (La fête du sang, chapitre 4 : K’ayau)

de José María Arguedas

LE CONDOR ET LE TAUREAU

« Midi et soir, les notables qui étaient allés dans les haciendas revenaient au village. Certains rentraient tout droit chez eux ; d’autres savaient qu’à cette heure, ils pouvaient discuter avec le sous-préfet dans la galerie devant l’entrée de son bureau, et ils se dirigeaient vers la place. Une fois dans le petit parc, ils jouaient des rênes et paradaient sur leurs petits chevaux nerveux, pour épater riverains et dignitaires. Ils mettaient pied à terre devant la porte de la caserne et montaient quatre à quatre les marches menant à la sous-préfecture. De plus en plus nombreux, ils se bousculaient autour du sous-préfet.

─ Vous garderez un souvenir impérissable de notre village. Cette corrida sera quelque chose.

─ Je l’espère mes amis. Même si je n’aime pas trop ces sauvageries.

─ Qu’auriez-vous dit alors des corridas d’il y a vingt ans ! On attachait un condor sur l’échine du taureau le plus sauvage pour l’énerver davantage. Becqueté par le condor, le taureau bousculait et faisait tomber les Indiens, fallait voir comme si de rien n’était ! Puis les notables entraient à cheval et à coups de javelot ils tuaient le taureau. Pour clore les festivités, on cousait des rubans multicolores sur les ailes du condor et puis, au milieu des cris et des chants, on le lâchait. Le condor s’envolait avec ses rubans. On aurait dit un cerf-volant noir géant ! Des mois et des mois plus tard, sur les cimes, le condor volait de glacier en glacier encore tout enrubanné.

─ En novembre dernier, monsieur le sous-préfet, près de vingt ans après donc, j’ai repéré un condor avec ces rubans sur le K’arwarasu. C’est comme je vous le dis ! Fallait voir ça.

Les notables formaient un groupe de plus en plus compact. Ils avaient tous leur mot à dire, quelque chose de nouveau à raconter.

─ Vous ne connaissez pas notre grande montagne, monsieur le sous-préfet. Le «Misti», le volcan d’Arequipa, n’est qu’une motte de terre en comparaison de notre glacier K’arwarasu. Il a trois pics enneigé. Et allez savoir comment ! De la neige même naissent des rochers noirs.

─ Oui, monsieur le sous-préfet ! C’est justement sur un de ces rochers noirs qu’était le condor. J’ai tiré un coup de revolver en l’air. Et le pauvre animal s’est envolé. Il a survolé les trois pics glacés avec ses rubans. Je l’ai suivi des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse dans les nuages qui entourent en permanence les cimes du K’arwarasu.

Parfois, le sous-préfet se lassait de les écouter parler des heures durant des corridas, des taureaux féroces, des Indiens…

─ Messieurs, si nous allions faire quelques pas.

Le sous-préfet descendait faire un tour dans le petit parc.

Puis il prenait congé d’eux et se rendait dans les échoppes des demoiselles. Mais elles aussi aimaient parler des corridas et du "Tankayllu"(1). ─ Diable ! disait-il quand il se retrouvait seul. Tout le village me parle tant de ce danseur indien que je commence à avoir envie de le voir.

Mais le juge et le capitaine chef de province, eux aussi originaire de la côte, lui dire en aparté :

─ Ce "Tankayllu"(1) est un Indien aussi pouilleux que les autres, mais ses pirouettes attirent l’attention. Quant à la corrida…

─ C’est une sauvagerie comme vous pouvez l’imaginer. Et on est plus dégoûté qu’amusé de ce que font ces abrutis d’Indiens.

Et tandis que dignitaires et notables discutaient dans la rue Bolívar et sur la place d’Armes, tandis qu’au billard, à la pharmacie, dans les salles à manger et dans les boutiques, on évoquait les «turupukllays»(2) des années précédentes, les «Wakawak’ras»(3) résonnaient dans les quatre quartiers indiens et dans les montagnes [dans les «ayllu»(4) d’altitude]. Certaines nuits, des pétards fusaient depuis K’ayau et Pichk’achuri pour éclater du côté de la rue des "mistis". »

(1)- "Tankayllu" : le taon en kechwa ; mais ici il s’agit du surnom d’un des meilleurs danseur indien du village.

(2)- «turupukllays» : la musique indienne qui accompagne les corridas andines si spéciales. Le mot désigne aussi la corrida elle-même.

(3)- «Wakawak’ras» (ou encore : Wajrapuko) : sorte de cor au son puissant et guerrier, fait de cornes de taureau creusées et emboîtées les unes dans les autres. Il accompagne le « wak’raykuy » ou chant des coups de corne, et le « turupukllay ».

(4)- « ayllu » : communauté villageoise indigène, autonome ou regroupée dans un quartier d’une ville.

(5)- «mistis» : les autochtones appellent ainsi les blancs, colons grands propriétaires et notables de Puquio.

NDLR: Helgé, alias lglaviano

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[Quand la Kena porte la colère et la peine de l’Indien…

Extrait de Yawar fiesta (La fête du sang, chapitre 2 : le dépouillement, 1/4) de José María Arguedas] DÉBUT:

[À la recherche de pâturages pour leurs troupeaux, du fait d’un accroissement de la demande à l’exportation, les mistis(1) ou blancs de Puquio(1) sont venus progressivement exproprier tous les punarunas(2), Indiens des hauts-plateaux andins, avec la complicité du gouvernement et des autorités locales, et faire main basse sur leurs terres].

« Voilà comment les bergers des pâturages de Chaupi et de K’ollana disparurent peu à peu. Les Indiens qui n’avaient plus ni bêtes, ni huttes, ni grottes, descendirent au village. Ils arrivèrent dans leur ayllu(3) comme des étrangers, traînant derrière eux leurs casseroles, leurs peaux et leurs jeunes enfants. Avant, ils étaient des punarunas(2), de vrais bergers des hauteurs ; ils descendaient au village uniquement pour les grandes fêtes. Alors ils arrivaient dans l’ayllu avec des vêtements neufs, des visages gais, et beaucoup d’argent pour la boisson, pour les gâteaux, pour acheter des outils ou des étoffes de couleur rue Bolívar. Ils entraient fièrement dans leur ayllu et on les fêtait. Mais aujourd’hui, une fois appauvris, pourchassés par les mistis, ils arrivaient amaigris, bleus de froid et affamés. Ils disaient à ceux qu’ils rencontraient:

─ Nous voici, petit père ! Nous voici donc, petit frère !

Le varayok’, le maire de l’ayllu, les recevait chez lui.

Après on les appelait au travail, et avec les comuneros(4) de l’ayllu ils bâtissaient ensemble en sept ou huit jours une maison neuve pour l’homme de la puna(2). […] De punarunas, ils devenaient comuneros des villages. Et une fois à Puquio, dans l’ayllu, ils haïssaient encore plus le notable qui les avait dépouillés de leurs terres. Dans l’ayllu, il y avait des milliers et des milliers de comuneros, tous unis, tous égaux. Là-bas, ni Don Santos, ni Don Fermín, ni Don Pedro ne pouvait les abuser. Le punaruna qui avait pleuré sur l’herbe jaune de la puna, le punaruna qui avait subi les fers, qui avait cogné sa tête contre le mur de la prison, cet « Andin » qui était arrivé le regard apeuré, maintenant qu’il était devenu comunero de Chaupi, de K’ollana ou de K’ayau, il avait le courage de regarder en face, rageusement, les notables qui entraient dans les ayllus pour demander des services. »

1- misti : les autochtones appellent ainsi les blancs, colons grands propriétaires et notables de Puquio (du kechwa pukyu, qui signifie «source»), petite ville des cordillères sud du Pérou, 3214 m, ≈15 000 habitants, capitale de la province de Lucanas, département d’Ayacucho.

2- punaruna : homme de l’altitude, indien des hauts plateaux. La puna désigne les hauteurs de la montagne, l’altiplano andin comme l’estive ou l’alpage en Pyrénées et Alpes. Runa signifie « être humain », comme "inuit", et on le retrouve dans le nom inca de la langue kechwa (ou quechua), le Runa simi (« langue des hommes » ou « langage du monde »).

3- ayllu : communauté villageoise indigène, autonome ou regroupée dans un quartier d’une ville.

4- comunero : Indien vivant dans une communauté indigène, membre d’un ayllu ; c’est le terme hispanique. En kechwa on dira : cumunkuna. C’est un américanisme du castillan qu’on peut traduire par « villageois » ou « paysan » (notion d’enracinement de l’Indien dans un terroir) ou « communards » (notion de militantisme pour un mode de vie et de structuration sociale héritées des traditions ancestrales amérindiennes). De même, dans les Andes « campesino » (paysan en français) signifie Indien plutôt qu’agriculteur, même si (ou parce que) les deux sont liés le plus souvent.

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Extrait de Yawar fiesta (La fête du sang, chapitre 2 : le dépouillement, 3/4) SUITE 2 :

« D’autres, pour rester sur leur terroir avec leurs bêtes, vendaient leur troupeau aux nouveaux propriétaires des pâturages. Ils recevaient dix, quinze sols pour chaque vache ; trente ou quarante centimes pour chaque brebis. Ils enterraient l’argent au pied d’une grande pierre magique, une wak’a(7), ou sur le sommet des montagnes. Ruinés, sans une seule petite brebis pour les consoler, ils devenaient les vachers du patron.

Ils se déclaraient orphelins auprès du notable qui avait pris possession du pâturage et ils pleuraient lorsque le maître venait visiter ses terres :

─ Nous voici petit papa, petit père !

Comme des chiens malades, ils se traînaient à l’entrée de la hutte.

─ Petit père ! Petit patron ! Ils se tordaient les mains et ils tournaient autour du patron ; ils gémissaient. Ils montraient le troupeau de brebis, de vaches et de chevaux bâtards et ils disaient :

─ Voilà tes petites brebis, voilà tes vaches. Tout, tout est là, taïta(8).

Au crépuscule, quand le patron s’éloignait de la ferme suivi de ses contremaîtres, les punarunas les regardaient s’en aller, tous ensemble, groupés à l’entrée de la hutte. Le soleil tombait sur leurs visages, le soleil jaune. Et les punarunas tremblaient toujours et, comme dans une blessure, leur sang brûlait dans leurs cœurs.

─ Oui ! Maître ! Oui ! Patron ! disaient-ils, quand le chapeau blanc de l’éleveur disparaissait au fil de la colline ou derrière les champs de quinoa.»

7- wak’a : lieu ou objet sacré, sorte de totem ou de fétiche naturel considéré dans une perspective animiste.

8- taïta : père ; titre à la fois respectueux et affectif, équivaut plus ou moins à « monsieur », ou à « seigneur » : Taïta Inti=Père Soleil.

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