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Critiques de Joyce Carol Oates (2295)
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Nous étions les Mulvaney
  28 août 2016
Nous étions les Mulvaney de Joyce Carol Oates
C'est une maison bleue adossée à la colline,

On y vient à pied, on ne frappe pas,

Ceux qui vivent là ont jeté la clé…



Ce n'est pas San Francisco (Californie), c'est High Point Farm (état de New York). C'est là que vit, heureuse, la famille Mulvaney, père, mère, trois fils, une fille, des chevaux, des chats, des chiens, des chèvres, une basse-cour, dans cette maison un peu brinquebalante où chacun trouve sa place, répond aux codes familiaux et s'y tient, soudé par une étrange alchimie propre aux familles nombreuses.



L'icône de la famille s'appelle Marianne, unique fille de la tribu, jolie, sociable, douée pour les études et le sport. Parfaite en quelque sorte. Jusqu'à ce 14 février 1976…



A la page 47, le drame est consommé, si je peux dire. Il reste 660 pages. Qu'est-ce que l'auteure allait bien pouvoir écrire pour maintenir l'attention et l'intérêt de ses lecteurs ? Je trouvais son écriture précise et enlevée, simple et directe, bourrée de détails comme si elle écrivait pour les aveugles. Impressionnante. Mais que raconter de plus ?



Et puis, je me suis prise au jeu.



Il y a une certaine mélancolie à suivre les volutes d'une feuille morte ayant donné sa splendeur en toute modestie, qui vient tomber mollement sur le sol. Ici, la chute se fait en silence, dans une violence contenue, oppressante même. La fille parfaite, salie à présent, est exilée sans un mot de réconfort ; les parents s'abîment dans leur chagrin, sans réconfort mutuel ; les trois frères sont désemparés, démunis, privés de réconfort. Elle était donc si belle, si enviable cette famille Mulvaney pour se désolidariser au moment où, justement, la cohésion et la solidité familiale étaient mises à l'épreuve ?



Le pilier de la famille c'est Corinne, la mère un peu fantasque, jamais à court d'idées, rassembleuse, brocanteuse de charme, animée d'une foi religieuse un peu encombrante. Elle s'interroge beaucoup, prie beaucoup mais agit peu. Sous le choc.



Le père, Michaël, a réussi professionnellement à la force du poignet. Il fréquente les clubs huppés du comté. Il est fier de sa famille et des personnalités de chacun, jovial, ne manquant pour rien les exploits de ses enfants. le drame le change en un être mutique, alcoolique et agressif. Sous le choc.



Les trois frères quittent l'un après l'autre la maison couleur lavande qui a perdu tout attrait, toute joie, toute raison d'être. Même les animaux dépriment. Sous le choc.



Personne ne parle, n'émet de ressenti, de larmes. Les rêves sont brisés, la cellule éclatée, le rayonnement éteint. La honte et l'humiliation s'abattent sur cette famille unie comme un tsunami et chacun se retrouve seul, face à lui-même, hébété, handicapé, amputé d'une partie de lui-même. Est-il possible de faire de nouveaux projets, de continuer à vivre ? Chacun va devoir se reconstruire avec ses moyens, sa propre vision du futur. Une nouvelle espérance. Pas pour tous.



La destinée de ces six personnes frappées par la foudre est analysée de façon subtile ; leur psychologie est décortiquée à la loupe par une auteure maîtrisant parfaitement la situation politique et sociale de l'Amérique des années 1970 et 80, observant minutieusement les comportements de ses compatriotes. Joyce Carol Oates condense ses déductions dans chacun des membres de cette fresque familiale avec une maestria redoutable. L'intérêt peut passer de l'un à l'autre, de la compassion à la colère, de l'incompréhension totale à l'empathie la plus sincère. Le déclin et la désintégration sociale, morale et personnelle de chacun, la lâcheté aussi, sont finement disséqués, fouillés, scrutés.



Il est toujours plus facile de voir une situation avec recul, sans être partie prenante, comme dans un roman. Et si cela arrivait à ma fille, à celle de mes amis, quelle serait ma réaction, quel regard porterais-je sur la souffrance de mon enfant, sur la culpabilité, sur l'avenir ? Nous ne sommes plus dans les années 1970 et 80, ni aux Etats-Unis, mais les choses ont-elles tellement évolué, les mentalités ont-elles à ce point changé ? Pas sûr.



Premier livre de Joyce Carol Oates que je lis grâce à Latina et Mariech que je remercie beaucoup pour m'avoir fait découvrir cette lecture poignante, vibrante et profondément humaine.

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Blonde
  27 janvier 2016
Blonde de Joyce Carol Oates
Quel fascinant roman !

Hypnotique et magnétique comme l'était celle dont il relate la possible histoire, l'actrice américaine Marilyn Monroe (1926 - 1962). Quelle autre figure pop nous incite davantage à juger sur les apparences ? Et pourtant, paradoxalement, c'est sans doute cette femme, entre toutes, qu'on devrait se garder de juger sur les apparences. C'est ce que propose l'auteur avec "Blonde".



MARILYN ! MARILYN ! MARILYN !



Pur produit manufacturé par Hollywood, univers vicié et vicieux, dont l'éphémère et fulgurant âge d'or a été rapidement suivi d'une décadence crasse et corrompue où sexe, drogues, alcool, pornographie et magouilles règnent en maîtres, masqués aux yeux du public par des myriades d'étoiles et de paillettes. Réalité.



Poupée crémeuse, femme objet, blonde idiote, icône pop, égérie en caoutchouc, sex-symbol, actrice médiocre. Cheveux platine phosphorescents, lèvres sanglantes pulpeuses, grain de beauté aguicheur, seins mammouthesques, hanches et cul de rêve. Fiction.



"Ce que le Studio demandait très raisonnablement […], c'était un retour à des comédies sexy assurées du succès comme "Certains l'aiment chaud" et "Sept ans de réflexion", car pourquoi diable les Américains devraient-ils se séparer de dollars durement gagnés pour voir des films sinistres qui les dépriment ? Des films qui ressemblent à leurs propres vies foireuses ? Quelques gros rires gras n'ont jamais fait de mal à personne, hein ? Quelques scènes affriolantes ? Hein ? Une superbe blonde, des scènes où ses vêtements tombent, des courants d'air qui soulèvent sa jupe jusqu'en haut des cuisses".



Orpheline de père, fille d'une mère schizophrène internée, fillette apeurée ballottée de l'orphelinat en familles d'accueil, enfant discrète et incomprise, femme soumise, âme révoltée, en perpétuelle quête d'identité, elle qui en possédera plusieurs : Norma Jeane l'amie, Marilyn l'ennemie.



Illusoire exemple de cette ascension sociale "made in USA", du mythique "rêve américain" soigneusement entretenu pour leurrer des générations de moutons, la Carotte d'Or du "peuple de la liberté", le même qui ne craint pas d'emprisonner la femme-orpheline glamour dans des robes camisoles cousues sur elle l'empêchant de s'asseoir ou de respirer.



La femme-orpheline, abusée et exploitée, seule, s'élèvera bien à la "force du poignet", comme le lui promettait son tendre Oncle Sam, mais pas de la manière qu'on imagine. "Se coucher pour arriver", seule voie possible sous le vernis du puritanisme hypocrite. Starlette-marionnette violemment soumise aux appétits voraces des hommes-bites qui contrôlent le monde dans lequel elle a eu le hasard de naître. "Tu as eu le rôle en tournant les talons, mon chou".



La femme-orpheline aussi fragile qu'un colibri "plongeant son long bec aiguille dans les jasmins trompettes pour en sucer le suc... […] Ils doivent manger tout le temps ou s'épuiser et mourir... des ailes minuscules qui battent si vite qu'on ne les voit pas... un bruissement, une tache floue... et leur coeur qui bat si vite..." ; toute une vie en quête d'amour, de liens, de reconnaissance et de talent.



La femme-orpheline, assidue lectrice de Darwin, Tchekhov, Schopenhauer et Pascal. La blonde qui rêvait d'être une actrice.



1 110 pages pour témoigner de 30 ans d'une (sur)vie tout en grands écarts. Misères et splendeurs de l'actrice-courtisane, parcours de l'orphelinat à la couche présidentielle, passage de l'innocence à la violence, de l'obscurité aux lumières artificielles des flash aveuglants.



Joyce Carol Oates décline ici le genre de la biographie. "Blonde" n'est pas une biographie romancée, "Blonde" est une biographie fictive, nuance. Ce n'est pas l'historien ou le biographe qui est aux commandes mais bien l'écrivain, et quel écrivain ! Qui annonce franchement la couleur en préambule : "Ceci est un roman". Contrairement à un biographe, l'écrivain va au-delà des faits et ne s'éloigne jamais du narratif. Ses mains libres lui donnent des ailes, elle s'autorise à pénétrer les sentiments supposés de son personnage et offre ainsi au lecteur une connaissance de Norma Jeane Baker moins superficielle que si elle s'était attachée aux seuls faits, vite lus, vite oubliés. Avec "Blonde", le lecteur accède à une compréhension intime et ressent avec intensité et sincérité les craintes, les espoirs, les désespoirs, le besoin d'amour et de reconnaissance, la déraisonnable utopie de Norma Jeane.



Mais c'est bien l'essence même du mythe d'être sujet aux interprétations. Ainsi naissent les légendes. Invérifiables, mystérieuses et puissantes. Immortelles.



Depuis l'enfance j'ai toujours été instinctivement fascinée par Marilyn, sans vraiment savoir pourquoi, n'ayant même pas vu ses films. Désormais, grâce à Joyce Carol Oates qui m'a suggéré sa part d'humanité, je comprends... et compte bien voir ses films.



Enfin, 1 110 pages et pas une minute d'ennui, c'est ce que personnellement j'appelle une réussite.





Challenge PAVES 2016

Challenge ABC 2015 - 2016

Challenge Multi-Défis 2016

Challenge Joyce Carol OATES
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La fille du fossoyeur
  20 avril 2014
La fille du fossoyeur de Joyce Carol Oates
C'est avec appréhension que j'entame cette critique, comme quand j'ai ouvert ce roman pour la première fois. De Joyce Carol Oates je ne connaissais rien; ni son style ni son univers, juste une auteure américaine très prolixe.

La petite Rebecca Schwart née sur le bateau qui emmène sa famille au Etats-Unis. Le père, Jacob, la maman Anna et les deux frères Herschel et Gus ont fuit le nazisme.

Issu d'un milieu culturel plutôt élevé, lui professeur de mathématique citant Schopenhauer, la maman mélomane et pianiste vont se retrouver dans un lieu sordide, Milburn petite ville de l'état de New-York.

La petite Rebecca va devenir la fille du fossoyeur. Nous allons la suivre pas à pas sur ce chemin tortueux qu'est sa vie. Les parents sombrant peux à peux dans la folie, les enfants que l'on maltraitent. On continue on s'enfonce dans le gris puis dans le noir, de temps en temps, une petite éclaircie vient adoucir le récit comme cette sonate n°23 écouté à la radio. On ne sait pas où J.C.Oates nous emmène, pourtant je continue, les pages défilent :le premier travail de Rebecca, son mariage, son enfant; l'écriture est fluide, ces descriptions ces petits cailloux que la romancière laisse pour ne pas la perdre; des indices comme la sonate n°23 "appassionata".

Le personnage de Rebecca est magnifique, c'est une femme forte devant l'adversité.

Malgré la noirceur de ces parents j'ai eu de l'empathie pour eux. Seul Tignor, manipulateur, violent tout ce que je hais chez un homme m'a donné la nausée.

Nul besoin de dire que j'ai adoré ce livre, et madame Oates a rendu un lecteur de plus heureux. Pour les inconditionnels de musique je vous conseille la fameuse sonate n°23 de ce grand monsieur Beethoven.

Merci à Latina et aux lectrices qui se reconnaitront pour leurs conseils.
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Un livre de martyrs américains
  27 décembre 2019
Un livre de martyrs américains de Joyce Carol Oates
Avec Un Livre de martyrs américains, Joyce Carol Oates aborde le difficile sujet de l’avortement. Malgré ce droit considéré comme acquis depuis que la médecine a sécurisé les pratiques et la loi précisé les conditions, les choses ne sont pas aussi simples en pratique, et particulièrement aux Etats-Unis, où les groupes religieux sectaires refusent les règles établies par l’état pour s’en remettre à ce qu’ils considèrent comme les lois divines. Et cette opposition de principe se limite pas à des débats internes : manifestations, entrave à l’accueil des femmes dans les centres dédiés, voire meurtres qui visent les médecins « destructeurs de bébés ».



Mais avec Joyce Carol Oates, rien n’est tout blanc ou tout noir.



Le roman débute sur un fait divers : le meurtre d’un médecin gynécologue par un adepte d’une secte anti-avortement. Luther Dunphy abat d’un coup de fusil le Dr Vorhees ainsi que l’homme qui l’accompagnait dans la difficile tâche quotidienne qui consiste à se rendre sur son lieu de travail.



Loin d’opposer le méchant assassin et le vertueux médecin, l’auteure dissèque avec une grande précision l’histoire de ses personnages et tente d’expliquer, sans excuser, le cheminement qui a pu aboutir au drame. Et sans se limiter au couple tueur-victime, elle étend son analyse aux autres membres des deux familles, liées malgré elles par cette brusque rupture dans leur destin. Personne n’est innocent dans l’affaire. Au -delà des convictions, chaque personnage tisse sa propre toile d’araignée.



C’est passionnant, et malgré l’épaisseur du récit, on est captivé d’un bout à l’autre. Difficile de lâcher ce monument, qui allie romanesque et analyse pointue d’une société complexe.





Un excellent cru de l’américaine prolixe.
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Les Chutes
  11 septembre 2012
Les Chutes de Joyce Carol Oates
Joyce Carol Oates vous plonge dans les profondeurs de l'âme humaine. Son style si particulier cisèle avec une précision inouïe l'intimité de ses personnages, qui à tour de rôle occupent le devant de la scène.



Après un début riche en événements étranges, mais qui ont du mal à converger, le scénario se consolide et trouve sa vitesse de croisière. Tout cela vous entraîne et vous attire. Au bout d'un certain temps, attention… danger ! le rythme s'accélère et vous ne résistez plus à l'appel des Chutes !



Il aura fallu ramer, pourtant, avant d'arriver à ce fameux "point de non retour", avant de parvenir au stade où il devient impossible de lâcher le livre. Et c'est précisément à la page 223, grâce à l'affaire dite de "Love canal", que le livre démarre enfin. Dès lors, il devient impossible de faire machine arrière. Ce qui précède (environ un bon tiers du livre) n'était donc qu'une très longue introduction, permettant au lecteur de s'habituer aux protagonistes et de prendre connaissance de leur histoire familiale.



Nous ne ressentons au cours des premiers chapitres aucune empathie particulière pour les acteurs du drame qui se joue pourtant sous nos yeux. Peut-être sont-ils trop "fils de riches", trop "fille de pasteur", trop étranges, trop éloignés de nos modes de fonctionnement. Pourquoi ce pauvre Gilbert se suicide-t-il le lendemain de sa nuit de noce ? Comment Dirk, futur héritier et play-boy, peut-il s'éprendre de la pâlichonne Ariah ? Celle-ci n'est pas de son milieu, elle n'est pas très jolie, visiblement névrosée, et n'a a priori rien d'autre à lui offrir que ses douloureux problèmes personnels (qui s'avèrent nombreux, assez consistants, et ce n'est encore qu'un début).



Le piège se referme. Car on est déjà dans les questions et les interrogations. le suspense, à défaut d'être dans l'intrigue, sera psychologique. le lecteur devra donc chercher des clés, mais la personnalité d'Ariah, personnage complexe, va s'avérer ardue à décoder. Tour à tour naïve, amoureuse, disjonctée, inconsistante, totalitaire, non concernée, roublarde, futile, révisionniste, possessive, manipulatrice, émouvante, fuyante… agaçante ! (Merci de rayer vous-même les mentions inutiles, selon votre propre perception du personnage), Ariah échappe au catalogage facile. Comment comprendre Ariah ? On ne lui pardonnera jamais d'avoir écarté son mari au pire moment (alors qu'il avait pourtant besoin de son soutien, et que son amour pour elle était intact), d'avoir nié son existence, et d'avoir, pendant des années, menti à ses enfants. Pourquoi ?



Le lecteur n'est pas au bout de ses peines, car d'autres zones d'ombre se profilent à l'horizon : Qui est le véritable père de Chandler ? Qui est la Femme en noir du cimetière ? Celle-ci est-elle réelle ou a-t-elle été rêvée ? Royall a-t-il fait usage de son arme ? Juliet est-elle la narratrice ?



Joyce Carol Oates prend un malin plaisir à "suggérer" (y compris avec les pensées de ses personnages, signalées par les passages en italique, avec toute la subjectivité qui en découle), à proposer des fausses pistes et à multiplier les points de vue, sans réellement trancher par des faits concrets, décrits ou démontrés. Au lecteur de faire ce travail. Les faits sont peut-être imaginés, ou peut-être réels, certains restent suspendus, sans explications, une fois le livre lu.



Cependant, ces "angles morts" du récit restent à la périphérie du propos principal, qui conserve ainsi une parfaite cohérence. Joyce Carol Oates brosse l'histoire d'une famille américaine, de 1950 à 1978, et montre comment des secrets soigneusement enfouis peuvent perturber l'équilibre d'une famille pendant plusieurs générations.

L'auteure évoque aussi l'industrialisation de l'Amérique des grands lacs, depuis l'âge d'or insouciant de l'après-guerre (quand le rêve américain semblait encore possible), jusqu'au réveil brutal, avec la prise de conscience d'un revers de la médaille. le progrès industriel ne peut exister sans son cortège habituel de calamités : le cynisme des nantis, l'exploitation des faibles, la pollution industrielle, le développement des maladies professionnelles, la corruption, la collusion entre notables et la justice bafouée. le scénario de l'affaire du "Love canal" n'est pas sans rappeler celui du film « Erin Brockovich, seule contre tous », de Steven Soderbergh et avec Julia Roberts. Mais Dirk Burnaby, le pendant masculin d'Erin/Julia, n'aura hélas pas la chance de voir son chevaleresque projet aboutir. La réhabilitation tardive du "héros", par la société américaine et par sa propre femme (mais Ariah est-elle encore crédible ?) termine le roman sur une lueur d'espoir et un optimisme bienvenu, grâce à un "happy end" que certains trouveront peut-être trop artificiel.



Alors chut ! N'en disons pas plus sur Les Chutes. Plongez dans le livre, vivez l'ivresse des grandes profondeurs (psychologiques), et laissez-vous emporter au delà du point de non retour… jusqu'à la chute !

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J'ai réussi à rester en vie
  05 novembre 2020
J'ai réussi à rester en vie de Joyce Carol Oates
Il n’est pas plus tragique de survivre à la perte d’un être cher dans sa matière la plus inattendue. JCO nous confie dans ce récit, le départ soudain de son mari Ray après une pneumonie compliquée.



Elle raconte surtout avec une minutie d’orfèvre les moindres détails du deuil, de la souffrance, du vide. Elle passe les sentiments au peigne fin, son chagrin est gris et palpable face à moi petite lectrice.

Inévitablement arrive l’auto médication, ses réflexions sur cette camisole chimique, elle réfléchit au suicide, elle cite Sylvia Plath, donne la parole à Philipp Roth puis les souvenirs reviennent avec Ray. Les jours passent les uns après les autres. Ce n’est pour une fois -et bien appréciable- pas un de ces récits accident - deuil - renaissance. Il y a ici une réelle consistance palpable dans la peine et le vide.



J’ai pris le temps de lire ce récit dans cette période charnière. J’ai aimé trouver cet écho que l’être humain n’est pas infaillible, qu’il peut tomber, qu’on peut se dire « souffre, Ray /papa en valait la peine ». J’ai aimé me reconnaître dans ce récit où le chagrin est à sa place. Un peu partout. Dans un chat râleur, un arbre qui refleurit, des amis ou connaissances qui n’ont que faire du chagrin des autres, d’un médecin qui accuse, une tablette de médicaments,...



On peut souffrir parce que certaines personnes étaient si importantes et si belles que loin d’elles, le monde semble dépeuplé. L’espoir se joue bien plus tard quand on pourra se dire des mois plus tard comme Joyce, j’ai réussi à rester en vie.
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Délicieuses pourritures
  19 décembre 2017
Délicieuses pourritures de Joyce Carol Oates
On est chez Oates et déjà, le titre (de l'édition française) de cet ouvrage donne le ton.



Nous sommes en 1975, Gillian Brauer, entichée de son professeur de littérature, se prend de passion pour les cours qu'il anime au détriment de tout le reste.



On est chez Oates donc c'est vénéneux, parfois gênant, souvent non dit mais terriblement là. le lecteur est mal à l'aise. Autant par ce qu'elle raconte que par tout ce qu'elle nous laisse deviner.



Les étudiantes ici semblent manipulées pour dévoiler leur intimité, exciter un professeur et son épouse aux moeurs particulières. de leur fantasme à la réalité, on ne sait parfois où situer le récit.



On est chez Oates donc c'est terriblement bien écrit. Ce qui d'ailleurs me fascine chez elle, cette manière unique de raconter une histoire, un sentiment, un égarement.



Ici, il s'agit bien de « pourritures » mais elles n'ont rien de délicieuses. Pourtant, on se surprend à tourner les pages et à voir arriver cette fin attendue. Cet embrasement.



Ma découverte de la bizarre, de la géniale, de l'affolante Joyce Carol Oates continue …


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Mudwoman
  19 décembre 2013
Mudwoman de Joyce Carol Oates
Coup de cœur pour la boue ! ( Mud en anglais )



Avril 1965. Imaginez...une petite fille d'à peine cinq ans, une toute petite fille accrochée à sa poupée en caoutchouc, précipitée par sa propre mère, marginale à moitié folle, dans la boue froide des marais de la Blake Snake River dans les Adirondacks pour se débarrasser d'elle. L'histoire tragique de Mudgirl commence ainsi, aspirée par cette boue qui pénètre dans sa bouche, ses yeux, ses oreilles, l'étouffe, promise à une mort certaine si un homme ne l'avait pas découverte in extremis et sortie de ce cloaque.

Mais...elle a été un rebut sans identité dont même sa mère ne voulait plus. Finalement recueillie par un couple de quakers qui reporte sur elle l'affection qu'ils n'ont pu donner à leur propre fille morte prématurément, elle poursuit des études brillantes et devient la première femme présidente d'une prestigieuse université de l'Ivy League, la désormais célèbre Meredith Neukirchen, dite M.R., professionnelle irréprochable aux idées progressistes, bourreau de travail, qui ne s'accorde que de rares parenthèses dans les bras de son amant astronome peu présent - l'amant ( secret ), facétie de l'auteur qui ne le mentionne que de cette manière, façon originale de le mettre réellement " entre parenthèses ".



Octobre 2002. Meredith a 41 ans et revient dans la région de son enfance pour prononcer un discours à un congrès. Mais on n'échappe pas aisément à son passé surtout s'il est aussi tragique que celui de Mudwoman. Ses souvenirs profondément refoulés l'assaillent, elle commence à perdre imperceptiblement ses repères, fait des cauchemars, tombe...À l'université, elle doit lutter contre la misogynie et l'immobilisme conservateur de ses collègues et souvent adversaires. Elle lutte courageusement comme elle a toujours su le faire depuis son enfance, mais lassitude insidieuse et/ou solitude dévorante, elle commence à perdre pied.



Comment survivre à un tel traumatisme, une telle absence d'amour finalement ?



C'est véritablement le propos de ce roman de Joyce Carol OATES centré sur M.R., Meredith Neukirchen. Un beau portrait de femme, complexe, dont l'analyse psychologique est très aboutie, subtile. J'ai trouvé particulièrement intéressante la descente aux enfers de M.R., l'engrenage des événements et de ses réflexions intimes, comment elle frôle la folie et flirte avec la perte de contrôle : du OATES au top de son art. Une aventure prenante finalement ce roman, un peu à la manière d'un thriller.

Pour mieux appréhender la psychologie de l'héroïne, et ne pas lasser le lecteur avec une trâme linéaire classique, les chapitres consacrés à Mudgirl et à Mudwoman alternent, scandés par des titres sybillins teintés d'humour grinçant " Mudgirl a un nouveau foyer ", " Mudwoman précipitée sur terre ", " Mudgirl accouplée ", " Mudwoman in extremis ". Presque un sommaire de livre pour enfants ! Un comble ! Bien sûr, il ne s'agit pas d'un roman léger, mais OATES, selon moi, dédramatise ainsi ce roman sombre par touches, s'amuse à sa façon. Jusqu'aux citations d'ouverture de roman : Nietzsche, Whitman et un certain André Litovik qui énonce : " Le temps terrestre est une façon d'empêcher que tout n'arrive en même temps. " Tiens donc, qui est ce Litovik, me suis-je dis en ouvrant le bouquin, jusqu'à ce que je réalise bien plus tard qu'il s'agit de l'amant ( secret ). Astucieux clin d'œil pour se citer soi-même Madame OATES !



N'ayant plus rien à prouver, elle brouille les pistes et se permet des facéties de présentation pour le plaisir de ses aficionados.

Je persiste : à quand le prix Nobel de littérature pour cette grande dame de la littérature américaine ?
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Carthage
  21 février 2018
Carthage de Joyce Carol Oates
Ce qui se passe à Carthage …



Une certaine vision de l’Amérique.



Une famille bien sous tous rapports. Sous la surface ondulent ses sentiments contradictoires qui font de Oates une grande observatrice du genre humain. Prêtresse des sentiments les mieux dissimulés.



On a Papa, fier de bien tenir la barque, Maman, plutôt insignifiante (quoi que …), et leurs deux filles, la Jolie et l’Intelligente.



Lorsque l’Intelligente disparaît au moment même ou la Jolie rompt ses fiançailles avec l’Ancien Soldat , le vernis se craquelle de toutes parts.



J’ai aimé ce petit pavé. J’ai aimé la cruauté qui pullule entre ces pages. Ces histoires dans l’histoire. L’humanité est souvent moche et Oates sait si bien la décrire. Virtuose, elle nous fait pénétrer l’intimité d’une famille de notables, nous propose même une visite guidée à l’intérieur d’une prison américaine et nous fait plonger dans le mystère d’une disparition étrange.



Ce qui se passe à Carthage, ici, ne restera pas à Carthage … Grâce au talent de Joyce Carol. On lui dit merci et on en redemande!

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Mudwoman
  09 mai 2018
Mudwoman de Joyce Carol Oates
Dans les méandres boueux de la Black Snake River, perdue au milieu de l'immensité sauvage des Adirondacks, une petite fille, de la boue dans la bouche, de la boue dans les oreilles, jusqu'à de la boue dans les yeux, gît là, abandonnée avec sa poupée comme morte. Recueillie par une famille dite d'accueil, puis par des « parents » aimants, dans le genre couple de quakers, Mudgirl grandit, s'affranchit, et devient Mudwoman, une femme reconnue mais qui reste solitaire, pas vraiment par choix. Elle devient la première femme présidente d'une université de prestige, reniant pratiquement tout son environnement, sa famille, son passé, son histoire. Même son amant « secret » se fait extrêmement discret. Un corbeau noir dans le jardin l'observe à travers les persiennes de son manoir de fonction. Un cri perçant dans la nuit, un nuage dérive sur la lune, les ombres s'effacent dans le noir de jais d'un ciel sans étoiles.



Meredith Ruth doit lutter contre les préjugés, la misogynie de ses paires, la méfiance du conseil de gouvernance, l'hésitation des généreux donateurs. Fière de ses idées progressistes, voulant remettre en question le conservatisme de cet immense paquebot universitaire pour lequel on lui a octroyé la barre, M.R. ne ménage pas son travail, telle un bourreau, ne flanchant jamais devant la tâche et les obligations. Un congrès la ramène dans sa région d'enfance, ces routes isolées qui serpentent au milieu des Adirondacks, les souvenirs remontent à la surface, le goût de boue en bouche resurgit de sa mémoire. Le cri des corbeaux devient menaçant.



Un nouveau portrait de femme, Mudgirl devenu Mudwoman, sous la plume de la prolifique Joyce Carol Oates. Grandeur de la femme, socialement parlant, avant la décadence, la chute irrémédiable tourmentée par les fantômes de son passé. Il a suffi d’une conférence sur les lieux de son enfance pour que l’histoire vire au « thriller » névrosé. Les pages ne se comptent plus. Certaines sont en trop mais elles apportent une ambiance, l’atmosphère des lieux, le cri perçant du corbeau, le roi des corbeaux. Les pages défilent, comme les feuilles mortes sur un campus universitaire livrées au vent. Le temps passe, les années circulent, les yeux plongent dans ce roman, dans cet univers qui flirte avec – comme souvent – des instants gothiques.



Toujours aussi noire, cette plume de corbeau.

Toujours aussi sombre, cette histoire glaçante.

Toujours aussi froide, cette boue sombre et noire.
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Blonde
  24 novembre 2019
Blonde de Joyce Carol Oates
Monumental.



C'est le premier mot qui me vient à l'esprit après la lecture de cet ouvrage.



La rencontre de deux monstres sacrés. Joyce Carol Oates raconte Marilyn Monroe.



Kaléidoscope captivant, émouvant et passionnant, ce livre est d'une richesse incroyable. D'une profondeur terrible. Il pénètre en son héroïne et tente d'en livrer la substance. C'est parfois chaotique, souvent enivrant, terriblement prenant.



Véritable roman qui invente la vérité et raconte cette blonde pas tout à fait comme les autres. A travers une construction fascinante et hypnotique, Joyce Carol Oates décortique le rêve américain et dévoile les choses étranges qui se meuvent derrière les tapis et le rouge sang appliqué sur les lèvres des starlettes hollywoodiennes.



Ne nous méprenons pas, il ne s'agit pas d'une biographie. C'est bel et bien un roman qui tente de pénétrer un mythe, une icône et d'en faire une femme. Oates construit le roman autour d'une chronologie qui éclate et se tord pour mieux pénétrer la tête blonde de son héroïne. On peut se perdre, parfois, dans les méandres de ce roman immense, mais sans déplaisir.



L'auteur, comme à son habitude, peut nous mener où elle veut. Je l'ai suivie. Sans hésiter.



J'ai lu ce livre en plusieurs fois, sur plusieurs mois. Comme imprégné. Comme si les images devaient s'imprimer sur ma pellicule intime. Raisonner pour pouvoir continuer. S'imprégner sur mes rétines.



C'est l'histoire d'un mythe. Un conte défait de fées absentes ou trop présentes. Les petites filles sont parfois terriblement solitaires. Elles gardent dans le coeur les douleurs de l'abandon et cherchent, une existence entière, à ce qu'on les aime un jour vraiment.



Ce livre est un monument. Ces femmes, des oeuvres d'art et de vie. Et pourtant humaines. Follement libres. Réellement inspirantes.


Lien : https://labibliothequedejuju..
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Nous étions les Mulvaney
  01 novembre 2014
Nous étions les Mulvaney de Joyce Carol Oates
« Les familles sont comme ça, parfois. Quelque chose se détraque et personne ne sait quoi faire et les années passent...et personne ne sait quoi faire. »

Eh oui...Mais il n’y a que Joyce Carol Oates pour nous raconter une histoire pareille avec toute la délicatesse, toute la psychologie fouillée du monde. Cette auteure qui est pleine d’attention pour les gens, je l’admire ! Chaque fois que je me plonge dans son univers, les personnages de papier prennent de la consistance pour devenir des êtres à part entière, et pour lesquels on éprouve de la compassion, sur lesquels on s’énerve ou on s’apitoie, mais qu’on croit, qu’on comprend avant tout.



Et c’est encore le cas ici, alors que nous arrivons dans la vallée du Chautauqua (état de New- York), dans cette ferme des Mulvaney où le bonheur règne. 4 enfants pleins de vie, des parents dynamiques, des animaux dorlotés, que demander de plus ?

Mais le malheur dans toute sa splendeur sombre pénètrera dans les moindres recoins pour gangrener chaque membre.

Comment est-ce possible ? C’est par la belle, la fraîche, la pure Marianne, la seule fille de la famille, qu’il se fraye un chemin d’épines. En effet, cette jeune fille encore naïve sera violée par un garçon de son lycée, mais contrairement à la volonté de ses parents, elle refusera de porter plainte. Son père Michael n’arrive pas à encaisser l’horreur, et les 3 frères supportent avec de plus en plus de difficultés les errements du père de famille. La maman, Corinne, veut tant bien que mal rétablir l’équilibre des jours heureux, quitte à éloigner Marianne. Mais quand le destin est en marche, il est difficile de le contrer,... sauf si la volonté immense de croire à la vie revient au galop.



« Rien de ce qui se passe entre des êtres humains n’est simple. Il est impossible de parler d’êtres humains sans les simplifier ou en donner une image déformée. »

Je laisse donc Joyce Carol Oates vous en parler elle-même, elle en est infiniment plus douée que moi. Laissez-vous emporter par cette conteuse, et partez aux USA dans ces années 70 et 80, à la découverte d’échantillons choisis de la nature humaine.

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Les Chutes
  19 février 2013
Les Chutes de Joyce Carol Oates
ça y'est !! Je viens ENFIN de terminer The Falls ( Les Chutes ). Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il aura squatté ma table de nuit pendant un bon moment ...



Dans ce roman, j'ai trouvé l'écriture de Joyce Carol Oates vraiment très belle, et riche. Les 100 premières pages en témoignent. Ce n'est pourtant pas le premier livre de l'auteure que je lis, loin de là, et avec The Falls, j'ai vraiment eu la sensation de lire une symphonie de mots tant l'écriture est harmonieuse : chaque mot est à sa place !



La psychologie des personnages est très fine, pas seulement celle du personnage principal, Ariah, complètement névrosée, et véritable antihéroïne et antiglamour. Tous les personnages sont torturés et l'auteure n'a pas son pareil pour aller au fond de leurs tourments. Elle décrit leur désespoir, leurs incompréhensions et leur déchéance... Dans cette atmosphère, Oates fait progressivement monter une tension et un sentiment de malaise chez le lecteur.

Mais que se passe-t-il dans cette petite ville où tout le monde semble cacher des secrets plus inavouables les uns que les autres ?



Ce que j'ai beaucoup aimé aussi dans ce roman, c'est que certaines scènes sont décrites de telle manière qu'on s'imagine regarder un vieux film américain - avec les plans et la musique qui va avec.



Bien sûr, on a quand même les petits "délires" de l'auteure... Plus je lis ses romans et plus je me dis qu'elle a une vision des corps humains et de la sexualité très particulière...



Par contre, je termine ma lecture sur un goût plus amer à cause de toutes les digressions, flashbacks et changements de focalisations pas toujours évidents à suivre. Sur les 480pages , je pense qu'il y en a bien 140 qui n'aident pas à faire avancer le récit et lui apportent bien peu....



Malgré ces petites contrariétés je relirai cette auteure sans hésiter car ce roman m'a vraiment réconciliée avec son oeuvre. Après l'avoir lu, personne ne peut douter que sa place parmi les grands écrivains contemporains des Etats-Unis est méritée.

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Daddy Love
  07 septembre 2016
Daddy Love de Joyce Carol Oates
Pas besoin de mille pages pour marquer les esprits : Joyce Carol Oates n’y va pas pas quatre chemins pour conter l’horreur de la violence humaine.



L’entrée en matière est surprenante. après avoir parcouru le premier chapitre, on a un doute : c’est avec les mêmes mots que débute le deuxième chapitre! Une erreur d’impression? Non, quelques mots différent et d’autres détails arrivent. Même chose pour les deux chapitres suivants : un exercice de style? Cet artifice donne finalement du relief à la scène inaugurale, et la transforme en obsession, en rumination inévitable que génère tout drame, pour reconstruire ce que l’histoire aurait pu être si….



Le rapt de l’enfant et l’accident de sa mère sont alors mis de côté pour que l’on passe du côté de la victime. Sans pudeur, L’auteur décrit avec précision et méticulosité le fonctionnement du prédateur, qui va formater son butin, le rendre conforme à son désir pervers, avec cruauté et jamais une once de compassion. C’est à la limite du soutenable.

Curieusement après avoir décrit le calvaire du petit garçon avec luxe détails, six ans s’écoulent et l’on comprend bien que la fin de cette relation dévastatrice est proche. L’enfant a perdu son charme, il est temps de le remplacer. C’est alors que l’auteur décrit avec adresse le ressenti de ce presque adolescent, des sentiments contradictoires faits de haine et d’un attachement proche du syndrome de Stockholm.



Pendant tout ce temps, six ans, la mère panse ses blessures physiques, celles de l’âme sont beaucoup plus tenaces et l’image de la petite main qu’il n’aurait pas fallu lâcher est là, bien présente et obsédante. La reconstruction d’un corps crée des douleurs avec lesquelles on peut vivre, la souffrance d’une absence quotidienne est beaucoup plus délétère.



L’issue de ce récit dense et riche, laisse par contre un sentiment d’inachevé, comme si l’auteur déléguait au lecteur la mission de s’en débrouiller; C’était déjà le cas avec Mudwoman.



C’est donc une construction assez originale que nous propose Joyce Carol Oates, avec ce début répétitif, puis deux périodes espacées de six ans et une fin pas vraiment finie….Au risque de ne garder le souvenir que des moments les plus pénibles.
Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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Un livre de martyrs américains
  12 janvier 2020
Un livre de martyrs américains de Joyce Carol Oates
Je me demande si mon enthousiasme pour Joyce Carol Oates n'a pas quelque chose d'un tantinet masochiste - franchement, se retrouver dans la tête d'un ultra «pro-life» «soldat de l'Armée de Dieu», assassin d'un médecin pratiquant l'avortement, pour moi, ce n'est pas ce qu'il y a de plus confortable. Mais j'adore cette façon dont Oates sait nous plonger, par-delà nos jugements, en profondeur, dans des intériorités radicalement autres,

faisant s'entrechoquer ou s'entrelacer les visions contrastées et parfois convergentes des membres de ces deux familles américaines, celle du meurtrier et celle de sa victime. Celle du fanatique Luther Dunphy, proche d'organisations chrétiennes d'extrême-droite, contre les aides sociales, contre l'athéisme, l'homosexualité, et surtout bien sûr en guerre contre les «meurtriers avorteurs». Celle du médecin, Gus Voorhees, homme de gauche, humaniste, «champion infatigable» des droits des femmes, «héros féministe» pour les uns, mais pour d'autres «homme profondément malfaisant et amoral», «coupable de massacres de masse à l'égal d'un criminel de guerre nazi ».



Ce qui m'impressionne surtout une fois de plus chez Joyce Carol Oates, c'est cette écriture surpuissante qui s'attaque aussi bien au psychologique qu'au social, au politique, et nous offre une impressionnante peinture de l'Amérique contemporaine avec sa violence, ses clivages, et de l'humanité dans toute sa complexité.
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Daddy Love
  20 août 2017
Daddy Love de Joyce Carol Oates
Joyce Carol Oates.



Ca en jette quand même comme nom, non?



Bref, je m’attaque à cet auteur légendaire américain pour la première fois. Je n’ai pas été déçu du voyage.



Daddy Love, un homme monstrueux kidnappe des jeunes enfants puis les tue lorsqu’ « ils deviennent trop « vieux ». Robbie Whitcomb va devenir sa prochaine victime et nous allons suivre son calvaire, ainsi que celui de ses parents.



L’écriture est fine. La psychologie des personnages approfondie. Rien que les 4 ou 5 premiers chapitres qui racontent tous la même scène décrite de plusieurs façons m’ont séduit. Puis elle m’a entraîné jusqu’à la fin dans cette terrible histoire. Il y a une puissance d’écriture chez elle qui emporte le lecteur.



Daddy Love, un livre marquant qu’on referme un peu soufflé. La force d’un grand écrivain.



Je pense dans les mois à venir me faire une cure de Oates. Mais l’œuvre semble gigantesque ! Je ne sais où donner de la tête !!



Pour mon plus grand plaisir.

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Carthage
  05 décembre 2017
Carthage de Joyce Carol Oates
" Il y des contes de fées dans lesquels l'une des sœurs est bonne et belle ....

L'une des sœurs est bénie et l'autre sœur est damnée. Je suis cette sœur là. La sœur damnée."

Carthage dans l'état de New-York; la ville est en ébullition, la fille cadette de l'ancien maire Zeno Mayfield a disparu. Tout semble incriminer Brett Kincaid un héros de la guerre en Irak et ancien fiancé de Juliet, la belle Juliet.

Cressida est intelligente mais se sent rejeté, son physique androgyne n'attire pas les garçons, son caractère difficile l'isole encore plus.

Les années passent, la vie suit son cour, les recherches ont cessé.

Qu'est devenue Cressida ?.

Voila la trame, inutile dans dire plus. Joyce Carol Oates nous entraine dans une histoire particulièrement difficile, la disparition d'un enfant. Elle décortique avec minutie le caractère particulier de Cressida, ce vilain petit canard. Carthage est un voyage au bout de l'enfer, où l'on découvre l'univers carcéral d'Orion, le couloir de la mort, la chambre des exécutions. Un chapitre particulièrement difficile. Joyce Carol Oates nous invite à la réflexion sur le bien fondé de la peine de mort ou sur les vétérans d'Irak ou d'Afghanistan.

" Maintenant que les guerres d'Afghanistan et d'Irak ralentissaient, les anciens combattants allaient être rendus à la vie civile, telles des épaves sur une plage après le reflux d'une grande marée."

J'avais aimé " la fille du fossoyeur" j'ai adoré " Carthage".
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Les Chutes
  01 octobre 2016
Les Chutes de Joyce Carol Oates
A l'image du Niagara, la vie n'est pas un long fleuve tranquille. Phases de tourments et d'accalmies règlent pareillement le cours de l'un et de l'autre. De même l'entrée en zone de non-retour précédant la chute brutale est rarement détectable.



Mariée la veille à Gilbert, Ariah se retrouve veuve le lendemain des noces. Le suicide de son époux au petit matin ne laisse pas de surprendre cette mélomane de 28 ans : depuis combien de temps Gilbert était-il entré dans cette fameuse zone de non-retour ?

En ce printemps 1950, le vent nauséeux du maccarthysme ne semble pas avoir atteint la petite ville de Niagara Falls située au nord-ouest de l'État de New-York et à proximité de la frontière canadienne. Capitale mondiale de la lune de miel, elle bénéficie d'une manne touristique importante et attire aussi, en raison de l'hydroélectricité locale, bon nombre d'industries de pointe et notamment chimiques.

Ariah n'aurait jamais dû voir l'envers du décor de carte postale de Niagara Falls. Le destin en a décidé autrement et la voilà, indirectement et bien malgré elle, liée aux affaires peu reluisantes et peu avouables de cette ville en apparence si avenante.



On mesure souvent le talent d'un écrivain à sa façon de brosser par petites touches la psychologie des personnages ; force est de constater que dans ce domaine Joyce Carol Oates excelle.

Qu'ils aient ou non un rôle de premier plan dans “Les Chutes”, la vingtaine de protagonistes semblent à tour de rôle s'imbriquer naturellement dans l'intrigue au demeurant palpitante sur fond de scandale écologique.



“Les Chutes” franchies dans l'euphorie, il est bien agréable de se laisser dériver au fil de l'impressionnante bibliographie de l'auteure américaine. Une deuxième approche de l'oeuvre de Joyce Carol Oates ne saurait tarder, à ce stade de la découverte loin est la zone de non-retour...

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La Princesse-Maïs et autres cauchemars
  13 avril 2019
La Princesse-Maïs et autres cauchemars de Joyce Carol Oates
... et autres cauchemars ... tout est dit dans le sous-titre !



Il s'agit bien de 7 cauchemars, tous plus flippants que les autres, des cauchemars éveillés confinant à la folie dans lesquels Joyce Carol Oates déploie tout son talent de conteuse.



Tout inquiète dans ces nouvelles, tout trouble, tout sidère, tout stupéfie mais les frissons sont toujours subtils pour sonder la face cachée des nos âmes. L'effroi psychologique nait en fait du télescopage entre la violence sous-jacente distillée dans chacun des récits et leur caractère pourtant si familier.



Sur les 7, deux m'ont semblé nettement moins intéressantes que les autres ( Bersabée et Personne ne connaît mon nom ). Mais les 5 autres sont remarquables d'étrangeté et d'ambiguïté. Surtout la première, La Princesse-Maïs, dont la construction est en soi une performance virtuose en donnant une vue d'ensemble de la situation par un éclatement des points de vue et par une maitrise des ellipses étonnante.



Ce qui me reste de ce recueil, ce sont des images indélébiles :

- une mère découvrant la disparition de sa fille et paralysée, devant son téléphone lorsqu'il faut appeler les secours , par la honte sociale d'être une mère célibataire pauvre dans un quartier de riches qui va être montrée du doigt pour avoir laisser sa fille seule

- la princesse-maïs droguée au sol ses cheveux en couronne étalée autour de sa tête

- un foetus «  frère-démon »appuyant fort de sa tête sur la nuque de son jumeau faible pour ne plus avoir de concurrence

- une perceuse électrique qui s'approche de la tête d'une riche excentrique avide d'expérience ésotérique via la trépanation exercée par son chirurgien esthétique

- un chat sur la bouche d'un bébé sous le regard de sa grande soeur



Toute l'iconographie américaine est ainsi triturée jusqu'au point de non-retour. Glaçant.
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Blonde
  18 mars 2016
Blonde de Joyce Carol Oates
Attention, livre dangereux. Bombe à bord.

Pas celle que vous croyez, pas juste cette bombe-bombasse blonde dont l'éclat saisissant abasourdit pourtant encore, mais une bombe à fragmentation qui continue d'exploser dans la profondeur de l'être longtemps après avoir tourné chacune des pages de ce roman terrible.

Je ne sais pas pourquoi l'écriture de Joyce Carol Oates m'évoque toujours l'univers de l'eau, mais le fait est que « Blonde » n'échappe pas à la règle : la lecture de « Blonde » est une immersion, presque une noyade, dans les méandres de l'esprit complexe, multiple et extraordinairement sensible de Norma Jean Baker.

Il faut tout le talent de JCO, dont la plume souvent un peu trop… vagabonde dirons-nous, colle cette fois-ci parfaitement à son sujet, et réussit à chaque ligne de ce gros pavé (1100 pages mais pas une de trop, une gageure !) à nous ancrer dans une profonde empathie pour cette lumineuse pauvre fille et nous faire entrer à l'intérieur même de ses fêlures. Et ce grâce aux deux plans de lecture qui s'entrecroisent pour nous ferrer comme des insectes dans une toile.

Il y a le plan linéaire déroulant les étapes de la tragédie : les pages terribles sur l'enfance et la mère toxique, les pages douloureuses sur l'orphelinat, les pages sordides sur Hollywood, les pages incandescentes sur la naissance de « Marylin », les pages belles à pleurer sur l'amour véritable et protecteur d'Arthur Miller…

Et puis il y a le plan syncopé, brouillé dans lequel JCO superpose et entremêle plusieurs faces de Norma Jean, assez confusément pour que l'on ne sache pas parfois à laquelle l'on a affaire, assez inexorablement aussi pour que l'on comprenne que les plus noires finiront par définitivement polluer les plus pures, jusqu'à l'issue fatale.

Je ne suis pas à proprement parler une fan de Monroe, mais ce livre m'a profondément émue et troublée, et donné envie de voir ou revoir certains films de Marylin pour tenter de percevoir la profondeur quasi-monstrueuse de ces décalages de personnalités que JCO donne à voir dans le livre (si délicieuse dans « Certains l'aiment chaud », si dévastée sur le plateau ; si cavalière dans « Bus stop », si terrifiée dans la vraie vie ; si vénale dans « Niagara », si infantile entre deux prises)…

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