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Critiques de Julia Cagé (9)
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Le prix de la démocratie
  24 mars 2020
Le prix de la démocratie de Julia Cagé
Dans un essai richement documenté, clair et foncièrement didactique – sans pour autant ne pas s’inscrire dans un ton plus polémique qui secouera parfois, non sans humour d’ailleurs, le lecteur -, Julia Cagé décrypte, à partir d’une dizaine de pays, dont la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, ou encore les Etats-Unis pour une grande part, et ce à l’échelle d’une cinquantaine d’années, voire de plus d’un siècle pour certaines prises en compte historiques utiles à son propos, ce qu’est réellement le prix de la démocratie. Ou comment, au fil des années, le financement privé des partis politiques a, malgré des lois votées dernièrement pour le limiter, de plus en plus pris le pas sur leur financement public. Comment aussi, quand financement public il y a, celui-ci reste surtout tributaire des plus riches, pour finalement en arriver à une situation dans laquelle un citoyen n’a plus du tout le même poids – financier d’abord, démocratique ensuite -, sur le cours des choix électoraux, en prolongement sur les lois qui vont suivre et qui avantageront forcément les principaux donateurs. Et surtout, en quoi, enfin, ce système extrêmement pervers, bien en place aux Etats-Unis depuis une dizaine d’années, commence à s’installer de plus en plus insidieusement en Europe.



Ainsi, en trois parties bien distinctes, l’économiste nous décrit dans les moindres détails – graphiques, chiffres et exemples concrets à l’appui, très éclairants -, et pour reprendre ses termes, "le financement de la démocratie électorale" : d’abord "les méandres des financements privés" , puis "les tentatives […] d’introduction des financements publics" , et enfin "les propositions raisonnées permettant de sortir de ces contradictions [que crée cet entre-deux]" . L’on passe progressivement, et avec beaucoup de cohérence, d’un propos majoritairement objectif qui relate des faits que l’on ne peut dénier, et qui inquiète sur l’évolution du financement de nos démocraties, à un propos plus subjectif, mais tout de même rigoureux et argumenté, quant à des solutions proposées pour en arriver à un financement véritablement égalitaire qui ne profiterait plus qu’aux plus riches.



Malgré tout, bien que cet essai soit passionnant car particulièrement dense, complet et pertinent, j’ai été gênée par un point qui, à mon sens, nuit un peu à la démonstration. En effet, la répétition de certaines informations au fil de celle-ci, sans que ces répétitions n’apportent de véritable force argumentative, m’ont semblé superflues, alourdissant bien souvent le propos. Ainsi, l’auteure nous indique très souvent qu’elle va revenir sous peu sur un point qui lui semble important, et voilà que sont déjà développés, au moment où elle le note, des éléments sur ce point qui devait être abordé par la suite, et le lecteur se retrouve avec moult redondances qui ont tendance à lui faire perdre le fil de la démonstration. Cela se retrouve surtout s’agissant des solutions proposées, qui vont revenir matraquer à de nombreuses reprises les deux premières parties, qui sont pourtant, censément, être le diagnostic de la situation posée.



Je remercie les éditions Gallimard et Babelio de m’avoir permis de découvrir cet essai qui était dans ma PAL depuis quelque temps. Je ne suis pas mécontente de cette découverte car malgré le défaut énoncé précédemment, il n’en reste pas moins que Le prix de la démocratie est une démonstration passionnante, qui dénote un vrai travail de fond comme je les apprécie, et qui met en lumière les rouages de nos démocraties occidentales bien moins idéales qu’elles n’y paraissent sur papier.
Lien : https://lartetletreblog.com/..
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Libres et égaux en voix
  12 octobre 2020
Libres et égaux en voix de Julia Cagé
Dans son nouvel essai « Libres et égaux en voix », l'économiste propose des solutions concrètes pour revitaliser la démocratie, en introduisant plus de justice sociale dans notre organisation politique, associative et médiatique.


Lien : https://www.nouvelobs.com/id..
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Le prix de la démocratie
  26 mars 2020
Le prix de la démocratie de Julia Cagé
J'ai reçu cet essai dans le cadre d'une opération Masse critique, et il m'est véritablement difficile à critiquer...



En effet, Le prix de la démocratie abonde en informations et sujets très intéressants : le financement actuel et historique des systèmes politiques et des partis de différents pays, dont la France, les Etats-Unis, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni et l'Espagne sont les plus fouillés, de nombreuses données chiffrées et récentes, des références à des ouvrages politiques et d'étude de la société divers, ainsi que des propositions intéressantes pour palier au biais qu'instaure la possibilité pour les entreprises et les particuliers de contribuer sans limite aux campagnes électorales.



Cependant, j'ai eu un mal fou à lire ce pavé indigeste de 500 pages, sans compter les nombreuses notes. La structure globale de l'essai me laisse perplexe, tout semble dit dès l'introduction, très longue, et dont on retrouve des passages presque copiés collés plus loin dans le livre ; certains exemples sont convoqués une demi-douzaine de fois (on a bien compris que Philip Morris et Daimler finançaient différents partis en Allemagne...), l'auteur se répète, alourdit le récit par des "comme nous l'avons vu au chapitre X", "comme nous le verrons au chapitre Y", "c'est l'objet de ma proposition", enchaîne avec des commentaires tout sauf neutres, qui semblent laisser entendre au lecteur qu'il a bien peu de jugeote s'il ne se range pas à son avis...Tout cela rendant la lecture presqu'insupportable. Ce n'est que mon humble avis, mais je pense qu'il serait judicieux de supprimer quelques centaines de pages et de revoir la structure globale tant les redites sont nombreuses, et chaque chapitre un fourre-tout dont on ne se souvient plus l'intitulé passées deux pages.



Dommage ! Car le fond est intéressant, et mériterait d'être plus connu...
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Le prix de la démocratie
  23 mars 2020
Le prix de la démocratie de Julia Cagé
On voit, aux États-Unis, un milliardaire républicain devenu démocrate défier à coups de publicités ruineuses le Président en titre, milliardaire démocrate devenu républicain. Michael Bloomberg n'aura pas réussi, au bout du compte, à devenir le "challenger" de Donald Trump, mais le citoyen a l'impression qu'une élection, dans ce pays, comme dans d'autres, peut-être achetée plutôt que gagnée. On se souvient, en France, du système Dassault d'achat des votes. La plupart des partis français font l'objet d'investigations judiciaires pour financement illégal. Existe-t-il d'ailleurs un pays qui y échappe ? C'est dire si l'argent, qui fait le prix, au sens économique du terme, de la démocratie, importe pour garantir son authenticité.

C'est dire l’intérêt du livre de Julia Cagé, désormais disponible en édition de poche, avec une intéressante préface actualisant son propos à l'été 2019. Son propos est assez simple au total : l'agent a un impact direct sur les chances d’être élu : l'élection se joue "à qui paie gagne". Mais les inégalités sont aussi dans les mécanismes de financement des partis. Même lorsque les États ont limité les dépenses par la loi, l'examen attentif des méandres des législations montre que les systèmes de réductions fiscales favorisent les plus riches qui se font rembourser la plus grande partie de leurs dons par les déductions d'impôt et donc par le financement de tous, y compris les moins favorisés qui en sont de leur poche. La démonstration, appuyée sur une riche base de données historiques et géographiques, accessible aussi en ligne, est implacable.  Tout est passé en revue méthodiquement : le financement des campagnes électorales, celui des partis, l'emprise sur les médias. L'argent reste roi, mais caché. Et il apparaît que les partis de droite en reçoivent davantage que les partis de gauche, partout où porte l'étude.

Au diagnostic succèdent les propositions, soigneusement argumentées : il faut plafonner les dons, transformer les réductions accordées aux contribuables imposables en crédits d’impôt, ouverts à tous. La proposition la plus innovante, mais aussi la plus complexe, est celle des « bons pour l’égalité démocratique » (BED). Un peu à l'image de la République fédérale d'Allemagne, qui permet ainsi de financer les cultes, Julia Cagé imagine un système permettant à chaque contribuable, lors de sa déclaration d’impôt annuelle, de choisir un parti auquel le Trésor public versera une certaine somme. Un substitut à l'idée, soutenue par un éphémère ministre de la Justice, et aussitôt abandonnée, d'une "Banque de la Démocratie".

La démocratie n'a pas de prix, mais elle a un coût qu'il est déraisonnable de ne pas assumer à son juste niveau. Quelques euros par citoyen suffisent, évitant ainsi les contributions se fassent dans des conditions qui faussent pas le jeu au profit des plus favorisés. Le "quid pro quo", dont Donald Trump a rappelé l'usage, n'est en effet jamais étranger à la générosité des nantis.

On doit pourtant relever que le propos de l'auteur, aux plus hauts titres académiques, mélange souvent l'analyse la plus fouillée avec des propos polémiques ou partisans qui nuisent à la démonstration plutôt qu'ils ne l'étayent. Le style en souffre, souvent relâché, comme sous la dictée, peut-être pour entraîner la lecteur à franchir d'arides démonstrations chiffrées, lesquelles auraient pu être renvoyées en annexe pour faire un peu plus court (528 pages !).

"Qui bene amat"... Cette réserve n'enlève rien sur le fond à l’intérêt d'un travail que l'on aimerait voir se poursuivre avec l'analyse des lobbies, dont le rôle, lui aussi, est inversement proportionnel à la visibilité.
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Sauver les médias : Capitalisme, financement ..
  17 novembre 2018
Sauver les médias : Capitalisme, financement participatif et démocratie de Julia Cagé
Le concept de "fondaction" - lisez le livre, je ne pas vous le divulgâcher ;) - est en effet inspirant.

N'étant pas économiste de formation, mon avis n'est bien sûr qu'accessoire.

Mais l'argumentation est convaincante et je n'y vois pas de failles majeures (sauf peut-être sur le coût d'exonération fiscale et l'exclusion des non-imposables)



A noter quand même que les médias s'auto-suicident aussi de l’intérieur.

Voir ces autres ouvrages :

Daniel Carton https://www.babelio.com/livres/Carton-Bien-entendu-cest-off--Ce-que-les-journalistes-p/36140

et Jean-François Kahn https://www.babelio.com/livres/Kahn-Lhorreur-mediatique/578458

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Sauver les médias : Capitalisme, financement ..
  21 décembre 2016
Sauver les médias : Capitalisme, financement participatif et démocratie de Julia Cagé
Sauver les médias, une vision (purement) économique





C’est avec, je dois l’avouer, un peu de circonspection et peu d’attentes que j’ai ouvert ce livre écrit par une représentante de la “galaxie rosanvalienne”, c’est-à-dire d’un groupe de chercheurs que je considère généralement comme trop tièdes dans leurs engagements, analyses et propositions. En clair, du réformisme inoffensif qui accepte “l’ordre établi” mais propose quelques éléments de réforme pour le faire évoluer, à la marge, ou à la marge de la marge. En somme, une sorte de sociale démocratie intellectuelle.



Concernant l’ouvrage à proprement parler, Julia Cagé, économiste française dispensant des cours à Science Po Paris, haut lieu de l’hétérodoxie et de la pensée critique, s’intéresse ici au modèle économique et juridique de la presse. Plus précisément, elle propose un nouveau modèle économique, de propriété et finalement un nouveau modèle de gouvernance et de financement pour les entreprises de presse afin qu’elles puissent sortir du marasme et des difficultés dans lesquelles elles sont empêtrées (c’est pour elle le principal chantier de la presse).



Néanmoins, avant de développer son modèle alternatif de presse, la chercheuse revient sur les origines et les développements des bouleversements que connaît le domaine de la presse depuis moult années (ce qui représente la majorité de l’ouvrage).

Tout d’abord, l’économiste, en bonne scrutatrice des données chiffrées rappelle que le nombre de journalistes est en constante diminution, à l’heure où pourtant une plus grande compréhension des événements s’avère nécessaire. Et, ce n’est pas forcément parce que le nombre de journaux est décroissant mais plutôt voir dans cette diminution la réduction des salles de presse de chaque journal, donc, en somme, moins de journalistes dans chaque journal. Une autre matérialisation de ces effectifs en baisse se voit selon elle concrètement, physiquement dans un journal, où elle observe en même temps qu’une diminution de l’effectif journalistique (plutôt que d’y voir une baisse de la productivité), une proportion plus faible de la place de l’écrit dans le journal (plus de blancs, d’espaces, une taille de police plus grande etc.). Elle en conclut ainsi qu’est privilégié la réduction des coûts au détriment de la qualité.

De plus, on observe aussi un “effet d’éviction” au sein des journaux du fait de la part croissante que prennent les effectifs consacrés aux publications web par rapport au papier. En outre pour l’auteure, cette “transition numérique” au sein des journaux ne s’est pas faite pour soutenir une amélioration de la qualité informationnelle mais à son détriment. Elle explique notamment cela par le fait que nombre de journalistes papiers se sont vu remplacer par une nouvelle génération plus habile techniquement (par rapport au numérique) que journalistiquement.



Pour Julia Cagé, il ne faut pas voir l’arrivée d’internet ou la crise de 2007-2008 comme causes premières de la crise de la presse, mais plutôt s’intéresser à la diminution des recettes publicitaires ainsi qu’aux effets pervers de la sacro sainte concurrence.

Concernant le cas des recettes publicitaires, l’économiste constate que, bien que celles-ci ont pendant un temps contribué à permettre une forme d’indépendance vis-à-vis du pouvoir politique, permis de se diffuser à une plus grande échelle et diminuer ses prix, elles ne font plus vivre aujourd’hui les médias. Sans revenir à Jean-Baptiste Say, et outre l’émergence de “concurrents” aux recettes publicitaires, l’universitaire observe que l’offre d’espaces publicitaire est aujourd’hui bien plus importante que sa demande, ce qui contribue de manière déterminante à la “perte de valeur” de ces ressources publicitaires. Ainsi, si on observe les recettes des journaux aujourd’hui, la part que prennent les ressources publicitaires est de plus en plus faible. De plus, malgré la déportation de la presse sur le domaine numérique, celui-ci rapporte aussi beaucoup moins que le papier d’un point de vue publicitaire (l’auteure parle de vingt fois moins).

Outre cette proportionnalité en baisse des ressources publicitaires, Julia Cagé pointe du doigt la concurrence (ou plutôt son degré trop avancé) comme deuxième facteur principal de la crise de la presse, notamment en ce qui concerne la baisse du chiffre d’affaire et la rentabilité des groupes de presse. Tout d’abord, la chercheuse ne remet pas en cause l’idée de concurrence dans le domaine de la presse, qui participe au pluralisme des idées ainsi qu’à la liberté de l’information. Elle nous rappelle aussi l’état des lieux de la législation concurrentielle concernant le domaine de la presse où en France depuis 1986 il n’est pas possible de posséder des journaux dont l’addition de leur diffusion est supérieure à 30 % de la diffusion totale sur le territoire française, ce qui comme on constate, n’empêche en rien la captation des principaux médias par des industriels, grandes fortunes qui ont aussi des intérêts politiques à défendre. Le cas étasunien est un peu différent, où est prohibé la possession dans un même secteur des journaux quotidiens, hebdomadaires ainsi que des chaînes audiovisuelles et télévisuelles. Néanmoins, en quoi cela protège-t'il contre la constitution d’empires médiatiques aux mains de pouvoirs économiques stratégiques qui ont bien entendu des intérêts politiques ? (Comme le montre bien le linguiste Noam Chomsky dans différents ouvrages).

Pour montrer la spécificité du champ de la presse, l’auteure donne plusieurs exemples et nous explique que, contrairement à de nombreuses industries et secteurs économiques, une demande moindre (acheteurs du journal), ici dans une situation de concurrence, n’induit pas théoriquement comme conséquence la nécessité de réduire la force productive humaine (journalistes). Et, dans le cas où les propriétaires, et cela est fréquent, souhaiteraient diminuer cette force productive pour faire fasse à la baisse du chiffre d’affaires, cela se ferait sans doute au détriment de la qualité du journal. Voilà un des effets pervers qui peut survenir en situation de concurrence. Un autre point est abordé par l’auteure :

“Si sur un marché donné tous les consommateurs ont exactement le même goût pour l’information et sont prêts à payer exactement le même prix pour un journal alors l’entrée d’un nouveau journal ne va pas conduire à l’apparition de nouveaux lecteurs. Les lecteurs existants vont se répartir entre les deux titres et chaque journal aura ainsi une diffusion plus faible. S'ils ont des préférences hétérogènes alors avec l’entrée d’un journal de qualité sur un marché jusqu’alors servi uniquement par un journal à bas prix, de nouveaux lecteurs vont apparaître chacun des deux journaux aura une diffusion importante et la demande sera mieux servie.”

On le voit, rien qu’avec ces deux exemples, on peut mesurer les conséquences négatives possibles pouvant être amenées par une situation de concurrence trop importante.



Au demeurant un aspect “constat” qui prend une place importante dans l’ouvrage, la chercheuse développe aussi plusieurs axes de propositions de réformes. Tout d’abord, Julia Cagé réfléchit à la manière de mieux utiliser les aides consacrées à la presse, qui pour elle ne sont pas trop importantes mais plutôt mal ciblées. Pour elle, il convient de réorienter les subventions vers “ceux qui le mérite”, c’est-à-dire, les journaux centrés sur l’information générale et politique (que Télé Z touche plus que le Monde Diplomatique, un simple exemple certes sortis de son contexte, mais qui interroge sur les modalités d’attribution…).

Enfin, le point central de son ouvrage, qui arrive d’ailleurs bien tard malgré son annonce dans son propos introductif, concerne la création d’un nouveau statut pour les médias qu’elle appelle société de média à but non lucratif. Quelle est sa spécificité ? D’être au croisement d’une part de la société par action, et d’autre part du statut de fondation (qui n’est aujourd’hui pas ouvert aux groupes de presse et qui permet une gestion plus et une défiscalisation des dons). Pour résumer, un tel modèle de propriété permettrait selon l’auteur de garantir un fonctionnement “démocratique” au sein de l’entreprise de presse (mais en évitant le démocratisme d'une personne égale une voix), où les voix seront (mieux) partagées entre les journalistes, les lecteurs ainsi que ceux apportant le gros du capital (c’est-à-dire d’éviter le classique “une action égale une voix”, qui conduit souvent à concentrer les pouvoirs de décisions entre les mains d’un petit nombre d’individus) avec la nécessité d’acquérir une pérennité financière (notamment en empêchant le retrait de capital et le versement de dividendes). Ce nouveau processus organisationnel et statut de propriété se traduirait notamment par une forme de dégressivité des droits de vote, qui, passés un certain taux, progresseraient moins vite que l’apport en capital, afin de laisser plus de place aux petits “actionnaires”, le tout soutenu et accompagné par une ouverture au financement participatif. C’est pour résumer, il y a bien entendu plus de détails dans l’ouvrage ainsi qu’une analyse des différents statuts adoptés par les groupes de presse. De surcroît, je n’ai pas du tout les compétences pour juger ou délivrer une opinion sur la faisabilité et l’opportunité quant à son modèle de presse.



D’une manière générale, après la lecture de l’ouvrage m’est venu à la bouche un goût amer, fade. Finalement, et cela, comme on le constate souvent avec nombre d’ouvrages d’économistes, c’est la faible place laissée aux autres sciences sociales. On parle de la situation des groupes de presse et notamment des journalistes, de leur situation de crise etc. mais à aucun moment (où j’ai dû m’assoupir pendant ce passage) n’est fait mention de travaux de sociologues s’intéressant à cette question de la presse, du genre, Patrick Champagne qui a sorti récemment un ouvrage sur le journalisme (quid des relations de pouvoirs, de dépendance, de la situation sociale du journaliste et leurs conséquences sur le travail journalistique ?). Alors certes, c’est un ouvrage d’économie, mais tout le passage sur la crise de la presse manque cruellement d’analyses non économiques. Je veux bien qu’on évoque la diminution du nombre de journalistes et pour expliciter la baisse de la qualité, la diminution de la surface d’écriture. Certes (les différences entre aujourd’hui et jadis est assez impressionnante), mais, et alors ? Théoriquement, on peut aussi écrire moins mais mieux, quid du contenu réel présent sur des sujets “connexes), quid de la “qualité” argumentaire ou du niveau de langage ? A force de rester dans le tout chiffré on reste sur notre faim et comme une impression de superficialité avec ce jeu chiffré où les hommes paraissent tels des chiffres. Un manque cruel quand on rappelle, et je suis d’accord, pour une fois au moins, c’est à noter, avec Friedrich Hayek, qu’un bon économiste, n’est jamais qu’économiste. En outre, je trouve qu’elle fait parfois preuve de béni oui-ouisme quand elle évoque, sans plus de précisions et d’argumentations, la presse comme élément constitutif d’un régime et disons, garante du fonctionnement de notre démocratie. C’est beau, on dirait un édito du Point ou du Nouvel Obs, mais quelle presse ? Dans quel cadre ? Démocratie, qu’est-ce donc ?

De plus, concernant, à proprement parlé du modèle mis en avant par Julia Cagé, de changement du statut économique et juridique des médias, je trouve un peu dommageable d’une part son monisme organisationnel ainsi que le fait qu’elle n’évoque pas des projets alternatifs de presses qui pourraient être mis en oeuvre (there is no alternative!). Je pense notamment à la schématisation de Pierre Rimbert, ancien responsable du Monde Diplomatique, qui propose aussi un changement radicale de la propriété médiatique (https://www.monde-diplomatique.fr/2014/12/RIMBERT/51030). Pourquoi ne pas lui avoir accordé quelques pages (conditions de possibilités, points positifs, aspects négatifs…), c’est pourtant rare les prépositions dans ce domaine. Surtout que Pierre Rimbert propose, je trouve, un modèle très intéressant où serait mutualisé notamment les activités de production, de distribution et administratives pour tous les groupes de presse (en échange d’une contribution financière) avec pour but de ne laisser dans les groupes de presse finalement que les véritables activités journalistiques. Je ne vais pas en faire un résumé ici donc n’hésitez pas à lire l’article, qui est je trouve intellectuellement plus intéressant que le livre de Julia Cagé (mais aussi plus radical et donc sans doute encore plus compliqué à mettre en place!)…

Enfin, on croit percevoir dans les propositions de Julia Cagé un système d’organisation qui pourrait s’adapter aux grands groupes de presse, mais au niveau local et régional, quelle organisation est à privilégier ?



Globalement j’en retiens surtout un manque de pluridisciplinarité, une absence de propositions alternatives, et une réflexion surtout centrée sur les groupes de presse importants (le local étant plutôt mis de côté). Au demeurant, l’ouvrage reste plutôt simple à lire, clairement grand public, qui peut amener à la réflexion, plutôt que répondre à des profondes interrogations, du fait du peu de problématisations poussées. En somme, un apéritif acceptable.
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Le prix de la démocratie
  23 février 2020
Le prix de la démocratie de Julia Cagé
Un livre fort instructif, et fort bien étayé statistiquement, sur le lien entre le financement des campagnes électorales et le nombre de voix obtenues.
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Le prix de la démocratie
  27 mars 2019
Le prix de la démocratie de Julia Cagé
Les modes de financement des partis politiques, y compris en France, tendent à renforcer l’invisibilité de certains groupes et l’influence politique des plus aisés, notamment les partis de droite. Y a-t-il, se demande Julia Cagé, des moyens plus démocratiques de financer la démocratie ?
Lien : http://www.laviedesidees.fr/..
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L'information à tout prix
  01 juin 2017
L'information à tout prix de Julia Cagé
Fondée sur un algorithme qu’ils ont eux-mêmes élaboré, leur étude des modes de propagation de l’information à l’ère numérique couvre la première partie de cet ouvrage parfois touffu, complété par une réflexion sur l’avenir de la presse et sa capacité à continuer à produire de l’information originale.
Lien : http://next.liberation.fr/li..
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