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Note moyenne 2.8 /5 (sur 30 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Cherbourg , 1989
Biographie :

Justine BO est une réalisatrice et romancière française.

Elle a fait plusieurs séjours dans les pays du Moyen-Orient. Elle travaille actuellement comme réalisatrice à New York.

Après "Fils de Sham", "Des griffures invisibles" et"Le type qui voulait arrêter de mourir", elle publie, en 2018, "Si nous ne brûlons pas".

Source : Editeur
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Entretien avec Justine Bo à propos de son roman Le type qui voulait arrêter de mourir



11/08/2016

Votre roman met en scène Zakar Lerov, un écrivain roi de la nuit et de la débauche et incapable d’amour. Pourquoi avoir fait le choix de l’antihéros ? Comment est né ce personnage ?



Je ne crois pas aux héros, et, d’ailleurs, je crois que les livres qui m’ont marquée ne dépeignent jamais des héros. Je préfère explorer la part sombre d’un personnage. Je ne trouve aucun plaisir à écrire l’histoire d’un personnage lumineux, pétri de bonnes intentions et ayant un rapport “pur” au monde. Je ne sais pas si je suis particulièrement pessimiste, ou carrément sadique ; je crois surtout que lorsque l’on passe du temps à réfléchir sur une personnalité, on en détaille les rouages les plus obscurs. Pour moi, la composition d’un personnage est une entreprise de déconstruction. Et puis, après tout, je suis peut-être un peu sadique. Le personnage de Zakar est né de ma fascination pour l’idée de déchéance : je voulais raconter l’histoire d’un type parti de rien, parvenu au sommet et sur le point de chuter… Une vie en “montagnes russes”, comme dit Zakar au début du roman.



La vie de Lerov n’a plus aucune saveur à ses yeux et il décide de fuir pour tenter de se sortir de sa torpeur. Pour ce faire, il simule sa mort. Comprenez-vous cette fuite hors de la vie ? Est-il difficile selon-vous de se sentir exister dans notre société actuelle ?



Je ne suis pas certaine de comprendre comment on “entre” dans la vie, ni comment on y reste ; tout ce qui oppresse Zakar sont des choses du quotidien que je ne comprends pas moi- même. Je ne crois pas que la difficulté d’exister soit un problème actuel ; je suppose que les hommes ont toujours très bien su se rendre la vie insupportable.



Au fil du roman, Lerov parle de lui à la première ou à la troisième personne : il semble comme dédoublé par rapport à son “lui” d’avant. Pourquoi avoir évoqué cette question de l’identité et du dédoublement ? Est-il possible de renaître selon-vous ?



L’alternance du “je” et du “il” était un choix d’écriture dès le début. Avant sa mise à mort symbolique, Zakar n’est pas tout à fait vivant. Il a toujours été “et vivant et mort”, d’où l’expression systématique de ses actions et pensées à la troisième personne. Il observe sans cesse d’en-haut les gestes qu’il effectue en bas. Au-delà de la question de la résurrection, l’enjeu est bien celui de l’unité : pour moi, nous n’avons pas une identité mais une illusion d’unité. Derrière cette illusion cohabitent et s’affrontent de nombreuses identités différentes. I’m Not There, un film de Todd Haynes qui m’a beaucoup marquée, explore la vie de Bob Dylan sous cet angle : six personnages incarnent l’artiste à six périodes de sa vie. On pourrait y voir de petites morts en série, à chaque fois suivies de résurrections.



Par delà l’aspect comique, votre ton s’avère très ironique vis à vis de notre société, notamment lorsque vous évoquez les rapports hypocrites entre riches et pauvres. Votre roman est-il une comédie sociale ? Cette ironie est-elle volontaire dans votre démarche ?



Dès les premières ébauches, mon intention était d’explorer la chute d’un homme pris en étau entre deux milieux sociaux. Zakar dit d’ailleurs que son corps est devenu “le théâtre d’un malaise social”. Cette haine de soi émane, dans bien des cas, du conflit entre l’image que la société projette sur nous, et ce que nous désirons être ou devenir. Zakar, qui a réussi à rejeter cette image pour devenir un écrivain à succès, se rend compte que le conflit initial l’habite toujours. Pour tenter de tuer ce conflit, il va jusqu’à mettre en scène sa mort !

L’ironie me semblait nécessaire : Zakar souffre de ce malaise social, mais il est aussi pleinement conscient de ses mécanismes et de ses effets. Alors, il ironise en permanence. Il s’agissait aussi du meilleur outil littéraire pour exprimer la perdition de Zakar : il doute de tout, il se moque de tout, il fait de chacune de ses réussites un échec et s’emploie à toujours briller par sa noirceur. Par ailleurs, je suppose que l’ironie est indissociable de ma personnalité et de mon écriture…



Le roman évoque beaucoup la sexualité, le seul leurre qu’a trouvé votre personnage pour se sentir vivant momentanément. Quel message souhaitez-vous faire passer à ce sujet ?



J’aime écrire sur le mouvement, les sensations, l’abandon. Le thème de la sexualité offrait un beau terrain de jeu. Il s’agissait aussi de revenir à une vie plus immédiate, à une redécouverte des sens pour un type mort aux yeux de tous. Mais Zakar ne trouve pas d’échappatoire dans la sexualité ; il trouve une échappatoire dans le rapport de domination que lui offre la sexualité. Par le rapport sexuel, il parvient à dominer un autre être humain et, par là même, à se sentir vivant. En ce sens, il est conscient de la fausse subversion que constitue la sexualité.



Le type qui voulait arrêter de mourir n’est pas votre premier roman à évoquer le Moyen Orient, région dans laquelle votre héros trouve refuge et où se déroule une grande partie du récit. Quel est votre rapport à cette région du monde ? Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?



J’y ai beaucoup voyagé et travaillé. Je vivais en Syrie au moment où le soulèvement du 15 mars 2011 a eu lieu. J’y ai eu vingt ans et ai assisté à ce que l’on a appelé “la révolution syrienne”. J’en garde sans doute un sentiment d’échec. Très simplement, j’aime les paysages de Palestine, de Syrie, du Liban ; leur lumière, leurs architectures. La région est sujette à tous les fantasmes, à tous les exotismes… En cela, elle est un lieu propice à l’ironie. De manière générale, les discours sur “l’identité” m’agacent parce qu’ils ne parviennent que très rarement à sortir des schémas préconçus. C’est frappant dans les discours que l’on projette sur le “Moyen Orient” - qui, par ailleurs, rassemble des tas d’endroits très différents. Je voulais donc l’explorer du point de vue d’un personnage qui nous épargnerait les idioties orientalistes habituelles.



Votre écriture est relativement crue et la presse évoque à son sujet des auteurs comme Philip Roth ou Charles Bukowski. Quelles sont vos inspirations ?



C’est drôle parce qu’on me l’a aussi dit dans la vie. Sans doute mon côté vieux type loufoque un peu dépressif. Mes inspirations sont très diverses ; elles comptent notamment Albert Camus, Georges Bataille, Maurice Blanchot, Antonin Artaud, Samuel Beckett



Alors que beaucoup de récits qui paraissent pour cette rentrée littéraire ont choisi d’adopter des tons hautement réalistes et sombres, vous avez choisi la carte de l’absurde et du comique. Pourquoi ce choix ? Appréciez-vous ce genre de littérature en tant que lectrice également ?



Je crois que l’absurde n’existe pas sans le sombre. Le réalisme et l’absurde sont deux approches différentes de la réalité. L’absurde est ma grille de lecture du monde ; c’est aussi celle de Zakar. Le réalisme ne me satisfait pas parce qu’il ne propose rien. L’absurde part du constat qu’il n’y a rien, et invite à explorer ce “rien”. Cela vaut aussi pour mes choix de lecture : je n’aime que les traversées du néant.



Justine Bo et ses lectures



Quel est le livre qui vous a donné envie d’écrire ?



L`Etranger, Albert Camus.



Quel est l’auteur qui aurait pu vous donner envie d’arrêter d’écrire (par ses qualités exceptionnelles...) ?



Maurice Blanchot.



Quelle est votre première grande découverte littéraire ?



La métamorphose, Franz Kafka.



Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?



Tous les livres d`Albert Camus et de Maurice Blanchot.



Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?



Je ne connais rien de Louis-Ferdinand Céline. Mais je n’ai pas honte.



Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?



The Way Through Doors, Jesse Ball.



Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?



Marcel Proust.



Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?



“Où allaient-ils ? Est-ce que l`on sait où l`on va ?” Jacques le Fataliste et son maître . Par Diderot. Tome premi....



Et en ce moment que lisez-vous ?



Je relis Héliogabale, ou, L`anarchiste couronné, d’Antonin Artaud.




Entretien réalisé par Marie-Delphine

Découvrez Le type qui voulait arrêter de mourir de Justine Bo aux éditions des Equateurs :


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Justine Bo vous présente son ouvrage "Onanisme" aux éditions Grasset. Rentrée littéraire Août 2019. Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2351262/justine-bo-onanisme Notes de musique : Youtube Audio Library Visitez le site : http://www.mollat.com/ Suivez la librairie mollat sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat?ref=ts Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Dailymotion : http://www.dailymotion.com/user/Librairie_Mollat/1 Vimeo : https://vimeo.com/mollat Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Tumblr : http://mollat-bordeaux.tumblr.com/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Blogs : http://blogs.mollat.com/
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Citations et extraits (31) Voir plus Ajouter une citation
Matatoune   12 janvier 2022
Alphabet de Justine Bo
Me gagne sans cesse l'impression qu'on me fait violence. Alors écrire, c'est faire violence. Te faire violence à toi, lecteur, une violence à côté de la violence, une violence qui se réfléchit, une violence sans réel, une violence à retardement, à fragmentation, une violence surréelle. La violence est l'endroit où corps et esprit en moi se trouvent. Le monde un champ de bataille.
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Matatoune   11 janvier 2022
Alphabet de Justine Bo
Le langage naîtrait à ce moment là de la transgression du silence.
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Matatoune   12 janvier 2022
Alphabet de Justine Bo
L' Europe tire son essence du crime de Zeus. Le viol nous initie. Il est apprentissage. Apprentissage de la barbarie. Apprentissage de la civilisation. L'entrée dans la civilisation par la barbarie. Le viol est notre barbarie intérieure. Il est à l'origine. Sacré. Il est un rite sacrificiel. Il est notre alphabet. Un massacre lent, cellule à cellule, sur des siècles, par saillies infimes à toute heure du jour et de la nuit, entre les tâches ménagères, pendant les repas, dans les transports, au hasard ou avec préméditation, par désir, par coutume ou habitude, amertume, dépit, colère, curiosité, par confort, par sauvagerie, par humanité. Nous avons intégré cet abécédaire

de violence.
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Matatoune   12 janvier 2022
Alphabet de Justine Bo
Le silence est le rivage sublime de la violence. Il est sa beauté. Le silence sert à maintenir intact le sacré de la violence. Dire la violence, c'est détruire. Non pas le monde autour, mais la violence elle - même. Violence sacrée. Sanctifiée par le silence. Honorée par lui. Énoncée par lui. Lui seul capable de dire la violence. Les mots, entachant la pureté du silence, annulent la violence.
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Matatoune   12 janvier 2022
Alphabet de Justine Bo
Je suis l'écrivain, l'absente. Je n'existe que par des mots consignés sur des lignes, contretemps dans nos partitions archaïques.
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Tostaky61   22 septembre 2019
Onanisme de Justine Bo
J'suis pas vulgaire, Momo, j'suis lucide : t'as les bonbons qui pendouillent et moi les seins qui se liquéfient, c'est la loi du ruissellement, ils en parlent, aux actualités : y a tout qui ruisselle, l'argent du gouvernement, les actions de la Bourse, les impôts, les dividendes, ta bite et mes nichons !
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Matatoune   11 janvier 2022
Alphabet de Justine Bo
Trembler pour les mains d'un soudeur de troisième zone dans une culotte de coton que je n'avais pas choisie et qui, si j'en crois les standards de l'époque, devrait porter des fleurs ou tout autre motif qui me déplaisait, trembler pour ça ne vaut pas la peine du tremblement.
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Matatoune   12 janvier 2022
Alphabet de Justine Bo
Je comprends aujourd'hui que c'est ce livre qui me fait marcher, ce livre qui me tient



debout.
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Matatoune   12 janvier 2022
Alphabet de Justine Bo
Se laver, se laver, des heures dans la salle de bains, - mais une heure plus tard déjà, sentir le sale, le corps lourd, il faut recommencer.
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Matatoune   11 janvier 2022
Alphabet de Justine Bo
L'inceste convoque l'oubli

qui convoque les morts.
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