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Note moyenne 4.27 /5 (sur 12 notes)

Nationalité : Grèce
Né(e) à : Athènes. , le 06/06/1931
Mort(e) à : Athènes , le 22/02/2020
Biographie :

Kiki Dimoula est une grande poétesse grecque contemporaine.

En 1949, à la fin de ses études secondaires, elle entre à la Banque de Grèce où elle travaillera pendant vingt-cinq ans. Elle publie en 1952 son premier recueil de poèmes. En 1954 elle épouse Àthos Dimoulas, poète lui aussi, dont elle aura deux enfants.

Bien plus tard, pressée de rédiger sa notice biographique, elle écrira : « Mes études supérieures : les années passées auprès du poète Àthos Dimoulas. Sans lui je me serais contentée, j’en suis sûre, d’une paresse rêveuse et ignorante, vers laquelle je penche encore, sagement peut-être. Je lui dois d’y avoir échappé ne serait-ce qu’en partie, je lui dois mon initiation, incomplète sans doute, à la poésie. »

En 1971, elle publie son cinquième recueil, Le peu du monde, qui lui vaut sa première reconnaissance officielle, le Second prix d’État, et une large renommée. Son mari meurt en 1986.
Elle reçoit le Premier prix d’État en 1989 pour Je te salue Jamais, puis le Prix Ouranis en 1994 pour L’adolescence de l’oubli. L’ensemble de son œuvre est couronné par l’Académie grecque, dont elle devient membre en 2002.

Kiki Dimoula a reçu à Strasbourg le Prix Européen de Littérature 2010.
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Source : www.prixeuropeendelitterature.eu
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Citations et extraits (54) Voir plus Ajouter une citation
Piatka   22 janvier 2014
Le peu de monde : Suivi de Je te salue jamais de Kiki Dimoula
LE PLURIEL



L'amour,

substantif,

très substantiel,

nom singulier,

genre ni féminin ni masculin,

genre désarmé.

Au pluriel

les amours désarmé(e)s.



La peur,

substantif,

singulier au début

puis pluriel :

les peurs.

Les peurs

devant tout désormais.



La mémoire,

nom propre des tristesses,

singulier,

singulier rien d'autre

et invariable.

Mémoire, mémoire, mémoire.



La nuit,

substantif,

genre féminin,

singulier.

Pluriel

les nuits.

Les nuits désormais.

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Piatka   08 février 2015
Le peu de monde : Suivi de Je te salue jamais de Kiki Dimoula
Je quitte le monde des mystères

tranquillement.

Jamais de ma vie je n'ai fait de mal à une énigme :

Je n'en ai résolu aucune.



Premiers vers du poème J'ai accepté de ne pas savoir
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Piatka   19 janvier 2014
Le peu de monde : Suivi de Je te salue jamais de Kiki Dimoula
DESSEINS ANIMÉS



C'est sûr, dans la ronde sans fin

de l'offre et de la demande

tu as dû m'emprunter quelques sentiments.

C'est sûr, toutes ces années de tabagie, un jour,

tu as dû être à court de tabac.



Si maintenant tu pouvais en échange

pour deux-trois jours me prêter un amour.

On m'invite à une comédie circulaire

et l'invitation précise bien

tenue opaque — il ne faut pas

que transparaisse l'insupportable.



Je te le rendrai intact.

Même si je me soûle, si je me salis,

ne crains rien, l'éternel sur l'amour

ne laisse jamais de taches.



Ne serait-ce qu'un ou deux jours. Je veux y aller

dans de beaux habits d'emprunt

craie ostensiblement cassante

orgueilleusement pendue

au bras de l'éponge qui m'accompagne.

Ne serait-ce qu'un jour.



Non, pas celui-là, je n'en veux pas, non

pas l'amour charitable que reprend

ta main dès qu'elle tombe dans la mienne.

C'est l'autre que je veux, l'autre

la passion folle que tu éprouves pour quelqu'un

toi encore et tu le supplies

de te prêter son amour

ne serait-ce que deux-trois jours non pas celui-là,

non pas l'amour charitable que reprend

sa main dès qu'elle tombe dans la tienne,

mais l'autre que tu demandes l'autre

la passion folle qu'il éprouve

pour quelqu'un d'autre lui encore

et à son tour le supplie

de lui prêter un amour

ne serait-ce qu'un jour, non pas le charitable

et ainsi va sans gloire notre sauvagerie.



Ce qui prêteurs nous rehausse

est ce qui nous rabaisse devenus ses mendiants.



Toujours le décalage amoureux d'un autre

et nous toujours amoureux de lui.

Et les coïncidences meurent sans être aimées.



( Je te salue jamais )

+ Lire la suite
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Piatka   24 janvier 2014
Le peu de monde : Suivi de Je te salue jamais de Kiki Dimoula
CAMBRIOLAGE D'ILLUSION



Et je vis quelque part au cœur de la nuit

resplendir

une pharmacie de garde.



Monsieur, donnez-moi un somnifère,

que dorme un peu le désert au dehors.



Et le temps que se déplace de sa somnolence

le pharmacien, j’admirais

l'égalité des douleurs sur les rayons,

incurables et guérissables, toutes

dans des petites boîtes joyeuses aux couleurs vives.



Et soudain je t’ai reconnu. À l’isolement.

En haut ; là où seul l’œil de la peur accède.

Image de mort sur l’étiquette d’un flacon de poison.



Méconnaissable, dénudée, mortelle, ta figure.

Tes bras croisés, image d’effroi

à l’endroit innocent

où rêvait naguère ta gorge insouciante.



Monsieur, ai-je crié

bousculant les douleurs des rayons,

quelle erreurs détestables, comment pouvez-vous

fournir les morts en nouvelles doses

de poison sans autre ordonnance

ni volonté divine ? Comment osez-vous,

pour vendre efficacement vos produits de mort,

démantibuler des formes que nous nous évertuons

à maintenir entières efficacement

dans des flacons d’illusion scellée ?

Rendez-moi tout de suite l’original.



Je vous crois, dit le pharmacien, mais

après avoir quitté la caisse

aucune erreur n’est reconnue.
+ Lire la suite
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Piatka   29 juin 2014
Le peu de monde : Suivi de Je te salue jamais de Kiki Dimoula
APOLOGIE



J’aimerais tant savoir enfanter

de petits poèmes.

J’en suis privée par ma prolixité.

Délibérée tel un préservatif

pour éviter la conception douloureuse

et n’être pas déclencheur et auteur

d’une brièveté de plus.



Elle m’impose une longue marche vaine

pieds nus croyant allonger ainsi

la dose de volupté allouée à la vie.



Un petit poème.

Presque un bébé mais la répartie facile.

Son début, petit nez

un peu retroussé

les mots, yeux fixés sur la condensation

une grimace hermaphrodite aux lèvres

on ne sait s’il rêve ou s’il a faim

– l’imprécis, c’est inné, se crispe.

Ses petits poings à la fin

bien conformés – serrés.



Un petit poème.

Incertain encore il respire en couveuse

la salle de soins intensif est pleine

de petits et grands poèmes enfermés

dans leurs cocons de plastique translucide.

Petits ou grands toujours prématuré

de savoir s’ils vivront.



Un petit poème. Et si ce qu’à Dieu ne plaise

l’oxygène pour finir ne suffit pas

on se console – au moins se dit-on

il a coupé à la marche vaine

qu’ont dû s’appuyer les grands aux pieds nus

les donsquichottesques.
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Piatka   04 février 2014
Le peu de monde : Suivi de Je te salue jamais de Kiki Dimoula
À UN BANLIEUSARD

Le Cygne et Léda, sculpture



Le printemps va d'abord en banlieue,

tu es le premier à voir, quelle chance

la victoire des couleurs,

telle que la décrivent les champs

et tous les genres de terre qui désirent fleurir.



Le besoin de t'imaginer

a une odeur de printemps,

alors je t'imagine, mais oui

t'approchant lentement de la fenêtre

et l'ouvrant d'un geste lent

pour prendre avec lenteur ta dose

du changement versé sur la terre.

Tu es ému par le rouge lourd, absolu

qu'ont réussi les coquelicots,

et te trompant joyeusement tu dénombres

les innombrables ailes blanches des camomilles,

fin prêtes pour bien migrer, demain, après-demain.



Et dans tout ce changement

d'un monde valeureux

le plus changé, le plus valeureux c'est Zeus.

Métamorphosé en cygne

il conquiert Léda.



Ce qui secoue un bon coup le printemps

et bénir les métamorphoses.

Cette étreinte ouvre pour toi

un accès plus profond à leur sens

que l'ouverture des pistils

des étamines et des pétales.



Si seulement Zeus était mon voisin

et nous métamorphosait.

Moi, en dame de Manet

parmi les coquelicots,

et toi,

en cri joyeux

tandis que tu me reconnais

Sous mon ombrelle en camomille.

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Piatka   28 janvier 2014
Le peu de monde : Suivi de Je te salue jamais de Kiki Dimoula
Change au moins

de temps en temps l'eau de mes photographies.
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coco4649   09 juillet 2015
Le peu de monde : Suivi de Je te salue jamais de Kiki Dimoula
LE PEU DU MONDE

Photo d’une main





Ici, tu as évité l’aventure

de réexister,

ta main est seule

dans la nuit carrée de la photo.

Telle une résurrection elle déchire l’univers de papier

et monte seule

comme un soudain

qui prend sur soi le Peu du monde.

Avec ce ciel de quatre sur quatre où commence-t-elle ?

Mais l’asphyxie des dimensions

est la graine des miracles.



Je tourne la photo,

car l’usage prolongé des miracles

provoque l’accoutumance.

Ici on dirait une main

coupée du corps d’un danseur

alors qu’il disait aïe,

car la tête voulait tourner par-ci

et le corps a pu seulement par-là.

Rythme contraire qui casse

les articulations du chant

et des membres.



Je tourne la photo

Main qui marche

dans l’étroit septembre tranquille

de toutes ces vérités muettes.



Ici, la main qui a dû graver

un à bientôt

sur la première pierre des hommes.

Vœu qui ne peut se réaliser

que planté dans la terre d’une photo.



D’un geste infime

la main change à nouveau

de promesses de balancement.

À présent, semblable à une caresse qui monte

dans les cheveux lointains d’une mémoire.



Ah ! à quoi bon toutes ces ressemblances

dans ce monde unique ?



Je laisse la photo retomber.

Et ta main demeure

la paume levée

vers une voyante-nuage

qui le lit :

elle ne me voit liée avec elle

par aucun travail aux poids.

Nous ne soulèverons ensemble

ni un mort

ni une fleur

qui tombe.



p.59-60

+ Lire la suite
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Kiki Dimoula
coco4649   20 janvier 2018
Kiki Dimoula
Le plus proche





Encore ignorants du monde semble-t-il

et de ses lois, de jeunes oiseaux

malgré tout déjà fatigués

car les ailes ne sont pas un bienfait

un privilège sans chute

me demandent à moi, qui ça moi,

où se trouve la branche la plus proche

pour se poser.

N’importe quoi. Si je savais

où se trouve le Plus Proche

et qu’il existe un comparatif

pour le Proche inexistant,

je courrais l’attraper la première,

tout entier sans partager,

et les oiseaux les priorités la justice

pourraient tous crever

– solidarité, branches cassées.

Ils n’ont qu’à demander, ces oiseaux

à la grande Expérience

pour entendre ce qu’elle m’a dit à moi

lorsque abattue par une fatigue sans ailes

je lui demandais pour me poser où se trouve

l’arbre le plus proche.

N’importe quoi, a ricané

la grande Expérience : si je savais

où se trouve le Plus Proche

je sauterais dessus la première,

pour l’avoir tout entier sans partage,

et toi tu pourrais crever

car l’arbre le plus proche

c’est ta mort et ma vie.

+ Lire la suite
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coco4649   08 juillet 2015
Le peu de monde : Suivi de Je te salue jamais de Kiki Dimoula
À LA MAUVAISE HEURE





Été, en Eubée



Entre nuit et petit jour

j’ai trouvé coincée l’heure sans heure.

L’allégresse impie des oiseaux m’a si tôt réveillée

que je suis sortie dans le reflux des ténèbres.

Mon balcon rame paisiblement

dans les hauts-fonds des couleurs.

Les jardins rêvent encore

de fleurs inconnues.

Lentement se déploie le glorieux horizon

comme un vulgaire mètre-ruban.

La mer a des allures d’oubli : on nous délaisse.

L’immensité a des allures d’oubli. Oubli immense.

Un caïque dans le fonds n’avances plus,

la distance l’emporte et joue avec.

Le niveau des couleurs monte en murmurant.

Les formes s’approchent au pas de promenade.

Une rame blanche se réveille,

un toit bat des ailes,

un volet a frémi.

Un clocher se lève effrayé,

coupable : la foi doit se réveiller la première.

Première avant tout.

Les formes s’approchent au pas de promenade.

Les portes se dessinent fermées

et les limites s’obstinent.

Les montagnes sorties dans la clarté

se ramènent en arrière.

Et toi où vas-tu, espoir ?

Ils sont debout depuis longtemps, les refus.



Et moi, qui suis et m’appelle

heure avancée, que viens-je faire

Parmi ces bonnes humeurs au berceau ?



p.28-29

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