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Note moyenne 3.74 /5 (sur 23 notes)

Nationalité : France
Né(e) : 1967
Biographie :

Auteur et traducteur, Laurent Margantin a publié plusieurs récits, notamment Aux îles Kerguelen (Éditions Numériklivres) et Le Chenil (Edilivre), ainsi que des essais sur le romantisme allemand et des traductions de Kafka. On peut suivre son travail sur son site : www.oeuvresouvertes.net

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« Œuvres ouvertes » est l’un des sites pionniers du web littéraire francophone. Créé en 2000 par l’écrivain et traducteur Laurent Margantin, on peut y lire notamment des récits de Kafka, des fragments de Novalis et de nombreux textes d’auteurs contemporains. Une fois l’an, la revue en format numérique et papier Œuvres ouvertes se propose de faire découvrir ou redécouvrir plusieurs des auteurs publiés sur ce site à travers des extraits de leurs travaux en cours. Avec des textes de : Franz Kafka, Lucien Suel, Laurent Margantin, Antoine Brea, Claudine Chapuis, Pierre Cendrin, Noëlle Rollet, Renaud Schaffhauser, Grégory Hosteins, Serge Marcel Roche, Bernard Saulnier, Serge Bonnery, Ingeborg Bachmann.

Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
Lmargantin   09 juin 2018
Revue Oeuvres ouvertes 01 de Laurent Margantin
Alors que c’était déjà devenu insupportable – un jour de novembre, la nuit tombait – et que je courais sur le mince tapis de ma chambre comme sur un champ de courses, je me retournai effrayé par la vision de la rue éclairée et découvris un nouvel objectif dans les profondeurs de la chambre au fond du miroir, et je me mis à crier, juste pour entendre le cri qui reste sans réponse et auquel rien n’enlève la force du cri, qui s’élève donc sans contrepoids et ne peut cesser même s’il se tait, alors une porte s’ouvrit dans le mur, très rapidement, car il y avait urgence, et même les chevaux de fiacre en bas sur le pavé se cabrèrent, gorges en avant, pattes arrière écartées, comme des chevaux devenus sauvages au milieu de la bataille.

Un enfant, sous la forme d’un petit fantôme, vint du couloir totalement obscur où la lampe ne brûlait pas encore, et s’immobilisa sur la pointe des pieds, sur une lame du parquet qui se balançait imperceptiblement. Aussitôt ébloui par la lumière crépusculaire de la chambre, il voulut vite plonger son visage dans ses mains, mais il s’apaisa tout de suite lorsqu’il regarda vers la fenêtre face au montant de laquelle le halo lumineux qui montait des réverbères en bas dans la rue fut finalement recouvert par l’obscurité. Le coude contre le mur de la pièce, l’enfant se tenait bien droit devant la porte ouverte et laissait un courant d’air venu de l’extérieur caresser ses chevilles et passer le long de son cou et de ses tempes.



Franz Kafka, L'enfant fantôme
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Lmargantin   26 décembre 2017
Le chenil de Laurent Margantin
Je me souviens qu'en arrivant au sommet de la colline une fois sous les arbres on ne voyait pas le chenil, mais que ça sentait, oui, ça sentait l'odeur des clebs à plein nez mêlée à celle des feuillages et de l'herbe de la forêt d'abord, et puis plus loin plus que l'odeur des clebs, des clebs tu disais comme tous ceux qui travaillaient au chenil. Odeur infecte de bêtes enfermées dans des cages à plusieurs dizaines pendant plusieurs jours, odeur infecte qui finissait par imprégner tous les vêtements, au point que la mère se plaignait de ma puanteur quand je rentrais le soir, tu pues m’avait-elle dit dès le premier soir en guise de salut (ce qui avait au moins l’avantage de remplacer les remarques désagréables qu’elle répétait en boucle depuis des années), odeur infecte qui, le premier jour, m’avait donné envie de gerber, et d’ailleurs j’avais gerbé en sortant du chenil le dernier jour de la première semaine, gerbé à cause de l’odeur qui m’était rentrée dans la gorge sans que je m’en rende compte et avait fini par me rendre malade, gerbé parce que, le dernier jour de la première semaine, j'avais justement découvert la véritable origine de l'odeur que je retrouvais chaque matin en haut de la colline, une fois sous les arbres.

Le premier jour en marchant jusqu'au chenil - une bonne demi-heure depuis le quartier où j'habitais au sud de la ville -, je m'étais dit que cette marche quotidienne me ferait du bien, que cela me ferait de l'exercice après une longue période d'inactivité à traîner dans les rues ou à rester enfermé dans ma chambre, mais dès le premier jour, dès la première ascension de la colline j'avais été saisi par cette odeur de putréfaction animale, oui, c'est ce que je m'étais dit dès le premier jour, cette odeur n'est pas une odeur d'animal vivant, mais d'animal pourrissant quelque part, et sous les arbres déjà j'avais commencé à regarder autour de moi, à chercher un charnier ou je ne sais quel tas de viande en putréfaction, en vain bien sûr, car l'odeur ne provenait pas de la terre couverte de ronces à cet endroit, mais du ciel, oui, l'odeur flottait dans l'air, mais très haut dans l'air, comme suspendue au-dessus du monde, menaçante, et concentrant ses attaques sur cette colline.
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Lmargantin   26 août 2018
Le bruit de la mer de Laurent Margantin
Vous êtes arrivé jusqu’à moi en tapant les mots « maison – mer – séquestration » dans votre moteur de recherche.

Je suis mort il y a deux ans. Avant cela, je travaillais comme agent de sécurité dans une école maternelle. J’avais eu la chance de trouver ce poste quelques temps après ma sortie de prison et cela m’a permis de me faire oublier. Les parents appréciaient ma

présence devant l’école, j’aidais les enfants à traverser la rue, on me trouvait serviable.

Pour la première fois de ma vie, j’ai fait l’acquisition d’un bien immobilier. C’était une vieille maison abandonnée sur la côte sauvage. Aucune plage aux alentours, que des rochers d’origine volcanique à des kilomètres à la ronde. A part quelques nudistes, personne ne venait sur ce bord de mer.
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Lmargantin   25 novembre 2018
Le plus vieil écrivain du monde de Laurent Margantin
Le plus vieil écrivain du monde aura été sans conteste la découverte de l’année. A vrai dire, personne n’imaginait découvrir un jour le plus vieil écrivain du monde, dont il n’était question que dans quelques légendes oubliées. Stupéfaction générale lorsqu’on découvrit le plus vieil écrivain du monde vivant dans une caverne de l’Europe du nord, à quelques kilomètres d’une métropole célèbre pour son ancienne université (le lieu exact ne sera pas rendu public tant que les fouilles se dérouleront sur place). Le plus vieil écrivain du monde vivait à plusieurs dizaines de mètres sous terre, pareil au cœlacanthe, poisson préhistorique découvert en 1938 dans l’océan à deux cents mètres de profondeur au large des Comores, et qui n’avait pas évolué depuis la nuit des temps. Le plus vieil écrivain du monde vivait seul, simplement vêtu de sacs en plastique ramassés dans une déchetterie située non loin de l’entrée de sa caverne, entouré de dizaine des milliers de livres très anciens et de parchemins plus anciens encore, dont la plupart étaient moisis et formaient une pâte épaisse et verdâtre couvrant les parois de la caverne, pâte faite de papier et de peau mêlés sur laquelle avaient poussé des mousses et de champignons. Le plus vieil écrivain du monde a été retrouvé assis à sa table, gravant sur une large plaque en marbre la liste de ses œuvres complètes, dont les volumes remplissaient plusieurs galeries de la caverne, et qui, d’après les premières informations dont nous disposons, consisteraient en une immense saga familiale se déroulant sur plusieurs périodes historiques et sur plusieurs continents. Le plus vieil écrivain du monde tenait dans la main droite un majestueux stylo plume de marque …. , plus exactement le stylo plume était incrusté dans sa main droite, prolongeant les os de son bras, la pointe du stylo pareille à une griffe.
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Lmargantin   07 juillet 2018
Revue Oeuvres ouvertes 01 de Laurent Margantin
Visiblement, vous n'avez encore jamais parlé à des fantômes. Ils ne vous donnent jamais de réponse claire. C'est un dialogue sans fin.

Kafka
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Lmargantin   29 décembre 2017
Le chenil de Laurent Margantin
En entendant les premiers aboiements et gémissements des chiens je pensais à ce que la mère avait raconté du chenil, des cages propres, des chiens tranquilles, peu nombreux et en bonne santé, remuant la queue et venant vous lécher la main à travers la grille lorsqu’on s’approchait, la plupart des cages vides avait-elle dit aussi, quand moi en chemin vers le chenil son odeur déjà m’avait envahi et j’entendais que les aboiements furieux se multipliaient à cette heure si matinale, ce qui me faisait penser que les chiens étaient nombreux et que sans doute j’allais découvrir tout à fait autre chose que ce que la mère avant de chantonner m’avait raconté, ou bien avait-elle simplement enjolivé pour que j’aille me perdre dans la forêt en chantonnant moi aussi ?

Les chiens, on les entendait et surtout on les voyait en ville depuis un moment déjà, hagards, affamés et assoiffés, si maigres qu’on leur voyait les côtes, rôdant en bandes généralement, cachés pendant la journée et sortant au coucher du soleil, où se cachaient-ils on l’ignorait, sans doute dans les champs autour des nouveaux quartiers pavillonnaires au sud, là ils avaient un accès direct aux rues et surtout aux jardins dans lesquels ils pénétraient la nuit, cherchant sans doute une porte ouverte pour entrer dans une maison, mais ce qui les attirait le plus c’était les poubelles qu’ils renversaient sur le trottoir, cela nous réveillait en pleine nuit, la mère jurant dans le couloir, allumant la lumière sur le perron et sortant en robe de chambre pour crier et effrayer les pauvres bêtes qui avaient déjà fui, affolées par le fracas des boîtes de conserve sur le bitume que l’une d’entre elles parfois saisissait dans sa gueule pour aller en lécher l’intérieur cachée dans un fourré, la mère était persuadée que les chiens cherchaient à rentrer dans la maison et même en été ne laissait jamais une fenêtre ouverte, et peut-être avait-elle raison, peut-être les chiens cherchaient-ils à rentrer dans les maisons pour y voler quelque chose, voire pour y attaquer les habitants, les journaux répandant régulièrement des histoires de chien féroce qui avait égorgé un enfant endormi dans son lit avant de s’enfuir par la fenêtre, mais c’était dans d’autres villes, jamais chez nous, et étions-nous sûrs que c’était vrai ? On essayait de les chasser, mais comme certains fantômes dans nos rêves ils revenaient toujours, la gueule grande ouverte parce qu’ils avaient soif, les yeux fixés sur nos maisons quand ils réapparaissaient en fin de journée, errant dans les rues désertes du quartier pavillonnaire où tout le monde - même avant que les chiens ne soient venus - se calfeutrait chez soi dès que la nuit venait.
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brigetoun   05 février 2011
visions secondes de Laurent Margantin
Tu te souviens des fleurs ? Jaunes, oranges, roses, rouges, toutes les fleurs que nous avons déposées autour du trou de feu ? Et les dieux et les déesses que nous avons portés sur leur socle ? Et les grandes herbes que nous avons parsemées ? Et l’eau des noix de coco dont nous avons aspergé les braises ? Et les femmes en sari jaune et orange qui sont venues s’asseoir tout autour du trou de feu ? Et les visiteurs derrière les barrières, silencieux ? Et la procession à laquelle nous avons participée sur la plage un peu plus bas, avant-dernière purification avant l’ultime purification ? Et nos muscles et tout notre corps affaiblis par les dix-huit jours d’abstinence ? Et le rythme des tambours qui nous vidait le crâne, nous préparant à la dernière épreuve, la marche sur le feu ?
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brigetoun   25 novembre 2009
L'enfant neutre de Laurent Margantin
« Seul cet enfant inconnu, une fiction que comme toi j’accepte désormais comme une fiction nécessaire, nécessaire avant tout parce que consciente, seul cet enfant que tu as qua-

lifié de « neutre » (comme rien d’humain ne l’est !) nous apporte un peu d’air frais dans ce milieu confiné de la légende personnelle et familiale. Il se cache, il se cache loin en nous-mêmes, et qui le cherche le fait immanquablement fuir. Car dans tout récit, celui-ci comme un autre, il ne peut que s’évanouir, incapable qu’il est de supporter qu’on le montre. Il préférerait rester dans le trou d’orties plutôt que d’avoir à écouter toutes les aventures qu’on lui fait porter. Oui, il préférerait cette solitude douloureuse à tous nos récits.
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Lmargantin   11 septembre 2018
ça parle en eux de Laurent Margantin
Je suis un écrivain français. –

En cinquante ans,

j’ai publié une cinquantaine de livres. –

On m’invite souvent à l’étranger

et je voyage beaucoup. –

Mon œuvre est reconnue. –

Dans mes livres,

il est souvent question de moi. –

Mes autres personnages sont tous

des bourgeois de race blanche. –

Il y a quand même une exception. –

J’ai vécu deux ans à New York

et j’y ai écrit un roman

où apparaissent quelques Afro-américains. –

J’aime qu’on m’invite en Asie. –

Mes livres sont traduits en chinois,

en coréen et en japonais. –

La concurrence est rude

avec les auteurs américains. –
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brigetoun   05 novembre 2011
Insulaires de Laurent Margantin
Jamais nous ne serions descendus nous perdre dans cet espace partout béant dans lequel il nous arrivait de tomber en rêve. Le néant était bleu et régnait sans partage hors des limites de l’île.
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