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3.53/5 (sur 156 notes)

Nationalité : Canada
Né(e) à : Chicoutimi, Québec , le 13/06/1957
Biographie :

Lise Tremblay est une écrivaine québécoise.

Issue d'un milieu ouvrier, elle obtient une maîtrise en études littéraires à l'UQAM en 1991.

Auteur de nouvelles et romans, elle a reçu plusieurs prix prestigieux pour ses livres.

Dès sa parution en 1990, son premier roman, "L’hiver de pluie", a retenu l’attention des critiques et des lecteurs ; il a mérité le Prix Découverte du Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean et le Prix Stauffer-Canada.

En 1999, elle est lauréat du Prix du Gouverneur général pour "La danse juive" (également finaliste pour le Prix des libraires).

Avec son recueil de nouvelles "La héronnière" (2003), elle obtient Le Grand Prix de la ville de Montréal 2003 et le Prix des libraires du Québec 2004.

Elle a publié deux romans aux éditions Boréal, "La Sœur de Judith" (2007) et "Chemin Saint-Paul" (2015).

Son roman "L'habitude des bêtes" (2017) revient sur le thème de l'intrusion de l'étranger dans une communauté isolée.

Lise Tremblay a enseigné la littérature au Cégep du Vieux Montréal pendant vingt-huit ans.

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Source : http://www.livres-bq.com/titres.asp?92
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Lise Tremblay - L'habitude des bêtes


Citations et extraits (57) Voir plus Ajouter une citation
Je n'avais jamais eu de chien à moi. A la pourvoirie, les chiens, c'était l'affaire des guides. Je ne savais pas quoi faire, je ne pouvais pas le jeter sur la piste devant tout le monde. Le vol vers le sud avait été mouvementé. J'avais peur que le chiot vomisse ou pisse sur moi. Ce n'est pas arrivé. J'ai gardé Dan.
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Elle a eu un geste étonnant, elle m’a caressé la joue. Elle avait trop l’habitude des bêtes.
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Mina m’a dit qu’elle n’irait plus chez le docteur. Ça donnait du trouble à Rémi, pis y avait longtemps qu’elle avait décidé que, passé quatre-vingt-cinq ans, elle arrêterait tout ça. Elle l’avait dit au flanc-mou de Talbot. Elle voulait que la secrétaire arrête de l’appeler pour les rendez-vous. Elle ne voulait que ses pilules pour la pression parce qu’elle ne voulait pas devenir paralysée comme sa mère. Un matin, le docteur lui avait téléphoné lui-même. Mina riait.
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C'était toujours plus grand et plus immense que dans leur souvenir. Ils sentaient qu'il leur fallait de la force pour prendre toute cette beauté, une force qu'ils puisaient dans leur silence.
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Quand je vois tout ça, je me dis que mourir, c’est pas si pire que ça. A un moment donné, c’est le temps. Pis c’est tout. La seule place où je veux continuer d’aller, c’est chez ma coiffeuse. La coiffeuse, elle me fait plus de bien que le docteur.
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J'avais été heureux, comblé et odieux. Je le savais. En vieillissant, je m’en suis rendu compte, mais il était trop tard. Je n’avais pas su être bon. La bonté m’est venue après, je ne peux pas dire quand exactement.
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Mina dit que les vieux finissent par pourrir. Que c’est normal.
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Je suis rentrée vers trois heures parce que je voulais
mettre mes culottes courtes et mes sandales. Ma
mère était dehors avec madame Bolduc. Je les voyais de
loin parce que madame Bolduc montrait un tissu
rouge à paillettes à ma mère. Cela devait être pour son
spectacle de danse. Madame Bolduc est une championne
de danse sociale et c’est ma mère qui fait ses
robes. Lorsque je m’approche, je vois que la vieille robe
de ma mère est maculée de boue et qu’elle ne touche
pas aux tissus. Elle devait être en train de travailler
dans le jardin. À la fin mai, elle prépare la terre pour
ses semences. Ma mère examine le patron Vogue que
madame Bolduc tient devant elle. Je m’approche et
regarde le modèle. Ma mère explique à madame Bolduc
qu’elle ne pourra pas faire la petite traîne aussi
longue parce qu’elle risque de piler dessus en dansant.
Madame Bolduc est d’accord, elle n’y avait pas pensé.
Ma mère dit que la secrétaire de l’école a téléphoné.

Elle raconte l’histoire à madame Bolduc et elles rient
ensemble. Je savais que ma mère n’exploserait pas, pas
sur les soeurs. Elle fait partie du comité qui réclame leur
départ. D’ailleurs, c’est décidé, elles vont partir. La nouvelle
va être officielle la semaine prochaine. Ma mère
doit se rendre à l’école avec les autres parents pour l’affaire
des bas golf. Selon elle, les soeurs sont trop vieilles:
elles ont fait leur temps. L’Église aussi. Ma mère ne va
pas à la messe la plupart du temps et, quand elle y va,
c’est parce que mon père a insisté. Elle a inventé pour
les voisins une vague histoire de ménopause et d’étourdissements.
Elle n’en dit pas plus mais je sais que ma
mère trouve que les soeurs et l’Église c’est dépassé et
que de toute façon lorsqu’on meurt, il n’y a rien. Nous
sommes des animaux comme les autres et le mieux
qu’on puisse faire, c’est d’engraisser la terre. Toutes ces
histoires de religion sont fausses et la plupart des curés
sont malhonnêtes et voleurs. Elle le sait, elle a deux cousins
qui ont volé le monde en Abitibi. Lorsqu’elle
explose là-dessus, mon père la fait taire et lui répète:
«Voyons, Simone, là tu vas trop loin.» D’ailleurs, mon
père, on dirait qu’il a deux phrases: une pour ma mère
et une pour moi. Lorsque je tiens tête à ma mère et
qu’elle fait semblant de tomber malade et n’en finit pas
de pleurer de rage dans son lit, mon père finit par venir
me voir et me demander d’être raisonnable. «Il faut
que tu sois raisonnable.» Il me répète cette phrase à
tout bout de champ, à croire qu’il n’a que cela à me dire.
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Le lundi, j’ai remis des bas golf. Les parents avaient
fait savoir aux soeurs qu’ils nous appuyaient et la commission
scolaire aussi. Notre titulaire, soeur Thérèse,
nous a boudées toute la journée. Elle avait préparé des
piles de feuilles polycopiées remplies d’exercices que
nous devions faire jusqu’à la fin de l’année. Au tableau,
elle avait écrit qu’elle avait décidé de ne plus nous
adresser la parole. Je me suis demandé combien de
temps elle allait tenir. La directrice avait dû lui faire
la vie dure. Soeur Thérèse est son souffre-douleur, il y a
longtemps que nous le savons. C’est pour ça qu’on peut
tout faire dans la classe et qu’elle ne nous envoie jamais
la voir. Soeur Thérèse est en pleine ménopause et elle
est tout le temps épuisée. Elle est grosse et des perles
de sueur coulent continuellement sur son front. Elle
enseigne avec un ventilateur ouvert à pleine capacité.
Elle doit parler plus fort pour couvrir le son du moteur
et cela l’épuise encore davantage. Tout ce qu’elle fait
tombe à l’eau. Au début de l’année, nous devions faire
une prière toutes les heures. Une de nous avait la garde
de la cloche et devait la sonner pour nous avertir. Mais
c’est vite devenu intenable. La cloche tombait par terre,
on oubliait l’heure, Roxanne Rondeau la faisait sonner
à tout bout de champ, pour rien, pour irriter la soeur.
Soeur Thérèse, un avant-midi où une grosse tempête de
neige devait nous exciter, s’était précipitée sur la cloche
qui venait de tomber par terre et l’avait lancée au fond
d’un de ses tiroirs. Finies les invocations à la Vierge et à
notre Ange gardien. Elle avait aussi instauré un système
de points consistant à souligner notre bonne conduite.
Soeur Thérèse avait fabriqué un énorme carton où
étaient accrochées des colombes portant nos noms et
qui pouvaient glisser sur une ficelle. Le soir, soeur Thérèse
montait ou descendait la colombe qui nous représentait.
Évidemment, Roxanne s’est mise à donner de
petites poussées à sa colombe en cachette. Un vendredi,
sa colombe était rendue au ciel. La soeur était tellement
fâchée qu’elle est partie et nous sommes restées dans
la classe seules une grande partie de l’après-midi à
dessiner et à fouiller dans son bureau. Le tableau des
colombes a passé l’année derrière la porte. À la fin, il
était si détérioré que des oiseaux pendaient dans le vide
au bout de leur ficelle.
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Le camelot a jeté le journal du dimanche à moitié mouillé sur le tapis de l’entrée. Dès que je l’ai entendu fermer la porte, je me suis levée en courant. Je voulais être la première à voir la photo de Claire. J’ai pris le journal et j’ai commencé à chercher. La photo était à la page 22 et on voyait Claire encadrée de ses deux parents. Monsieur Lavallée portait un complet. L’article racontait l’histoire de Claire, comment elle était passée du quart de finale, à la demi-finale et à la finale du concours de danse. Si elle gagnait, elle allait passer l’année comme danseuse à gogo dans le spectacle d’adieu que Bruce et les Sultans allaient donner partout dans la province. Je n’en revenais pas, si elle gagnait, la soeur de ma meilleure amie allait voir Bruce en personne et peut-être qu’elle allait l’inviter à jouer au mini-putt dans leur cour arrière et peut-être qu’on pourrait le voir. Judith et moi on ne parlait que de ça et on passait une grande partie de notre temps à aider son père à finir le mini-putt avant le début de l’été. Ils avaient un grand terrain et leur père avait décidé de construire son propre mini-putt. Judith et moi, nous l’aidions à bien étendre le tapis vert sur les formes de ciment pour que la surface soit bien lisse. Le plus dur, ça avait été le chameau. Le tapis avait gardé un pli entre les deux bosses et même si on avait forcé le plus qu’on pouvait, il n’y avait rien eu à faire. Son père s’était résigné. Il avait dit qu’au mini-golf de Jonquière, ils avaient une machine spéciale qui coûtait très cher et lui ne pouvait pas se l’acheter. Le chameau allait rester plissé, il n’y pouvait rien.
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