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Note moyenne 3.64 /5 (sur 436 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Chongqing, Chine , le 09/01/1914
Mort(e) à : Paris , le 02/03/1998
Biographie :

Lucien Bodard est un écrivain et journaliste français.

Fils d'Albert Bodard, consul à Chengdu, il vécut dix ans en Chine avant de partir avec sa mère pour la France pour intégrer l’École des Roches en Normandie, puis ses études le mèneront à un diplôme de sciences politiques. Il rejoint l'Afrique du Nord, puis Londres, en 1940.

Il commence sa carrière de journaliste en 1944 au sein de la section presse-information du gouvernement provisoire et couvre l'actualité de l'Extrême-Orient. En 1948, il devient grand reporter au sein de l'équipe de France-Soir dirigée par Pierre Lazareff. Il est notamment correspondant de guerre en Indochine de 1948 à 1954.
Sa connaissance profonde de la réalité asiatique sur le terrain lui a permis de jeter un regard incisif sur le premier conflit indochinois qu'il a couvert et raconté dans La Guerre d'Indochine (en cinq tomes), ouvrage qui fait toujours autorité.

Correspondant pour l'Extrême-Orient basé à Hong Kong (1955-1960), il découvre ensuite l'Afrique du Nord, puis les autres conflits dans le reste du monde, de l'Algérie à l'Irlande, et plus tard l'Amérique du Sud. Journaliste engagé, il n'hésite pas à dénoncer par exemple le génocide des Indiens au Brésil ("Le Massacre des indiens", 1969).

Bodard a eu ses entrées dans l'état-major du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CFEO), auprès de l'empereur Bao Dai, mais aussi chez des acteurs de moindre envergure comme l'administrateur civil de Cao Bang ou Deo Van Long, un chef Thai du Nord-Ouest du Tonkin.

A l'âge de 60 ans, il opère une transition totale vers l'écriture et une seconde carrière de romancier à succès.

Ses livres "Monsieur le Consul" (1973), qui lui vaut le prix Interallié en 1973, et "Le fils du Consul" (1975) sont semi-autobiographiques.

Dans "Anne Marie" (1981), qui lui vaut le prix Goncourt en 1981, il évoque encore plus précisément la figure de sa mère et de Philippe Berthelot, diplomate éminent qui a lancé la carrière diplomatique de son père.

Il avait épousé en troisième noce Marie-Françoise Leclère, rédactrice en chef des services culturels à l'hebdomadaire Le Point.
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Source : http://www.liberation.fr/culture/0101241050-mort-de-lulu-le-chinois-lucien-bodard-journaliste-et-rom
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Vidéo de

Jacqueline Duhême Une vie (extraits) conversation avec Jacqueline Duhême à la Maison des artistes de Nogent-sur-Marne le 8 février 2020 et où il est notamment question d'une mère libraire à Neuilly, de Jacques Prévert et de Henri Matisse, de Paul Eluard et de Grain d'aile, de Maurice Girodias et d'Henri Miller, de Maurice Druon et de Miguel-Angel Asturias, de dessins, de reportages dessinés et de crobards, d'Hélène Lazareff et du journal Elle, de Jacqueline Laurent et de Jacqueline Kennedy, de Marie Cardinale et de Lucien Bodard, de Charles de Gaulle et du voyage du pape en Terre Sainte, de "Tistou les pouces verts" et de "Ma vie en crobards", de Pierre Marchand et des éditions Gallimard, d'amour et de rencontres - "Ce que j'avais à faire, je l'ai fait de mon mieux. le reste est peu de chose." (Henri Matisse ). "Je ne sais en quel temps c'était, je confonds toujours l'enfance et l'Eden – comme je mêle la mort à la vie – un pont de douceur les relie." (Miguel Angel Asturias)

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Citations et extraits (108) Voir plus Ajouter une citation
soleil23   06 août 2013
La Vallée des roses de Lucien Bodard


P143



- Non, Yi, vous attendrez. Je connais et possède plus de cent poisons. Ceux qui foudroient, ceux qui cheminent, ceux qui font du corps une fournaise, ceux qui le glacent, ceux qui le gonflent comme une baudruche, ceux qui le dessèchent, ceux qui le paralysent, ceux qui fardent les joues de taches de beauté brûlantes comme le feu, ceux qui bariolent la peau de tous les abcès, de tous les pus, de toutes les couleurs. Il y a ceux qui donnent une mort suppliciante et ceux qui assurent la mort comme une illusion. Ceux qui amènent le trépas instantané et ceux qui permettent de le sentir s’approcher. Eh bien, pour vous Yi, je choisirai le plus lent. Un jour inconnu de vous, votre souffle s’éteindra.

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LoongAlain91   27 avril 2021
La guerre d'Indochine. Tome 1 : L'enlisement de Lucien Bodard
Comme je me souviens de l'année noire 1954 ! Ce jour de mai à Hanoï, un défilé de la victoire doit commémorer la capitulation allemande.Des ouvriers annamites ont construit des tribunes de bois; ils sont en train d'accrocher des gerbes de drapeaux français et vietnamiens aux arbres de la principale avenue de la ville, face aux monuments aux morts, quand l'on apprend que Dien Bien Phu est tombé. Mais les généraux du Grand Etat-Major décident , par orgueil ou par stoïcisme, que la parade prévue aura lieu quand mëme.

La mise en place est longue. L'on range les personnalités civiles et militaires aux places d'honneur, selon l'ordre des préséances. Enfin, au loin apparaît une clique de la Légion: elle joue une marche funèbre...
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claudine42   17 septembre 2014
Monsieur Le Consul de Lucien Bodard
Mais enfin, Anne-Marie, vous ne m'aimez pas.

Comment voudriez vous ? Vous oubliez que vous m'avez achetée. Je me souviens très bien comment vous m'avez jaugée, sur les quais de la gare d'Ancenis, un jour que je revenais de Nantes. L'oeil d'un maquignon faisant son marché. Ca n'a pas traîné. Le lendemain , sur votre trente et un, vous vous présentiez chez nous avec votre frère, le capitaine moustachu, celui que vous étiez venu voir dans sa garnison. Et tout de suite vous avez demandé ma main à ma mère. Moi, je ne voulais pas. Mais mon père venait de mourir ruiné. Il avait bu sa fortune et personne ne m'épouserait dans le pays.Toutes ces bouches campagnardes de demi-hobereaux, de vieilles demoiselles, d'oncles plus ou moins gâteux mais ayant du bien, me répétaient c'est votre devoir Anne-Marie.
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LoongAlain91   27 avril 2021
La guerre d'Indochine. Tome 4 : L'aventure de Lucien Bodard
Je n'ai jamais vu un acteur réussir une "entrée" comme de Lattre de Tassigny en Indochine. D'emblée, il campe un personnage du répertoire de Corneille - un Horace en moins vieux et en général à quatre étoiles, mais aussi farouche. Son rôle n'est pas celui de la Haine. C'est celui du Dédain.
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GeorgesSmiley   07 avril 2019
Le fils du consul de Lucien Bodard
Je suis né au-delà des Chines connues, des Chines colonisées, au-delà des terribles gorges du Yang Tsé Kiang à plus de trente jours de jonques de Shanghaï, dans la province du Sseu Tchouan. Une vieille province de quatre-vingts millions d'habitants, séparée du reste de la Chine par les massifs les plus hauts du monde, une province très vieille, très féodale, très superstitieuse, très belle, très riche. C'était encore la Chine antique : les villes, leurs murailles, les champs de riz, les collines, les montagnes, les fleuves immenses, les populations immenses, la misère immense, toutes les fleurs, les rhododendrons et les lis sauvages, et aussi la gaieté. La joie de vivre, la joie d'avoir sa bouchée de riz.
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GeorgesSmiley   10 décembre 2019
Les dix mille marches de Lucien Bodard
Ensuite les événements se précipitent. L'essai de Pomme Bleue est publié dans l'indifférence générale, et même sa virulence progressiste fait sourire : on n'en est plus là, on ne songe plus qu'à la guerre contre les Japonais, la guerre imminente, inévitable !

Kang Sheng, lui, continue à rire :

_ Les nationalistes et nous couchons dans le même lit, mais nous ne faisons pas les mêmes rêves, dit-il à Pomme Bleue. N'oublie jamais ça.

_ Mais qu'est-ce qui va arriver ?

_ La guerre évidemment. Réfléchis, regarde autour de toi. Les Japonais vont attaquer la Chine riche, celle que détient Tchang Kaï-chek. Nous, dans le Shaanxi de la pauvreté, nous serons relativement à l'abri et depuis là nous nous répandrons dans tout le Nord sans trop avoir à combattre. La guerre contre le Japon durera des années et des années, ce sera la Guerre Longue tant souhaitée par Mao, la guerre aux épisodes imprévisibles et formidables qui risque d'embraser le monde en conflagrations géantes. Tout ce temps les armées nationalistes se décomposeront peu à peu, tandis que les nôtres propageront leur doctrine et recruteront. L'alliance avec le Kuomintang contre les Nippons est une très belle façade qui cache une lutte secrète, impitoyable. Et nous gagnerons, la Chine tombera entre nos mains comme un fruit mûr.
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GeorgesSmiley   08 décembre 2019
Les dix mille marches de Lucien Bodard
Un pilote est monté à bord du vapeur et le dirige vers une côte plate et marécageuse où se découvre un chenal étroit, méandreux, qui s'enfonce à l'intérieur des terres : le Whangpoo, une coulée d'eau grise complètement désolée, pestilentielle. Dans ce néant nauséabond, ravagé par le paludisme, il y a moins d'un siècle, les Barbares ont fondé Shanghaï. Une dernière courbe que le bateau prend lentement et la métropole surgit devant Pomme Bleue.

Ce qu'elle voit, c'est un paysage fantastique, une forêt de pierres, le jaillissement d'un monde pétrifié dans sa beauté et sa richesse, une parade de tours, de dômes, de campaniles, de coupoles, un délire architectural souverain, une armée de la matière triomphante. Ces orgueilleuses structures bâties dans un style venu d'Albion, de Byzance, du Bengale et de la Phénicie clament la grandeur du commerce qui dépouille la Chine selon la loi et l'ordre des Blancs. Au sommet d'une de ces érections, une énorme horloge égrène les heures de la spoliation et du profit. Et ces heures se succèderont à jamais.

Ce que Pomme Bleue voit, tout ce décor, c'est le Bund, la façade de la Concession internationale sur le Whangpoo. Une illusion... une réalité qui s'incruste en elle dans sa fantasmagorique et cruelle splendeur.
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GeorgesSmiley   06 décembre 2019
Les dix mille marches de Lucien Bodard
Elle a dix ans. C'est un petit être à la traîne de sa mère, Lotus, une bonne personne qui n'a jamais su se refuser aux hommes. Toute jeune Lotus s'est enfuie de chez ses parents pour suivre un séducteur. Sa joliesse a passé, ravagée par le malheur...

Connaissance est faite dans le bourg de Zucheng, chez M. Wang, un commerçant prospère qui exerce le respectable métier de marchand de cercueils. Ce Wang, encombré de femmes et d'enfants, est le meilleur des compères, rubicond, ventru, amateur de propos joyeux et de festins somptueux. Lotus vit chez lui, reléguée aux tâches les plus humbles, c'est elle qui tue les cochons qui seront servis bien laqués lors des banquets, on la loge dans une mansarde où souvent elle reçoit la visite de M. Wang. Shumen doit se recroqueviller dans un placard, l'accouplement, elle sait ce que c'est - des bruits, des manèges, des relents, une gymnastique ridicule qui s'achève par les gémissements de M. Wang. Elle regarde, elle hait.
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GeorgesSmiley   09 décembre 2019
Les dix mille marches de Lucien Bodard
On avait alors entendu parler d'un camarade obscur, un certain Mao Zedong. Permission lui avait été donnée par le Comité central de lancer la campagne de la Moisson d'Automne dans sa province natale du Hunan, au coeur de la Chine. Il devait soulever Changsha et les autres villes mais cela avait lamentablement échoué. Mao s'était retrouvé dans les monts Jinggang avec quelques centaines de paysans. Et dans cette sylve sauvage il avait fondé un soviet. Comment pouvait-on faire le "grand soir" avec des culs-terreux ? Mao avait persisté et même la chance avait voulu que la dernière troupe communiste existante, forte de deux mille soldats et commandée par un ancien fumeur d'opium du nom de Zhu De le rejoigne.

Au nom de Mao, Pomme Bleue a sursauté : Yu Qiweï déjà lui avait parlé de cet illuminé, Kang Sheng lui exècre cet hérétique, ce schismatique.
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GeorgesSmiley   05 décembre 2019
Les dix mille marches de Lucien Bodard
"_ Le peuple m'aime et nous sommes le peuple.

_ Le peuple, le peuple. Comme si tu étais le peuple. Tu me fais rire. Laisse le peuple tranquille et soigne ta clientèle. Fais le trottoir, tape-toi les gros michetons avant que Hua ne te les souffle."

Cet accent de crapulerie, voilà le vrai Zhang, le maquereau issu des fanges de Shanghaï. Curieusement, cette façon de la traiter en putain de la Chine ne heurte pas Jiang Qing. Quand elle est déprimée, quand elle doute, la grossièreté de son amant la réconforte : même pour les affaires d'Etat, il n'est jamais meilleur que dans sa peau de souteneur.

"_ Ramasse les commissaires politiques, les généraux, les dirigeants. Tu les réchaufferas et aussitôt nous passerons à l'action.

_ Je leur parlerai de Mao.

_ Mao est mort et ces gens-là se foutent de lui. Peut-être que les cadres moyens et subalternes du Parti le révèrent encore, mais ils ne sont rien. Nous, nous ne recherchons que les grands dignitaires, les hommes clés qui n'entendent que le langage de l'intérêt."

Ce rustre a forcément raison, puisqu'il connaît les lois de la pègre. Et qu'est-ce que le Parti, sinon une pègre ?
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