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Biographie :

Géographe, postdoctorant à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), Manouk Borzakian travaille sur la métropolisation et l’aménagement urbain à travers le cas genevois. Il s’intéresse aussi aux pratiques culturelles et à leur dimension spatiale, ainsi qu’aux représentations géographiques dans le cinéma, en particulier nord-américain.

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Bibliographie de Manouk Borzakian   (3)Voir plus

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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
Charybde2   19 avril 2020
Géographie zombie, les ruines du capitalisme de Manouk Borzakian
Une fois opéré ce travail consistant à donner du sens aux objets qui nous entourent, l’environnement devient porteur de « prises », dont les individus et les groupes peuvent se saisir dès lors qu’ils les perçoivent comme telles. Le géographe Augustin Berque illustre cette notion de prise avec l’exemple d’une aspérité dans un rocher. C’est une réalité objective, mais elle ne prend le sens de prise que pour l’amateur d’escalade qui pourra et saura la repérer et y caler son pied pour progresser dans son ascension. Le monde qui nous entoure regorge de ces prises et chaque individu apprend, durant sa socialisation, à les repérer et s’en saisir.

Les films de zombies décrivent le processus inverse. Les prises qu’offre normalement l’environnement font défaut, le milieu cesse de générer du sens. À l’espace en friche, témoin de la naissance d’une société par la construction d’un territoire – dont les westerns proposent un récit glorieux –, succède un espace en ruines, offrant peu de possibilités de réappropriation, et témoignant de l’effondrement de la civilisation. Un fossé se creuse entre l’usage attendu des objets et des lieux, et le danger nouveau qui les caractérise, ou éventuellement la fonction inédite qui leur est attribuée par défaut – comme les camions interdisant l’accès au centre commercial de Zombie ou les caddies obstruant l’escalier de 28 jours plus tard. Le territoire, conquis par un groupe social, cède la place à une étendue, c’est-à-dire un espace homogène, dépourvu de sens et presque uniformément dangereux.
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Charybde2   19 avril 2020
Géographie zombie, les ruines du capitalisme de Manouk Borzakian
La géographie servira de fil rouge aux pages qui suivent. Telle qu’elle s’est développée depuis environ un demi-siècle dans les 20 universités européennes et nord-américaines, cette discipline part du principe que notre relation au monde passe par nos interactions avec des lieux : tous les aspects de notre existence sont spatiaux. L’espace est une dimension incontournable de la condition humaine, non seulement dans sa dimension matérielle, mais aussi à travers des symboles et des croyances : il existe des lieux lointains ou proches, interdits ou autorisés, attirants ou repoussants, beaux ou laids, inquiétants ou rassurants, faciles d’accès ou reculés… Si l’on imagine deux maisons construites selon des plans identiques et avec le même matériel, l’une dans un quartier chic de Londres et l’autre dans la campagne thaïlandaise, ce sont deux objets distincts, car indissociables de leur environnement, mais aussi des modalités de leur appropriation par des populations différentes. Comme pour les autres réalités peuplant notre monde, le contexte participe à déterminer le statut de ces deux maisons, leur valeur économique et affective, leurs usages possibles, leur beauté même. En d’autres termes, l’espace ne se résume pas à un support neutre sur lequel évolueraient les individus et les groupes. Il entretient une relation circulaire avec les sociétés. D’une part, ces dernières transforment leur environnement en fonction de leurs croyances, de leurs techniques, de leur organisation politique, de leurs attentes, ainsi que de toutes sortes de tensions et de contradictions qui les traversent. D’autre part, cet environnement influence en retour pratiques et croyances, participe à les expliquer et les consolider à toutes les échelles. En résumé, pour le géographe Bernard Debarbieux, « l’espace sous toutes ses formes participe de la définition même des pratiques sociales et de leur signification». (…) Interroger les films de zombies sous l’angle de la géographie, c’est se demander ce qu’ils nous disent du rapport des sociétés occidentales à leur environnement et de l’évolution de ce rapport depuis une cinquantaine d’années.
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Charybde2   19 avril 2020
Géographie zombie, les ruines du capitalisme de Manouk Borzakian
Le zombie incarne ainsi, depuis les années 1990 et 2000, une multiplicité de menaces réelles ou supposées, de la déchéance sociale individuelle aux pandémies, en passant par les masses migratoires en provenance des pays du Sud. Il accompagne la résurgence mise en évidence, notamment par le philosophe Étienne Balibar, de la question de la race sous des formes renouvelées et diversifiées, et donc de nouvelles manifestations du racisme. En un mot, le zombie trahit la peur renouvelée d’un Autre aussi proche que différent, dont l’irruption interroge les fondements de nos sociétés. Les deux visions de l’altérité zombie, celles du cinéma indépendant et du cinéma à plus gros budget, renvoient à deux manières opposées d’envisager la mondialisation et l’une de ses facettes, les interactions culturelles.
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Charybde2   19 avril 2020
Géographie zombie, les ruines du capitalisme de Manouk Borzakian
Ainsi, bien que l’invasion du « monde réel » par des morts-vivants mangeurs d’humains ne soit probablement pas pour demain, les zombies existent par la capacité de notre imaginaire à façonner notre environnement. Nous voyons le monde à travers des filtres nous permettant de découper et classer les réalités qui se présentent à nos sens. Aujourd’hui, pour beaucoup d’habitants des pays occidentaux et même au-delà, les zombies appartiennent à la grille de lecture, plus ou moins consciente, que nous appliquons à notre environnement.

Les figures imaginaires en général et les zombies en particulier ne sont pas des objets d’étude triviaux, mais un moyen précieux de scruter l’inconscient des sociétés contemporaines, saturées d’images de fiction.
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