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Citation de Charybde2


Charybde2   03 septembre 2019
Le corbeau de pierre: La jeunesse de Corto Maltese de Marco Steiner
Le sloop tanguait dangereusement. L’embarcation vibrait, frémissait, suait, tendait ses muscles pour ne pas heurter les écueils, sans trouver un instant de répit. La mer et le vent la ballottaient et la tiraillaiient en tous sens.
Les cordages gémissaient, grinçaient, craquaient. Le bateau s’était faufilé dans un fjord niché entre des falaises acérées, couvertes de bruyère et de lichens, au nord, là-haut, du côté de Kirkcudbright.
À chaque coup, le sloop effleurait ou grattait les rochers qui le protégeaient, des paquets de mer et du regard des policiers à leur recherche depuis des jours.
Creusées par la mer le long de la côte de Solvay, ces grottes avaient offert de tout temps un refuge aux pirates et aux contrebandiers écossais, ou à des gens comme eux, qui arrivaient de l’île de Man pour charger armes et bouteilles en Angleterre, avant d’aller les livrer aux amis irlandais.
Les limiers et leurs maîtres étaient encore loin, ils avaient du mal à descendre sur la roche visqueuse, les brodequins des policiers glissaient sur les pierres et la mousse ; mais, petit à petit, la colline se remplissait de lumières vacillantes qui découpaient l’obscurité et l’épaisse muraille de pluie.
Les lucioles s’approchaient d’eux en zigzaguant. Des flammèches qui coulaient le long d’un entonnoir pointé sur le fjord, sur le bateau et sur son précieux chargement. On entendait les aboiements excités des chiens et les cris des hommes essayant de les suivre.
Un dobermann plus furibond que les autres surgit sur le rocher juste devant le bateau. Il se lança dans le vide en aboyant, diable étincelant et baveux, noir comme la nuit. Sa bouche béante était un trou rempli de rasoirs d’une blancheur parfaite. Il hurlait sa rage et son orgueil d’être arrivé le premier.
Bertram le frappa au museau avec une lourde masse en bois. D’un coup sec.
L’animal tomba dans l’eau en glapissant.
Il fallait faire vite. On commençait à distinguer les voix et le tsiiiing des projectiles tirés en l’air.
C’était une nuit terrible, raison pour laquelle Robart Kee et son ami Tintagel l’avaient choisie. Juste une poignée d’hommes de confiance pour charger la marchandise, et leurs deux fils, Bertram et Corto.
Il y avait plus de trois cents caisses, contenant du tabac, des bouteilles de brandy et de rhum premier choix, outre la pièce maîtresse du chargement : cent fusils Lee-Enfield Mk I, escamotés discrètement à l’usine. L’odeur de la graisse des armes se mêlait à celle du tabac et de la bruyère écossaise trempée. Il fallait se dépêcher d’apporter toute cette marchandise à Man, d’où ce serait ensuite un jeu d’enfants de l’acheminer en Irlande.
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