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Note moyenne 3.48 /5 (sur 70 notes)

Nationalité : France
Biographie :

Marie Barthelet est animatrice du patrimoine en Bourgogne et responsable du musée de la Charité-sur-Loire.

"Celui-là est mon frère" (2016) est son premier roman, sélection du Prix Stanislas du premier roman 2016.

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Entretien avec Marie BArthelet à propos de son ouvrage Celui-là est mon frère :



30/08/2016

Votre roman met en scène les retrouvailles entre deux frères adoptifs que leurs origines écartent. Vous incarnez le frère bien né, chef d’état n’ayant jamais quitté son palais et qui se languit de l’absence de son frère. Comment est né ce personnage ?



Ce personnage est présent dans mon imaginaire depuis des années. J’attendais patiemment l’occasion de l’incarner, de le mettre en scène. Il est l’avatar de Ramsès, ce pharaon de l’Exode qui refuse de libérer le peuple hébreu d’Égypte, où il le tient en servitude. On ne connaît pas la personnalité de Ramsès – qui, il faut le rappeler, est un personnage historique. Le texte biblique et toutes les adaptations ultérieures de ce récit, notamment cinématographiques, le présentent comme un souverain implacable, un tyran. Peut-être l’a-t-il été. J’ai voulu pour ma part interroger ses pensées intimes, ses sentiments. Cet homme, perçu comme un oppresseur, un esclavagiste, éprouve-t-il de l’amour ? A-t-il gardé un attachement pour son frère de lait ? Ont-ils été proches ? Que ressentent les hommes de pouvoir lorsqu’ils sont confrontés à des situations problématiques : épidémies, catastrophes naturelles, révoltes, terrorisme… ? Comment les gèrent-ils à un niveau personnel, humain ? Quelles relations entretiennent-ils avec leur entourage ? Dans mon roman, je propose des réponses à ces questions par la voix du chef d’État. Il me plaisait d’adopter le point de vue d’un homme à la fois adulé et haï, et qui, du fait de importance publique, appartient à tous sauf à lui-même.



Un jour, suite à un incident particulier, le frère adopté revient prévenir son frère de la révolte qu’il fomente depuis sa disparition. Vous-même, comprenez-vous ce choix ? Comment l’expliquez-vous ?



C’est le choix de Moïse dans le récit d’origine : il prévient pharaon que Dieu est en colère et que des fléaux s’abattront sur son royaume s’il ne libère pas le peuple opprimé. Dans Celui-là est mon frère, contrairement au texte biblique, le frère rebelle ne s’exprime pas au nom de Dieu. J’ai en partie oblitéré la dimension religieuse afin de recentrer l’histoire sur des questions ethniques, morales, sociales. Le peuple opprimé de mon roman réclame les mêmes droits que les citoyens du pays, ils ne veulent pas le quitter mais bien y rester et y vivre comme les autres. Si le frère adopté prévient le chef d’État de la révolte qu’il fomente, c’est, je le suppose, en mémoire de leur amitié passée, par respect pour lui. Une manière aussi, peut-être, de jouer, de se mettre au défi, comme ils le faisaient enfants.



L’ouvrage porte sur la relation entre ces deux frères d’adoption, tiraillés par les liens du sang et ceux du coeur. Pourquoi avoir soulevé cette question de la fraternité et choisi de mettre à l’épreuve ces liens fraternels ?



Les relations de famille m’intéressent, conflictuelles, fusionnelles, distantes… J’écris sur ce thème depuis longtemps. Mettre à l’épreuve un lien aussi fort que celui que partagent ces deux frères permet de tester leur nature profonde. Un peu comme dans la tragédie antique, où les héros ont très souvent de forts liens de parenté.



Cette problématique s’avère aujourd’hui plutôt d’actualité, alors que des jeunes quittent chaque jour leur famille pour rejoindre les rangs de combattants idéologiques. Est-ce volontaire ?



En effet, la question des conflits sociaux, ethniques et religieux sont au cœur de notre actualité. J’avais évidemment cela en tête en écrivant ce roman entre février et juillet 2015. Mais ce n’est pas une question récente, elle est posée aux hommes depuis toujours. Il s’agit peut-être là de l’histoire la plus universelle de toutes : deux peuples sur une même terre entrant en collision. Parfois ils se tolèrent, souvent ils cherchent à se dominer. C’est l’histoire des Empires antiques avec leurs esclaves et leur volonté de conquérir les terres du monde ; c’est l’histoire des colonisations et des occupations de guerre ou d’après-guerre ; c’est enfin l’histoire de l’immigration en tant que phénomène historique.



Si certains éléments du décors de votre roman apparaissent comme contemporains, il est difficile de situer l’histoire dans le temps comme dans l’espace ; alors que les habitants se servent de revolvers, ils habitent des palais dignes des Mille et une nuits et les plaies que subissent l’état évoquent directement celles de l’Egypte dans l’épisode biblique. Quelles ont été vos références ? Pourquoi ce flou narratif ?



Pour paraphraser Umberto Eco (Confessions d`un jeune romancier), la construction de l’univers d’un roman est primordiale, de sa réalisation découlent les mots les plus justes. Je crois beaucoup en cette technique et fais un certain nombre de recherches en amont de l’écriture pour « planter le décor » d’un roman ou d’une nouvelle. Celui-là est mon frère doit énormément au récit de l’Exode. Il est également nourri de poésie orientale, en particulier celle de Mahmoud Darwich, et du théâtre de Wajdi Mouawad dont j’admire l’écriture. Il est évident aussi que les tragédies grecques m’ont « travaillées », mais moins consciemment. J’ai tenu à donner à cette univers des contours flous. Le nom des deux frères n’est jamais donné, tandis que ceux des autres personnages sont à la fois issus de noms arabes et égyptiens. Les localisations sont absentes. Ce n’est pas l’Égypte – c’est un Orient, en hommage au récit qui m’a inspirée, mais ce pourrait être n’importe quel pays de notre Occident. Le palais est le lieu du pouvoir depuis l’Antiquité, dans la Ville se côtoient les monuments anciens et la vie contemporaine. Le temps est celui du conte, ni passé, ni présent. Il pourrait tout à fait s’agir d’un futur ! Le narrateur est lui-même prisonnier de son enfance. Ce parti-pris permet de souligner combien l’histoire racontée est universelle et atemporelle, comme tous les contes et tous les mythes.



Le roman met en scène une révolte puis une guerre physique. Alors que plusieurs autres romans de la rentrée littéraire évoquent des guerres idéologiques ou numériques, pourquoi avoir opté pour une révolte disons plus “traditionnelle” ?



Pour la même raison : mettre en exergue l’atemporalité et l’universalité de cette lutte entre deux hommes, deux peuples, sur un territoire unique que personne n’est prêt à partager. Ce territoire est un abîme, celui qu’évoque Mahmoud Darwich dans le vers qui ouvre mon roman. Une guerre numérique aurait daté cette histoire, c’est-à-dire qu’elle l’aurait inscrite dans une temporalité figée. Et je n’ai pas voulu aborder de front une guerre idéologique, bien qu’elle soit sous-jacente au récit. Je ne suis pas assez experte pour cela.



Celui-là est mon frère est votre premier roman. Comment êtes-vous venue vers l’écriture ? Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer ? Avez-vous l’intention de reproduire l’exercice ?



Celui-là est mon frère est mon premier roman publié, mais pas le premier écrit. Auparavant j’ai écrit des nouvelles, me suis essayée à différents genres littéraires. J’écris depuis vingt ans peut-être, je me suis toujours inventée mes propres histoires et j’ai toujours tenu à les consigner pour ne pas en perdre le souvenir. Je me suis lancée « sérieusement » en écriture avec la publication d’une première nouvelle d’anticipation aux Éditions Griffe d’Encre, en 2007. Et bien entendu j’ai l’intention de continuer.



Marie Barthelet et ses lectures :



Quel est le livre qui vous a donné envie d’écrire ?



Tous les livres m’ont donné envie d’écrire.



Quel est l’auteur qui vous a donné envie d’arrêter d’écrire (par ses qualités exceptionnelles...) ?



Aucun. Les qualités exceptionnelles de styliste ou de conteur que j’ai rencontrées chez mes auteurs fétiches m’ont au contraire toujours poussé à continuer et à me perfectionner. Je recopiais des passages entiers de romans pour comprendre comment ils étaient construits et ce qui en faisait l’intensité, la beauté, l’originalité. J’aime l’idée que l’écriture soit de l’orfèvrerie.



Quelle est votre première grande découverte littéraire ?



Victor Hugo avec Notre-Dame de Paris, puis Marguerite Yourcenar, découverte tardive, lue spontanément et presque intégralement, et toujours admirée.



Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?



Un roi sans divertissement de Jean Giono (qui m’a ennuyée à la première lecture mais passionnée aux suivantes) ; Le Procès de Franz Kafka (je suis fascinée par son imaginaire) ; Mange, prie, aime : Changer de vie, on en a tous rêvé... Ell... d’Elizabeth Gilbert (un tout autre registre, sans doute moins littéraire, mais ce roman est arrivée dans ma vie au moment où j’avais besoin de réconfort).



Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?



Il y en a beaucoup, des classiques de la littérature française et américaine notamment. Je n’ai pas fait d’études littéraires, je ne connais pas bien les auteurs incontournables de notre patrimoine. En matière de lecture, j’ai suivi mes coups de cœur et me refusais en général à lire ce que tous les autres lisaient. Je le déplore un peu...



Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?



Le Clos Lothar de Stéphane Héaume, la relation de deux amis dans un univers d’anticipation où les arts sont interdits.



Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?



J’estime avoir trop d’expérience en tant que lectrice pour juger un classique !



Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?



« L’âme aussi, si elle veut se reconnaître, devra se regarder dans une âme. » (Platon, Alcibiade)



Et en ce moment que lisez-vous ?



Simultanément : Ensemble encore d’Yves Bonnefoy et Dix rêves de pierre de Blandine Le Callet.



Entretien réalisé par Marie-Delphine

Découvrez Celui-là est mon frère de Marie Barthelet aux éditions Buchet Chastel :


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Marie Barthelet - Celui-là est mon frère .
Marie Barthelet vous présente son ouvrage "Celui-là est mon frère". Parution le 18 août 2016 aux éditions Buchet Chastel. Rentrée littéraire 2016. Retrouvez le livre : http://www.mollat.com/livres/barthelet-marie-celui-est-mon-frere-9782283029749.html Visitez le site : http://www.mollat.com/ Suivez la librairie mollat sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat?ref=ts Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Dailymotion : http://www.dailymotion.com/user/Librairie_Mollat/1 Vimeo : https://vimeo.com/mollat Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Tumblr : http://mollat-bordeaux.tumblr.com/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Blogs : http://blogs.mollat.com/
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Citations et extraits (62) Voir plus Ajouter une citation
livreclem   20 août 2016
Celui-là est mon frère de Marie Barthelet
Le passé, l'Histoire, la mémoire : l'origine de toute chose contient son propre achèvement.
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sabine59   28 mai 2018
Damalis de Marie Barthelet
Alors je pleurais. Tout ce qui me restait était dans ces larmes, dans ce sel âcre comme la cendre des souvenirs.
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eckmuhl   28 juillet 2016
Celui-là est mon frère de Marie Barthelet
Souvent je retourne en ces lieux qui, dans ma tête, ont laissé des images, et je reviens à ces images qui, dans mon cœur, ont laissé des griffures.
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JIEMDE   03 janvier 2017
Celui-là est mon frère de Marie Barthelet
J'ai un carnet à spirale, un tout petit carnet noir, où je recopie les mots qui me révulsent par leur sens et la réalité qu'ils recouvrent :

Bouc émissaire

Frontière

Fosse

Immoler

Purge

Purification

Néant

...

Des mots qui, s'ils copulent sur trop de lèvres, accouchent d'ignobles enfançons.
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tchouk-tchouk-nougat   04 juillet 2018
Damalis de Marie Barthelet
Néphé m'enseigna la langue du poète. Comparer le soleil à une pelote de laine d'or, dévidée par des fileuses aux doigts de nuages, ou prêter à l'aube des timidités de jeune fille. Être poète, disait-elle, c'était sentir et célébrer.
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prune42   04 juin 2018
Damalis de Marie Barthelet
Il existe une heure immobile, figée par l'haleine du silence, l'instant parfait du temps absent, entre la quiétude de l'avant et l'affût de l'après. Je savourais cette heure comme une berceuse, une caresse sur les paupières.
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Srafina   04 juin 2018
Damalis de Marie Barthelet
Je sus réciter l'alphabet et associer les lettres pour former de nouveaux sons. Néphê m'apprit à déchiffrer des phrases très simples ….. Elle promit de me conter l'histoire des dieux, de me lire Homère, Hésiode et d'autres poètes de sa connaissance. Qui ne savait un vers d'Homère ne pouvait prétendre être éduqué, pas plus que prétendre être grec. L'idée me plaisait, celle qu'un esclave pût accéder à des connaissances confidentielles, propre à un peuple en particulier. Dérober leur savoir était une revanche sur ma servitude.
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hcdahlem   19 septembre 2016
Celui-là est mon frère de Marie Barthelet
Ta mémoire à toi, tes registres personnels, nous n’y avions pas pensé. Tu es devenu instable, refusais de manger, de dormir, de parler d’autre chose que du pouls de cet homme s’affolant sous ta poigne, de sa salive dégoulinant sur tes phalanges. Mille fois par jour tu te lavais les mains. Tu regardais au-dessus de mon épaule, dans le vide. Tu répétais: « Non et non, il ne faut pas, il ne faut pas…

Un matin, tu es parti. Personne ne t’a vu quitter le palais. Tu n’as rien dit, rien emporté, pas même ton chien, pas même moi. Dieu sait que tu m’emmenais toujours avec toi, dans toutes tes errances. Tu es parti pour ne jamais revenir.

Jamais.
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corali   01 juin 2016
Celui-là est mon frère de Marie Barthelet
En te voyant, j’ai pensé que tu étais revenu pour moi, puis que tu avais vieilli. Je me trompais. Déjà tu souhaitais repartir. Et ce n’était pas tant que tu avais vieilli, tu étais transformé - défiguré, allais-je dire, par la brûlure d’une foi neuve. J’ai aussi cru que je délirais. Mais ton nom susurré par tous ceux qui étaient présents a craquelé le silence. J’ai compris que je n’étais pas le seul à te voir. Que c’était vrai. Que c’était toi.
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morin   06 juin 2018
Damalis de Marie Barthelet
C'est alors que réapparurent l’égyptien Alki et son maître.



Ils s'avancèrent sans se presser et déclarèrent qu'ils me prenaient. Halios ne fit aucune difficulté. L'affaire fut conclue en moins de temps qu'il m'en fallait pour réaliser qu'enfin, enfin, je partais. Les esclaves qui restaient me lorgnèrent avec envie. L'un d'eux lança un "au revoir, petit prince...." que j'accueillis sans rebuffade.



p.60
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