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Note moyenne 3.36 /5 (sur 173 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Ugine , le 21/05/1959
Biographie :

Originaire de Savoie, Maryline Desbiolles vit loin de la scène littéraire parisienne, dans l'arrière pays niçois.

Dès l’enfance, elle écrit des poèmes, des nouvelles, et crée, après ses études à Nice et à Cannes, deux revues de poésie et de littérature, Offset en 1980 et La Métis en 1990, qui réunissent des auteurs méditerranéens.

En 1998, la publication de La Seiche la révèle au public : ce roman singulier construit une réflexion digressive sur la vie humaine à partir d’une recette de cuisine.

Son écriture à la fois tendue et lyrique est récompensée par le prix Femina pour Anchise, en 1999, qui évoque un deuil impossible.

Le Goinfre, en 2004, récit d’un périple désespéré en Italie, témoigne lui aussi de l’intensité et de la maîtrise de son écriture.

Depuis, elle a écrit de nombreux romans et récits, notamment : Manger avec Piero (Mercure de France, 2004), Primo (Seuil, 2005), C'est pourtant pas la guerre (Seuil, 2007), Les draps du peintre (Seuil, 2008), Croisée de voix (Cherche-midi, 2008), La scène (Seuil, 2010), Je vais faire un tour (Facim, 2010), Une femme drôle (l'Olivier, 2010), Dans la route (Seuil, 2012), Lampedusa (L'École des loisirs, 2012), Vallotton est inadmissible (Seuil, 2013), Ceux qui reviennent (Seuil, 2014), Le beau temps (Seuil, 2015), Écrits pour voir (François-Marie Deyrolle éditeur, 2016), Le bleu du ciel n'est pas toujours rose (éd. des Cendres, 2016).

Elle a aussi écrit plusieurs fictions pour France Culture : Vous, Les petites filles, Frictions, Les Corbeaux, et produit plusieurs émissions : L'arrière-pays niçois : l'épreuve du rêve, Nice, ville perdue ? et Zéphirin des montagnes.
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Source : livres.fluctuat.net
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05/03/2018

Entretien avec Maryline Desbiolles à propos de son roman Rupture


S`il est question de plusieurs « ruptures » dans votre roman, celui-ci s’ouvre par celle du barrage de Malpasset en 1959 qui a provoqué de nombreux dégâts et plusieurs centaines de morts. Que saviez-vous de cet accident avant de vous plonger dans l’écriture de ce roman ? Avez-vous toujours été fascinée ou tout du moins intéressée par cet événement ?

La rupture du barrage de Fréjus, la plus grande catastrophe civile en France, a eu lieu le 2 décembre, en 1959, l’année de ma naissance. J’en ai entendu parler dans mon enfance. Je me sentais proche de cette catastrophe, historiquement et géographiquement comme j’habitais déjà dans l’arrière-pays niçois, non loin de Fréjus. Nous avions partagé les pluies méditerranéennes, diluviennes, qui ont conduit à la rupture du barrage. Le site des ruines du barrage est extraordinaire, effrayant et magnifique. Je l’ai découvert il y a quelques années seulement. Il nous parle de la lumière tragique de ce pays, il la porte à incandescence, cette « lumière noire » évoquée par Picasso. Et puis le nom de Malpasset a grandement résonné en moi. Malpasset, le « mauvais pas », littéralement. Les mots en savent plus que nous, portent des histoires perdues, l’histoire tout court. Mais sans doute est-ce l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice qui a réactivé le drame que porte ce mot en lui et m’a incitée à écrire ce roman, d’autant plus que j’assistais aux feux d’artifice de ce jour funèbre.


La tragédie est-elle encore très présente dans la vallée du Reyran et la région de Fréjus ? Vous êtes-vous rendue sur place pour l’écriture du récit ?

Cette tragédie est inscrite dans les ruines du barrage mais elle est dans la mémoire de quantité d’habitants, dans leur chair même. Il y a encore de nombreux rescapés, toujours vivants. Certains étaient enfants. Ils ont perdu leurs parents, parfois toute leur famille. Je les ai rencontrés lors de la signature de Rupture à la librairie de Fréjus. Ce fut un moment extraordinaire. Beaucoup m’ont dit qu’ils étaient heureux que ce soit un roman qui porte au jour leur histoire. Mais ils m’étaient aussi reconnaissants d’avoir été précise, de m’être énormément documentée. Car non seulement j’ai sillonné Fréjus, mais j’ai consulté les archives départementales du barrage, notamment celles qui concernent le chantier de cet ouvrage d’art et n’avaient jamais été consultées jusque-là.


La rupture dans le roman, ce n’est pas seulement celle du barrage, c’est également celle que vit François, votre personnage principal, qui quitte aussi bien sa ville natale d’Ugine que sa mère pour rejoindre un ami qui travaille sur le barrage près de Fréjus. Est-ce le passage de l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte que vous souhaitiez explorer dans ce roman ?

François quitte Ugine, la ville sidérurgique de Savoie où je suis née moi aussi, pour aller travailler sur le chantier du barrage de Fréjus, près de la mer. Il est ébloui. Comme je le suis toujours par ce pays. Mais avec le « petit « François, je connais cet éblouissement à nouveau, pour la première fois. Et j’aime les premières fois, les commencements, l’allant des commencements. Ce que découvre François, il le découvre en étranger. Tout comme lui, je me sens étrangère, je me sens du côté des étrangers. Je trouve que c’est une bonne position pour écrire des livres.


Qui est François, d’ailleurs ? Il semble souvent en retrait de ce monde et se pose lui-même de nombreuses questions sur sa santé mentale… Lui « manque-t-il une case » comme il se le demande parfois ?

François est étranger au pays qu’il découvre, mais plus encore étranger au monde, étranger à lui-même. Étranger, étrange peut-être. Il porte une faille, la rupture en lui. Je serais tentée de dire que François, c’est moi. Mais je crois surtout que François, c’est nous, nous qui ne comprenons pas toujours ce qui arrive, qui n’avons pas de réponse, nous qui sommes quelquefois interdits.


François aime la photographie et économise son argent pour s’acheter des appareils photo. L’art sous toutes ses formes a toujours été très important dans votre oeuvre. Pourquoi vous êtes-vous intéressée à la photographie dans ce roman ? Qu’est-ce que cela représente pour François ?

Pour le coup, l’art est ici un lien et non une rupture. L’art n’est pas réservé à une élite. Les personnages de Rupture sont des gens « simples » mais ils lisent, vont au cinéma, font des photos. François fait de la photo, le medium ne lui fait pas peur, il est à sa portée. Nous sommes avec ce roman dans les utopies des années 1950 -la culture comme manière de sortir de sa condition-, mais aussi dans mon utopie, toujours active. Je ne pourrais pas écrire si j’imaginais n’écrire que pour une élite.


Un mot sur les dialogues : on n’en retrouve aucun dans les pages de votre roman. Est-ce un choix délibéré ?

Les dialogues sont pris dans la pâte de la phrase, ils ne la coupent pas. La phrase les comprend. Il me semble qu’elle est ainsi plus fluide, plus ample, comme un paysage. Ce que je crois aussi, c’est que l’écriture n’est pas la parole, elle ne peut pas la restituer, mais s’en nourrir et la prendre à son compte.



Maryline Desbiolles et ses lectures


Quel est le livre qui vous a donné envie d’écrire ?

Dès que j’ai su lire un livre, j’ai eu envie d’écrire. N’importe quel livre. La vie des Saints, le Club des Cinq, une biographie de Claude Debussy. Il n’y avait pas chez moi de bibliothèque avec les livres qu’il faut avoir lus. Je lisais tout ce qui me tombait sous la main et je « pastichais ».


Quel est le livre que vous auriez rêvé d’écrire ?

Je ne rêve que d’écrire un livre qui n’existe pas encore…


Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

J’ai lu L’Idiot de Fiodor Dostoïevski à treize ou quatorze ans. Je me souviens du gros volume à la couverture violette. Je ne comprenais pas grand chose mais j’ai adoré m’embarquer dans cet univers qui m’ouvrait à bien plus grand que moi.


Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

J’ai lu À la Recherche temps perdu de Marcel Proust deux fois in extenso puis des volumes de la Recherche et plus tard encore des passages au hasard dans ces volumes…


Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Je n’ai pas honte. Il y a des livres qui attendent leur heure. Il faut se sentir libre de les lire ou pas. La liberté fait partie de la lecture, du bonheur de la lecture.


Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Il y en a beaucoup mais je choisirais Marie-Claire de Marguerite Audoux. Il est paru en 1910, écrit par une couturière et inspiré par son histoire personnelle. Mais il est tout sauf misérabiliste. C’est un livre rayonnant.


Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Paul Morand. Je ne sais pas si c’est un classique mais on le cite bien trop souvent.


Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

Je suis très mauvaise en citations… Mais j’aime beaucoup l’incipit de Moby Dick de Herman Melville, si différent selon les traductions. « Je m’appelle Ismaël. Mettons » selon Giono, ou « Appelons-moi Ismahel » selon Armel Guerne


Et en ce moment que lisez-vous ?

Plusieurs romans en même temps, Jean-Luc persécuté de Charles Ferdinand Ramuz (que j’adore), Henri Matisse, roman d’Aragon, et un livre récent, Fraternelle mélancolie, de Stéphane Lambert, où il est question de l’amitié de Herman Melville et d’Hawthorne.



Découvrez Rupture de Maryline Desbiolles aux éditions Flammarion :


Entretien réalisé par Pierre Krause

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Maryline Desbiolles - le beau temps .
Maryline Desbiolles vous présente son ouvrage "Le beau temps" aux éditions Seuil. Rentrée littéraire automne 2015. Retrouvez le livre : http://www.mollat.com/livres/desbiolles-maryline-beau-temps-9782021241525.html Notes de Musique : le quai des brumes Jaubert - largo. ® www.mollat.com Retrouvez la librairie Mollat sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat?ref=ts Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat You Tube : https://www.youtube.com/user/LibrairieMollat Dailymotion : http://www.dailymotion.com/user/Librairie_Mollat/1 Vimeo : https://vimeo.com/mollat Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Tumblr : http://mollat-bordeaux.tumblr.com/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Blogs : http://blogs.mollat.com/
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Citations et extraits (54) Voir plus Ajouter une citation
Piatka   22 octobre 2014
Les tentations du paysage de Maryline Desbiolles
Au cimetière marin plus encore que dans un autre cimetière

comme la mer bat et que c'est beau on vient vérifier

qu'on a toujours de l'appétit et du goût pour les choses

et qu'on n'a pas fini de vivre



Sète, novembre
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Maryline Desbiolles
SZRAMOWO   16 juillet 2016
Maryline Desbiolles
Ma ville est touchée. Jamais je ne dis « ma » ville. Elle ne m’appartient pas, pas plus que je ne lui appartiens. Mais aujourd’hui, je voudrais la prendre par l’épaule, cette ville dont la beauté m’émeut toujours et m’a donné de la ferveur, oui, la ferveur qui ouvre la poitrine et fait respirer plus grand. Nice a fondé mon regard. L’arc parfait de la baie des Anges qui m’a toujours paru comme l’aisselle ouverte de la nageuse de crawl. L’arc parfait dessiné par la lumière incisive, violente. Ce soir-là, après le sirocco de la veille et sous la menace de l’orage, la lumière était à tomber. Comment écrire encore ces mots pour désigner un paysage, violente, menace, tomber ? Comment invoquer l’arc parfait ? La perfection n’est plus de ce monde. Et la lumière, que dire de la lumière ? Comment pourrait-elle souligner la promenade des Anglais jonchée de cadavres ? La lumière est mouillée et Nice est floue derrière les larmes.

In le Monde 16 juillet 2016
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cicou45   11 septembre 2013
La seiche de Maryline Desbiolles
"Le monde lui-même a la tête dans un sac. Il n'est pas un livre dont la lecture nous donnerait peu à peu les clés. C'est à nous d'écrire indéfiniment le livre."
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Jumax   19 septembre 2012
Lampedusa de Maryline Desbiolles
"Et j'étais alors si petite que les herbes étaient toujours hautes. Et j'allais dans les champs, toujours protégée par les herbes hautes. Mon royaume d'herbes dont le ciel n'était pas le plafond, pas le toit, pas la limite, mais la démesure, la promesse de changements justement illimités. Et si j'avais le vertige en regardant le ciel, allongée dans le champ, je me sentais aussi à l'abri. Il n'y avait pas de contradiction."
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Annette55   03 avril 2018
Rupture de Maryline Desbiolles
"Louise entraîne François dans les genêts follement jaunes, les fleurs froissées ,les fleurs roses des cistes cotonneux, les buissons de lentisques, dans les odeurs mêlées qui infusent sous la chaleur précoce et montent à la tête ....."
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Piatka   24 octobre 2014
Les tentations du paysage de Maryline Desbiolles
Dans la chambre sombre de la sieste

une rayure de ciel très bleu au haut des volets bien fermés

un sirop de ciel et toute l'eau du jour qui gicle à la figure



Valréas, juillet
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fanfanouche24   05 novembre 2014
Ceux qui reviennent de Maryline Desbiolles
-Les oiseaux migrateurs-



cette même semaine, début novembre, je dispose des boules pour les oiseaux. Elles attirent quantité de mésanges. La lumière est étincelante. Pourquoi les oiseaux désireraient-ils migrer plus au sud ? je lis les lettres que Rosa Luxemburg a adressées depuis sa prison à Sonia Liebknecht ,"Sonitschka". Je découvre avec surprise que Rosa y parle essentiellement des bêtes. Un paon de nuit à qui elle sauve la vie, son "frère bien aimé" le buffle qui traîne d'énormes charges dans la cour de la prison et se fait maltraiter par un soldat. Et surtout des oiseaux. Elle raconte qu'au moment de la migration, toutes les espèces d'oiseaux qui d'ordinaire se font la guerre "traversent la mer les uns à côté des autres, dans la plus parfaite entente", et le plus beau est qu'à cette occasion, les gros oiseaux portent les plus petits sur leur dos. Rosa croit dur comme fer à ce qu'elle appelle dans la lettre datée de la mi-novembre 1917 "une sorte de trêve de Dieu tacite . (p.83)
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Piatka   16 octobre 2014
Les tentations du paysage de Maryline Desbiolles
Il pleut

deux mots

qu'on remonte sur soi comme un édredon

et l'odeur du mouillé

( la terre mouillée

les dalles de ciment mouillées

l'herbe mouillée

la chaleur mouillée )

anesthésie tout mouvement

et tire votre nuque en arrière

dans l'oreiller entier de la mémoire

on s'endort



La Fontaine de Jarrier, juillet
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Jumax   19 septembre 2012
Lampedusa de Maryline Desbiolles
"Quand j'étais petite, mais je ne suis pas bien grande.

Quand j'étais petite, je n'étais vraiment pas grande, je croyais ne jamais devenir grande.

Quand j'étais petite, je n'étais pas grande.

C'était avant. Il y a un siècle, des années lumières, avant la révolution. C'était je crois, avant l'été de l'année dernière, avant la guerre, avant la disparition des lucioles."
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jeunejane   01 septembre 2019
Rupture de Maryline Desbiolles
Le tocsin est sonné à la cloche de la cathédrale. Tocsin de la guerre, tocsin des guerres y compris celles qui ne disent pas leur nom, tocsin de la catastrophe à laquelle François aura œuvré de ses mains.
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