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Note moyenne 3.65 /5 (sur 73 notes)

Nationalité : Algérie
Né(e) à : Maghnia en Algérie. , le 21/10/1952
Biographie :

Mehdi Charef est un écrivain, réalisateur de cinéma et auteur de théâtre français, né le 21 octobre 1952 à Maghnia en Algérie.

Il vint en France à l'âge de dix ans, et vécut les cités de transit et les bidonvilles de la région parisienne. Fils d'ouvriers, il a lui-même travaillé en usine de 1970 à 1983, comme affûteur.

Il vint au cinéma quand Costa-Gavras lui conseilla de réaliser lui-même la version cinématographique de son roman Le Thé au harem d'Archi Ahmed.

En 2005, il signa une première pièce de théâtre, 1962, évoquant la fin de la guerre d'Algérie.

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Vidéo de
Mehdi Charef, auteur de Rue des pâquerettes (Ed. Hors d'atteinte), interrogé pour Mediapart, pour la collection « Tire ta langue », par Antoine Perraud et Faïza Zerouala. ? Abonnez-vous a? Mediapart : https://www.mediapart.fr/abonnement ? Toutes les vide?os de Mediapart : https://www.mediapart.fr/studio/videos ? Abonnez-vous a? la chai?ne YouTube de Mediapart : https://www.youtube.com/user/mediapart
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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
Mehdi Charef
Charybde2   03 janvier 2017
Mehdi Charef
BARNABÉ : Toi, Dacquin, qui accuses, tu n’as jamais coiffé un indigène, on n’a jamais vu un Arabe dans ton échoppe !

DACQUIN : Cela ne m’aurait pas dérangé de coiffer un Arabe. Il n’en venait pas, même ceux qui étaient mes amis. Nous les avons repoussés si loin qu’ils ne pouvaient revenir. Nous avons profité de leur candeur et accaparé les plus belles situations : dans les campagnes, les terres les plus fertiles, celles qui bordent ruisseaux et oueds, sont les nôtres ; nous y avons élevé nos fermes, étendu des domaines à perte de vue. Nos troupeaux paissent en de verts et abondants pâturages et vont s’abreuver sans courir ; quant à eux, les indigènes, ils ont reculé si loin sur la terre craquelée afin de trouver ne serait-ce qu’un ru près duquel ils ont dressé leurs gourbis que nous les avons perdus à jamais.

PERRET : Dacquin ! Tu voulais une Algérie algérienne ! Tu l’as ! Alors restes-y ! Car ce dernier train, tu ne monteras pas dedans, foi de moi, sur ma vie je le jure !

DACQUIN : Oui, je voulais une Algérie algérienne. Nous leur avons bien imposé notre administration, notre drapeau, notre langue, et ç’a failli aller loin, pourquoi refuser d’être algériens à notre tour ?

LÉONIE : Ils nous auraient tous éliminés, tu rêves Dacquin !

DACQUIN : Nous serions un même peuple ! Des dirigeants arabes ? Et alors ! Avec le temps tout se serait arrangé ; là, nous perdons tout, par orgueil et par haine.

PERRET : Là, Dacquin, tu joues de la trompette avec ton zob.

DACQUIN : J’ai hurlé de toutes mes forces afin de vous prévenir : restons dans une Algérie algérienne ! L’O.A.S., votre organisation fasciste, m’a condamné à mort ; j’ai dû fuir, rejoindre la montagne où les fellaghas m’ont pris, ils ont voulu me supprimer, je ne dois mon salut qu’au fils Belhadj qui m’a reconnu. Je les ai suivis, et je me suis terré à leurs côtés dans les mahals entre deux embuscades.

PERRET : Tu as tiré sur les nôtres dans ces embuscades ?
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Charybde2   02 septembre 2016
Le Harki de Meriem de Mehdi Charef
À son tour il appuya sèchement son poing sur la bouche de Sélim et dit en grimaçant :

– Tes papiers, on veut voir tes papiers c’est tout, bon ! C’est sûr que tu vas prendre une branlée de première, même que tu ne pourras pas te regarder dans une glace pendant longtemps. Seulement – il leva le doigt -, seulement si tu as la modestie de rester crouille et fils de crouille. Parce que tu n’es que ça et les crouilles, on n’en veut pas, même avec une tronche bariolée de bleu blanc rouge… T’entends ?

Il mit le doigt sur son oreille et pencha ses yeux rouges. En guise de réponse, il tira les cheveux du frisé.

– Pauvre con ! lui jeta Sélim.

Le châtain s’essuya les lèvres et reprit :

– Si par malheur tu as une carte d’identité française on te fait la peau, on ne veut pas de basanés dans les mêmes registres que nous. Bicot tu es, bicot tu resteras. Tes papiers ?
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Sachenka   06 avril 2014
Le thé au harem d'Archi Ahmed de Mehdi Charef
Dans la médiocrité, faut être le moins médiocre. Sauter la femme du voisin, c'est se croire moins con que lui, puisqu'on lui pique sa bergère. Et plaire, c'est se dire qu'on mérite mieux que ce qu'on a et qu'on est digne d'une autre vie. Les sentiments? Que dalle!
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muriel59   26 avril 2013
Le thé au harem d'Archi Ahmed de Mehdi Charef
A l'agence, il fut reçu par un de ces mecs qui aiment le travail bâclé. A peine ouvert le dossier de Madjid:-On n'a rien pour vous, mon vieux!

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Charybde2   23 janvier 2017
Le thé au harem d'Archi Ahmed de Mehdi Charef
Madjid prend le petit homme par le bras et le ramène sur le trottoir. La bagnole passe. Le jeune homme et son père se remettent sur la chaussée, les bas-côtés étant encombrés par les voitures. Madjid sort deux cigarettes de son paquet, qu’il allume.

Il en donne une à son père. Le vieux prend la cigarette avec la même éternelle expression dans le regard, un mélange de vide et de lointain. Madjid l’observe un instant, pitié et tendresse montent en lui, l’émeuvent pour son malade de père. Le papa a perdu la raison depuis qu’il est tombé du toit qu’il couvrait. Sur la tête. Il n’a plus sa tête, comme dit sa femme. Elle s’en occupe comme d’un enfant, un de plus. Elle le lave, l’habille, le rase, et lui donne quelques sous pour son paquet de gauloises, son verre de rouge.
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Charybde2   23 janvier 2017
Le thé au harem d'Archi Ahmed de Mehdi Charef
– Je vais aller au consulat d’Algérie, elle dit maintenant à son fils, la Malika, en arabe, qu’ils viennent te chercher pour t’emmener au service militaire là-bas ! Tu apprendras ton pays, la langue de tes parents et tu deviendras un homme. Tu veux pas aller au service militaire comme tes copains, ils te feront jamais tes papiers. Tu seras perdu, et moi aussi. Tu n’auras plus le droit d’aller en Algérie, sinon ils te foutront en prison. C’est ce qui va t’arriver ! T’auras plus de pays, t’auras plus de racines. Perdu, tu seras perdu.

Parfois Madjid comprend un mot, une phrase et il répond, abattu, sachant qu’il va faire du mal à sa mère :

– Mais moi j’ai rien demandé ! Tu serais pas venue en France je serais pas ici, je serais pas perdu… Hein ?… Alors fous-moi la paix !

Elle continue sa rengaine, celle qu’elle porte nouée au fond du cœur. Jusqu’à en pleurer souvent.

On frappe à la porte d’entrée.

– Ce qu’il y a ? demande la mère, toujours en colère.

Elle quitte la chambre et Madjid se rallonge sur son lit, convaincu qu’il n’est ni arabe ni français depuis bien longtemps. Il est fils d’immigrés, paumé entre deux cultures, deux histoires, deux langues, deux couleurs de peau, ni blanc ni noir, à s’inventer ses propres racines, ses attaches, se les fabriquer.

Pour l’instant il attend… il attend. Il ne veut pas y penser, il ne supporte pas l’angoisse.
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Charybde2   03 janvier 2017
L'Avant-Scène Théâtre n° 1187 ; 1962, le dernier voyage de Mehdi Charef
BARNABÉ : Toi, Dacquin, qui accuses, tu n’as jamais coiffé un indigène, on n’a jamais vu un Arabe dans ton échoppe !

DACQUIN : Cela ne m’aurait pas dérangé de coiffer un Arabe. Il n’en venait pas, même ceux qui étaient mes amis. Nous les avons repoussés si loin qu’ils ne pouvaient revenir. Nous avons profité de leur candeur et accaparé les plus belles situations : dans les campagnes, les terres les plus fertiles, celles qui bordent ruisseaux et oueds, sont les nôtres ; nous y avons élevé nos fermes, étendu des domaines à perte de vue. Nos troupeaux paissent en de verts et abondants pâturages et vont s’abreuver sans courir ; quant à eux, les indigènes, ils ont reculé si loin sur la terre craquelée afin de trouver ne serait-ce qu’un ru près duquel ils ont dressé leurs gourbis que nous les avons perdus à jamais.

PERRET : Dacquin ! Tu voulais une Algérie algérienne ! Tu l’as ! Alors restes-y ! Car ce dernier train, tu ne monteras pas dedans, foi de moi, sur ma vie je le jure !

DACQUIN : Oui, je voulais une Algérie algérienne. Nous leur avons bien imposé notre administration, notre drapeau, notre langue, et ç’a failli aller loin, pourquoi refuser d’être algériens à notre tour ?

LÉONIE : Ils nous auraient tous éliminés, tu rêves Dacquin !

DACQUIN : Nous serions un même peuple ! Des dirigeants arabes ? Et alors ! Avec le temps tout se serait arrangé ; là, nous perdons tout, par orgueil et par haine.

PERRET : Là, Dacquin, tu joues de la trompette avec ton zob.

DACQUIN : J’ai hurlé de toutes mes forces afin de vous prévenir : restons dans une Algérie algérienne ! L’O.A.S., votre organisation fasciste, m’a condamné à mort ; j’ai dû fuir, rejoindre la montagne où les fellaghas m’ont pris, ils ont voulu me supprimer, je ne dois mon salut qu’au fils Belhadj qui m’a reconnu. Je les ai suivis, et je me suis terré à leurs côtés dans les mahals entre deux embuscades.

PERRET : Tu as tiré sur les nôtres dans ces embuscades ?
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Charybde2   02 septembre 2016
Le Harki de Meriem de Mehdi Charef
Un bruit de moteur à cette heure dans le désert de Reims surprenait. Sélim leva le pied en traversant la large avenue à deux sens. Le véhicule, une 403 marine qui, maintenant, apparaissait sur sa droite, accéléra dans sa direction. Alors qu’il y avait place pour éviter le piéton, le moteur rugit de plus belle et fonça droit sur lui. Le jeune homme sortit de ses pensées et se jeta hors de la chaussée. Les trois occupants de la voiture hurlèrent leur colère. Ils étaient passés si près de leur but. Sélim a vu leurs yeux. Surtout ceux d’un fin à moustache cachant des joues creuses, assis sur la banquette arrière. L’autre, un châtain clair qui avait visé Sélim avec son mégot en hurlant de toutes ses tripes « sale crouille », était à côté du chauffeur.

Au feu du coin de l’avenue, la voiture folle souffla le rouge. Immobile sur le trottoir, Sélim rageur pointa son majeur vers le ciel. Le fin du siège arrière lui répondit d’un geste nerveux et arrogant, invitant Sélim à les suivre s’il était un homme. Dans l’élan, la 403 disparut dans le silence de la nuit. Après la colère et l’impuissance à répondre à la provocation, Sélim, mortifié, reprit son souffle. Malgré lui sa différence lui revint. Il laissa Ginette et Pierre. Il savait qu’avec un visage plus clair il rentrerait tranquillement chez lui. Il n’était pas d’ailleurs et ne se sentait pas d’ailleurs. Sélim n’imaginait pas d’issue de secours, ville ou pays de retour. Il était de Reims, de France, depuis la clinique Saint-Charles où il était né. Il avait même de la peine à l’idée qu’il pourrait un jour quitter cette ville qu’il aimait tant, à laquelle il avait donné une première place de français au concours général et un podium au championnat de France cadets de fleuret à Coubertin.
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Charybde2   02 septembre 2016
Le Harki de Meriem de Mehdi Charef
En cette fin des années cinquante, les mots « guerre » et « indépendance » n’existaient pas dans cette campagne. Il était loin d’Alger et des Aurès. Et puis il s’en fichait, Azzedine, de savoir s’il y aurait guerre ou indépendance, donc s’il finirait gradé ou les couilles dans la bouche. Il ne s’engagea pas contre quelqu’un, il s’engagea contre la terre : le ventre aride de sa terre. Le soleil avait même séché la rivière qui traversait le domaine et tous passaient leur temps à prier que vienne la pluie. Le sol était si dur, si craquelé que même les serpents le fuyaient. On en trouvait sous son lit, attirés par l’ombre et la fraîcheur des chambres. Les champs de légumes ressemblaient à des terrains de boules ! Les arbres donnaient des fruits sans jus, comme une mère allaiteuse aux seins taris. Les animaux étaient emmenés loin, très loin, quand ils n’y allaient pas d’eux-mêmes, vers des rivières encore humides. Et quand le soir, Azzedine voulait les ramener, les bêtes refusaient de quitter ce peu d’herbe, ces quelques flaques. Alors, Azzedine y allait à grands coups sur le dos des vaches, jusque sur les flancs des veaux, qu’il cognait ! Peine perdue ! … Et il dut prendre l’habitude de traire les deux vaches sur place. Son frère Driss venait sur l’âne récupérer le lait. Lui, Azzedine, passait la nuit ici.

Une terre où il n’y avait plus qu’à crever, c’est ce qu’Azzedine se répéta pendant ses trente années d’exil. Et comme il ne lui restait plus que sa vie, il l’avait donnée pour les siens.
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Charybde2   03 janvier 2017
L'Avant-Scène Théâtre n° 1187 ; 1962, le dernier voyage de Mehdi Charef
Le nouveau gouvernement ! Une bande d’assassins à la botte des communistes russes qui va exproprier nos terres et vous faire trimer comme des esclaves ! Ne les écoute pas, Tahar, va de ce pas habiter ma ferme et cultiver ma terre, c’est à toi ! Tu y as laissé autant de rides et de sueur que moi et Jules. Tu es notre ouvrier et tout ce bien que nous laissons revient en priorité à toi et à ta famille.
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