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Note moyenne 3.75 /5 (sur 4 notes)

Biographie :

Après des études d'arts plastiques, Mélanie Yvon intègre le Master de création littéraire (Paris 8), où elle va concevoir son premier livre paru aux éditions Le Nouvel Attila en mai 2018 : 'Entrée libre'. Comme souvent lorsqu'elle écrit pour des revues, l'auteur part d'un matériau vécu et choisit ici "l’observation participante" pour décrire l'univers d'un sex-shop où elle a travaillé comme vendeuse, à travers un texte hybride.

Mélanie Yvon développe également une pratique artistique, en plus de son travail d'écrivain.

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Entretien avec Mélanie Yvon, à propos de son ouvrage Entrée libre

25/06/2018


Vous avez suivi le Master de création littéraire (Paris 8) fondé notamment par Olivia Rosenthal durant deux ans, après des études d`art. Qu`y avez-vous appris ? Qu`est-ce que ce premier livre doit à ce cours ?

C`est un texte qui s`est vraiment construit dans le cadre de cette formation. J`ai pu y avoir des regards avisés, des retours et échanges réguliers et c`est ce que j`étais venue y chercher. Je suis arrivée avec beaucoup de matériaux, de notes, de bribes sans trop savoir où j`allais et quelle direction prendre, les choses se sont précisées au fur et à mesure quand je suis rentrée concrètement dans l`écriture. La forme a beaucoup bougé car la narration s`est construite par la juxtaposition des fragments, ce qui a nécessité un travail de montage et d`agencement, de découpage et de collages pour que cela se tienne dans un même objet.



Entrée libre se présente comme un état des lieux, un inventaire pièce par pièce, d`un sex-shop dans lequel vous avez travaillé comme vendeuse. Cette approche distanciée, par l`intermédiaire de l`écriture, a-t-elle été nécessaire pour « survivre » à ce job ? Aviez-vous l`idée d`écrire ce livre au moment de commencer ce travail - sous le pseudo de « Milena » ?

J`avais déjà une forme de familiarité avec ce type de boutique car j`avais entamé un travail de recherches sur ces espaces depuis quelques années, réalisé des entretiens avec des gérants de magasins, fait des images et des premiers relevés. J`entretenais une forme de fascination pour les enseignes de ces commerces censés être facilement repérables de nuit, pour l`empreinte visuelle qu`ils produisent et pour cette frontière assez franche entre l`extérieur aussi familier et ces intérieurs mystérieux aux vitrines opaques.

Je trouvais peu de choses à ce sujet car cela reste un petit objet d`étude, vu que les premières boutiques datent des années 1970. Je sentais en même temps qu`on assistait à une nouvelle forme de mutation, après de sévères réglementations, on voyait de nouveau fleurir des vitrines transparentes aux portes ouvertes communes à celles d`autres boutiques. Ce fameux passage du sex-shop au love-store et cette nouvelle vitrine anonyme en ligne liée à internet. C`est cette transition qui m`interpellait, la fragilité de ces commerces qui se vident progressivement.

J`avais déjà envisagé plusieurs protocoles pour collecter des matériaux et j`ai choisi celui de l`observation participante pour tenter d`esquisser des réponses aux multiples questions que je me posais. Cette place me permettait beaucoup de liberté d`échanges pour interroger les relations de pouvoir qui s`y jouaient et mon rôle en tant que femme dans ce type de boutiques principalement tenues par des hommes. J`étais intéressée par ce que l`annonce de cette activité produisait auprès de l`inconscient collectif et sur ce qu`on projetait réellement sur une « vendeuse de sex-shop » quand je me présentais comme telle.

Milena, c`est un personnage que j`ai façonné au sein de la boutique pour avoir accès aux matériaux avec lesquels j`ai par la suite travaillé. Elle faisait partie du protocole, car c`est elle qui nous donne accès à ce lieu. J`ai par la suite décidé de lui donner une place au sein du récit et d`en faire un personnage en mettant en avant une certaine forme de neutralité et de passivité de sa part.



Le livre prend une forme hybride, entre citations, descriptif des achats de clients, récit du quotidien à la boutique, et de rêves que l`on imagine être les vôtres. Comment en êtes-vous venue à cette forme hybride, et pourquoi celle-ci plutôt qu`un récit au long cours ?

J`avais envie de mettre en valeur cette idée de circulation et de découverte progressive d`un lieu et de ses usages, qu`il se dessine aussi bien par les descriptions que par les voix.
C`est une forme qui me permettait de superposer différentes strates et de faire coexister différents registres de langages, de jouer des ambiguïtés possibles entre le document et la fiction en travaillant sur le rythme pour construire une dramaturgie propre à ce récit.
Les passages de Milena, qui donnent accès à l`inconscient de ce personnage contaminé par le décor dans lequel elle évolue étaient aussi pour moi d`une part une manière de parler du travail, de questionner les représentations sociales qui en découlent, de parler de la mise en scène de soi et des codes qu`on y adopte. Il s`agissait aussi d`autre part de brouiller les frontières entre ce lieu et les espaces de représentation et de monstration, d`où les références constantes au théâtre, à l`exposition ou encore au cinéma.



Dans les descriptions que vous faites ressort le côté foutoir, bordélique (sans mauvais jeu de mots), et même assez sordide d`un lieu dédié au plaisir, à la chair et la jouissance, ou du moins à des outils censés procurer cela. Pour le coup, parfois on perçoit presque une « pornographie » de l`écriture, une obscénité où l`on s`approche au plus près pour sentir la sueur sous le string à paillettes… Quel regard aviez-vous sur ce commerce avant d`y travailler, et quel regard portez-vous sur ces lieux depuis ?

Ce sont des espaces sujets en effet à beaucoup de jugements et a priori qui suscitent à la fois fascination et répulsion, mais qui sont aussi assez méconnus. C`est la sensation liée à cette zone d`inconfort qui a aussi attisé ma curiosité. « Sex-shop », c`est un mot qui fait sourire, mais qui cache souvent de l`embarras, car derrière ce temple de la consommation rempli de gadgets multicolores et de piles de films il y a quand même des formes d`exclusions sérieuses et notamment en termes d`accès à la sexualité.

Je n`ai pour autant pas de regard global, celui que j`y porte est lié à ma propre expérience et aux rencontres que j`ai faites durant une période dans des lieux donnés. J`ai par ailleurs déconstruit certains préjugés que je pouvais avoir, notamment au niveau de la clientèle avec les échanges que cette position me permettait. Ce par quoi j`ai probablement été la plus surprise, ce sont toutes les activités attenantes propres à ce commerce.



Ce livre est aussi et peut-être avant tout le portrait du gérant de la boutique, Halil, qui a plus d`une combine dans son sac. Vous le laissez souvent prendre la parole, en transcrivant son langage bien particulier…

Le travail que j`ai fait sur la langue m`a permis de mettre en avant dans le personnage d`Halil, ces formes de contradictions auquel nous sommes tous confrontés. Cette quête de réussite sociale, qu`il entretient quotidiennement est sans cesse mise en confrontation avec les schémas et valeurs auxquelles il aspire.

Le choix d`user de cette forme d`oralité, de ce français légèrement malmené et de donner la parole à ce personnage m`a semblé la manière la plus juste d`esquisser sa personnalité complexe en usant aussi de l`humour pour y faire passer des choses parfois tragiques.

J`avais la volonté de laisser la place au lecteur de fonder ses propres jugements vis-à-vis de ce personnage, parfois victime, parfois bourreau quitte à produire un certain malaise pour en faire quelqu`un aussi bien attachant qu`inquiétant.



Votre éditeur précise que vous utilisez souvent vos expériences professionnelles comme base d`écriture. Est-ce nécessaire pour vous de partir d`un matériau vécu ? Pensez-vous écrire un jour une pure fiction ?

Je ne sais pas s`il y a de pures fictions, tout auteur écrit avec ce qui l`entoure, avec son vécu, ses expériences, ses ressentis. En ce qui me concerne, je pars de questions, ou de choses du réel qui m`interpellent. C`est ce qui m`amène à l`écriture et c`est l`écriture qui me permet de les éclaircir, de faire ce cheminement de la pensée, il en va de même dans ma pratique artistique. C`est une manière de tenter de comprendre les choses qui nous échappent, ou du moins d`essayer de défricher certaines zones obscures, de les mettre en relief pour produire du dialogue. Pour ça, j`ai souvent en effet besoin de cette phase documentaire ou de passer par l`expérience des choses pour puiser ce que j`ai envie d`y puiser et c`est à partir de là que la fiction se dessine.




Mélanie Yvon à propos de ses lectures




Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?

C`est plus un texte qu`un livre, même s`il a été publié par la suite, la conférence du 14 mars 1967 de Michel Foucault « Des espaces autres », et plus précisément le concept d`« hétérotopie ».



Quel est le livre que vous auriez rêvé écrire ?

Il n`y a pas de livre que j`aurais rêvé d`écrire, mais beaucoup de livres que je suis très contente de pouvoir lire.



Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

Témoignage de Charles Reznikoff.



Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Craques, coupes et meutes raciales d`Harmony Korine et j`ouvre régulièrement 100 recettes de magie pratique de Diane Coutela et Jacques Coutela, grand prêtre et grande prêtresse Wicca. Un couple au destin tragique, car ils ont mis fin à leur jour dans leur maison du Kremlin-Bicêtre avec leur maîtresse Dominique et leurs chats.



Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Learning from Las Vegas de Denise Scott Brown, Robert Venturi et Steven Izenour.



Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

Transcription d`Heimrad Bäcker



Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Les grands classiques de la littérature ne me sont pas assez familiers pour que je ne puisse porter un jugement sur leur réputation.



Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

J`ai plus tendance à prendre note des citations que je trouve dans les essais que dans les romans et pour revenir à Foucault, celle-ci me parle — « On ne vit pas dans un espace neutre et blanc ; on ne vit pas, on ne meurt pas, on n`aime pas dans le rectangle d`une feuille de papier. On vit, on meurt, on aime dans un espace quadrillé, découpé, bariolé, avec des zones claires et sombres, des différences de niveaux, des marches d`escalier, des creux, des bosses, des régions dures et d`autres friables, pénétrables, poreuses. »



Et en ce moment que lisez-vous ?

À qui de droit de Raymond Federman, Anthropologie d`Eric Chauvier, Parler aux Frontières de David Antin, des poèmes d`Aleister Crowley et 100 recettes de magie pratique de Diane et Jacques Coutela car j`ai un projet de performance à ce sujet.



Découvrez Entrée libre de Mélanie Yvon aux éditions Le Nouvel Attila :






Entretien réalisé par Nicolas Hecht.




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