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Note moyenne 4.18 /5 (sur 352 notes)

Nationalité : Royaume-Uni
Né(e) à : Kuling, Chine , le 09/07/1911
Mort(e) à : Burcot , le 17/11/1968
Biographie :

Mervyn Laurence Peake est illustrateur, poète et écrivain.

Après des études dans une école d'art, il commence à exposer en 1935 à la Royal Academy. Son premier livre, une histoire de pirates pour enfants "Captain Slaughterboard Drops Anchor", paraît en 1939.

En 1940, il demande à être peintre de guerre employé par l'armée. Il réalise plusieurs dessins, mais l'armée ne sait que faire de lui, et il commence à écrire "Titus d'Enfer" (Titus Groan). Refusé comme peintre de guerre, il plonge dans la dépression. Ce n'est qu'après son rétablissement qu'on lui demande de dépeindre des souffleurs de verre fabriquant des tubes cathodiques. Il produit alors ses meilleurs tableaux.

Envoyé par un journal en France et en Allemagne en 1945, peu après la fin de la guerre, il est l'un des premiers à voir les camps de concentration. Cette expérience le marque durablement.

Il publie "Titus d'Enfer" en 1946. En 1948, il publie les "Lettres d'un Oncle Perdu" (Letters from a Lost Uncle (from Polar Regions)), puis la suite de "Titus d'Enfer", le roman "Gormenghast", en 1950. Ces romans sont centrés sur un immense château dont les recoins semblent sans limites.

Atteint de la maladie de Parkinson, il perd d'abord ses capacités d'écrivain puis de dessinateur. "Titus errant" (Titus Alone), le dernier volet de sa trilogie "Gormenghast", paraît en 1959. Il illustre encore les "Contes drolatiques" d'Honoré de Balzac, et son poème "The Rhyme Of The Flying Bomb" en 1962, puis doit s'arrêter.

site officiel : http://www.mervynpeake.org/

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Vidéo de

Interview, sur UK Entertainment Channel (www.ukentertainmentchannel.com) de Sebastian Peake, fils de Mervyn Peake, à propos de son père. (en anglais, pour les fans !)


Citations et extraits (154) Voir plus Ajouter une citation

Comme une gigantesque araignée suspendue à un fil de métal neuf pieds au-dessus du plancher, un candélabre dominait la pièce. De ses branches de fer menaçantes pendaient de longues stalactites d'une cire blême qui coulait goutte à goutte, goutte à goutte. Une pyramide de suif s'élevait comme un chapeau blafard à l'angle d'une méchante table au tiroir ouvert, plein de mil pour les oiseaux, placée sous l'araignée couleur de rouille.

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Grisamer entra, portant d'énormes volumes sous le bras. Il était vêtu d'un sac de toile pourpre. Sa barbe poivre et sel n'était qu'un fouillis de nœuds, et la peau de son visage ressemblait à une feuille de papier d'emballage qu'une main aurait savamment froissée avant de la lui appliquer sur la chair. Il avait des yeux profondément enfoncés dans les orbites, tapis à l'ombre du front qui, malgré ses rides innombrables, conservait une courbe imposante.

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Gormenghast, du moins la masse centrale de la pierre d'origine, aurait eu dans l'ensemble une architecture assez majestueuse, si les murs extérieurs n'avaient pas été cernés par une lèpre de demeures minables. Ces masures grimpaient le long de la pente, empiétant l'une sur l'autre jusqu'aux remparts du château, où les plus secrètes s'incrustaient dans les épaisses murailles comme des arapèdes sur un rocher. Une ancienne loi permettait à ces taudis de vivre dans une intimité glaciale avec la forteresse qui les surplombait. Sur les toits irréguliers s'allongeaient, saison après saison, les ombres des contreforts rongés par le temps, des tourelles altières et brisées, et surtout une grande ombre de la tour des Silex. Cette tour, irrégulièrement mouchetée de lierre noir, s'élevait au milieu des créneaux en coup de poing de la maçonnerie comme un doigt mutilé, blasphématoire, vers le ciel. Les hiboux, la nuit, en faisaient un gosier plein d'échos. Le jour, elle restait muette dans son ombre portée.

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Son visage avait l expression résignée de quelqu un qui sait que la seule différence entre un jour et le suivant réside dans les pages du calendrier.

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- Par la voix des pierres et le gouvernail des oiseaux, la colère des épines et les cœurs blessés, les andouillers du cerf et la courbure des côtes, le pain, les larmes et les aiguilles ! Par la voix errante des galets et le froid silence des marais, les nuages insurgés, le jeune coq et le ver !

Grisamer se pencha sur le volume, repéra le paragraphe du bout des doigts, puis tourna la page.

- Par les voix qui s'éraillent la nuit dans les poumons du granit, les poumons de l'air bleu et les poumons blancs des rivières ! Toutes les voix qui hantent tous les instants de tous les jours. Toutes les voix qui résonnent dans le crâne de toutes les régions. Les voix qu'il entendra quand il tendra l'oreille, écoutant sans fin la voix sans fin de Gormenghast, le murmure des pierres dans les tours grises, l'antique mélodie qui le bercera jusqu'à sa mort, quand les bannières sur les créneaux seront en berne et qu'on transportera son corps dans la tour des tours, le mausolée d'Enfer où il reposera parmi ses pères, dont les os sont depuis longtemps tombés en poussière.

- Ça va durer encore longtemps ? demanda la comtesse.

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Le désordre de la chambre évoquait un champ de bataille. Rien ne semblait en place. Même le lit était de guingois, et paraissait supplier qu’on le repoussât contre le mur au papier flamboyant. Les flammes vacillantes des bougies qui coulaient faisaient danser des ombres sur le mur, où se découpaient, derrière le lit, quatre silhouettes d’oiseaux. Elles encadraient l’ombre monumentale d’une tête dont les boucles se projetaient sur le papier peint comme une véritable ramure. Cette tête était celle de Sa Seigneurie, la soixante-seizième comtesse d’Enfer, qui reposait sur un monceau d’oreillers, les épaules enveloppées d’un châle noir. Ses cheveux d’un roux sombre, au lustre éclatant, formaient un inextricable édifice, et les mèches épaisses qui s’échappaient de son chignon défait se tordaient sur les coussins comme des serpents de feu.

Elle avait des yeux verts transparents comme les prunelles d’un chat. C’étaient de grands yeux, mais, perdus dans cet immense et pâle visage, ils paraissaient minuscules. Le nez, au contraire, était suffisamment long pour garder toute sa majesté, en dépit des étendues désertiques qui l’entouraient. L’effet général était celui d’une masse énorme, et pourtant seuls la tête, le cou et les épaules émergeaient des draps.

Une pie sautillait sur le bras gauche de la comtesse, picorant de temps en temps le millet que la dame d’Enfer avait dans la paume de la main. Sur ses épaules perchaient un traquet et un gros corbeau endormi. Deux roitelets, une grive et une petite chouette avaient élu domicile sur les barreaux du lit. Un oiseau faisait de temps en temps son apparition derrière l’étroite et haute fenêtre, qui laissait à peine entrer le jour. Le lierre pénétrait dans la pièce, poussant ses vrilles à l’intérieur de la chambre, jusque sur le papier pourpre du mur. Le feuillage étouffait la pâle lumière qui réussissait à filtrer, mais il n’était pas assez touffu pour empêcher les oiseaux de le traverser, et de rendre visite à Lady Gertrude à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

(Portrait de Dame Gertrude)

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Gormenghast, du moins la masse centrale de la pierre d'origine, aurait eu dans l'ensemble une architecture assez majestueuse, si les murs extérieurs n'avaient été cernés par une lèpre de demeures minables. Ces masures grimpaient le long de la pente, empiétant l'une sur l'autre jusqu'aux remparts du château, où les plus secrètes s'incrustaient dans les épaisses murailles comme des arapèdes sur un rocher

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Le regard n’a pas de recul. S’y reflète une mouche, une demoiselle ou un cheval avec une immédiateté violente qui exclut tout jugement. Et la mouche, le cheval ou la demoiselle sont reflétés avec un essaim de rêves et de hantises, car ce qui obsède le cœur flambe et transforme la vision, rejetant dans l’ombre l’essentiel de la vie.

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Son esprit était engagé dans une guerre de dieux, avait pris le large - marchant dans un no man's land, marchant dans les champs de cadavres, marchant au rythme des trompettes rouges du sang. Etre seul et malfaisant ! Etre un dieu traqué. Quoi de plus absolu.

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Le visage éclairé par la bougie, elle commença l’ascension des marches glissantes de son royaume secret.

Au fur et à mesure que Fuchsia montait dans les ténèbres de l’escalier tournant, elle se sentait défaillir. Son cœur battait à tout rompre, comme un bourgeon d’avril impatient d’éclater.

L’amour qu’elle ressentait était aussi fort, aussi profond que celui d’un homme pour une femme. C’était l’amour qui unit deux êtres dans l’univers secret où ils brûlent enfin, au centre d’eux-mêmes, d’une flamme vraiment libérée.

L’amour du plongeur pour les perles et les algues qui se balancent dans la lumière incertaine du monde sous-marin. Né dans les profondeurs, il ne fait qu’un avec les poissons verts et les éponges dont les couleurs lui coupent le souffle. Et lorsqu’il touche le fabuleux plancher des océans, la main posée sur une côte de baleine, il pénètre dans l’infini. Le pouls du monde bat dans ses veines. Il est saisi par l’amour.

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