Découvrez les secrets de l'apprentissage de l'écriture avec les témoignages inspirants de trois auteurs renommés ! Dans cette vidéo, Mariana Enriquez, Jan Carson et Jonathan Coe partagent leurs expériences uniques sur la façon dont ils ont appris à écrire et les leçons précieuses qu'ils ont tirées de leur parcours d'écrivain. de l'importance de la lecture à l'expérimentation audacieuse en passant par la découverte de sa propre voix, ces auteurs talentueux vous offriront des conseils concrets et une inspiration pour développer votre propre talent d'écriture. Que vous soyez un écrivain débutant ou expérimenté, cette vidéo est un incontournable pour tous les passionnés de l'écriture narrative. Rejoignez-nous et plongez dans l'univers fascinant de l'apprentissage de l'écriture avec ces maîtres des mots !
00:09 Mariana Enriquez
02:20 Jan Carson
03:28 Jonathan Coe
03:59 Miguel Szymanski
05:18 Jonathan Coe
06:46 Mariana Enriquez
08:21 Jonathan Coe
09:17 Jan Carson
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Interviews : Lionel Tran - Julie Fuster - Caméra : Lionel Tran -Montage : Ryu Randoin
QUI SOMMES-NOUS ?
Les Artisans de la Fiction sont des ateliers d'écriture situés à Lyon. Nous prônons un apprentissage artisanal des techniques d'écriture et avons pour objectif de rendre nos élèves autonomes dans l'aboutissement de leurs histoires. Pour cela nous nous concentrons sur l'apprentissage et la transmission des techniques de base de la narration en nous inspirant du creative writing anglophone. Nos élèves apprennent en priorité à maîtriser : la structure de l'intrigue, les principes de la fiction, la construction de ses personnages
Nous proposons également des journées d'initiation pour vous essayer au creative writing et découvrir si cet apprentissage de l'écriture de fiction est fait pour vous.
Retrouvez tous nos stages d'écriture sur notre site : http://www.artisansdelafiction.com/
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Lisbonne était la nouvelle métropole des gens momentanément fatigués de la civilisation.
Les lois sont comme les saucisses. C’est mieux de ne pas voir leur préparation.

- Ici, cette ville, Almada, a été communiste, des communistes blancs, pendant quarante ans.Le quartier a aussi quarante ans.Ils nous ont fourni l'électricité et l'eau, dit-elle avec un geste ample du bras, visant à englober les centaines d'habitations qui composaient le bidonville.Les communistes qui ont géré la ville nous ont laissé en paix.Ils ont pas fait tomber la statue du Cristo Rei.Ils ont accepté nos enfants et nos petits-enfants à l'école. Et maintenant y aurait des communistes jaunes qui voudraient construire sur nos berges un grand port et des hôtels ? Ils vont détruire nos maisons et nous forcer à déménager loin du fleuve et de la mer ? Pourquoi ? Pour qu'on paye des loyers et qu'on vive dans des immeubles...Personne ne veut ça ici ! Même en vivant comme ça, on a du mal à s'en sortir, alors devoir aller ailleurs...On préfère nos communistes d'ici.Pas question de se retrouver avec les communistes chinois ou avec les gens qui sont au gouvernement et sont devenus leurs amis.
( p.45)
Le visiteur américain poursuivit.Il expliqua que, même avant que le Portugal ait laissé pénétrer les produits chinois, au début des années 2000, le pays était vu par le PCC (** Parti communiste) comme la principale porte d'entrée en Europe.
La vieille femme écoutait avec la plus grande attention.
- Mais là ils sont sur le point d'anéantir tout ce que nous avons construit ici.Tout.La liberté, la démocratie, l'économie. Les produits chinois ont détruit les usines portugaises, maintenant ils vont finir le travail.
( p.44)
Insulter, c'est comme craquer une allumette dans le noir et surprendre l'expression du visage de la personne concernée. Tu sais ce qui l'anime parce qu'il ne s'y attend pas.
Ceux qui étaient aux manettes sur cette affaire, avec assez peu de réussite à cet instant, avaient eu un parcours assez similaire au sien. Mauvais résultats à l'école, diplômes de complaisance obtenus dans des universités dirigées par des amis, ascensions rapides, fonctions au sein des nébuleuses des partis installés et angles arrondis sur les terrains de golf, où l'on apprenait à ne pas cracher sur le gazon, ni remonter ses testicules devant les dames. L'image des politiques était le pré-carré des conseillers qui s'inspiraient de l'exemple de leurs homologues européens, parvenant au prix d'un travail herculéen à éradiquer les cravates exotiques, les chaussettes blanches et les vestes à épaulettes.
(p. 199)

Un jeune vendeur s'occupa de lui.Marcelo recherchait " La Grande Pagode" d'Adriana Zuzarte.Le libraire en herbe consulta son ordinateur pendant quelques minutes." Intéressant, intéressant..." murmura-t-il plusieurs fois avant de s'adresser à son client.
- " La Grande Pagode ", je me souviens maintenant...J'avais feuilleté quelques pages. Il est sorti un peu avant la dernière Foire du livre, avec un tirage très modeste, même pour un essai d'une Auteure inconnue du grand public.
Le jeune vendeur, barbe à la Abraham Lincoln, appuya son coude sur le comptoir, se prit le menton entre le pouce et l'index et ferma à moitié un œil, cherchant manifestement des souvenirs plus précis pour son client.
- C'est un petit livre conspirationniste sur la stratégie de Pékin pour contrôler plusieurs pays européens, à commencer par le Portugal...
(...)
- Le plus étrange concernant ce livre, c'est ce qu'il s'est passé la semaine de son arrivée dans les librairies. Ma collègue m'a raconté qu'un jour un type est venu pour acheter tous les exemplaires.Je viens de voir qu'il est épuisé partout et qu'on ne peut plus le commander.Et l'éditeur a été racheté avant de cesser ses activités .Aucun exemplaire à la Bibliothèque nationale et pas de livre numérique non plus...C'est comme si " La Grande Pagode" n'avait jamais été publié. C'est très surprenant...
( p.100-101)

La femme qui ouvrit la porte s'appelait Marìlia, visage pâle et cheveux clairs.Elle avait toujours été pauvre.Ses arrière- grands-parents avaient quitté l'intérieur de l' Alentejo, fatigués de travailler depuis des générations pour une même dynastie de grands propriétaires terriens. Arrivés en ville pour fuir l'arrogance de ceux qui considéraient que les filles des paysans étaient des trophées de chasse revenant de droit aux pères et aux fils de bonne famille, ils avaient été porteurs d'eau, femmes de ménage, coursiers, chiffonniers, ferrailleurs et autres gagne-pain qui vous clouent à la pauvreté comme le Christ à la croix, depuis votre naissance jusqu'à ce que votre âme soit de nouveau livrée au Créateur.
Marcello venait de l'autre extrême, d'un milieu citadin doté de privilèges qui ne disparaissaient pas, mais se raffinaient de génération en génération, avec des liens familiaux et des réseaux d'amitiés protecteurs, sauf en cas de force majeure ou de chute trop brutale.La fin de chaque cycle, des arrière- grands parents ayant fait fortune aux grands-parents gérant l'héritage familial et dont les enfants concluent des études en anthropologie culturelle, histoire de l'art ou journalisme, est le début d'un nouveau cycle. Leur progéniture créera de nouvelles entreprises, des cabinets de consulting ou d'avocats, accédera à des positions de pouvoir et générera de nouvelles fortunes, ces deux dernières étant unies, dans un.pays corrompu, par un lien de causalité. Et ainsi se perpétuent les inégalités qui placent les Marcelo et les Marìlia de ce monde dans des écoles et des vies différentes afin qu'ils ne se rencontrent pas et ne s'approchent pas, à de rares exceptions près.
( p.196-197)

Marcelo était prêt à essayer de faire les choses autrement. Il était impératif qu’un changement se produise, pour le bien de sa santé mentale.
Était-ce la peur de vivre la fin de sa vie émotionnelle qui l’avait poussé à accepter de jouer à un jeu où l’attendait la défaite ? Son statut de célibataire lui pesait-il ? Il avait vécu des histoires avec des cocaïnomanes, des catholiques intégristes ou des femmes en souffrance. Leurs traces s’effaçaient peu à peu. Le besoin de changement constituait-il un symptôme de la crise de la quarantaine ?
Marcelo voulait se purifier par le travail, même si cela signifiait être trituré par la grande machine administrative. Et même s’il avait choisi la pire administration possible. La bureaucratie d’État est un être vivant complexe, composé de plusieurs organismes reliés entre eux, se ramifiant dans une myriade d’organes, gérés par d’innombrables cerveaux et un vaste système nerveux central, souffrant de schizophrénie, du trouble de personnalité multiple, d’Alzheimer, de Parkinson, de polyarthrite rhumatoïde, d’ostéoporose et d’une fièvre dépensière pathologique profitant à un pourcentage minime de la population. Au Portugal, tout le système était « animé » – Marcelo fronça les sourcils, en quête d’un terme plus adéquat, une déformation de journaliste… – par des fonctionnaires fonctionnellement analphabètes à la base, des cadres intermédiaires peu qualifiés et des dirigeants de haut niveau ayant leur propre agenda.
Certes, il bénéficierait de moyens importants, mais Marcelo pressentait qu’il serait impossible de défaire les mailles criminelles entremêlant le monde de la finance et les milieux politiques, les grandes fortunes privées et les pouvoirs publics toujours moins indépendants. Au moment où il prendrait ses fonctions, il n’aurait que deux options : se plier progressivement aux pouvoirs installés ou devenir une cible à abattre pour les hauts gradés de la police judiciaire, les procureurs, les gendarmes de la bourse, les bureaucrates de la Banque centrale du Portugal et des organismes de contrôle du secteur bancaire, ainsi que pour les politiques et gouvernants corrompus. Pour ce qui était des entreprises et de l’élite financière, Marcelo deviendrait persona non grata s’il devait refuser de se faire acheter. En d’autres termes, Marcelo conserverait peu d’amis.
Tout était-il écrit d’avance ? Perdrait-il dès la première bataille en vue l’indépendance qui lui avait été garantie ? L’invitation faite par le procureur général de la République, un ami de longue date de la famille de Marcelo, avait été définie en concertation avec deux membres du gouvernement et un haut responsable de l’Intérieur. La nature de son poste, temporaire et transversal, et le budget alloué lui conféraient, à première vue, une bonne base de travail. Si tout se passait bien, si le crime en col blanc reculait pour de bon grâce à son action, il pourrait toujours s’exiler à la fin de son « mandat ».
Tant qu’on a des seins et des culs, le Portugal n’est pas foutu…