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Critiques de Nathalie Azoulai (153)
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Titus n'aimait pas Bérénice
  12 février 2016
Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai
Je vous la fais courte (c'est, finalement, pour agréer la demande de Krout, cf. sa critique, de plus cette oeuvre a déjà été superbement commentée).



C'est l'histoire d'une meuf, la narratrice, emplie de ressentiment à l'endroit d'un homme qui n'a pas, au cours des deux années de leur histoire, su convoquer le courage d'abandonner son contexte familial pour aller au bout d'une logique affective.

C'est une histoire répétée chaque nuit dans le poste, chez Caroline Dublanche sur RTL, lorsque la culpabilité fait faire plus de choses que l'amour, de ces choses indécises et d'entre-deux que l'on rencontre aussi dans le théâtre d'Anouilh, les histoires de Marguerite Duras et qui conduisent l'homme irrésolu à attraper la maladie de l'amour ou plutôt celle de la mort. (Titus non plus ne survivra pas longtemps à son renoncement - et pas davantage l'homme irrésolu -). Elia Kazan (l'Arrangement), Moravia (le Mépris) ont aussi implacablement écrit sur la lâcheté des mâles qui, au bout de l'attente n'induit plus précisément que le mépris de l'autre, avant l'affreuse indifférence.

Il y a du Titus dans chaque homme et forcément des Bérénice qui, à bout de bras, portent un amour plein d'atermoiements et qui un jour, sur le chemin de leur Palestine, de lutte lasses, par-dessus le parapet d'un pont (c'est un rêve récurrent chez elles) jettent ce fardeau sentimental.



L'idée magistrale de l'auteure est d'élaborer un parallélisme entre la renonciation d'état et une résignation domestique.

Pour éloigner le chagrin, la haine parfois, d'aucunes font du macramé, écrivent sur des réseaux sociaux ou appellent Caroline Dublanche ; la narratrice, invitée par Bérénice, s'investit dans la vie et l'oeuvre de Racine, qu'intimement, toujours elle nomme Jean. Comme disent de leurs mets les cuisiniers , elle raconte une histoire et revisite la vie de Racine à Port-Royal, Paris, Versailles près du roi. C'est sa thérapie.

Et c'est un beau travail d'écriture, classique, original, richement documenté.



"Selon les jours, le roi lui pose une question de latin ou de vocabulaire, lui demande une lecture, surtout, lorsque, souffrant, il ne quitte pas son lit. [...] cette promiscuité ne ternit rien, au contraire. L'admiration qu'on a pour les idoles, loin de retomber quand on les voit déglutir ou cracher, ne fait que s'emporter d'avantage et les élever plus haut, comme si elle relevaient de deux règnes différents, puisaient à deux métaphysiques, celles des hommes et celle des dieux, augmentaient leur mérite par cette ambivalence extraordinaire."



Et puis, cette ultime confidence de la narratrice :

"Que Titus n'a jamais aimé Bérénice ou qu'il l'a aimée, que vouloir comprendre ce qu'on appelle l'amour, c'est vouloir attraper le vent. Au jeu de la marguerite, on pourrait arracher n'importe lequel des pétales, à la folie, passionnément, pas du tout. [..]

On dit qu'il faut un an pour se remettre d'un chagrin d'amour. On dit aussi des tas de choses dont la banalité finit par émousser la vérité."



Tout de même, Madame,



Une année dites-vous, c'est là bien peu de temps

Pour que de ces transports fuie le ressentiment.



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Titus n'aimait pas Bérénice
  03 octobre 2015
Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai
Racine, maître es tragédie, grand ordonnateur des passions amoureuses contrariées, l'auteur de Phèdre, Andromaque, Bérénice peut-il aider à guérir d'un chagrin d'amour ? C'est en tout cas le chemin qu'emprunte l'héroïne et narratrice de ce roman qui séduit autant par sa langue, belle, riche, mélodieuse que par son originalité et donne envie de se replonger dans les œuvres de Racine.



Quoi de plus actuel qu'une Bérénice quittée par Titus parce qu'il ne veut pas se séparer de Roma, sa femme qu'il n'aime plus assure-t-il à Bérénice mais qui est la mère de ses enfants ? Situation banale, mille fois croisée. Qui laisse pourtant notre Bérénice contemporaine totalement détruite. Jusqu'à ce qu'un simple vers s'insinue dans son esprit, la titille et la pousse à relire les tragédies de Racine. "Elle trouve toujours un vers qui épouse le contour de ses humeurs, la colère, la déréliction, la catatonie...Racine, c'est le supermarché du chagrin d'amour, lance-t-elle pour contrebalancer le sérieux que ses citations provoquent quand elle les jette dans la conversation." Pour comprendre son chagrin et se donner une chance de le dompter, elle part sur les traces de Racine, tente de comprendre comment cet homme en est arrivé à si bien disséquer et traduire la passion amoureuse. Pour si bien le dire, faut-il l'avoir vécu ?



Même s'il s'agit de revisiter la vie et le cheminement de Racine, nous ne sommes pas dans une quelconque biographie mais bien dans un roman dont le dramaturge est le héros. Ce que cherche à savoir Bérénice c'est ce que l'homme a pu éprouver, quelles émotions l'ont assailli, quels drames l'ont forgé, quelles frustrations l'ont poussé. Rien dans son enfance ni son éducation ne le destinait au théâtre. Au contraire. A Port-Royal où il est pensionnaire sous l'autorité d'une tante après le décès prématuré de ses parents, on ne connaît d'amour que celui de Dieu. C'est dans l'étude des textes grecs et latins qu'il puise son inspiration mais c'est en cachette qu'il se nourrit de textes "subversifs" évoquant des passions entre les individus, des émotions dont il est interdit de faire état dans l'enceinte de l'établissement. Seule la tragédie l'inspire, et l'amour de la langue, sa volonté de simplifier pour la rendre plus limpide.



"Il n'a qu'une ambition, celle de composer des vers qui plaisent et qui restent. A l'idée de naissance ou de providence, il doit résolument substituer celle de carrière. Le verbe plaire entre dans son vocabulaire".



Son parcours sera flamboyant, favorisé par Louis XIV (d'un an son aîné seulement) et son goût pour les Arts, à une époque où il côtoie Boileau, La Fontaine, Corneille, Molière et Lulli, tous au service du rayonnement du Roi Soleil. C'est un Racine courtisan et habile que découvre Bérénice, un séducteur qui rattrape largement le temps perdu de son adolescence dans les bras des actrices suspendues aux rôles qu'il crée pour elles. Un Racine totalement subjugué par son Roi au point d'abandonner le théâtre pour se consacrer à son histoire. Mais un Racine tiraillé entre deux influences, celle rigide de l'Abbaye de Port-Royal et celle du théâtre qui lui offre un terrain d'expression autant que la reconnaissance. Un homme qui néanmoins ne boude aucune émotion, les vit à fleur de peau ou bien cherche à les étudier, à mieux comprendre les ressorts de la passion en obtenant le témoignage de femmes qu'il utilisera ensuite pour forger ses personnages. Et sublimer leurs sentiments.



Pour Bérénice, revenir aux sources c'est aussi retomber sur terre. Faire le tri entre fantasmes et réalité. Entre le théâtre et la vie. Comprendre que si Titus l'a quittée, c'est qu'il ne l'aimait pas. Tout simplement.



Ce roman est un vrai cadeau qui fait chanter le texte aux oreilles du lecteur, servi par une belle érudition et un propos limpide. Il propose une réflexion salutaire sur les illusions de la passion et ses effets secondaires. Incitant pourtant à s'y laisser prendre plutôt qu'à s'en méfier. Quitte à relire Racine pour s'en guérir.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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Les spectateurs
  17 mai 2018
Les spectateurs de Nathalie Azoulai
Peut- être suis - je la seule ?

Impossible de suivre ce roman.

Pas de dates, ni prénoms, ni situation pour se repérer, seule la conférence de presse du Général de Gaulle pour s'orienter , car toute la famille la regarde, inquiéte ou passive, en direct, en 1967., le 27 novembre, à 15 heures .........

Le fils , dont nous ne saurons jamais le prénom , treize ans , comprend qu'on peut quitter son pays natal , lequel ? Égypte ? Un pays d'orient sans doute,........sa langue, sa culture , sa maison.

On devine que ses parents ont été chassés de chez eux quelques années plus tôt.

À toutes ses questions , personne ne répond vraiment .

Il a une petite soeur handicapée de la hanche ,12 ans les séparent ...... un ami Pepito dont la mère Maria, couturière douée crée des modèles inspirés du cinéma de Hollywood, Rita Hayworth, la MGM ...Olivia de Havilland, Marlene-Dietrich , .Kim Novak, ..et beaucoup de références ........pour sa mère : dont on n'en peut plus d'entendre parler des magazines des années 4O qu'elle a conservés et de satin , de brocart , de tulle, de velours, de la robe des rêves de la mère, et encore de fourreau rouge ......les robes blanches, les robes bleues , les fronces , les volants , les ceintures ......... Trop de description des tenues de la mère tuent la description..........

La référence constante aux films hollywoodiens lasse et l'on ne sait toujours pas où l'on va .........il est très rare que je me montre négative mais là , avec la meilleure volonté pour comprendre je suis restée "spectatrice" , coincée dans mon train , à l'aller et retour à tenter de décrypter........

Peut- être , était - ce le but ? Après tout ........

Dommage !

Je ne connais pas l'auteur !
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Titus n'aimait pas Bérénice
  21 décembre 2020
Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai
J’ai adoré ce bain dans ce flot tumultueux de mots, de phrases magnifiques. Quelle écriture sublime ! Quelle passion distillée au cours de ces pages ! Jamais Racine ne m’aura autant subjuguée qu’à travers les mots de Nathalie Azoulai. Les descriptions sont tellement vivantes qu’on a l’impression que le tableau proposé se met à respirer, à vibrer. Il prend corps !



Car voici ici sous couvert d’une rupture dans un couple, une biographie de Racine, orphelin éduqué à l’abbaye de Port-Royal, connaissant son grec et son latin, jouant sur les mots et avec eux. Car oui Racine est le biographe de la rupture, de l’amour impossible entre A qui aime B qui aime C.

Je ne connaissais pas grand chose de la vie de cet auteur, sinon ces tragédies étudiées en classe. Et quel régal ici de découvrir enfin sa vie, de le voir évoluer, hésiter, se questionner, de s’approcher petit à petit du roi Soleil pour enfin être consacré auteur favori puis historien. Quel parcours !



« À vingt kilomètres du château de Versailles se trouve un vallon. Cent marches y creusent le sol jusqu’en son point le plus bas, l’abbaye de Port-Royal. Sur les contreforts, autrefois, une grange, une ferme, quelques boules de buis, un verger, des arbres immenses. Au plus grand faste français de tous les temps, le vallon oppose son calme, son dénuement, un sentiment de réclusion aussi salutaire que celui d’un refuge. Elle émet une hypothèse : toute la vie de Racine se tient dans l’écartèlement que provoquent en lui ces deux lieux. »

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Titus n'aimait pas Bérénice
  21 octobre 2015
Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai
Une amoureuse plantée là par son amant qui préfère sa femme légitime, avouez que l’on a fait plus original, oui je le concède mais dès que vous les appelez Titus et Bérénice tout change.



Inconsolable notre Bérénice trouve un peu d’apaisement et de consolation dans la lecture à voix haute des pièces de Racine et fait revivre pour nous un Jean Racine lui aussi très partagé entre religion et théâtre, entre la rigueur de Port-Royal et le faste de Versailles.

On découvre un Racine qui cherche ses mots, qui s’initie à la versification, qui découvre la souffrance amoureuse et qui saura nous l’offrir avec Bérénice.



C’est un livre ambitieux et chatoyant, l’auteur nous dit que les mots d’aujourd’hui ne suffisent pas à apaiser la douleur et que son héroïne finit par la trouver très loin dans le temps. Son portrait de Racine est riche et il est fait avec brio même si sont gommés les travers du grand homme qui laissa à leur triste sort ses amis jansénistes pour s’approcher au plus près du Soleil royal et en retirer bien des avantages.



J’ai aimé ce roman et ce rapprochement entre deux amoureux dévastés, la Bérénice actuelle et Racine qui perd à la fois sa maitresse et son actrice fétiche La Duparc.

L’écriture est belle, le propos habile et délicat.
Lien : http://asautsetagambades.hau..
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Titus n'aimait pas Bérénice
  27 janvier 2016
Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai
J'aime un alexandrin, posé, calme et serein

Pour les tourments d'un coeur, alarmé, incertain

Oui mais, j'aime mieux

Sous mon ciel pluvieux

La musique de l'impair

Et la liberté des vers.

Entendez cependant que les monuments je les aime fonctionnels. Je n'ai point propension à vénérer les illustres morts. Ni adulation. Ni vouloir de les singer. Ni admiration pour ceux qui s'y essayent.



Je retrouve ici tout ce qui m'a longtemps écarté des biographies. Ces défauts patents que l'on me présente comme autant de qualités. Cet aveuglement que l'auteur veut à toute force partager par de longues et pompeuses incantations. Ces rodomontades à l'envi pour se faire remarquer, dit platement : ces phrases pleines de mots et vides de sens. Tout cela me laisse froid, sans le moindre frisson. Huitres : les plus creuses sont les plus baveuses; phrases en longueur sans saveur : idem.



Ils sont bien cruels, zébrant cette étale prose nous peignant Racine jeune ou vieux d'un seul aplat si pâle, ces quelques emprunts érudits. Et bien trop peu nombreux pour illuminer cet épais brouillard qui m'engourdi. Comme il me semble vain et vaniteux ce récit d'une groupie nécrophile dont j'entrevois le fantasme "Et quand, un moment plus tard, il la pénètre, l'énergie qu'il met dans le mouvement de ses hanches vient confirmer que le chasseur n'est plus la proie." Et ce Jean abusif revenant sans cesse m'est de plus en plus insupportable. Vingt fois j'ai manqué laisser là cet ouvrage, vingt fois un sursaut mortifère me fit continuer. Je prends Racine et son amour des arbres qui n'écrivent ni ne s'agitent et qui ne s'abaissent à d'avillissants ronds de jambes, la tragédie c'est d'aimer ce qu'on n'est pas, madame.



Et pourtant le début ... "Titus mange goulûment. Il a une faim proportionnelle à l'énergie que lui demande ce moment. Bérénice ne touche pas à son plat. Elle reste immobile, le regard fixé sur son assiette. Puis elle pleure." Déjà monte en moi une ancienne houle, irrépressible, du plus profond de mes entrailles, que j'avais de longtemps enfouie et les moiteurs de mon front blême qui saura les rafraîchir ? Déjà mon cœur accablé. Déjà ... J'avais rêvé une autre suite :

Elle pleure, se lève, disparaît dans la nuit ...



Deux étoiles pour ce livre, c'est un cadeau, je voudrais mettre plus, je devrais mettre moins. "Titus n'aimait pas Bérénice" et moi de ne l'aimer point.
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Titus n'aimait pas Bérénice
  11 juin 2017
Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai
Titus n'aimait pas Bérénice. Andromaque n'aimait pas Pyrrhus qui n'aimait pas Hermione qui n'aimait pas Oreste.



L'amour spolié peut-il trouver consolation dans les tragédies de Racine ? Cet ouvrage est-il une biographie qui ne dirait pas son nom ? Il ne se veut pas comme tel. Il se veut être la biographie du désamour. Lequel a ses classiques. Jean racine y trouve bonne place.



"Il faut plusieurs voix pour raconter une séparation". (page 240)



Ecrire, c'est parler avec la certitude ne pas être interrompu. Nathalie Azoulai nous livre une somptueuse tirade sur cet arrachement que vivent les amours décues. Qui aurait entendu pareille complainte féroce sans le recours au maître du genre ?



"On ne quitte jamais impunément ce qu'on a aimé". (page 119)



C'est très bien fait.

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Juvenia
  02 août 2020
Juvenia de Nathalie Azoulai
« Juvenia », conte satirique qui mêle à la fois une vision de la société, de l’humour et du libertinage.



Quelque part en Europe, une loi interdit aux hommes de vivre avec une femme de plus de vingt ans sa cadette, sous peine d’être sévèrement punis. La société est chamboulée, les certitudes ébranlées, les couples illégitimes sont arrêtés.

Le livre commence le jour de la promulgation de la loi…



Nathalie Azoulai s’attache aux femmes de plus de 50 ans, parfois abandonnées au profit d’une plus jeune, qui vont avoir du mal à refaire leur vie, et se trouver réduites à n’être sollicitées que par des hommes plus âgés. A travers le destin de six personnages, l’auteure observe notre société et explore les méandres des parcours sentimentaux en faisant sauter les codes habituels. Sa manière légère d’aborder ce sujet et de forcer le trait a pour objectif d’amuser, de faire réfléchir et de jouer avec les fantasmes des lecteurs.



Nathalie Azoulai a pour habitude d’écrire des romans longs et mélancoliques, elle écrit ici un divertissement singulier. Elle va pour la première fois aussi loin dans l’humour et dans le libertinage en proposant des scènes et des détails crus assez inhabituels chez elle. Livre court, 120 pages, Juvenia se veut être un ouvrage drôle et divertissant, je me suis pourtant sérieusement ennuyé ; je n’ai jamais adhéré à cet humour et à ces détails crus qui n’apportent rien à l’histoire. Deux heures perdues.

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Titus n'aimait pas Bérénice
  03 octobre 2017
Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai
Eh bah moi non plus j'aime pas.

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Titus n'aimait pas Bérénice
  24 septembre 2020
Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai
Nouvelle exploration des prix littéraires avec cette fois le prix Médicis. Il fait partie de ces prix fondés en parallèle au Goncourt puisqu'il était d'abord décerné en même temps que le Femina qui lui a tout de suite été fondé en opposition à la misogynie (pour ses fondatrices) dudit Goncourt. Le Médicis a lui pour philosophie de récompenser des auteurs méconnus, dont la renommée n'est pas encore installée (même si je vois que Marie Darieussecq a été récompensée en 2013 alors qu'elle avait fait un succès retentissant avec Truismes dès 1996). En consultant la liste des lauréats, je me rends compte que c'est bien mon premier Médicis que cet ouvrage de Nathalie Azoulai.



Et ce ne sera sans doute pas mon dernier puisque je me suis vraiment régalé. Autant la mode actuelle de l'autofiction a tendance à me laisser de marbre, autant la tendance aux biographies romancées et à la recréation de périodes historiques me fascine. Ici c'est le grand Racine qu'on suit tout au long de son existence, avec une simple introduction à partir d'une histoire d'amour moderne entre un Titus et une Bérénice (et qui a peut-être une part d'auto-fiction, mais qui reste fort limitée).



Ce livre est intelligent, passionnant et accessible, trois qualificatifs qui en font un vrai bijou. Je me suis régulièrement demandé, comme souvent dans ces livres, la part de vérité historique et la part de liberté fictionnelle. Mais je n'ai jamais rien trouvé d'incohérent, tout était logique, la construction progressive du style de Racine, ses différentes discussions avec les protagonistes. Chaque phrase attribué à Racine me paraissait tellement couler de source que le mérite en revient forcément à l'auteure : soit elle a fait un travail de recherche précis et impressionnant pour retrouver des citations aussi simplement belles, soit elle s'est tellement imprégnée de ses mêmes recherches que ses dialogues sonnent immédiatement juste... donc c'est quoi qu'il arrive génial.



On apprend énormément de choses sur ce génie français et ses hésitations, sur l'enfance tellement corsetée par la religion, sur la libération parisienne remplie de culpabilité, sur la compétition avec Molière et Corneille, sur l'amitié avec La Fontaine. J'ai dévoré le livre en deux trois jours, sans aucune lassitude, en me laissant guider dans des réflexions philosophiques, littéraires. J'ai conversé avec le roi Louis XIV, assisté aux balbutiements De l'Académie Française, le bonheur total.



Aucune esbroufe portant dans le style, volontairement très simple et pas du tout dans une recherche de compétition (et il ne valait mieux pas) avec l'auteur. Racine n'est jamais évoqué que comme Jean, on a l'impression de faire partie du cercle des intimes et on cherche à rester le plus disret possible, ayant toujours l'impression que quelqu'un finira par nous dire "Mais qu'est-ce que vous faites là, retournez dans votre siècle, vous n'avez pas à connaître l'envers du décor de notre époque" ! Il faut beaucoup de talent pour installer cette atmosphère, et je remercie donc humblement Madame Azoulay de m'avoir ouvert ce portail temporel pour assister à des moments historiques du théâtre français, fondateurs également de ce que notre langue est devenue. Que la langue française continue à évoluer, surtout dans sa construction, tout en respectant le canevas de base. C'est cela Racine et son génie français, une contradiction permanente, l'innovation perpétuelle dans le respect d'une certaine tradition
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Leurs contes de Perrault
  14 octobre 2015
Leurs contes de Perrault de Nathalie Azoulai
Les contes, les légendes, la mythologie, les versions pour adultes, pour enfants, originales, détournées, revisitées, décortiquées, psychanalysées, leur symbolique - tout ça, j'adore ! Sauf les resucées édulcorées à la Disney, rose bonbon, chantonnantes, sautillantes et tourbillonnantes.



J'étais curieuse de découvrir ces onze contes de Charles Perrault réécrits par autant d'auteurs différents, à destination d'un public adulte. Ces adaptations s'inspirent très librement des originaux, j'ai parfois dû retourner voir le titre du récit pour saisir les références. Il s'avère immédiatement que l'ouvrage ne s'adresse pas aux jeunes lecteurs : le recueil s'ouvre sur une adaptation crue de Riquet à la Houppe par Gérard Mordillat qui ne m'a vraiment pas emballée. Si les autres récits sont moins grotesques, aucun ne m'a enthousiasmée, pas même mon préféré de tous les temps, 'Barbe-Bleue', que j'attendais impatiemment et dont le sens m'a semblé éloigné de celui de l'original (ou de ce que je veux en percevoir), contrairement à ce qu'annonce la quatrième de couverture : "Les histoires de Perrault en ressortent transfigurées, sans que leur âme en ait été perdue." Pas d'accord, pas du tout.



Aux amateurs de contes traditionnels et de leurs symboliques, je conseille : 'Les contes de Grimm' (en Folio), 'Psychanalyse des Contes de Fées' (Bruno Bettelheim), le roman policier 'Contes barbares' (Craig Russel), 'Une faim de Loup' (Anne-Marie Garat), etc.

Et dans les contes revisités pour enfants, plein d'excellents albums, dont les Geoffroy de Pennart, Emile Bravo...
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La mode
  04 novembre 2013
La mode de Nathalie Azoulai
Pour commencer, je remercie Babelio et les éditions De La Martinière Jeunesse pour m'avoir envoyé ce livre.

Nathalie Azoulai nous ouvre la porte des coulisses de la mode, dans l'ombre où le strass et les paillettes laissent place, entre-autres, aux sources d'inspiration des créateurs, à la visite d'un atelier de couture et à l'organisation d'un défilé.

C'est donc un livre qui démystifie tout le côté glamour du métier que les enfants, en particulier les jeunes filles, voient et qui leur fait donc réaliser que la mode est le fruit de deux ingrédients: travail et business. En réalité, les mannequins n'ont pas une vie de rêve mais de stress et il faut savoir que sans média, il n'y a pas de mode.

Mais derrière les mannequins, la plupart du temps retouchées sur les affiches et les publicités, il y a tout un autre monde voire plus. Celui des petites mains, des organisateurs, des agences, des photographes, des financiers, des rédactrices de mode, des it girls et puis aussi, des blogueuses, etc... C'est dire si la mode touche une palette variée de personnes ! De celles au coeur de l'action aux anonymes passionnés.

Le format du livre, 27x30, permet d'avoir un texte aéré et de belles images assez grandes pour pouvoir en savourer les détails. Par contre, pas toujours pratique à tenir quand on ne le pose pas sur une table !

En résumé, ce tour d'horizon qui touche tous les aspects de la mode mais de manière brève, se lit à partir de huit ans et offre une vision plus concrète et surtout plus réaliste de ce qu'est la mode.
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Leurs contes de Perrault
  27 février 2016
Leurs contes de Perrault de Nathalie Azoulai
Un recueil de nouvelles qui revisite des célèbres contes de Perrault

Malheureusement, sans trop expliquer pourquoi, j’ai beaucoup de mal avec cette version remake des contes de Perrault...je passe à coté je ne comprends qu’un texte sur trois.... trop....je ne sais quoi.... dommage car ce projet paraissait une bonne idée mais vraiment trop bizarrement exploitée pour convaincre...
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Titus n'aimait pas Bérénice
  05 octobre 2019
Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai
Avouez que commencer un livre dont le titre est : Titus n'aimait pas Bérénice , et que ce livre parle en grande partie de Racine , n'engage pas à la légèreté.

Il me reste quelques souvenirs lycéens des tragédies de Racine et de son attachement à Port Royal et son jansénisme. Il me semble me souvenir que je ne sautais pas de joie à la lecture du théâtre de Racine. Un peu rigoureux avec les alexandrins et la norme sévère et religieuse de Port Royal.

J'ai retrouvé cela dans le roman de Nathalie Azoulai, mais j'ai surtout trouvé une langue faite de finesse,de recherche de sens.

Que cette langue soit latine, du 17ème siècle ou du 21ème siècle elle irrigue le roman.

Pour nous parler de Racine et du tragique triangle amoureux, Nathalie Azoulai se base sur l'histoire de Titus et Bérénice. Titus roi de Rome et Bérénice reine de Palestine. " Ils s'aiment, moi non plus" au 1er siècle et Racine en fera une pièce au 17ème siècle.

Et Titus et Bérénice existent et s'aiment au 21ème siècle. Non la réalité, c'est que Titus n'aime pas Bérénice alors que Bérénice pense que Titus l'aime. Titus est marié à Roma et l'amour matrimonial est le plus fort. Titus quitte Bérénice.

Pour comprendre la situation Bérénice se dit que revenir à la source est peut être nécessaire et que la lecture des pièces de Racine est peut être un préalable à toute compréhension.

Et effectivement la vie de Racine : janséniste, bourgeois et courtisan apporte un éclairage, un jeu de miroir avec Titus et Bérénice du 21ème siècle.

La grande réussite du roman de Nathalie Azoulai vient de l'écriture fine et légère qui répond à ce que devait être les joutes oratoires dans les salons versaillais.

Cette finesse et cette légèreté n'empêche pas la violence des rencontres, l'arrogance ou encore l'affrontement entre Versailles et Port Royal ou jésuites et jansénistes.

Par le texte de Nathalie Azoulai les alexandrins revivent devant nous et donnent une furieuse envie de ce plonger sans Phèdre, Andromaque ou bien sûr Titus et Bérénice.

Quant au lien entre les Titus et Bérénice du 17ème et 21ème siècle, je laisse à chacun s'approprier leurs histoires et en faire sa propre mouture.
















Lien : https://auxventsdesmots.word..
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Les spectateurs
  15 août 2020
Les spectateurs de Nathalie Azoulai
En novembre 1967, un grand frère protecteur essaye de reconstituer l'histoire de ses parents qui ont quitté leur pays (probablement la Tunisie) au début des années cinquante.

Un nouveau poste de télévision est livré afin de voir les émissions en couleur - il en fut de même dans ma famille, soit dit en passant.

Un discours de de Gaulle irrite le père, coléreux au point de cracher sur l'écran, mais pas le fils, grand admirateur du Général.

C'est l'époque de la guerre des six jours, entre Israël et les pays arabes, tous se rendent à une manifestation de soutien à ceux (les colons israéliens) qu'ils pensent risquer d'être rejetés à la mer, mais ce fut le contraire et cela, l'autrice ne le mentionne pas. L'adolescent, en découvrant peu à peu l'histoire familiale, apprend que l'on peut avoir à quitter sa terre du jour au lendemain mais ne réalise pas que cela arrive à d'autres aussi.

La mère, frivole, ne pense qu'à se faire faire des robes, calquées sur celles des actrices du cinéma muet, par sa couturière attitrée, qu'elle épuise littéralement, jusqu'à en mourir.

La petite dernière, victime d'une luxation congénitale de la hanche, fait l'objet des soins attentionnés de son grand frère, par ailleurs horriblement jaloux.

Bref, je n'ai pu apprécier pleinement ce roman tant les personnages me sont antipathiques, en particulier la mère.

De nombreuses questions restent sans réponse, malgré la quête du narrateur.

La fin est cependant assez belle.



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Titus n'aimait pas Bérénice
  31 août 2016
Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai
Je n'avais jamais rien lu de cet auteur et c'est chose faite avec ce roman dans lequel l'auteur aborde l'histoire d'une jeune femme d'aujourd'hui, moderne et intelligente qui vient d'être délaissée par son amant, un homme marié qui a décidé de ne pas quitter sa femme malgré son amour pour elle. Classique me direz-vous !



Aidée par sa plongée dans la lecture de Racine et dans la vie de l'écrivain et, vous l'aurez compris surtout dans "Bérénice", cette reine de Palestine délaissée elle aussi par Titus, l'empereur de Rome qui lui a préféré sa femme, la Bérénice moderne va tenter de comprendre en pénétrant les mots de Racine, la teneur de l'amour que son amant lui portait.

Elle entreprend donc d'entrer dans l'oeuvre et la vie du tragédien, et cet attrait va devenir pour elle, une véritable thérapie...



L'auteur se lance alors dans le récit de l'histoire et de la vie de Racine, une histoire romancée certes mais qui ne manque pas de sel.

Ainsi le lecteur apprend tout de sa jeunesse et de sa découverte des mots et du latin, de son plaisir à traduire à sa façon les textes que ses maîtres jansénistes lui imposaient.

On le voit se battre pour monter à Paris, tenter de se faire connaître, puis gravir pas à pas les échelons qui vont l'amener à devenir un des plus grands tragédiens de son temps et un des favoris du Roi.

Il est intéressant de voir que déjà à l'époque de Louis XIV, la concurrence était rude et parfois amère, la jalousie présente et la violence un état de fait.

Pourtant les mots de Racine sont empreints d'amour et de douceur.

Comment un homme comme Racine, avec l'éducation et la vie qu'il a eu, a-t-il pu en venir à écrire ces mots-là, ces tragédies-là ?

Sous la plume de Nathalie Azoulaï, Racine devient le confident de toutes les dames esseulées, invitées à lui raconter les sentiments qui les animent après avoir été délaissées, amoureuses comblées ou mal-aimées, autant de matière à l'écriture de ses futures tragédies, au risque de choquer les biens-pensants de son temps.

Notre Bérénice moderne en arrivera à la conclusion que si Titus a quitté Bérénice c'est qu'il ne l'aimait tout simplement pas aussi fort qu'elle l'aimait.



La lecture à deux niveaux est par instant difficile à suivre. L'histoire, somme toute bien anodine de la Bérénice moderne, n'est en fait qu'un prétexte à entrer dans les mots et dans le rôle de l'héroïne de la tragédie racinienne, ainsi que dans la vie du grand Racine.

Peut-être ce livre vous donnera-t-il envie de relire vos classiques ? Et de les lire à haute voix pour s'imprégner non seulement des mots mais aussi de leur musique. C'est à essayer...

Le théâtre est fait pour être déclamé...vous n'en douterez plus un seul instant après avoir lu ce livre qui reste néanmoins difficile à aborder.



Il ne m'a pas totalement convaincue, tout en m'offrant quelques belles envolées littéraires...et le plaisir d'une écriture toute en sensibilité et qui sonne toujours juste.

Et je l'ai donc découvert avec plaisir...et lu sans aucun ennui.

Mais je garde un avis réservé sur cette lecture très (trop) intellectuelle et qui ne pourra pas plaire à tout le monde. Vous êtes prévenus...

C'était ma lecture intellectuelle de l'été !
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Juvenia
  07 juillet 2020
Juvenia de Nathalie Azoulai
Encore un livre qui n'a pas eu de chance : sorti le 18 mars au tout début du confinement et de la fermeture des librairies. Autant dire que si le nom de Nathalie Azoulai n'était pas pour moi lié au grand plaisir de lecture de Titus n'aimait pas Bérénice (malgré la déception ensuite avec Les spectateurs), la nouvelle m'aurait totalement échappé. C'est un tout petit roman (120 pages), un conte libertin précise la quatrième de couverture (et en effet, oui...) que l'auteure semble nous délivrer avec un petit sourire en coin et dans lequel elle explore les méandres de nos parcours sentimentaux en faisant sauter les codes. Et en tentant de venir au secours des femmes de plus de cinquante ans... (ah, j'en vois qui tendent l'oreille ;-) )



Quelque part en Europe, la République de Juvenia, très proche de la France. Impulsée par un nouveau gouvernement très féminin et féministe, une loi interdit désormais aux hommes de s'unir avec une femme de plus de vingt ans sa cadette et a fortiori les enfants qui pourraient naitre de telles unions. Stupéfaction, protestations, manifestations... rien n'y fait. Voilà ces messieurs invités à des stages de "rééducation" pour retrouver goût à la chair plus mature, réhabituer leur regard, leur toucher, autant par la théorie que par la pratique.



"Les plus jeunes firent d'abord la moue en déclarant impossible d'aller tremper dans des viscères aussi usagées mais leurs aînés, en carabins invétérés, répliquaient que c'était dans ce genre de viscères que les plus beaux vices errent, ou, pour les plus entraînés, que les plus beaux vits se serrent".



On le voit, l'auteure n'hésite pas à aller chercher l'inspiration du côté du 18ème siècle - l'une de ses héroïnes, Laure est d'ailleurs professeure de littérature du 18ème et le récit de la façon dont elle est perçue en tant que cinquantenaire par ses collègues est plutôt savoureux. A travers quelques profils "classiques" : Pierre, l'ex-mari de Laure qui l'a quittée pour Juvéna une starlette de 25 ans, Sabine la pédiatre de 64 ans qui devient soudain ultra désirable pour les octogénaires mais se découvre un réjouissant pouvoir d'attraction sur les plus jeunes et doit à son tour faire attention à ne pas enfreindre la loi... à travers ces profils, Nathalie Azoulai remet en question tous les schémas préétablis et fait voler en éclats les habitudes bien ancrées. Mais sous couvert de légèreté et de jeu (érotique mais pas que), elle passe en revue tout ce qui conduit à l'exclusion des femmes de l'espace amoureux et sexuel à partir de la ménopause, par une société obsédée par le jeunisme, et tout ce que cela implique en termes de désordres générationnels.



Voilà qui se lit avec plaisir et pourrait pimenter quelque peu les discussions de vacances en couple ou entre amis cet été. Et plus si affinités.
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Les spectateurs
  22 février 2018
Les spectateurs de Nathalie Azoulai
Les spectateurs.... Je ne connaissais pas Nathalie Azoulai et quand je ne connais pas c'est toujours avec une certaine impatience que je débute une lecture car je suis dans l'attente, l'espoir d'une belle découverte.



Je suis entrée confiante dans le récit mais très vite troublée : pas de prénom, peu de lieux, quelques dates.... quelques aller-retours dans le temps. Au bout de quelques pages les questions surgissent : mais qui sont-ils, d'où viennent-ils, pourquoi cette fuite, pourquoi ne lui en parle-t-on pas. Le seul élément daté qui fournit quelques pistes : le discours du général De Gaulle le 27 Novembre 1967 où il affirme, entre autres sujets la légitimité du peuple juif et qui réjouit toute la famille de ce petit garçon de 13 ans. Au moins cela a le mérite de vite aller chercher des informations pour mieux situer le contexte.



C'est à travers lui que le récit se construit, à travers ce qu'il voit, ce qu'il entend, ce qu'il vit et ressent. Au sein de sa famille peu d'explications : une mère obsédée et ne vivant qu'à travers le cinéma hollywoodien, faisant confectionner par une voisine, Maria, les robes des actrices en fonction des situations. Un père qui suit les événements politiques et participe à des manifestations après un discours de reconnaissance et de légitimité, qui espère un retour dans le pays d'origine (Égypte ?), une soeur, handicapée à la naissance par une luxation de la hanche, un ami Pépito, fils de Maria.



3 Parties, un récit narratif, beaucoup de il, de elle, de répétitions de faits, peut-être comme les pensées et questions qui tournent en boucle dans la tête de l'enfant, mais il n'est pas le narrateur, qui lui est extérieur. J'ai trouvé cela long, parfois ennuyeux, répétitif, morne un peu comme cette famille dont chaque élément vit dans son monde : le père avec la télévision, symbole de leur intégration dans ce nouveau univers, et le Général, porteur de toutes leurs espérances, la mère avec ses stars et Hollywood, le fils qui cherche à comprendre ce que l'on ne lui a pas expliqué, et une petite soeur qui "rampe" et trouve auprès de ce grand-frère un peu d'attention et d'affection. Mais une conversation surprise révélera un secret au jeune enfant qui va le bouleverser et lui faire douter du peu de certitudes qu'il possède, le seul moment peut-être où le récit rebondit et offre un intérêt car en quelques pages tout est dit sur cette famille.





Je n'ai rien ressenti, c'est assez froid et distant. On ne ressent pas grand chose pour les personnages à part peut-être pour Maria, sorte d'esclave subordonnée aux désirs de la mère pour la confection de ses parures. Cette mère qui n'emportera dans l'exil que ses revues sur le cinéma, si précieuses car elles sont sa nourriture, sa ligne de conduite. Nous sommes spectateurs d'une tranche de vie, celle d'une famille obligée de quitter son pays natal, sa position, quitter l'orient pour l'occident, quitter des certitudes pour des questionnements.



J'ai trouvé cela assez long, répétitif et j'ai eu plusieurs fois le sentiment que le récit n'avançait pas, que j'avais déjà lu certains passages, il faut souvent se situer par rapport aux il, elle etc..... j'ai trouvé que cela alourdissait l'ensemble. Je ne m'étendrai pas plus, c'est un style qui ne me correspond pas, un sujet déjà traité dans d'autres livres mais de façon plus directe, plus claire : j'ai eu l'impression à plusieurs moments que le livre n'avait pas été relu et corrigé......



Livre lu dans le cadre du Prix du Roman France Télévisions 2018
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Titus n'aimait pas Bérénice
  24 janvier 2016
Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai




Ah ! Ce titre ! Comment peut-on se permettre d'affirmer cela ? Est-ce possible? Quelques vers me reviennent soudain à l'esprit : « Je sens bien que sans vous je ne saurais plus vivre, / Que mon coeur de moi-même est prêt à s'éloigner ; / Mais il ne s'agit plus de vivre, il faut régner. » Bon, alors, pourquoi ce titre ?

Commençons par le commencement : nous sommes dans un café. Un Titus, non, non, pas l'Empereur de Rome, un Titus X , moderne, quitte une Bérénice qui est peut-être prof de français dans un petit collège mais certainement pas Reine de Palestine, au premier siècle après JC. « Ça s'fait pas » diraient certains. Oui, mais, notre Titus est marié à Roma, il a des enfants et le sens des responsabilités : il préfère sauver son couple plutôt que de vivre sa passion. Rare par les temps qui courent. Bon, voilà notre Bérénice détruite, anéantie par un chagrin qui la ronge un peu plus profondément chaque jour. Et ce ne sont pas les paroles plates comme des trottoirs de rue qui vont la rétablir : « Tu en sortiras plus forte » -Ah, oui et en attendant je fais comment pour vivre ?- « Un jour, tu ne te souviendras que des bons moments » - lesquels déjà ?

Donc, notre Bérénice décide de « quitter son temps, son époque, construire un objet alternatif à son chagrin, sculpter une forme à travers son rideau de larmes. » Hum, c'est bien dit…. Et concrètement ? , vous entends-je murmurer… En se perdant dans Racine, en cherchant à l'approcher au plus près. Elle « veut y toucher, y mettre les mains ». Elle pense que si elle est capable de comprendre comment un homme « a pu écrire des vers aussi poignants sur l'amour des femmes, alors elle comprendra pourquoi Titus l'a quittée ». Ah. Je ne suis pas forcément très logique ms je ne vois pas comment ceci va expliquer cela, mais bon, allons-y.

Et effectivement, le grand voyage a lieu et c'est précisément là qu'opère la magie du livre : on pénètre dans le vallon, Port-Royal des Champs. le petit Jean travaille auprès de ses maîtres jansénistes: « Pallida morte futura » : « Pâle à cause de la mort qui s'approche, dit-un élève. Non, dit le maître. Pâle d'une mort prochaine, propose Jean. Mais cela ne veut rien dire ! On n'est pas pâle de quelque chose » s'insurge son condisciple. Et pourtant, on y est, on touche à la beauté. Racine fouille les Anciens, les décortique, les imite, les apprend par coeur, les traduit, inlassablement. « Ibant obscuri sola sub nocte per umbram » : « Ils avançaient à travers l'ombre, obscurs dans la nuit solitaire » propose le maître. « Ils allaient obscurs dans la nuit seule » corrige Racine. Il vit d'hypotypose, de grammaire (c'était vraiment une autre époque !) se passionne pour la concision du latin, la mélodie des mots, la structure des phrases. On le sent tâtonner, chercher. Les mots sont chair, il s'en nourrit. le lecteur est plongé dans le clair obscur et le silence de Port Royal. Seul le chant des moniales traverse parfois les murs épais.

Puis, c'est le départ pour Paris et l'envolée : sa vie de courtisan, sa carrière de dramaturge, ses rencontres : les frères Corneille qu'il faut surpasser, un Molière déjà bien fatigué, un La Fontaine qui aime deviser le temps d'une promenade. « de cette nation, il sera la langue » a-t-il décidé ! Il travaille, passe d'un genre à l'autre. « Alors c'est donc vrai que vous avez choisi la poésie contre Dieu ? » lui reproche amèrement sa tante, de Port Royal. Il est écartelé, déchiré par ces deux lieux qui se haïssent : le rigueur, l'austérité, le dénuement contre l'éclat, le faste, les passions. Sa fascination pour Louis XIV le porte. La Thébaïde, Andromaque, Britannicus, Bérénice… les représentations se suivent, il connaît l'amour de la du Parc, son actrice…. Et l'on suit ce parcours fulgurant dont je tais bien des tourments….

Les mots de Nathalie Azoulai nous entraînent : « J'ai subi une immersion malgré moi et ma langue s'est imprégnée de son tempo. Il y a une élégie qui traverse mon roman, que j'ai sentie sans la contrôler. » Il y a aussi certainement une intimité entre l'écrivain et son sujet, et le monument de la littérature française que l'on imaginait telle une statue de marbre devient chair, souffle, prend vie.

Louis XIV disait à Racine : « Quand on sort d'une de vos pièces, immanquablement, on est sous alexandrins ». On pourrait dire la même chose du livre de Nathalie Azoulai et finalement, ce sont bien des mots dont on a besoin pour oublier nos chagrins d'amour….








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Titus n'aimait pas Bérénice
  11 janvier 2016
Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai
J’ai longuement hésité sur la façon dont j’allais écrire cette chronique. Parce qu’il y a sans doute plein de bonnes raisons pour apprécier ce livre. Mais d’une certaine façon – et je ne cerne pas bien pourquoi – j’ai l’impression qu’on m’entourloupe.



En fait, ça commence dès le sujet du livre. Le roman débute en ces termes (la quatrième de couverture renchérit) : Bérénice est une femme d’aujourd’hui, elle est la maîtresse de Titus et Titus la quitte. Brisée, bouleversée, elle se met à lire Racine. Et puis des livres sur Racine, tant qu’à faire. Elle veut à tout prix comprendre comment un janséniste, courtisan, homme de lettres, est parvenu à écrire l’amour de cette façon-là. Ce sera son processus de guérison à elle.



Beaucoup de blogueurs et de Babelionautes ont souligné avant moi le grand décalage qui existe entre ce que le livre annonce à son début et ce qu’il offre réellement. Nos Titus et Bérénice modernes n’apparaissent que très peu au cours du roman : trois passages, au début, au milieu et à la fin du roman. Soit 27 pages sur 315. Est-ce vraiment un problème, me demanderez-vous ? Après tout, l’histoire de Racine, c’est un sujet intéressant… Oui, mais quelque chose gêne aux entournures dans ce choix de mise en place. Fallait-il, pour nous vendre une biographie romancée de Racine, absolument nous le présenter comme absolument actuelle et pouvant répondre à nos interrogations contemporaines sur l’amour ? La Bérénice moderne créée par Nathalie Azoulai ne serait-elle qu’un prétexte ?
Lien : https://gnossiennes.wordpres..
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