AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Note moyenne 2.92 /5 (sur 18 notes)

Nationalité : France
Biographie :

Élève à l’École Normale Supérieure, Nathan Devers, codirige le séminaire d’élèves « Lectures de Heidegger », et se destine à la philosophie ainsi qu’à l’écriture.

Ajouter des informations
Bibliographie de Nathan Devers   (2)Voir plus

étiquettes

Citations et extraits (75) Voir plus Ajouter une citation
Cath_perrin   27 mai 2021
Espace fumeur de Nathan Devers
Il avoue lui-même, le plus naturellement du monde, avoir écrit son manifeste dans une “chambrette d’hôpital” abreuvé de “forces cigarettes”. Imaginons-nous un écrivain antiraciste composant une ode à l’amour entre les peuples tout en matraquant des Noirs ? Un néonazi prier dans une synagogue ? Un prêtre homophobe prendre plaisir à chatouiller des petits enfants de chœur… ? Un ministre socialiste faire de la fraude fiscale… ? Dans le cas du scientifique scribouillard qui nous intéresse, il ne s’agit pas d’une contradiction, mais d’une réfutation par l’existence d’une position intenable, d’une doctrine absurde. 
Commenter  J’apprécie          120
Nuageuse   25 août 2020
Ciel et terre de Nathan Devers
L’agent immobilier m’attend au bas de l’immeuble. Il n’est pas le seul piéton à ce niveau de la rue, mais je l’identifie immédiatement : il a une tête d’appartement.
Commenter  J’apprécie          82
rkhettaoui   18 juillet 2021
Espace fumeur de Nathan Devers
L'idéal serait d’écrire, et donc parfois de démystifier, sans jamais accuser. De ne jamais imiter ceux qui prétendent annihiler le règne du tabac en convoquant une idolâtrie d’un genre nouveau (de la santé et du bio, de la méditation et du yoga, du sport et du soja). Car l’ancien fumeur est tout sauf un être libéré : c’est un homme éloigné, qui a renoncé à son addiction pour pouvoir en parler.   La cigarette a-t-elle seulement sa place dans l’espace littéraire ? Les conditions sont-elles réunies pour qu’elle puisse devenir un objet de l’écriture ? Je ne veux pas utiliser l’argument malhonnête consistant à dire, en introduction d’un essai, que personne n’a déjà parlé du sujet auquel on s’apprête à se confronter, mais il me semble que la cigarette occupe, en littérature, une situation pour le moins paradoxale : si elle n’a jamais été tue, congédiée ou omise, si elle n’a jamais été exclue ou bannie, si elle n’a jamais été vraiment indécente, c’est parce qu’elle a toujours plus ou moins rempli un rôle de figuration. La littérature, non contente de la tolérer, ne se prive pas de la convoquer, de l’inviter ou de la réclamer – sans jamais parler d’elle. Veut-on, dans une scène de roman, montrer qu’un personnage devient nerveux ? L’auteur lui fera fumer une cigarette. Veut-on évoquer la mélancolie de retrouvailles impossibles comme à la fin de L’Éducation sentimentale  ? Frédéric Moreau roulera une cigarette. Veut-on, dans L’Étranger , décrire l’ambiance d’une prison ? Meursault remarquera que la « punition » carcérale commence par l’interdiction de fumer. Veut-on que deux dandys discutent d’art ? Wilde les fera fumer dans The Critic as Artist . Veut-on que deux autres dandys soient victimes d’un malentendu à propos de quelque jeune femme et d’une identité secrète ? Ils échangeront leur boîte de cigarettes, chez le même auteur, dans The Importance of Being Earnest . Veut-on montrer qu’Aurélien souffre du départ de Bérénice ? Il allumera des dizaines de cigarettes sans jamais les finir.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
rkhettaoui   18 juillet 2021
Espace fumeur de Nathan Devers
Il s’agit d’une frontière, tapissée de regrets et d’interdits, de frustrations et de faiblesses, qui sépare nos destinées de ce qu’elles ont dû congédier ou bannir. Ce seuil ne mène à aucun double du monde, mais à l’écume du réel : à l’adieu qu’implique chaque pas en avant.

 

Il faudrait se raconter à l’envers : en commençant par la biographie de l’homme que je ne suis pas.

 

Mais de qui s’agit-il ?

 

Tout ce que je peux vous dire, c’est que l’homme que je ne suis pas est fondamentalement inaccessible. Il habite un ailleurs qui se situe au plus profond de moi. Et, si je me suis risqué à écrire ces lignes, c’était dans l’espoir de le démasquer enfin.
Commenter  J’apprécie          10
rkhettaoui   22 juillet 2021
Espace fumeur de Nathan Devers
Les hommes et les femmes façonnés dans le marbre d’un tel caractère, du jour où ils décident d’en finir avec cette addiction, se comportent exactement comme s’ils avaient déménagé : la difficulté de l’arrêt, ils ne l’ont pas même entrevue. Leur parle-t-on de dépendance à la nicotine ? D’accoutumance psychologique ? D’habitus sociologique ? Ils haussent les sourcils, et soupirent d’un air hautain, suggérant que ces concepts, forgés par des personnes aussi hypocrites que les patrons de Marlboro, ne valent pas plus que des superstitions inventées par un sorcier alcoolique.
Commenter  J’apprécie          10
rkhettaoui   18 juillet 2021
Espace fumeur de Nathan Devers
L’évasion est définitive, la pause n’existe que pour renvoyer à la geôle. L’évasion sonne le glas de l’enfermement, la pause cultive les chaînons. L’évasion abolit la servitude, la pause la légitime et l’entretient. L’évasion sauve, la pause n’est rien d’autre qu’un pis-aller. À la fin d’une récréation, par exemple, aucun élève ne veut regagner la salle de cours mais personne ne songerait pour autant à s’enfuir. La pause, en réalité, se joue de mes ardeurs de fuite pour mieux les contrarier. Dans le plaisir de la pause, je pressens que mon existence me sature et demeure paradoxalement incomplète. Elle m’envahit, m’étouffe, ne me laisse pas assez d’air. J’ai l’intuition qu’une autre existence aurait été possible et qu’elle m’est cependant interdite. Imaginons ainsi que je sois au travail et que je prenne ma pause du matin : devant la machine à café, je songe en rêvassant à un autre métier, à d’autres occupations, à un autre destin. Intérieurement, toutefois, je sais cet horizon impossible à atteindre. Aussi, je me contente de le visualiser mentalement, ce qui me fait oublier, en l’espace d’un instant, la monotonie de ma matinée de travail.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
rkhettaoui   18 juillet 2021
Espace fumeur de Nathan Devers
On dit souvent du fumeur qu’il est sans volonté. Je le tiens au contraire pour un être accablé par sa volonté. Son existence ne se raconte pas comme toutes les existences : son lieu et sa durée constituent le cadre d’une guerre civile. Ce n’est pas seulement, comme le veut le lieu commun, qu’il s’arrête de fumer entre chaque cigarette : c’est surtout qu’il s’engage et s’empêtre dans un deuil indépassable, puisque impossible à commencer tant que la cigarette demeurera à portée de main, disponible dans le premier tabac du coin et prompte à renaître. Ni hypocrite, ni sincère ; ni inconscient, ni sage ; ni rebelle, ni héros : notre fumeur vit dans l’impasse de sa substance à la fois dénigrée et légale, autorisée mais méprisable – et d’autant plus méprisable que la société ne prend pas la peine de vraiment l’interdire.

Pourquoi le fumeur persévère-t-il dans une pratique que lui-même condamne ? Lui qui sait très bien que le plaisir d’une cigarette ne vaut ni les murs gris d’une salle de chimiothérapie, ni le chagrin d’une personne aimée pleurant devant un catafalque – pourquoi donc ne met-il pas en acte un discours qu’il approuve ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
rkhettaoui   18 juillet 2021
Espace fumeur de Nathan Devers
Quand j’essaie de comprendre quelqu’un dans son être profond, rien ne vaut à mes yeux la méthode qui consiste à représenter son anti-portrait. Il me paraît beaucoup plus intriguant de savoir quelles sont les possibilités, les actions, les envies qu’une personne a exclues de sa propre vie, plutôt que de décrire celles qu’elle a adoptées. Un être humain se définit, non par ce qu’il dit, ce qu’il fait ou ce qu’il pense, ni par ses habitudes ou ses convictions, mais par celles qui ne sont pas les siennes, en somme par sa contre-identité.

 

Il faudrait dessiner l’existence en commençant par ses contours, et colorier son ombre : cartographier l’individu, non en le dépeignant tel qu’il s’est édifié, ni même en insistant sur ses choix de vie, ses projets et ses accomplissements, mais pour montrer comment chaque homme se construit en tuant celui qu’il n’est pas. Il s’agit d’une frontière, tapissée de regrets et d’interdits, de frustrations et de faiblesses, qui sépare nos destinées de ce qu’elles ont dû
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
rkhettaoui   18 juillet 2021
Espace fumeur de Nathan Devers
Baudelaire dit du drogué qu’au moment de savourer ses substances, il a tendance à se prendre pour Dieu. Le haschisch lui donne l’impression d’ouvrir une réplique de l’Éden, de mener son consommateur vers un état augmenté où les visions redoublent de vigueur, où l’enthousiasme se revigore, où la communauté humaine s’enveloppe d’une curieuse bienveillance. Le drogué cède même à la doucereuse illusion que le monde a été créé pour lui. Tel n’est évidemment pas le cas du fumeur : qu’est-ce qu’un paradis où j’accède vingt fois par jour ? Comment pourrais-je devenir Dieu en l’espace de cinq minutes, avant de retourner tranquillement à mes occupations toutes humaines ? La drogue fonctionne comme des montagnes russes (acmé intense et lendemain difficile), tandis que la cigarette obéit à un calendrier plus subtil, qui se greffe à celui du temps régulier : pour le fumeur, le quotidien est certes en soi imparfait mais point n’est question de l’abolir.
Commenter  J’apprécie          00
rkhettaoui   18 juillet 2021
Espace fumeur de Nathan Devers
Il choisit de contrôler sa lâcheté plutôt que d’être dépassé par la hardiesse de la fugue amoureuse. Son extase n’est qu’une bruine comparée à l’effusion de l’amour – mais elle repose entre ses doigts. L’amoureux s’engouffre seul dans la brèche de sa fugue, d’où jaillit un flot nouveau. Non content de rêver l’alternative, il la perce et en récolte les marées. « Dans l’état naissant, note Albinoni, l’homme arrache l’épée de feu de la main des chérubins et entre dans le jardin d’Éden. » C’est un retour au Paradis. Non plus le paradis artificiel du drogué de Baudelaire, mais un paradis aussi contrefait, aussi forcé, et aussi peu paradisiaque que celui du haschisch : c’est un paradis qui ne peut exister 8 . Et pour cause : l’amour, selon Albinoni, se caractérise comme une réaction face à l’ennui de l’existence prosaïque.
Commenter  J’apprécie          00

Acheter les livres de cet auteur sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox

Listes avec des livres de cet auteur


Quiz Voir plus

Femmes et Romans Noirs

L’Affaire du Dahlia noir fait référence au meurtre non élucidé d'Elizabeth Short, surnommée « Le Dahlia Noir ». Qui a signé l'excellent roman intitulé Le Dalhia noir en 1987?

Ed Mc Bain
James Ellroy
James Lee Burke

8 questions
9 lecteurs ont répondu
Thèmes : femmes , Héroïnes , personnages féminins , littérature , romans policiers et polars , roman noir , adapté au cinéma , adaptation , cinemaCréer un quiz sur cet auteur

.. ..