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Note moyenne 3.41 /5 (sur 70 notes)

Nationalité : France
Né(e) le : 8/12/1997
Biographie :

Ancien élève de l’École normale supérieure et agrégé de philosophe à 24 ans.

Proche de Bernard-Henri Lévy, il édite la revue La Règle du jeu.

Depuis 2021, il est intervient régulièrement sur la chaîne Cnews et, plus particulièrement, dans l'émission L'Heure des pros, animée par Pascal Praud.

Il est le fils du neurologue Lionel Naccache.

Il publie un premier essai en 2019, puis deux romans : Ciel et Terre en 2020 et Espace fumeur en 2021.

En 2022, il publie plusieurs tribunes dans Le Journal du dimanche et dans Le Figaro.

Les liens artificiels est son dernier roman.

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"Les liens artificiels" de Nathan Devers


Citations et extraits (169) Voir plus Ajouter une citation
Cannetille   04 octobre 2022
Les liens artificiels de Nathan Devers
(…) Vangel révolutionnait la manière de faire de l’art. Par un alliage subtil de pudeur absolue et de marketing efficace, à travers le story-telling de son avatar, il ouvrait la voie à une nouvelle configuration. Désormais, seule l’image publique comptait ; l’artiste en tant que corps, le poète et son « moi », la psychologie des écrivains, leur existence privée – tout cela disparaissait. Il n’y avait que des œuvres et plus personne pour se les approprier.
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Cannetille   04 octobre 2022
Les liens artificiels de Nathan Devers
Mais les universitaires qui se penchaient sur le jeu vidéo de Heaven cherchaient essentiellement à répondre à un problème central : quels ressorts psychiques poussaient un individu à dupliquer sa présence au monde ? Fallait-il déceler dans ce comportement le symptôme d’un insurmontable désespoir ? Pour quelles raisons les membres de l’Antimonde passaient-ils plus de temps à s’occuper de leur anti-moi que d’eux-mêmes ? Certains analystes y virent une manière de contourner les mécanismes de reproduction sociale : pour ceux qui s’estimaient déshérités et qui n’avaient pas de perspectives d’avenir épanouissantes, le fait d’accéder à un quotidien bourgeois, même virtuel, offrait une sérieuse compensation. D’autres soutenaient au contraire que les anti-moi fonctionnaient comme des symboles normatifs ; les joueurs se projetaient en eux, si bien que les avatars jouaient un rôle de grands frères : ils guidaient les utilisateurs, leur montraient comment faire pour plaire aux autres, pour connaître le bonheur conjugal, pour trouver sa place en somme. Ces études sociologiques se confrontaient toutefois à un obstacle de taille. Étant donné que le règlement intérieur du site interdisait aux membres de révéler leur identité, il était impossible de comparer statistiquement la position sociale des internautes et celle de leur avatar. Par-delà cette difficulté, il y eut un consensus à peu près unanime chez ces intellectuels pour admettre que le succès de cette plateforme ne résultait pas seulement d’un besoin de divertissement, mais surtout d’une quête d’évasion, d’une soif profonde, pour ainsi dire métaphysique, de se glisser dans la peau d’un autre et de vivre autrement.
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Cannetille   04 octobre 2022
Les liens artificiels de Nathan Devers
À cet instant précis, en observant Vangel monter dans son taxi, Julien comprit qu’il venait d’atteindre le point de non-retour. Désormais, il était devenu un geek. Un homme que la vie concrète rebutait. Un type qui se foutait des choses qui l’entouraient. Un possédé sur qui le monde n’avait plus de prise. May, le travail, Ensemble et séparés, le piano, Rungis, la canicule qui battait son plein : tout cela ne l’intéressait plus. Julien vivrait à travers Vangel, et ça lui suffirait. Il voyagerait pour de faux et en oublierait la grisaille de ses propres vacances.
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Cannetille   04 octobre 2022
Les liens artificiels de Nathan Devers
Combien de personnes, dans ce métro, faisaient partie de l’Antimonde ? Quelle était, ici, la proportion des humains et des anti-humains ? Délivré de son ancien élève, Julien rentrait chez lui. Dans la rame, les deux camps étaient là, positionnés sur des strapontins. D’une part, les gens normaux : ceux qui partaient en vacances et allaient à des soirées, ceux qui socialisaient avec les autres et qui s’écoutaient parler, ceux qui se forgeaient des ambitions et croyaient en des valeurs, ceux dont la vie épousait le cours d’une entité externe et qui se sentaient embarqués dans le trajet de cette vie. De l’autre, cachés parmi la foule, disséminés et clandestins, Julien et ses semblables. Les geeks qui, une fois pour toutes, avaient renoncé à s’épanouir ici et maintenant. Les célibataires qui faisaient l’amour à travers le micropénis d’un avatar. Les Français moyens qui voyageaient sur internet. Les hommes-légumes qui réduisaient leur existence au strict minimum, déversant leur frustration dans un paradis artificiel. Les pauvres types qui ne trouvaient pas leur place dans un monde de cons.
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Cannetille   04 octobre 2022
Les liens artificiels de Nathan Devers
A l’heure où la jeunesse désertait massivement les livres au profit des écrans, l’écriture pouvait-elle s’émanciper du papier ?
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Cannetille   04 octobre 2022
Les liens artificiels de Nathan Devers
Au moment de poser ses doigts sur le clavier, Julien se sentit investi d’un vertige immédiat à la vue de ses mains. Elles étaient là, étendues et rigides comme des vieilles turbines, chargées de toutes les maladresses dont elles étaient capables. Et si le moteur ne se rallumait pas ? Et si la machine se révélait rouillée ? C’était surtout son annulaire qui lui faisait peur : contrairement au pouce ou à l’index, le « doigt de l’amour » ne dispose d’aucune puissance interne. Attaché au majeur telle une cerise à sa comparse, bloqué dans son articulation, il n’a pas le pouvoir de se hisser tout seul, de prendre de l’élan pour frapper la touche de plein fouet. Faute d’entraînement, ce truc se transforme en orteil, en branche de bois mort. Et lui, excepté les cours particuliers, depuis combien de temps n’avait-il pas joué sur un vrai piano, devant un public réel ? Qu’est-ce qui excluait qu’il ait perdu la main ? Julien tenta de chasser cette idée, mais il était trop tard : le syndrome de l’imposteur faisait son come-back. Déjà, ses tempes bourdonnaient. Tel un métronome déréglé, son cœur accélérait. C’est foutu, s’entendit-il penser, car il le savait bien : il perdait ses moyens sitôt qu’il craignait de les avoir perdus.
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Cannetille   04 octobre 2022
Les liens artificiels de Nathan Devers
Contrairement à Julien, Vangel avait la main large. Deux millions de cleargolds à dépenser n’importe comment : ses vacances s’annonçaient grandioses. Pour l’heure,l’avatar attendait son taxi devant le hall des arrivées. Dans quelques minutes, il serait à Times Square et aurait carte blanche : réserver les suites les plus luxueuses des palaces new-yorkais sans se soucier des prix… Louer une voiture de collection et rouler toute la nuit sur les avenues de Manhattan… Courir à Central Park, visiter le MoMA, danser en boîte de nuit, naviguer d’un désir à un autre, pérégriner pendant des heures, le tout sans jamais ressentir la moindre fatigue ni sortir de son lit. Tout cela serait virtuel, bien sûr, mais quelle importance ? Au monde que contenait l’ordinateur, il ne manquait qu’une chose, d’exister. Mais cette présence déficitaire était précisément ce que l’Antimonde avait en plus par rapport à Rungis. À vrai dire, c’était la réalité qui avait un manque en moins : il lui manquait de ne pas être là.
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Cannetille   04 octobre 2022
Les liens artificiels de Nathan Devers
« Cette semaine, votre temps d’écran a été supérieur de 8 % par rapport à la précédente, pour une moyenne de 6 heures et 56 minutes par jour. » Il était là, l’héritage de May. Elle, la fille toujours si connectée, droguée aux actus et aux stories Insta, branchée à ses followers et aux influenceuses – elle lui avait légué la seule chose qu’il voulait oublier de leur couple : l’addiction aux écrans. Depuis qu’il vivait seul, son rapport hebdomadaire empirait de lundi en lundi. La notification tombait à minuit pile ; à la différence de l’horloge de Cendrillon, sa fonction ne consistait pas à clore une soirée féerique, mais à inaugurer une semaine de merde. Julien ne découvrait cette alerte qu’au réveil. À chaque fois, les chiffres s’envolaient, sauf qu’il n’y gagnait rien, bien au contraire : les 8 % étaient reversés directement aux écrans, ils les lui avaient volés, c’était comme une sorte d’impôt prélevé sur ses moments de vie. La notification prenait garde de ne pas le heurter, elle qui ne disait jamais : « Vous avez passé plus de temps sur votre smartphone que la semaine dernière. » Non, c’était le temps d’écran qui augmentait tout seul, comme une maladie, comme une tumeur qui enflait en lui ; oui, exactement, Julien était envahi par une vague de médiocrité, il souffrait d’une sorte de cancer de la concentration, il était contaminé par un venin secret, par un champignon qui pourrissait en lui et lui rongeait l’esprit.

8 % de plus-value. Six heures et cinquante-six minutes pendant sept jours. Sept fois sept heures, c’est-à-dire quarante-neuf, soit trois mille minutes ou deux journées entières. L’équivalent d’un week-end. La partie libre de son quotidien qu’il sacrifiait sur l’autel du rien. Viendrait un jour, inexorablement, où son temps d’écran occuperait tout l’espace. Alors il ne serait plus personne. Comme un monstre, son smartphone l’engloutirait pour de bon. Sans opposer la moindre résistance, il s’offrirait au processus, il se laisserait transformer en chose dans le plus grand silence et il n’y aurait plus de Julien Libérat, seulement un mutant à l’apparence vaguement humaine, un automate en proie à des machines de souffrance.
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Cath_perrin   27 mai 2021
Espace fumeur de Nathan Devers
Il avoue lui-même, le plus naturellement du monde, avoir écrit son manifeste dans une “chambrette d’hôpital” abreuvé de “forces cigarettes”. Imaginons-nous un écrivain antiraciste composant une ode à l’amour entre les peuples tout en matraquant des Noirs ? Un néonazi prier dans une synagogue ? Un prêtre homophobe prendre plaisir à chatouiller des petits enfants de chœur… ? Un ministre socialiste faire de la fraude fiscale… ? Dans le cas du scientifique scribouillard qui nous intéresse, il ne s’agit pas d’une contradiction, mais d’une réfutation par l’existence d’une position intenable, d’une doctrine absurde. 
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Cannetille   04 octobre 2022
Les liens artificiels de Nathan Devers
Les avions lui tendaient le miroir de tout ce qu’il n’était pas. Ils incarnaient pour lui des oiseaux, mais au sens propre du mot : il les observait de loin, ces projectiles hautains, tandis qu’ils fusaient vers le restant du monde. L’idée de s’asseoir à l’intérieur des hublots n’avait pas plus de sens que la perspective de s’endormir dans les entrailles d’un corbeau. Un avion, c’était une chose qui élevait le bec en diagonale et prenait de l’altitude avec perfidie, pour mieux rabaisser ceux qui restaient en bas. Ils décollaient les uns après les autres, ces vautours, pleins de bruit et de morgue, et toute cette poussée écrabouillait Julien, lui donnait l’impression de s’enfoncer toujours un peu plus dans son matelas dur jusqu’à se sentir totalement comprimé. Comme ces sorciers guinéens dont parlait Gainsbourg dans « Cargo Culte », il invoquait les jets, soufflait vers l’azur et les aéroplanes, rêvait de hijacks et d’atomisations. Sur son lit, raide devant tous ces envols, il repensait à son écouvert à combler, à ce concert qu’il devait jouer au Piano Vache pour revenir à zéro. Revenir à zéro… N’avait-il pas d’autre objectif, dans la vie, que de revenir à zéro ? Julien exerçait depuis sept ans, sa situation sociale n’était pas vouée à évoluer et il courait en permanence derrière son compte en banque. C’était ça, son quotidien : compenser ses agios par des chèques qui fondaient sitôt encaissés – et, pour couronner le tout, contempler l’ascension des avions, ces condors métalliques qui le toisaient en montant vers le ciel.
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