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4.35/5 (sur 10 notes)

Nationalité : France
Né(e) le : 15/07/1949
Mort(e) le : 11/07/2021
Biographie :

Après avoir été chercheur scientifique, puis acteur des politiques européennes, Philippe Aigrain est l’un des animateurs du mouvement mondial pour les biens communs informationnels. Il dirige aujourd’hui une société qui œuvre à faire émerger de nouvelles formes de débat public sur les orientations politiques. Il a publié Cause commune. L'information entre bien commun et propriété chez Fayard en 2005.

Ses articles sont en ligne sur son blog


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Rencontre autour du roman Jachère de Philippe Aigrain paru aux éditions Publie.net. En présence de Roxane Lecomte, de Mireille Aigrain et de Dominique Lauze. Philippe Aigrain, né en 1949, décédé accidentellement en 2021. Il a publié entre autres: Soeur(s), (Éditions publie.net, 202), Surveillances, (Éditions publie.net, 2016). Roxane Lecomte, graphiste et illustratrice, travaille depuis 2011 au sein des éditions publie.net. -- 27/01/2024 - Réalisation et mise en ondes Radio Radio, RR+, Radio TER

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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
Quelques objets techniques de plus,
ou bien une nouvelle civilisation ?
Petit tour de l’appartement d’une famille d’amis. Il y a deux ordinateurs connectés à un réseau universel de données (Internet). Une petite vingtaine
d’objets informationnels spécialisés contenant des processeurs : cinq montres et réveils numériques, y compris une montre-altimètre, deux télé-phones sans fil, trois téléphones portables, un répondeur et un fax (reliés à des réseaux spécialisés), deux chaînes stéréo et leurs télécommandes, un appareil photo numérique, un lecteur de DVD, une télévision et sa télécommande, une console de jeux, deux appareils de recherche en avalanche pour le ski de randonnée et un odomètre(1) de vélo. Quelques objets physiques à contrôle informationnel : le lave-vaisselle, la chaudière et son thermostat informatisé. Il y en aurait sans doute plus dans une famille de même niveau de revenus,
mais soumise à d’autres modes de consommation. La plupart des objets informationnels spécialisés fonctionnent avec des logiciels que l’usager ne peut pas modifier. Certains d’entre eux lui permettent cependant de créer des agencements d’information, comme les textos sur des téléphones portables.
À l’échelle de la planète, on retrouve cette diversité des objets informationnels. Osons quelques chiffres très approximatifs pour donner des ordres
de grandeur. Fin 2002, environ 600 millions d’êtres humains sur plus de 6 milliards avaient un ordinateur personnel (2).Ils étaient autant à avoir accès à
Internet, soit à partir de leur ordinateur personnel, soit au travail. Une proportion importante de ces personnes sont restreintes dans leur usage de ces objets techniques par le contexte dans lequel elles y ont accès ou par les limites de leur savoir-faire technique.

1. Ce petit ordinateur de bord qui affiche la vitesse, la
distance parcourue dans un trajet et la distance parcourue totale
depuis la dernière remise à zéro est l’un des plus aboutis des
objets informationnels spécialisés.
2. Source : UN Statistics/ITU, Millenium Indicators Database
: http://unstats.un.org/unsd/mi/mi_source_xrxx.asp ?source_code=36
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Ce livre a été écrit en interaction avec un petit
groupe de lecteurs qui ont réagi à l’exposé d’un
synopsis, à la lecture de certains chapitres, au choix
d’une orientation. Ce premier cercle de lecteursamis
se composait de Jacques Robin, pionnier et
inspirateur, de Valérie Peugeot, exigeante complice,
de Jean-Claude Guédon, critique chaleureux, et de
Patrick Viveret, tisseur d’humanité. Les autres
membres de Transversales Science Culture constituaient
un second cercle de partenaires. Remerciements
spéciaux à Henri Trubert, preuve amicale de
ce que le métier d’éditeur reste indispensable, à
Mireille, Suzanne et Louise pour mille aides invisibles
et cent bien concrètes, ainsi qu’à Florent
Latrive, David Bollier, Jamie Love, Manon Ress,
Fabio Petri, Joseph Giustiniani, Béatrice Korc et
l’équipe de la Société pour les espaces publics
d’information : Anne Brisset, Raphaël Badin et Karine Chevalet.
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Gess était un jeune homme pâle à l'esprit précis. Il travaillait chez Amazon. Son titre ronflant - Lifetime Value Officer - dissimulait un quotidien assez répétitif de statisticien, plus précisément de data scientist voué à la gestion des "données massives". Dix heures par jour, Gess triait des chiffres afin de cartographier les pulsions consuméristes des internautes. Car les ventes de films, de musiques, de hottes aspirantes et de smartphones ne représentaient que la partie émergée de l'or amazonien. Sous terre, dans de grandes salles blanches, les serveurs brassaient des quantités phénoménales de téraoctets. Des vies entières y étaient émiettées - nom, âge, adresse, recherches, achats, renoncements et listes d'envie, mais aussi prix au mètre carré de l'habitat principal, fréquence et durée des connexions, type et prix du matériel utilisé et de l'abonnement au réseau, rapidité de frappe et nombre de fautes d'orthographe. Elles étaient ensuite compactées et vendues, comme des lingots, à des brokers en données personnelles. Ceux-ci les recoupaient avec d'autres données - celles des banques, assureurs, cartes de fidélité, médecins, écoles, messageries et loueurs de voitures, sans oublier le fisc, la domotique et la géolocalisation. Puis ils spéculaient sur cette étrange poudre numérique, qui connaissait ses bulles et ses krachs au même titre que le nickel, le pétrole, le Dow Jones et le droit à polluer. (Catherine Dufour)
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76. LA MÈRE D’AMÉLIE
Non seulement je ne comprends pas comment elles ont fait, mais je ne comprends même pas comment je suis au courant. C’est comme s’il y avait une conspiration invisible des esprits, et dans ce flot, ma fille, notre Amélie, travailleuse, diligente, assidue, courageuse, d’origine arabe et germanique dit Wikipedia de son prénom, mais pour nous c’était depuis toujours l’améli-mélo de joies et d’inquiétudes, c’est Amélie qui semble orchestrer ce je ne sais quoi dont nous sommes au courant, comme si elle avait joué ce rôle depuis toujours. Elles communiquent avec leurs langues secrètes et sans doute je les parle un peu puisque j’ai tout de même compris qu’il s’agit d’assigner à résidence ceux qui ont voté les lois d’urgence perpétuelle et d’exception systématique. Partout où ils se rendent, des jeunes femmes les abordent et leur demandent s’ils ont bien pointé au commissariat d’un quartier pas si voisin avant de se promener ainsi par ces temps dangereux et leur rappellent les peines sévères qui frappent ceux qui ne respectent pas les obligations de leur assignation à résidence. Munies de bracelets électroniques, en fait les plus cheap des montres connectées, elles menacent de les apposer à des sénateurs qui protestent de leur attachement aux libertés fondamentales, en particulier les leurs, et à des députés startuppeurs désignés au parlement et pas tout à fait sûrs de comprendre les instructions de vote des groupes d’intérêt qui tirent les ficelles de leur patron. Comment ont-elles fait pour se mobiliser en si grand nombre et se répartir ce presque millier de parlementaires, je ne sais pas, mais on en arrête des dizaines qui vont se retrouver assignées à résidence pour de bon, si par chance elles évitent les sévices que je visualise en boucle pendant mes insomnies. Peut-être les autres parents croient-ils que c’est la leur qui orchestre l’ensemble, mais fierté ou névrose d’inquiétude parentale, je pense que non, c’est la mienne. J’imagine le cercle des soupçons qui se resserre, la surveillance pour identifier ses proches avant d’agir, ce qu’ils feront pour lui faire révéler les mystères des langues secrètes, leur frustration et leur violence quand ils réaliseront qu’ils ne peuvent se les approprier, que s’ils le pouvaient, ils auraient déjà fait défection, comme celle dont nulle ne connaît le nom mais qui leur a donné des renseignements précieux. Les organes crient à l’atteinte aux droits démocratiques sacrés du parlement, en réponse à quoi elles invoquent l’article 2 de la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne de la république universelle. Hier, un député a giflé une de ses assignatrices à résidence et malgré les appels au calme des autres, des passants ont commencé à le malmener un peu, des vidéos tournent en boucle, certaines où on ne voit que l’interpellation et la gifle initiales, d’autres où l’on ne voit que la bousculade finale et de rares où l’on voit l’ensemble de la scène. Je me rassure honteusement en constatant qu’Amélie n’y apparaît pas, puis c’est la fierté qui prédomine, une impression qu’elle est portée par une force qui la rend invulnérable, avant qu’enfin ma peur reprenne le dessus à la pensée que la jeune femme du pont, elle aussi, débordait, parait-il, d’une énergie triomphante.
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2. EUX
– Je vous explique la panique. Il y a une femme qui a passé deux fois une frontière avec, à chaque fois, une carte d’identité qui avait toutes les apparences d’être vraie, mais qui est forcément fausse. D’abord parce qu’il y en a deux. Le numéro de chaque carte est vraiment celui de quelqu’un qui, dans le fichier, a le nom indiqué dessus. La photo biométrique lui ressemble. Quand on fait tourner l’algorithme de reconnaissance de visages sur les deux cartes, il conclut que c’était la même personne. Même chose pour les empreintes dont on a finalement obtenu qu’elles soient dans le fichier. Mais les identités sont différentes. Et elles n’existent pas. Enfin, pas en dehors du fichier.
– Comment ça « pas en dehors du fichier » ?
– Quelqu’un a inséré chaque identité dans le fichier, avec toutes les infos et fabriqué pour chacune une carte indistinguable des vraies. Il n’y a aucune trace d’intrusion dans le fichier ni de délivrance de ces cartes. Pas de formulaire de demande papier. Aucune personne ressemblant aux photos n’est dans le grand fichier. Celui des condamnés, suspects, victimes, de leurs entourages et des fichés parce qu’étant passés au mauvais endroit au mauvais moment.
– Qu’est-ce qu’on peut faire pour empêcher ce type d’usurpation d’identité ?
– On ne peut tout de même pas vérifier en permanence que chaque entrée dans le fichier correspond à une demande effective avec son formulaire papier pour repérer le moment d’une intrusion.
– Mais alors comment on a repéré la falsification ?
– Ils s’en sont rendu compte à l’occasion d’une formation à l’usage du fichier. Le formateur a extrait une photo de la base et s’en est servi pour l’interroger. Et il a trouvé deux photos, celle qu’il avait extraite et une autre. A d’abord cru que c’était juste un faux positif. Mais les empreintes aussi concordaient, et la coïncidence des deux est impossible. Enfin, extrêmement improbable. Ils ont lancé une recherche sur les deux cartes dans les bases de la Police Aux Frontières et ont trouvé un passage pour chacune. Du Royaume-Uni pour l’une et de Turquie pour l’autre. À chaque fois vers la France. N’ont pas aimé ça du tout. Dans les lieux équipés, tous les passages avec cette photo déclenchent maintenant une alerte violette. Maximale mais discrète, pas d’intervention immédiate, surveillance rapprochée. Mais aucune alerte n’a été signalée pour l’instant.
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La guerre n’a pas tué grand monde. C’est le virus qui a fait toutes ces victimes. Les déblayeuses ont poussé les cadavres sur les côtés pour combattre et continuer la guerre. Mais il n’y a presque plus personne et l’incertitude plane sur la façon dont les robots la poursuivront pour leur propre compte.
Pour le virus, la première alerte a eu lieu il y a quelques années. Enfin, la première qu’on ait prise au sérieux en Occident. Il y en avait eu plusieurs autres avant, circonscrites à la Chine ou à l’Afrique. L’alerte aurait dû marquer les esprits, avec tout de même deux millions de morts, mais leur dispersion géographique, l’hécatombe – surtout pour les démunis et les vieux – avaient permis à beaucoup de l’oublier. Avec son injustice habituelle, la faucheuse avait frappé certains de nos proches et des personnes qu’on admirait, mais si on avait connu les autres, on aurait sans doute trouvé tout aussi injuste qu’ils périssent.
Un déluge de bons à consommer avec les clauses de remboursement du crédit en caractères invisibles, l’acceptation d’une surveillance panoptique pour le bien de tous et une fermeté accrue contre les radicalisés qui veulent détruire la santé économique des pays avaient offert quelques années de survie aux pouvoirs en place.
C’est revenu. En pire.
Le virus d’avant était déjà sournois avec ses asymptomatiques contagieux, sa durée d’incubation longue, ses symptômes multiformes et la terreur de l’étouffement. Le nouveau virus avait en prime des mutations rapides, contre lesquels les anticorps ne restaient efficaces que peu de temps. Surtout, il voyageait à dos d’oiseaux et se transmettait par les chiens et autres animaux domestiques.
Malgré l’expérience acquise, l’arrêt des vols aériens et la fermeture des frontières, malgré le confinement très rapide, l’épidémie s’était répandue dans le monde et notre espèce avait pris place dans la liste des menacées d’extinction.
Au début, la Slovénie a assez bien géré la situation, mais quand la pandémie a déferlé sur le monde entier, elle s’est retrouvée emportée comme le reste. Curieusement, une bonne proportion des dictateurs, des fous de pouvoir et de leurs serviteurs ambitieux a survécu.
Dès le début, ils avaient pensé au coup d’après. Certains voulaient juste revenir au monde d’avant, mais en pire, sans trop y croire, d’autres se posaient en ingénieurs de l’abandon de leurs propres politiques, mais on avait déjà des anticorps contre cette mystification. Inquiets de la sourde colère qui bruissait, leurs clients oligarques se sont impatientés.
Il n’y a pas eu d’après. La guerre est venue pendant. Ce fut une guerre de machines. L’épidémie n’avait pas, comme en 1918, attendu les derniers mois de guerre pour frapper, mais les machines ont poursuivi ce que les humains n’étaient plus capables de faire. Elles avaient été programmées pour détruire les équipements ennemis. Et la notion d’équipement avait été interprétée très largement.
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En fin d’après-midi, le huitième jour, un groupe est apparu au loin qui longeait le bord sud de la vallée. « Une vingtaine » a dit Darja. Prudents, ils font des détours pour éviter de s’approcher des robots qui, eux, ne semblent pas intéressés par leur présence.
Notre politique à l’égard d’autres survivants est bienveillante, on en a soupé de la suspicion d’une contagion qui n’existe plus – tous immunisés ou morts – et de la guerre, mais on a quand même des armes, au cas où. On s’est tenus bien visibles et calmes et les armes n’ont pas servi. Ils se sont arrêtés à trois cents mètres environ, dans une posture qui manifestait l’attente d’un signe de notre part, de bienvenue ou de rejet. On les a invités à nous rejoindre.
Ce sont des Italiens de Trieste, Trst pour nous, mais nous parlons presque tous italien et plusieurs d’entre eux slovène. Joyeux brouhaha de présentations. Ils nous précisent tout de suite qu’ils ne resteront pas avec nous, veulent continuer vers le nord, sont venus par ici pour contourner la vallée et les robots. Ils ont aussi remarqué que leur comportement est étonnamment pacifique, mais ce pourrait être un piège. Ils nous proposent de partager la nourriture qu’ils ont en plus grande quantité que nous.
Bien que la plupart de nos pensées soient tournées vers les tâches immédiates, nous discutons souvent de reproduction. D’abord pour l’éviter, nos stocks contraceptifs ne sont pas inépuisables et nous nous voyons assez mal nous occuper de nourrissons dans nos conditions de vie actuelles. Mais aussi, et plus curieusement, pour penser à d’éventuels descendants. Sutka, qui est anthropologue, nous a parlé de petites tribus de chasseurs-cueilleurs en Nouvelle-Guinée, qui pratiquaient des sortes de guerres rituelles et de trocs avec leurs voisins pour éviter une excessive consanguinité. Elle nous a fait comprendre assez énergiquement qu’il n’était pas question que notre petit groupe pratique le troc des femmes, sans parler de guerre, rituelle ou pas. Et s’il y avait des dispositions pour éviter la consanguinité, ce serait aux femmes du groupe de se prononcer.
Il semble qu’elles aient décidé d’anticiper le besoin, certaines jetant leur dévolu sur de nouveaux arrivants, sans aucune intention reproductive. Je ne sais pas si les Triestines ont eu les mêmes discussions, mais une certaine Erminia s’est montrée plus qu’amicale à mon égard et je ne suis pas pressé de voir leur groupe s’éloigner, ce qu’il fera cependant dès demain. Il semble y avoir une règle non écrite de ne pas essayer de recruter durablement les membres d’un autre groupe. Il y a deux couples dans notre groupe, un gay et un hétéro, et les quatre personnes concernées réfléchissent visiblement à la façon dont les dispositions esquissées vont s’appliquer à leur cas.
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Le champ de bataille est vide. Enfin, vide d’humains. Des robots tueurs y errent, trajectoires hésitantes, comme frustrés du manque de cibles. Les carcasses d’autres mécanismes dont la fonction n’est pas évidente rouillent de loin en loin. Le champ de bataille s’étend vers le sud-est. Il n’y a pas d’horizon, là où sa ligne devrait séparer la plaine du ciel, là où la terre devrait s’enfoncer dans le lointain, elle paraît monter au contraire en une sorte de butte, un entassement de choses indistinctes. « Des cadavres », dit l’un d’entre nous.
Darja scrute la vallée à la jumelle. Longtemps.
Je finis par lui demander : « Qu’est-ce que tu vois ?
– Il y a des animaux, des lièvres, je crois.
– Et alors ?
– Les robots ne les attaquent pas.
– Ils sont peut-être trop petits.
– Ce sont des RT47, programmés pour tuer tout ce qui bouge. »
Nous sommes assis à la limite entre la forêt et la vallée pour manger les conserves ramassées ce matin dans l’épicerie du village en ruines. C’est la fin de l’hiver, il faut absolument commencer à cultiver ou nous ne passerons pas le prochain. Le champ de bataille ressemble à une vallée alluvionnaire avec des zones d’étangs et de lacs, depuis longtemps cultivées, où nous espérons trouver des graines et des plants en plus du riz et du soja que nous portons précieusement dans nos sacs. La plupart d’entre nous sommes végétariens, mais il faudra ajouter à notre régime quelques prises de chasse en plus des cueillettes.
Nous commençons à construire des cabanes. Dans les Balkans, les hivers sont froids, mais à la lisière de la forêt, le bois ne manque pas pour construire et pour se chauffer. « Une cabane pour chacun, comme à Monte Verità », a dit Sutka.
Nous sommes douze, tous slovènes. Sept femmes et cinq hommes. Štefco et Friderik approchent la cinquantaine, le reste d’entre nous plus jeune.
Nous manquons d’outils, juste deux scies, des haches, une herminette, des clous, des gonds, des marteaux, et plus précieux que tout des tirefonds et des clés, le tout ramassé sous la houlette de Friderik dans un atelier dévasté. Elina a un jeu de gouges, mais elle le garde pour des travaux de sculpture dont elle dit que nous aurons besoin. Et pour l’agriculture, nous n’avons, ridicule et solitaire, qu’une houe. On s’y connaît en cabanes, d’expérience et de lectures. La construction va prendre plusieurs jours, une semaine sans doute. Mais, déjà, on ne pense qu’à comment se débrouiller avec les robots tueurs dans la vallée.
On a décidé qu’on emménagerait tous en même temps quand les cabanes seraient prêtes. En attendant, nuits à la belle étoile dans nos sacs de couchage protégés de la rosée par un sursac, petite concession au pétrole. Temps heureusement clément.
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1. LUI
Le mail arrive un lundi matin vers 10 h. Le sujet du message est « ta sœur ». Il émane d’une adresse jetable. Mon logiciel de mail soupçonne fortement une tentative d’escroquerie. Le sujet m’intrigue, je l’ouvre tout de même. Le corps du message est court : « Je suis ta sœur et j’ai besoin de toi. N’essaye pas de me répondre. Laisse-moi te contacter. » Souvenir de scams nigérians qui semblaient au départ ne rien demander pour installer une relation de confiance avant de réclamer des coordonnées bancaires ou d’autres données. Le message est signé Agathe Lambert. Je n’ai pas de sœur, mais comment savent-ils que, non rien, ils ne savent rien, c’est une coïncidence.
J’essaye de tracer le parcours du message, mais la piste s’efface. Et puis j’oublie. Enfin, presque.
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On considère le plus souvent qu’il y a liberté de l’information si pour tout courant de pensée il existe au moins un média susceptible de le relayer, et si tout citoyen a, s’il le souhaite, la possibilité d’accéder à ce média. L’ennemi de la liberté de l’information est alors la censure.
Les médias centralisés d’aujourd’hui posent pourtant un tout autre problème. Les groupes qui y détiennent les plus fortes positions ne contrôlent souvent que quelques dizaines de pourcents de l’audience de la télévision, de la radio et de la presse. Pourtant, ces groupes parviennent à exercer sur les représentations un contrôle sans précédent, même dans des sociétés beaucoup plus fermées.
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