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Note moyenne 4.43 /5 (sur 7 notes)

Biographie :

Après avoir été chercheur scientifique, puis acteur des politiques européennes, Philippe Aigrain est l’un des animateurs du mouvement mondial pour les biens communs informationnels. Il dirige aujourd’hui une société qui œuvre à faire émerger de nouvelles formes de débat public sur les orientations politiques. Il a publié Cause commune. L'information entre bien commun et propriété chez Fayard en 2005.

Ses articles sont en ligne sur son blog


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6 heures contre la surveillance : Philippe Aigrain (la Quadrature du Net) .

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SZRAMOWO   16 décembre 2014
Cause commune. L'information entre bien commun et propriété de Philippe Aigrain
Quelques objets techniques de plus,

ou bien une nouvelle civilisation ?

Petit tour de l’appartement d’une famille d’amis. Il y a deux ordinateurs connectés à un réseau universel de données (Internet). Une petite vingtaine

d’objets informationnels spécialisés contenant des processeurs : cinq montres et réveils numériques, y compris une montre-altimètre, deux télé-phones sans fil, trois téléphones portables, un répondeur et un fax (reliés à des réseaux spécialisés), deux chaînes stéréo et leurs télécommandes, un appareil photo numérique, un lecteur de DVD, une télévision et sa télécommande, une console de jeux, deux appareils de recherche en avalanche pour le ski de randonnée et un odomètre(1) de vélo. Quelques objets physiques à contrôle informationnel : le lave-vaisselle, la chaudière et son thermostat informatisé. Il y en aurait sans doute plus dans une famille de même niveau de revenus,

mais soumise à d’autres modes de consommation. La plupart des objets informationnels spécialisés fonctionnent avec des logiciels que l’usager ne peut pas modifier. Certains d’entre eux lui permettent cependant de créer des agencements d’information, comme les textos sur des téléphones portables.

À l’échelle de la planète, on retrouve cette diversité des objets informationnels. Osons quelques chiffres très approximatifs pour donner des ordres

de grandeur. Fin 2002, environ 600 millions d’êtres humains sur plus de 6 milliards avaient un ordinateur personnel (2).Ils étaient autant à avoir accès à

Internet, soit à partir de leur ordinateur personnel, soit au travail. Une proportion importante de ces personnes sont restreintes dans leur usage de ces objets techniques par le contexte dans lequel elles y ont accès ou par les limites de leur savoir-faire technique.



1. Ce petit ordinateur de bord qui affiche la vitesse, la

distance parcourue dans un trajet et la distance parcourue totale

depuis la dernière remise à zéro est l’un des plus aboutis des

objets informationnels spécialisés.

2. Source : UN Statistics/ITU, Millenium Indicators Database

: http://unstats.un.org/unsd/mi/mi_source_xrxx.asp ?source_code=36
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SZRAMOWO   16 décembre 2014
Cause commune. L'information entre bien commun et propriété de Philippe Aigrain
Ce livre a été écrit en interaction avec un petit

groupe de lecteurs qui ont réagi à l’exposé d’un

synopsis, à la lecture de certains chapitres, au choix

d’une orientation. Ce premier cercle de lecteursamis

se composait de Jacques Robin, pionnier et

inspirateur, de Valérie Peugeot, exigeante complice,

de Jean-Claude Guédon, critique chaleureux, et de

Patrick Viveret, tisseur d’humanité. Les autres

membres de Transversales Science Culture constituaient

un second cercle de partenaires. Remerciements

spéciaux à Henri Trubert, preuve amicale de

ce que le métier d’éditeur reste indispensable, à

Mireille, Suzanne et Louise pour mille aides invisibles

et cent bien concrètes, ainsi qu’à Florent

Latrive, David Bollier, Jamie Love, Manon Ress,

Fabio Petri, Joseph Giustiniani, Béatrice Korc et

l’équipe de la Société pour les espaces publics

d’information : Anne Brisset, Raphaël Badin et Karine Chevalet.
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Charybde2   27 octobre 2020
Surveillances de Philippe Aigrain
Gess était un jeune homme pâle à l'esprit précis. Il travaillait chez Amazon. Son titre ronflant - Lifetime Value Officer - dissimulait un quotidien assez répétitif de statisticien, plus précisément de data scientist voué à la gestion des "données massives". Dix heures par jour, Gess triait des chiffres afin de cartographier les pulsions consuméristes des internautes. Car les ventes de films, de musiques, de hottes aspirantes et de smartphones ne représentaient que la partie émergée de l'or amazonien. Sous terre, dans de grandes salles blanches, les serveurs brassaient des quantités phénoménales de téraoctets. Des vies entières y étaient émiettées - nom, âge, adresse, recherches, achats, renoncements et listes d'envie, mais aussi prix au mètre carré de l'habitat principal, fréquence et durée des connexions, type et prix du matériel utilisé et de l'abonnement au réseau, rapidité de frappe et nombre de fautes d'orthographe. Elles étaient ensuite compactées et vendues, comme des lingots, à des brokers en données personnelles. Ceux-ci les recoupaient avec d'autres données - celles des banques, assureurs, cartes de fidélité, médecins, écoles, messageries et loueurs de voitures, sans oublier le fisc, la domotique et la géolocalisation. Puis ils spéculaient sur cette étrange poudre numérique, qui connaissait ses bulles et ses krachs au même titre que le nickel, le pétrole, le Dow Jones et le droit à polluer. (Catherine Dufour)
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Charybde2   21 septembre 2020
Soeur(s) de Philippe Aigrain
76. LA MÈRE D’AMÉLIE

Non seulement je ne comprends pas comment elles ont fait, mais je ne comprends même pas comment je suis au courant. C’est comme s’il y avait une conspiration invisible des esprits, et dans ce flot, ma fille, notre Amélie, travailleuse, diligente, assidue, courageuse, d’origine arabe et germanique dit Wikipedia de son prénom, mais pour nous c’était depuis toujours l’améli-mélo de joies et d’inquiétudes, c’est Amélie qui semble orchestrer ce je ne sais quoi dont nous sommes au courant, comme si elle avait joué ce rôle depuis toujours. Elles communiquent avec leurs langues secrètes et sans doute je les parle un peu puisque j’ai tout de même compris qu’il s’agit d’assigner à résidence ceux qui ont voté les lois d’urgence perpétuelle et d’exception systématique. Partout où ils se rendent, des jeunes femmes les abordent et leur demandent s’ils ont bien pointé au commissariat d’un quartier pas si voisin avant de se promener ainsi par ces temps dangereux et leur rappellent les peines sévères qui frappent ceux qui ne respectent pas les obligations de leur assignation à résidence. Munies de bracelets électroniques, en fait les plus cheap des montres connectées, elles menacent de les apposer à des sénateurs qui protestent de leur attachement aux libertés fondamentales, en particulier les leurs, et à des députés startuppeurs désignés au parlement et pas tout à fait sûrs de comprendre les instructions de vote des groupes d’intérêt qui tirent les ficelles de leur patron. Comment ont-elles fait pour se mobiliser en si grand nombre et se répartir ce presque millier de parlementaires, je ne sais pas, mais on en arrête des dizaines qui vont se retrouver assignées à résidence pour de bon, si par chance elles évitent les sévices que je visualise en boucle pendant mes insomnies. Peut-être les autres parents croient-ils que c’est la leur qui orchestre l’ensemble, mais fierté ou névrose d’inquiétude parentale, je pense que non, c’est la mienne. J’imagine le cercle des soupçons qui se resserre, la surveillance pour identifier ses proches avant d’agir, ce qu’ils feront pour lui faire révéler les mystères des langues secrètes, leur frustration et leur violence quand ils réaliseront qu’ils ne peuvent se les approprier, que s’ils le pouvaient, ils auraient déjà fait défection, comme celle dont nulle ne connaît le nom mais qui leur a donné des renseignements précieux. Les organes crient à l’atteinte aux droits démocratiques sacrés du parlement, en réponse à quoi elles invoquent l’article 2 de la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne de la république universelle. Hier, un député a giflé une de ses assignatrices à résidence et malgré les appels au calme des autres, des passants ont commencé à le malmener un peu, des vidéos tournent en boucle, certaines où on ne voit que l’interpellation et la gifle initiales, d’autres où l’on ne voit que la bousculade finale et de rares où l’on voit l’ensemble de la scène. Je me rassure honteusement en constatant qu’Amélie n’y apparaît pas, puis c’est la fierté qui prédomine, une impression qu’elle est portée par une force qui la rend invulnérable, avant qu’enfin ma peur reprenne le dessus à la pensée que la jeune femme du pont, elle aussi, débordait, parait-il, d’une énergie triomphante.
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Charybde2   21 septembre 2020
Soeur(s) de Philippe Aigrain
2. EUX

– Je vous explique la panique. Il y a une femme qui a passé deux fois une frontière avec, à chaque fois, une carte d’identité qui avait toutes les apparences d’être vraie, mais qui est forcément fausse. D’abord parce qu’il y en a deux. Le numéro de chaque carte est vraiment celui de quelqu’un qui, dans le fichier, a le nom indiqué dessus. La photo biométrique lui ressemble. Quand on fait tourner l’algorithme de reconnaissance de visages sur les deux cartes, il conclut que c’était la même personne. Même chose pour les empreintes dont on a finalement obtenu qu’elles soient dans le fichier. Mais les identités sont différentes. Et elles n’existent pas. Enfin, pas en dehors du fichier.

– Comment ça « pas en dehors du fichier » ?

– Quelqu’un a inséré chaque identité dans le fichier, avec toutes les infos et fabriqué pour chacune une carte indistinguable des vraies. Il n’y a aucune trace d’intrusion dans le fichier ni de délivrance de ces cartes. Pas de formulaire de demande papier. Aucune personne ressemblant aux photos n’est dans le grand fichier. Celui des condamnés, suspects, victimes, de leurs entourages et des fichés parce qu’étant passés au mauvais endroit au mauvais moment.

– Qu’est-ce qu’on peut faire pour empêcher ce type d’usurpation d’identité ?

– On ne peut tout de même pas vérifier en permanence que chaque entrée dans le fichier correspond à une demande effective avec son formulaire papier pour repérer le moment d’une intrusion.

– Mais alors comment on a repéré la falsification ?

– Ils s’en sont rendu compte à l’occasion d’une formation à l’usage du fichier. Le formateur a extrait une photo de la base et s’en est servi pour l’interroger. Et il a trouvé deux photos, celle qu’il avait extraite et une autre. A d’abord cru que c’était juste un faux positif. Mais les empreintes aussi concordaient, et la coïncidence des deux est impossible. Enfin, extrêmement improbable. Ils ont lancé une recherche sur les deux cartes dans les bases de la Police Aux Frontières et ont trouvé un passage pour chacune. Du Royaume-Uni pour l’une et de Turquie pour l’autre. À chaque fois vers la France. N’ont pas aimé ça du tout. Dans les lieux équipés, tous les passages avec cette photo déclenchent maintenant une alerte violette. Maximale mais discrète, pas d’intervention immédiate, surveillance rapprochée. Mais aucune alerte n’a été signalée pour l’instant.
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Charybde2   21 septembre 2020
Soeur(s) de Philippe Aigrain
1. LUI

Le mail arrive un lundi matin vers 10 h. Le sujet du message est « ta sœur ». Il émane d’une adresse jetable. Mon logiciel de mail soupçonne fortement une tentative d’escroquerie. Le sujet m’intrigue, je l’ouvre tout de même. Le corps du message est court : « Je suis ta sœur et j’ai besoin de toi. N’essaye pas de me répondre. Laisse-moi te contacter. » Souvenir de scams nigérians qui semblaient au départ ne rien demander pour installer une relation de confiance avant de réclamer des coordonnées bancaires ou d’autres données. Le message est signé Agathe Lambert. Je n’ai pas de sœur, mais comment savent-ils que, non rien, ils ne savent rien, c’est une coïncidence.

J’essaye de tracer le parcours du message, mais la piste s’efface. Et puis j’oublie. Enfin, presque.
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Aunryz   24 novembre 2020
Cause commune. L'information entre bien commun et propriété de Philippe Aigrain
On considère le plus souvent qu’il y a liberté de l’information si pour tout courant de pensée il existe au moins un média susceptible de le relayer, et si tout citoyen a, s’il le souhaite, la possibilité d’accéder à ce média. L’ennemi de la liberté de l’information est alors la censure.

Les médias centralisés d’aujourd’hui posent pourtant un tout autre problème. Les groupes qui y détiennent les plus fortes positions ne contrôlent souvent que quelques dizaines de pourcents de l’audience de la télévision, de la radio et de la presse. Pourtant, ces groupes parviennent à exercer sur les représentations un contrôle sans précédent, même dans des sociétés beaucoup plus fermées.
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Charybde2   27 octobre 2020
Surveillances de Philippe Aigrain
Je me mis à marcher dans le bureau, à longer les quatre-vingt-quatorze cartons empilés dans lesquels était accumulé un quart de siècle de repas, de mictions, de douches, d’ongles coupés, de rasages, de nouvelles du jour, de prix de la viande et des œufs, de travaux ménagers, de météo, sans jamais, apparemment, que tout ceci ne soit traversé de la moindre réflexion métaphysique ou existentielle. Les faits, juste les faits, dans leur fourmillement quotidien, infini. L’inverse d’un journal intime. À moins que ce ne soit cela, le véritable journal intime, réalisai-je soudain : la consignation objective du très-intime (le fonctionnement du corps) et du résolument non-intime, sans se préoccuper du fluctuant subjectif, à savoir les tourments de l’âme – que par là même, d’ailleurs, on parvient peut-être à contenir. C’était peut-être même la véritable raison d’une telle entreprise : fuir le plus possible les tourments de l’âme. Un comble pour un homme de Dieu. (Christian Garcin)
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Charybde2   27 octobre 2020
Surveillances de Philippe Aigrain
Je veux qu’il m’aime.

Il est né pour me haïr ou au moins ne voir en moi qu’un objet à conserver dans le faisceau de son regard armé. C’est le seul moyen – nous vider du vibrant, du singulier, de l’émouvant – d’amener des hommes à faire ce qu’ils font : nous considérer comme sacs vides, corps indissociables du corps ennemi, meute dense et changeante, à mater. Et ainsi, sans états d’âme, trier, circonscrire, déplacer, déposséder, affamer, battre bas. Éliminer si nécessaire et sans ciller. Qui peut occuper ses jours à une telle mission et ne pas avoir au préalable subi cette sorte d’entraînement des pensées qui consiste à les endolorir, à rabâcher les vues officielles, leurs justifications huilées, jusqu’à l’engourdissement de ce qui en soi pourrait se cabrer contre l’ordre ? (Carole Zalberg)
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EvlyneLeraut   16 décembre 2020
Soeur(s) de Philippe Aigrain
Je suis en moi comme dans un pays étranger.

Que vont-ils faire de moi s'ils m'attrapent, de quoi Ambra s'est-elle enfuie, savait-elle quelque chose que j'ignore, quelle me cachait dans sa douceur?
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