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Citation de chriskorchi


chriskorchi   27 juin 2013
L'obligation du sentiment de Philippe Honoré
D'une voix voilée, presque imperceptible, l'adulte demande à l'enfant de lui donner la main et lui tend celle qu'il a fermée. Celui-ci n'hésite pas. Il ne veut pas jouer au froussard, il le fait. Très vite, il sent le contact glacé de la lame : son père cache un couteau. Les deux personnages sont maintenant liés par cette arme qu'ils tiennent à deux mains dans le désert d'une forêt d'automne.
- Tue-moi ! Dit l'homme ; tue-moi ! Il n'y a que ça à faire. Il n'y a que ça que tu puisses faire pour me prouver ton amour.
Puis il se tait. Toujours reliés l'un à l'autre, la main du père l'arme, la main du fils, ils restent ainsi quelques secndes ; chancellements de lumière, bruissements d'animaux minuscules.
L'enfant s'échappe tout à coup. Court, pleure. Il ne veut pas perdre son père, pas comme ça, pas déjà. Il court vers la maison. Il pense qu'il préférerait, lui, être égorgé par ce couteau plutôt que de se retrouver orphelin, sans cette quête d'amour impossible à ravir. Il court du plus vite qu'il peut, titube et tombe. Menton sur un tas de mousse et de branchages enchevêtrés. Il ferme les yeux. Il entend son père qui s'approche, qui lui crie encore :
Tue-moi ! Empêche-moi d'avancer vers toi. Sauve-toi. Ne pardonne jamais. Jusqu'à mon souvenir, tue-moi !
A chaque fois, Martin se réveille en sursaut, glacé. Il voit très distinctement son père devant lui, dans sa chambre d'enfant. Il revoit l'oreiller pressé contre sa tête qui l'attend dans l'effroie et l'impatience. Martin se lève, allume toutes les lumières et à travers les larmes il implore cet homme qu'il n'a cessé d'aimer : Tue-moi.
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