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Note moyenne 3 /5 (sur 1 notes)

Nationalité : France
Biographie :

Pierre Rive est un auteur né en 1960 en Loire-Atlantique. Avec ce pseudonyme, il a publié plusieurs livres : poésies, proses, nouvelles, critiques, humours, parodies, écritures pour la jeunesse.
Il s'intéressera de bonne heure à la poésie et à la littérature. De nombreux textes prendront naissance à l'adolescence.
De 1994 à 2004, il reviendra à plume. Il accumulera sur son bureau des textes à caractère poétique. Une partie de cette création sera proposée et éditée en Belgique en 2006. (Écriture vol 1 et vol 2)
De nombreux textes paraîtront dans les revues.



Source : http://www.pierre-rive-auteur.id.st
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
Zep5   07 juin 2019
PARCS de Pierre Rive
Extrait :



Il faisait chaud sur le parking. J’ai toujours aimé la chaleur. Habiter au Brésil parmi les femmes qui se trémoussent ou dans un petit village de pêcheurs entre les murs blancs de la Grèce, cela me serait très agréable. Certes, l’image du Brésil est un leurre : la profusion de la misère, la pollution de la baie de Rio… Certes, les statues qui ont bercé de légendes ont tendance à s’enliser dans les marécages de nos soirées coutumières. Cependant, retrouver le geste essentiel, raccommoder les filets, manger à sa juste faim, boire le sang du crépuscule me serait vraiment très agréable.



Mais, j’étais garé devant ce parc dans une ville pieuvre dont les ventouses happaient avec avidité les campagnes environnantes. Pourtant, des branches lourdes traversaient les grilles impunément avec des dégradés de vert. Dans la chevelure des arbres, murmurait déjà un monde nouveau. On aurait dit que la nature voulait retrouver ses droits sur le bitume. Le parking était désert ou presque, un chien urinait devant une cabine téléphonique en péril. C’était l’heure de midi, et je m’apprêtai à faire fondre la graisse de la quarantaine.



J’avais mis mes chaussures de sport, et j’étais en train de verrouiller ma vieille carrosserie, lorsqu’une voiture est venue se ranger juste à côté de la mienne. Effectivement, sur un parking désert, venir s’aligner à cet endroit me parut bien étrange. Enfin ! Il y a plus étrange ! J’ai donc jeté un coup d’œil sur le conducteur, je ne voyais pas grand-chose avec les reflets que faisait le soleil. Je me suis accroupi pour serrer mes lacets. La vitre s’est baissée, laissant apparaître un visage féminin.



La femme souriait. Dingue ! Une femme qui se mettait à sourire ! Il est possible que ce soit un phénomène de société, je trouve que les femmes sont de moins en moins souriantes : le stress, le travail, la compétition, les embouteillages, le sida, l’équilibre amoureux, la mignonne abandonnée avec son rejeton, la donzelle qui cherche le prince charmant à chaque coin de rue, le boutonneux qui pique sa crise… La libération des mœurs n’a pas arboré que de bonnes choses. Non seulement elle souriait, il faisait beau. Je n’ai jamais eu la moindre aversion envers les gens de couleur : elle était noire, et son faciès était racé.



Il y avait quelque chose de risible. Je me trouvais avec mon short et mes jambes pleines de poils en face d’une black qui laissait glisser sur son nez des lunettes avec montures dorées. Le rouge vif qu’elle portait aux lèvres ne contrastait pas vraiment. Cependant, dans le blanc de ses yeux, on pouvait s’y perdre, assurément.



Le besoin de séduire qui m’avait tenu la main pendant des années avec fougue ne faisait plus partie de mes rituels. Cependant, faire un brin de causette n’était pas interdit. Je me suis accoudé à sa portière, comme on s’accoude sur le muret du voisin pour lui parler des légumes ou des fleurs de son jardin. Il y avait un livre sur le tableau de bord. Je lui ai demandé si elle aimait la littérature. Elle m’a montré la couverture de l’ouvrage : c’était une collection à l’eau de rose. Tous les goûts sont dans la nature, pour ma part, l’eau-de-vie et l’eau de rose… L’écriture n’est pas uniquement ce nid où les chenilles sortent à la file indienne comme des majorettes sous un ciel merveilleux.



Je décidai de changer de conversation… tout en parlant, je remarquai une jolie paire de seins dont le grain ressemblait à celui d’une peau d’orange. Les fruits semblaient vouloir éclater l'enveloppe. La vie d’un homme n’est pas toujours facile à gérer à ces moments-là. D’autant plus que ses jambes laissaient deviner des festins. Je lui aurais bien fait un petit sur la banquette arrière, afin que notre progéniture éphémère aille crier le feu dans les feuillages de ce parc. Nous étions sous le soleil, j’avais le vent du désir, au cœur d’une ville où subsistait un refuge. Peut-être était-elle venue de sa hutte en terre pour voir l’homme blanc avec du poil aux pattes ?



Tout à coup, elle m’a proposé une partie de joyeuses à l’hôtel. Tiens ! Une prostituée ! Marrant ! J’avais pensé à une secrétaire, une vendeuse, une avocate, un flic, un cadre dynamique, une féministe, une pédagogue de la poésie… La prostituée, ce genre de métier m’était complètement sorti de la tête. C’était donc un sourire commercial. Je ne lui ai pas demandé si elle faisait cela librement ou si son lascar venait relever les compteurs chaque fin de semaine. En tout cas, c’était une très belle femme, et l’idée qu’elle était venue à ma rencontre acculée par la nécessité me faisait froid dans le dos. L’union de l’Europe est un vrai tas de pus, je ne parlerai pas du restant…



J’ai connu une fille qui faisait le même travail quand j’étais dans le sud du Maroc – il y a des années. On habitait sur le même palier, ce fut un pur hasard. Elle s’appelait Fatima, on fumait souvent ensemble le narguilé et l'on buvait le thé à la menthe. De temps en temps, elle m’invitait à ses réceptions mondaines : dans la salle qui lui servait de chambre à coucher, elle préparait le couscous. Puis, arrivait un client potentiel ; elle s’installait sur ses coussins et commençait son cinéma avec des gestes de divinité du sable. Quand les choses devenaient concluantes, je me dérobais avec le sourire. Les soirs où elle avait le cafard, elle venait frapper à ma porte. Nous étions devenus amis.



Ce n’était pas une femme d’une beauté extraordinaire, mais de son visage émanait un charme certain. Elle était grassouillette, un peu moins que les baigneuses de Renoir – tout de même. Mais, sa chair était rassurante. Dans la cour intérieure qui était commune à nos deux paliers, les mosaïques tapissaient les murs. Au milieu de la cour, il y avait le néant. Et, au milieu du néant, il y avait Fatima qui accomplissait la danse du ventre pour mon plaisir. De voir se tortiller ce corps me rendait fou, j’aurais bien fait mon habitat dans son nombril pour l’éternité. À ce moment, nous redevenions des enfants. Moi qui fuyais les rouages de l’occident. Elle, la prostituée qui s’offrait en pâture aux conquérants.



Un matin, je suis parti sur la pointe des pieds. Je n’ai pas eu le courage de lui dire… depuis, j’ai souvent regretté.





J’ai enlevé mon coude du comptoir de la black.





J’ai couru longtemps.









Parking
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Zep5   07 avril 2018
Billy the Cid de Pierre Rive
Extrait 1

Pierre Corneille avait pour mère l’oiseau de son nom. C’était un drôle d’oiseau, une corneille noire (Corvus corone). L’animal était du genre passereau et ne faisait que passer, un peu comme vous et moi. Ce genre de bestiole se trouve principalement à la campagne. Mais celle dont je vous parle vivait en ville. Malheureusement, cette corneille avait l’habitude de montrer son fion à tous les tétrapodes emplumés du coin. Elle écartait ses jolies ailes, et elle chantait sur les toits qu’elle était en tiédeur permanente. On suppose que l’enfant a longtemps souffert du tempérament volage de sa génitrice. Quant à son père, nous avons très peu d’information. Peut-être un moineau, un étourneau ou encore un épervier complètement bigleux. Concernant la date de naissance de Pierre, il y a des doutes. Ce qui est ennuyeux pour une biographie. Mais les ornithologues nous donnent tout de même une fourchette de sa mise au monde. Il faut donc l’estimer entre 1400 et 1900. Effectivement, 1400 est un repère, puisque Piero della Francesca naquit à cette période, plutôt vers 1412 ou 1420 ou alors 1430… C’est pratique avec des cocos pareils ! Comment voulez-vous transmettre des informations sérieuses aux esprits curieux ? Bref, Francesca était un pauvre pékin qui peignait des madones, des barbus crucifiés, des annonciations, des résurrections, des triomphes de la chasteté, etc. C'est-à-dire tout un attirail merdique qui émoussait la papauté. Bon ! Revenons à notre mouton. L’année 1900, c’est facile à se rappeler, c’est l’année de naissance d’Antoine de Saint-Exupéry. Hein ? Mais si ! Le Petit Prince ! Encore une histoire bizarre ! On a retrouvé son zinc dans le bouillon au large de Marseille, mais pas le bonhomme. Si ça se trouve, c’était une ruse, il s’est éjecté avant de pénétrer le liquide et il s’est cassé au Brésil avec une souris en matelas pneumatique. Hein ? Oui ! Nous sommes toujours avec Pierre Corneille ! Donc, le petit finit par grandir, et nous savons par les dires que, dès qu’il fut jeune homme, sa vioque lui acheta une épicerie sur les bords de Seine à côté de Rouen. Hein ? Si ! Si ! Le nom de la ville est aisé à se mémoriser. C’est là que Jeanne la Pucelle a fait un grand méchoui avec les Angliches. Pas étonnant qu’on l’ait appelée « La Vierge », elle se baladait toujours en armure, il était donc difficile de lui mettre la main au slibard. Ce n’est pas comme les mignonnes d’aujourd’hui, toujours à exhiber leurs miches et leurs tétines sur Internet. Hein ? Comment dites-vous ? Si ! Si ! On continue la biographie du gaillard. Au début, son épicerie était très prospère. Mais Pierrot avait du sang chaud dans les veines, et bientôt il se mit à fréquenter les morues du quartier et à picoler. Un jour, il a disparu de la circulation. Sa mort reste aujourd’hui une énigme. Les journaleux de l’époque ont supposé qu’il avait été asphyxié par une paire de gros nibards, d’autres ont pensé qu’il était parti sur les routes pour y vendre des spiritueux. Mais, c’est bien connu, les journaleux racontent souvent n’importe quoi. Bref, la famille a vendu l’épicerie. Le nouveau propriétaire s’est mis à y faire un peu de ménage. Et là ! Que trouva-t-il dans la réserve du magasin ? Hein ? Quoi ? Non, non !! Ni un porte-jarretelles, ni un soutif, ni une boutanche de whisky. Mais… un… un… un manuscrit. Il a trouvé un manuscrit !! C’était une pièce de théâtre intitulée « LE CID » – ne pas confondre avec le CIDRE, qui reste encore la boisson préférée des Bretons. L’ouvrage fut transmis à un éditeur, qui fut subjugué par la verve et par la trame. La pièce fut jouée rapidement sur les grands podiums des villes, et ce fut un succès immédiat. Remarquez, il était fortiche le Corneille pour inventer un personnage qui embroche son futur beau-père, repousse une colonie de Maures, amoche l’amant de sa greluche… Ça tient du génie. Le Cid, c’est un peu « Billy the Kid » : un teigneux, un amoureux de la boucherie.
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Zep5   07 juin 2019
Ville de Pierre Rive
Extraits :



C’était une belle matinée d’automne, le soleil était doux, on aurait pu boire à sa source sans se brûler les lèvres. Les allées, les pelouses, et les trottoirs étaient déjà jonchés de feuilles mortes. Encore, quelques dahlias aux couleurs éclatantes levaient la tête.



En sortant du tram, j’ai rencontré un ami que je n’avais pas vu depuis plusieurs mois. C’est toujours pareil, on se dit que… Et puis le temps passe, on oublie de se voir, on a ses occupations… Je lui ai donc proposé de prendre un café, de griller une cigarette, de faire un peu la causette. Le serveur était à peine arrivé avec son plateau fumant que le portable du compère s’est mis à sonner… J’allais lui dire que… lorsqu’une deuxième sonnerie a fredonné… J’aurais voulu savoir si… une troisième sonnerie… Je commandai donc deux autres cafés, et lui demandai des nouvelles de… lorsqu’il m’a prié de l’excuser, car il avait un message à écrire. Il a tripoté son clavier pendant que je payais l’addition…



En sortant du bistrot, nous nous sommes serré la main, et il m’a dit : « Tu sais, ça fait du bien de pouvoir discuter avec un ami de longue date ! »





Téléphone



Les villes deviennent invivables, saturées de klaxons, de crissements de freins, et d’émanations d’essence. Il suffit que l’homme se trouve en face d’un volant, d’un seul coup il devient le maître du monde. Il manipule son levier de vitesse comme s’il palpait son pénis dans l’arène du sexe. Il ouvre sa fenêtre, invective, fait des appels de phares, double avec condescendance. De plus, la voiture est devenue le symbole de la réussite sociale, ce n’est pas l’outil pragmatique, telle la pointe réclamant le marteau, mais la foire des envieux et des arrogants. Et puis, il faut dire que le monde a changé, les femmes sont arrivées sur le marché du travail. Après une lente émancipation et un épanouissement intellectuel, la douce maman du foyer est aujourd’hui devenue la reine du bizness, la prêtresse d’une pyramide infernale – paradoxalement, elle reste l’objet à dentelles, la publicité et le marketing lui tirent des aubades à tous les vents. Cependant, la femme libérée utilise une voiture pour aller œuvrer, et il n’est pas rare de voir des troupeaux sur les banquettes des attelages. Quant à la progéniture, il a grandi entre deux machines à polluer, et son premier geste est de caresser la pédale d’accélérateur.



Alors, tout ce beau monde vient envahir les rues et les boulevards périphériques. Et tant que le pétrole rapporte, on n’est pas encore disposé pour d’autres solutions.









Les voitures
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Zep5   06 juin 2019
Mélange de Pierre Rive
Extrait :



Il vaut mieux se taire quand on n’a rien à dire. Déjà, cette phrase est beaucoup trop prolixe. Pour tout vous dire, il aurait mieux fallu ne pas l’écrire. Ou alors, simplifier l’expression de telle façon que… que le blanc soit plus exprimé. C’est à dire, trouver un raccourci algébrique qui fait économie de mots tout en gardant le timbre de l’idée première. Cependant, si je suis ce raisonnement, nous arrivons indéniablement dans un monde empreint de difficultés. Choisissons un fragment de cette phrase : il vaut mieux. Avouez que même si l’on n’a rien à dire, « il vaut mieux » ne veut strictement rien révéler. Car, à cet effet, on peut tout imaginer. Assurément, on peut dire : il vaut mieux avoir sa main dans la culotte de la voisine, plutôt que dans celle du voisin. Ou encore : il vaut mieux être un singe ignorant plutôt qu’une tête de veau ébouillantée. C’est ce qui m’étonnera toujours dans la langue française, on débute une phrase et puis… Bon ! Continuons notre développement. Si je prends une autre fraction : se taire. Se taire quand il est isolé de la phrase n’est pas plus explicite. Car, on peut se taire pour écouter l’autre, puis parler profusément. Ou encore, on peut se taire lorsque l’on est à la pêche au bord d’un lac ; tout à coup se décrocher les mâchoires ; chanter des chansons paillardes, parce que le poisson a mordu l’hameçon. Bon ! Enfin, prenons : « on n’a rien à dire . » On peut très bien ne rien avoir à dire sur tel ou tel sujet. Et puis, étaler une thèse sur la vie des moustiques dans l’Arctique. Bon ! Résultat des courses, on ne peut guère simplifier l’expression. Et, c’est bien dommage, car j’aime les choses simples. D’ailleurs, tout ce qui est compliqué me donne la nausée, me chiffonne et me fait mal aux seins. Quand je pense qu’il y a des gens qui parlent ou qui écrivent pour ne rien dire… En vérité, je crois qu’il est préférable de l'exprimer verbalement. Quoique… Quoique, le fait de le dire soit déjà très loquace. Le mieux serait d’en parler à un proche, cela afin qu’il puisse le dire à votre place. Et, on s’en laverait les mains ! Quoique… Quoique, le fait d’en parler à votre voisin soit déjà trop bavard. En vérité, le plus sage serait de le mimer. Nous serions enfin dans le royaume du silence, de la quiétude. Voilà ! Voilà ! Pourtant…



Pourtant, les gens qui brassent de l’air pour ne rien dire m’agacent particulièrement.









Il vaut mieux se taire…
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Zep5   24 juillet 2018
Hier-Aujourd'Hui de Pierre Rive
Extrait:



Qui a cru aux chants de l’oiseau ?

Quand la ville dormait

Quand les paupières des maisons étaient closes.

La nuit, comme un océan inanimé

Et son encre étalée sur les pierres érodées.

Quand les hommes reposaient

Atrophiés, défigurés

Repliés dans leur bazar de miroirs

Et de fausses certitudes.



Qui a cru aux chants de l’oiseau ?

Aux portes lunaires

Plumes sur la branche de l’instant

Phrases dispersées et retrouvées

Sur les lèvres du vent.

Quand les arbres tendaient leurs bras

Aux moissons du ciel

Et s’enlaçaient dans les bruissements

L’amour à fleur d’écorce.



Qui a cru aux chants de l’oiseau ?

Quand son bec vorace

Lacérait les robes de la laideur

Et se gavait de souffles divins.

Sa poitrine tachetée de lumières

Emettait des musiques sans fin.

Les ailes déployées, saisissantes

Dans les feux ardents

Du rêve.



Je l’entends toujours

Parmi mes navires nocturnes.

Serait-ce une sirène

Mi-femme mi-oiseau ?

Inutile de m’attacher à un mât

Ou de mettre de la cire

Aux oreilles des mots

Car je sais qu’elle a le front blanc

Et les yeux clairs.

Nous avons voyagé

Sous les mêmes étoiles

Nous avons eu

Les mêmes soifs.

Mes os orneront

Son abri de ramures

Et

Son visage

Aura toujours les mêmes traits.





Qui a cru aux chants de l’oiseau ?

Quand les hommes muselés

Pleuraient dans leur bazar de fausses certitudes.



Je l’entends toujours

Parmi mes rides.

Euphonie soudaine

Embruns sur les roches nues

Ombres des éclats

Ondulant sur les draps de sable.



Alors

Revient la faim

Et son cortège de clartés

Comme des halos au creux des vagues

Dans une mer insatisfaite d’écume.



Et

Dans cette sueur

La longue étreinte

Du songe et du souffle.



Qui a cru aux chants de l’oiseau ?



Je connais des créatures

Que l’on montre du doigt

Comme un fléau.



Je connais des créatures

Que l’on prend pour des bêtes

Mais

Dont les mélodies apaisent

Et dont les pelages

Se roulent de plaisirs

Dans les herbages du verbe.





Qui ?





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Zep5   01 février 2019
Petites histoires de Pierre Rive
Extrait "L'enfant guerrier"



C’était un enfant

Pas plus grand qu’un faon

Et comme tous les faons

Il n’avait pas de bois sur la tête.

Et pourtant

Déjà

Des emblèmes

Des armes redoutables

Dans les yeux.



Noir

Noir était son regard.

Blonds

Blonds étaient ses cheveux.

En bataille sur le front.



Il portait des culottes rapiécées

Usées par la sueur des journées.

Et aussi

De grosses bretelles

Des chaussures éculées.

C’était un amoureux de la rue.





C’était un enfant

Pas plus grand qu’un faon

Faon ? Faon ?

Non !

Les faons ne portent pas de pantalons

Ni de bretelles

Ni de chaussures déformées.

Ce n’est qu’une image

Un fruit de la poésie.
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Zep5   08 août 2019
Dialogues pour rire ou pour pleurer de Pierre Rive
Extrait :



La vieille gare



La vieille gare - J’ai vu tant de trains passer dans mes entrailles, j’ai vu tant de trains. Certains venaient de loin, avec encore les lambeaux de la nuit, avec sur les vitres la pluie et le sang des arbres. Leurs roues crissaient dans mon intestin, et je digérais aventuriers, travailleurs et vacanciers. J’ai vu tant de trains, les yeux givrés, ou le dos cuit par le soleil des étés.



Le quai de la gare - J’ai vu tant de passagers sur mon tapis bétonné, j’ai vu tant de passagers, et j’étais le serviteur de leurs jambes animées. Certains étaient pressés, conditionnés par les ficelles du gagne-pain et des affaires. D’autres, heureux de prendre un repos mérité.



Le café de la gare - J’ai vu tant de fessiers sur mes chaises, j’ai vu tant de fessiers. De toutes les rondeurs, de tout acabit. J'ai vu l'angoisse comme un masque quand la fatigue des ouvriers venait se rincer le gosier. J'ai vu la colère montrer son poing avec des musiques de verres brisés. J’ai vu des ongles rongés d’impatience, et la joie danser, quand descendait du compartiment l’être désiré. J’ai entendu des halètements et des cris enfiévrés qui venaient des toilettes.



La vieille gare - Mes pauvres amis, mon pauvre tapis et mon cher café. Bientôt, je vais fermer mes portes pour toujours. Nous ne serons plus qu’une impasse, des rails absurdes mangés par les herbes. Il n’y aura plus de vélos posés contre nos murs, plus d’amoureux à se bécoter dans les coins, plus d’attentes de convois. Mes pauvres amis, nous ne serons plus que des pierres fissurées, imbibées par les intempéries. Les enfants viendront crever nos yeux, et nous abriterons le grand bal du désespoir. Enfin, nous serons certainement la proie d’un promoteur et d’un maire assoiffé de pouvoir.
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Zep5   07 juin 2019
Eternelle Mythologie de Pierre Rive
Extrait :



Acte 4





Sur les remparts de Troie, le roi converse avec son fils.





Priam



- Depuis que Pâris a ramené sa greluche de Sparte, on est dans la merde. Et, on s’enlise un peu plus chaque jour. Il y une odeur de putréfaction dans les rues de la ville. Les citoyens ne sont pas folichons. Et, avec le réchauffement de la planète, l’odeur ne fait que s’amplifier. On va finir dans la mélasse avec deux doigts dans le tarin. On va avoir bonne mine, si un jour ils trouvent nos fossiles. Ils vont nous prendre pour des extra-terrestres. .. Je vois déjà le tableau… Et puis cet Achille, ça fait déjà cinq ans qu’il fait le fanfaron devant nos portes. Ça fait déjà cinq ans que nous nous affrontons comme roulés par les vagues d’une mer en fureur.



Hector



- Il vrai que le frangin a toujours été un mordu de la fesse et de la motte. Maintes fois, je lui ai dit d’envoyer sa cocotte valdinguer dans les poubelles. Simplement, madame est une bonne vendeuse de sucettes. Madame a la menteuse bien accrochée et elle sait très bien rouler des galoches. Madame a les frusques les plus chéros de tout le voisinage. Et, à force de jouer du valseur avec ses jupettes au ras de la moule et ses talons hauts, elle va finir par créer la zizanie chez les familles honnêtes.



Priam



- Ah ! Ah les femmes ! Les femmes ! ( D’un coup de paluche, il écrase une colonie de mouches sur son front auguste) Quand on élève des biques, il y a moins de problèmes !



La petite cosette



- Quoi les femmes ! Quoi les femmes !



Scapin



- Vous n’avez pas vu Léandre ?
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Zep5   07 avril 2018
Billy the Cid de Pierre Rive
Extrait 2



Don Fernand : Bien ! Je vais donc vous dire la chose. Je suis très perturbé par l’éducation de mon fils, le prince Albert. Il va bientôt avoir dix-huit ans, mon Bébert, il a plein de boutons sur le tarin et autour des mirettes. Il ne connaît rien des greluches et des techniques amoureuses.



Don Diègue : Voilà une triste histoire, Mon Souverain !



Don Gomès : Quelle misère !



Don Fernand : De plus, Monsieur a la cafetière complètement enfumée. Il s’avachit toutes les journées sur son sofa ; il tchatche avec des attardés sur son écran magique.



Don Diègue : Quel malheur !



Don Gomès : Tout fout le camp !



Don Fernand : Par ailleurs, Albert n’est vraiment pas fortiche avec les mathématiques.



Don Diègue : Pfffffff !



Don Gomès : Ah, la jeunesse !

.

Don Fernand : Quant à sa langue natale, c’est désastreux ! Il a du mal à s’exprimer oralement, la menteuse fourche entre les syllabes. On dirait qu’une bestiole lui a chié au fond du gosier ! Pour l’écriture, c’est pire ! Comment se fesse* ? me direz-vous. C’est à cause… à cause du laxisme éducatif, du « faut laisser agir selon les désirs », de la méthode globale, et j’en passe ! Ah, si je tinsse* les couillons qui ont créé ce merdier ! Déjà, les mômes ne sont pas des flèches !



Don Diègue : Et puis, ils ne lisent plus, Votre Majesté ! À notre époque, on s’instruisait. On regardait très peu la téloche. De temps en temps, on jouait aux castagnettes et aux toreros. Mais aujourd’hui, il y a tellement de gadgets !
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Zep5   07 juin 2019
Sel de Pierre Rive
Extrait



Il ne fallait pas croire tout ce que l’on disait dans les îles.

Tu n’avais pas un corps d’oiseau

Ni des griffes acérées

Et ton chant n’attirait pas les marins vers les récifs.

Tu n’avais pas une longue queue de poisson

Ni un visage hideux

Ni un gîte au fond d’un gouffre salé.



Tu étais une femme avec des courbes voluptueuses.

Ta chevelure ambrée dans le feu changeant du soleil

Et tes yeux avec des trésors enfouis.

Tu avais les seins fermes

Toujours offerts aux mains des vagues

Et nos deux corps s’élançaient dans les ondes ;

Nous nagions au loin.



Tu le savais

Que les hommes vivaient dans des flaques boueuses

Suintant la suffisance et la laideur.



Tu le savais

Que je reviendrais toujours vers toi

Comme un amant fou.



Il ne fallait pas croire tout ce que l’on disait dans les îles.

Tu n’avais pas un corps d’oiseau

Ni des griffes acérées.



Tu étais une femme avec des courbes voluptueuses

Une femme fictive

Qui lâchait ses chiens de sable

Parmi les bosquets d’algues

Dans la verticalité d’une mer

Où s’ancraient les navires du rêve.



Tu le sais

Que les hommes vivent dans des flaques boueuses

Suintant l’avidité et l’ordure.



Tu le sais

Je reviendrai toujours vers toi

Comme un amant fou.



Nous nagerons au loin.





La sirène
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Poème méconnu du siècle passé 16

De la manière dont finira cette poésie / on ne sait encore rien / Je n'ai encore dit à personne / comment elle finira / c'est pourquoi la foule s'est rassemblée / devant ma fenêtre / personne ne veut rater le final / et chaque habitant de la ville / me regarde à la longue-vue / moi, je me lève je m'habille je bois mon café / je sais que je suis exaspérant / mais je ne peux dire si facilement / comment tout cela finira / même le roi et ses conseillers / sont venus avec leurs fauteuils / ils se sont assis tout devant / et ils attendent de voir / comment finira cette poésie

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