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Citation de enkidu_


enkidu_   19 novembre 2016
Christianisme et paganisme du IVe au VIIIe siècle de Ramsay MacMullen
Les croyances essentielles de la communauté chrétienne dans les deux premiers siècles de son existence ne furent pas affectées par l’arrivée de nouveaux membres après Constantin. L’organisation de l’Église non plus. Mais avec les idées et les rites dont je viens de parler, des croyances et des besoins nouveaux apparurent. Augustin disait que tout le paganisme importé parmi ses ouailles était leur « mère », tandis que ce qu’il leur enseignait était « le père ». Ses ouailles devaient choisir ; c’est du moins ce qu’il espérait. Mais il ne pouvait pas les y forcer. Il concéda qu’il fallait leur laisser quelque latitude dans leur pratique. Au même moment, ou peu s’en faut, vers le début du Ve siècle, Jérôme fit la même constatation : mieux valait le culte des saints à la manière païenne que pas de culte. Il parlait des festivités dans le culte de saints ; mais à d’autres moments de l’année, les banquets dans les églises attiraient même les évêques. Ce dont les convertis avaient l’habitude et dont ils ne pouvaient pas se passer, c’était la religion vécue comme un moment de réjouissance collective et de sociabilité en compagnie du divin.

C’est le même besoin qui dicta l’invention de beaucoup de célébrations durant l’année, puisque le clergé ne parvenait pas à contrôler la présence des chrétiens à des fêtes comme les calendes autrement que par la concurrence (et ces fêtes restèrent d’ailleurs très vivaces jusqu’au XVIe siècle et après, en Occident comme en Orient). Un évêque syrien du XVIIe siècle explique : « La raison qui a poussé les pères de l’Église à déplacer la célébration [de l’Épiphanie] du 6 janvier au 25 décembre est la suivante, d’après eux : les païens avaient coutume de célébrer en ce même 25 décembre l’anniversaire du Soleil, ils allumaient des cierges en l’honneur de ce jour et ils invitaient volontiers les chrétiens à participer à ces rites. Lorsque les maîtres de l’Église virent que les chrétiens prisaient cette coutume, ils mirent au point une stratégie : ils fixèrent la célébration du vrai lever de soleil en ce jour, et ordonnèrent de célébrer l’Épiphanie le 6 janvier : cet usage s’est maintenu jusqu’à nos jours avec l’allumage des lumières. »

Grâce à des inventions similaires, d’autres célébrations païennes populaires furent battues en brèche par le christianisme. On a mentionné la Saint-Jean ainsi que la fête de la chaire de saint Pierre ; on pourrait mentionner aussi les Robigalia du 25 avril, pour protéger les récoltes contre la rouille, qui continuèrent dans le même but et à la même date sous le nom de Laetania Maior. Il existe bien d’autres exemples du procédé. (pp. 211-212)
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