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Citations de Régis Debray (391)


Régis Debray
Pour la Résistance, c'est la minute de vérité. […]
Le rapport de forces est difficile. […] Après tout, en août 1944, quelques milliers d'hommes se battront à Paris, sur trois millions de Parisiens. […]
Chez ceux et celles qui plongent dans la bagarre, on est vieux à 30 ans et ancêtre à 35. […] La valeur décroît avec le nombre des années. Les farfelus seront toujours plus fiables, dans ce genre de circonstances, que les gens graves et sérieux.
Août 1944, […] la guerre est gagnée […]. Après la hiérarchie du courage, celle des places et des titres. Les tard-venus regardent de haut les pionniers de l'aurore. […] Les derniers arrivés seront les premiers servis — business as usual. Les vertus qu'il faut pour gagner la guerre sont contre-indiquées quand il faut faire son trou dans la paix. À chacun désormais de cultiver sa différence. Triompher dans la vie exige souvent de changer d'idéal, au lieu de changer de vie pour que triomphe l'idéal.

Issu de l'article intitulé : Si le grain ne meurt — Les Mémoires de Daniel Cordier, dans LE MONDE DIPLOMATIQUE n° 808 du mois de juillet 2021.
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“Le mur interdit le passage, la frontière le régule. Dire d’une frontière qu’elle est une passoire c’est lui rendre son dû : elle est là pour filtrer (…) les pores font respirer la peau comme les ports, les îles et les ponts, les fleuves.

(…) Gardienne du caractère propre, remède au nombrilisme, école de modestie, aphrodisiaque léger, pousse-au-rêve, une frontière reconnue est le meilleur vaccin possible contre l’épidémie des murs. Opposant l’identité-relation à l’identité racine, refusant de choisir entre l’évaporé et l’enkysté, loin du commun qui dissout et du chauvin qui ossifie, l’anti-mur dont je parle est mieux qu’une provocation au voyage : il appelle à un partage du monde.”
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Régis Debray
Une société sans croyance forte est une société qui meurt.
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Renoncer à soi-même est un effort assez vain : pour se dépasser, mieux vaut commencer par s’assumer.
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Malraux a noté que "le monde moderne porte en lui-même, comme un cancer, son absence d'âme."
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Régis Debray
La parodie, l'humour, le clin d'oeil ne sont plus compris. Le deuxième degré est interdit. Le tempérament secondaire est mal noté. Le cortex néo-frontal, celui de l'introspection, est mis de côté.
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L'euro est un billet de Monopoly, sans date, sans lieu ni devise, illustration fantomatique d'un no man's land incorporel. Le dollar incarne une mémoire et un territoire, avec une géographie, une généalogie ( les Pères fondateurs ) et une métaphysique ( in God We trust ).
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Toute frontière, comme le médicament, est remède et poison. Et donc affaire de dosage.
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Même si son détenteur est un saint, tout pouvoir tend à l'excès.
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Pour les corps et les âmes, la lutte de la lenteur contre la vitesse, véritable enjeu de survie, a partie liée, dans notre civilisation, avec les capacités du temps littéraire de résister aux défonces stroboscopiques de l'image et du son. Si cette ligne de défense cède, c'est la victoire de la gondole et du cul d'autobus. Comment échapper aux cadences de plus en plus infernales du fast-food, du fast thinking, etc., à consommer sur place et en un clin d'oeil ? Dans le tout-info, digression interdite, flânerie déconseillée, time is money. Avec la peinture et la sculpture, la littérature apparaît comme l'une des plus performantes machines à décélérer. Malgré les formules de la lecture dite rapide, de prélèvement et de picorage, malgré les digests et les extracts, le temps de la lecture reste incompressible, comme celui de la rotation de la Lune et du Soleil. Pour aller de Paris à Madrid, nous mettons cent fois moins de temps qu'un contemporain de Cervantès, mais pour lire Don Quichotte de part en part, nous mettons à peu près le même temps. Le temps intérieur de la méditation poétique de l'existence (...) a échappé aux moyens de locomotion. Ce monstrueux, cet irrémédiable décalage ne rend pas la lecture des classiques très commode, mais peut la rendre attrayante, par contraste, et de plus en plus précieuse pour le rééquilibrage physique et mental de nos organismes déstabilisés par l'incohérence et l'effervescence. Le présent a gonflé. Il est devenu obèse. Il a mangé le passé et l'avenir. Le dégonfler est une nécessité - et un plaisir. Les médias opèrent à coups de stimulations sans mémoire et d'impacts sans avenir ; la littérature desserre l'instant , et met de la syntaxe là où nous nous habituons à une rhapsodie de surprises sans débouchés ni conséquences. L'ordinateur réduit la profondeur du temps, un livre d'auteur prend son temps. C'est un maximum de durée dans un minimum de volume - avec un rapport temps/espace, comme on dit qualité/prix, jusqu'ici imbattable" (page 130-131)
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Faire des va-et-vient entre le spirituel et le matériel, entre nos pensées et nos appareils, c'est le souci premier du médiologue. Valéry ne connaissait pas le mot. Il l'a mis en pratique en reconnaissant dans telle ou telle invention une puissance de transformation des moeurs et des pensées, c'est-à-dire un esprit en acte, dont la propriété, dans ses premiers temps, est de passer inaperçu. (...) L'intelligence humaine étant artificielle depuis l'âge de la pierre taillée, on doit rendre grâce aux premiers grattoirs et tailloirs qui ont permis à l'homo sapiens de secouer le joug du naturel. Valéry sait cela. Il ne s'en offusque pas. Il veut obstinément comprendre ce que les outils font à leurs inventeurs ...

pp. 96-97
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Un peuple, c’est une population, des contours et des conteurs
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la culture, c'est le vol, puisque nous vivons tous d'emprunts autant que d'héritages. De branchements nouveaux autant que de ressourcements. Reste que nous sommes tous des incardinés involontaires, les 'malgré nous' d'une filiation. En Irlande, où une recrue s'avouant athée s'est vue demander par son caporal s'il était un athée catholique ou un athée protestant, on ne risquera pas de trouver un presbytérien membre de l'IRA ou un catholique défilant avec les orangistes. On ne démontera et dénoncera jamais assez "l'illusion substantielle", cette assignation à résidence qui rend chaque individu prisonnier de son ethnie ou de son dieu.
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Le mur interdit le passage ; la frontière le régule. Dire d’une frontière qu’elle est une passoire, c’est lui rendre son dû : elle est là pour filtrer.
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Régis Debray
"L'écriture est une tentative de prolongement, mais bientôt les hommes cesseront de lire pour se contenter d'écouter ou de regarder. Ou alors, dans le meilleur des cas, ils liront des légendes sous les images ! Je crois que l'âme est celle d'une communauté, d'un peuple, d'un devenir. J'aimerais plutôt me relier à l'âme de l'Europe, si elle en avait une ou si elle ne l'avait pas perdue. En revanche, je suis sûr que la France aura toujours une âme, parce qu'il restera toujours une langue, une histoire et une géographie, des fleuves, des montagnes, un cadre physique, des monuments qui dureront."

Régis Debray : “Il y a de la sauvagerie dans l'air”
Publié le 08/01/2020 dans La Vie
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Le déphasage entre discours et conduites, qui ne date pas d'hier et ne finira pas demain, suscite dans notre "communauté internationale" un effet tragi-comique, tels ces films mal doublés où la bande-image fait des niches à la bande-son. L'acteur est un schizo de bonne foi. Le spectateur en rit, sûr que cela n'arrive qu'aux autres. Mais le moment venu, il sera sujet au même décalage. Le républicain français à chapeau melon, qui vantait l'égalité de tous devant la loi en privait sa moitié féminine sans mauvaise conscience aucune, et ce chantre de l'Égalité promouvait tranquillement l'inégalité dans l'Empire (le statut de l'indigénat distinguait entre sujets et citoyens). Tel apôtre des droits de l'homme, 'globe-trotter' infatigable, fera spontanément l'impasse sur les violations commises par sa communauté de référence. Lui fait-on remarquer cet angle mort sur son écran-radar qu'il sursautera : "On ne peut pas comparer." Avec les nôtres, c'est toujours autre chose. La juste réciprocité s'arrête où l'intérêt et l'affect commencent.
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Quand la question des moyens évince celle des finalités, et que la gestion de l'outil devient sa propre fin, les choses perdent leur sens, l'Etat de droit sa raison d'être, et l'homme son chemin.
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Un maximum de haine dans un minimum de territoire.
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De l'hypocrisie souvent, de l'hystérie au pire. Et beaucoup de malentendus. Sans évoquer l'absurde confusion entre athéisme et laïcité, disons d'emblée que la laïcité n'est pas la tolérance, cette indulgence d'Ancien Régime, cette royale condescendance par laquelle un supérieur, qui pourrait ne pas le faire, lève un interdit ou octroie telle ou telle impunité à un sujet. (…) [La laïcité] est avant tout une construction juridique fondée sur une exigence de raison : l'égalité en droit de tous les êtres humains. 
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Quand la question des moyens évince celle des finalités, et que la gestion de l'outil devient sa propre fin, les choses perdent leur sens, l'Etat de droit sa raison d'être, et l'homme son chemin.
Trois exemples à domicile de cette subversion managériale: la Défense, la Culture, l'Ecole. Trois noblesses humiliées.
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